Chapitre 27


-Qu'est-ce que tu fais là ?

Jean l'avait redressé sans trop de mal, reculant presque de suite sous le jet d'eau pour s'éloigner de lui. Il lui tournait presque le dos, très visiblement mal à l'aise et cherchant à se donner une contenance.

Distraitement, Marco observa des coulées de mousse blanchâtres glisser sur la peau qu'il distinguait malgré la vapeur qui se dégageait de l'eau.

-Je…Voulais te voir…, souffla-t-il.

Jean tourna légèrement les yeux vers lui, et le brun eut presque l'impression de lire du reproche dans son expression. Une fraction de seconde plus tard et c'était comme s'il