Chapitre 26


Jean jeta sa chemise sur le banc dans un grand geste. Il pensait s'être persuadé suffisamment fort, l'impression qu'il avait eue semblait pourtant bonne. Mais en se trouvant face à la réalité, les choses étaient tout autre. En se levant, il avait clairement entendu Thomas et sa remarque lui avait fait l'effet l'une balle en pleine poitrine. Aux yeux des autres, Marco et Mikasa donnaient l'effet d'un couple plein de tendresse ? Vu les positions dans lesquelles on les avait déjà retrouvés, il avait de plus en plus de mal à douter de la situation. Les voir en action deux fois dans la journée l'achevait. Alors qu'est-ce que c'était, tout ça ? Il y revenait de nouveau, il secoua la tête violemment en essayant de chasser la vague de désespoir et d'incompréhension qui l'envahissait.

Il aurait voulu revenir quelques longues minutes en arrière, quand Marco ne semblait être qu'à lui. Sa peau sous ses doigts, ses lèvres contre les siennes. Son souffle chaud sur son visage. Ses mains qui s'agrippaient à son visage, son cou. Il voulait juste ça. Se sentir un peu spécial à ses yeux. Comme avant ? Comment les choses avaient pu changer aussi brusquement, littéralement du jour au lendemain ?

Avec un soupir, il ôta les derniers vêtements plus calmement, les posant un peu en boule sur la chemise qui avait subi le même sort, avant de s'isoler dans un des box de douche.

-Jean ?

Dans le dortoir, le silence lui répondit comme il venait de pousser la porte. Marco s'avança, jetant un coup d'œil aux étagères. Les vêtements de Jean était un peu dépliés, signe qu'il était passé par là et les avait tirés à un moment donné. Il ne l'avait pas croisé dans le couloir Jean n'avait pas dû rester bien longtemps dans cette pièce avant d'en sortir. Où pouvait-il bien être ?

Il entendit un petit bruit. Quelqu'un bougeait dans un lit en hauteur et il leva les yeux, intrigué.

-Laisse-moi deviner, marmonna une voix. Tu cherches Jean ?

Entre les barreaux, Marco distingua le visage de Bertold. Les yeux entrouverts, celui-ci le fixait sans grande conviction et il se rendit compte qu'il ne l'avait pas vu depuis la fin de la matinée. Reiner en revanche, était bien dans la grande salle quand il en était sorti.

-Si on veut…Dis donc, tu dormais où je rêve ? Tu sèches l'entraînement, maintenant ?

-J'ai tellement mal partout que j'arrive plus à bouger, fous-moi la paix.

-Mais tu dormais, se moqua gentiment Marco en le dévisageant. Ca ne va pas mieux ?

Un profond soupire lui répondit et Bertold disparut sous ses couvertures.

-J'ai pas de fièvre, si c'est ta question. J'ai juste froid.

Marco fit une petite moue. Il lui laisserait la couverture de nouveau ce soir encore, mieux valait mettre la chance de son côté pour qu'il se rétablisse au plus vite. Une main dépassa soudain, s'agitant pour attirer son attention.

-Il doit être dans les douches, ajouta-t-il d'une voix étouffée. Il a pris des fringues.

Marco sourit et le remercia rapidement. Avant de sortir, il grimpa sur leur lit et tiqua légèrement. En fait, si, quelque chose avait bougé depuis qu'il s'était levé le matin même. Son oreiller traînait, déplacé sur le milieu du lit. Fronçant les sourcils, un peu maniaque, il le remit à sa place normale et sortit discrètement le petit pain qu'il avait caché en bas de sa manche pour le glisser dessous.

-Eh, Marco…, lança soudain Bertold en apparaissant de nouveau.

L'interpelé sursauta et rabattit aussitôt l'oreiller. Il glissa au bord du matelas de Reiner, pour mieux voir son camarade en hauteur.

-C'est quoi ces conneries qu'on voit ? Ca surprend tellement que les autres ne parlent que de ça…

Marco hésita. Du bout des doigts, il tapota le matelas et se leva.

-Tu parles de…

-Mikasa.

Rien que son nom et il se sentait pieds et poings liés. Bertols l'observa un moment, avant de soupirer.

-Tu fais une tête pas possible. C'est pas aussi rose que ce qui se dit, hein ?

Marco acquiesça silencieusement.

-Jean aussi n'est pas franchement bien, ajouta Bertold. A force d'être aussi à côté de ses pompes, il va claquer, tu ne crois pas ?

Marco fronça les sourcils, saisissant le sous-entendu qui s'était glissé.

-Dis donc, ce n'est pas toi qui me faisais la morale y'a pas si longtemps, concernant mes rapports avec lui ?

Bertold cligna des yeux, se remémorant ce moment, puis il haussa les épaules.

-J'ai pas dit qu'il fallait se laisser en crever non plus…Juste que c'est pas une bonne idée…

-T'as la fièvre ou tu dis ce qui t'arrange ? ricana le garçon.

-…Merde. Ta gueule, Marco !

Bertold disparut derechef sous ses couvertures en grommelant et Marco en profita pour sortir à nouveau dans le couloir. Il détestait ces transitions. Rien d'étonnant à ce que la plupart d'entre eux prenaient froid.

En revanche, lorsqu'il arriva aux douches, un bouffée de vapeur lui souffla au visage. Là, c'était peut-être un peu trop chaud, pour le coup.

Il enleva les cuissardes qu'il portait toujours depuis l'entraînement. Honnêtement, il ne dirait pas non lui aussi à une bonne douche après l'agitation de la journée. Après avoir ôté également ses chaussettes et posé le tout dans un coin, il s'attarda sur le banc en soulevant rapidement les vêtements sales qui y trainaient, reconnaissant facilement la chemise de Jean. Sur un autre banc, d'autres vêtements, un peu moins laissés en vrac.

Un coup d'œil dans les box lui confirma que d'autres personnes étaient là, les volutes de vapeur s'échappant en masse. A l'origine, il avait l'intention d'appeler son ami. Mais une fois sur place, en sachant qu'ils n'étaient pas seuls, si tant était que Jean était bel et bien là, il ne parvenait pas à faire sortir un son. Il recula alors légèrement, serrant ses bras contre lui. Il ne savait même pas vraiment ce qu'il comptait faire en le voyant, ni pourquoi il le cherchait concrètement.

Marco sursauta quand son dos heurta une surface large qui n'était pas là auparavant, et deux grandes mains se posèrent sur ses épaules. Il leva la tête, apercevant le haut du crâne de Reiner, reconnaissable entre mille. Il avait des yeux un peu étroit, et souriait d'un air amusé quand il se pencha.

-Attends, tu vas voir, murmura-t-il.

Sans lâcher Marco, le grand blond inspira, avant de lancer d'une voix forte.

-Eh, Jean ! Sors ta tête !

Une fraction de seconde plus tard, il y eut le bruit de quelque chose qui tombait, un juron, et le visage de Jean couvert de mousse apparut. Malgré les bulles blanches qui coulaient sur sa peau, Reiner et Marco purent clairement le voir devenir écarlate en voyant le brun avant de disparaître de nouveau dans son box.

-Eh, Jean, qu'est-ce que t'as fait tomber, encore ? Le robinet ? se moqua Reiner en l'entendant jurer de nouveau.

-La savonnette, bordel ! Putain, ça glisse, c'est de la merde !

Dans son dos, Marco sentit le grand blond secoué d'un fou rire, sans trop comprendre pourquoi, et la main sur son épaule tapota gentiment avant de le pousser en avant.

-R…Reiner, qu'est-ce que tu fabriques ? souffla-t-il.

Toujours de manière à ne pas être entendu, Reiner eut un petit rire.

-Vous vous faites la gueule et y'a rien de plus gênant vous concernant, murmura-t-il. Maintenant, tu vas juste…

Il s'arrêta devant la douche qu'utilisait Jean. Par chance, celles devant lesquelles ils étaient passés étaient vides, et Marco en remerciait silencieusement le hasard.

-…L'aider à ramasser sa saloperie de savonette.

Et Reiner poussa carrément Marco.

Retenant un petit cri de surprise, Marco se rattrapa à la première chose qui lui venait à portée de main. Il ne voyait rien dans toute cette vapeur –quelle idée de prendre des douches aussi chaudes !- et il fronça du nez quand il se retrouva les mains mouillées et glissantes.

-Tu-tu fais quoi, là ? entendit-il alors murmurer.

Ses yeux s'habituant lentement à son environnement, Marco réalisa avec effroi. Ses mains étaient agrippées sur les reins de Jean qui, nu comme un ver, était visiblement penché à la recherche de sa savonnette perdue.

Pour le coup, il comprenait un peu mieux la légende des savonnettes.

-Je…Désolé…, chuchota-t-il en le lâchant aussitôt.

Jean se redressa, s'éloignant un peu. Le jet d'eau n'était pas en fonctionnement, et il frottait ses cheveux un peu brutalement, cachant son désarroi par n'importe quel moyen.

-Qu'est-ce que tu fais là ?

Et allez, il commençait de suite avec la question sans réponse. Enfin une d'elles.

-Je…Euh, c'est…Merde, Jean, je sais pas trop ce que…

Entendant un bruit, Marco sursauta en se tournant vers l'ouverture. Il recula légèrement, espérant se fondre dans la vapeur malgré ses vêtements et ne pas être vu. Il fallait bien avouer que deux garçons dans les douches, il n'y avait rien de plus ambigu. Le carrelage était mouillé, couvert de mousse, et il redoutait ce qui arriva pourtant : il glissa.

Si le plafond avait commencé à apparaître dans son champ de vision, sa bascule s'était très vite arrêtée quand une paire de bras s'était refermée sur lui.

-Fais gaffe, enfin… ! marmonna Jean.

Marco hocha lentement la tête, évitant le regard qui le fixait alors qu'il avait presque la tête renversée. D'un coup de coude, Jean actionna le jet d'eau, les éclaboussant tous les deux et Marco fit la grimace quand ses vêtements commencèrent à passer d'humides à mouillés.

-C'est plus discret comme ça…, murmura Jean.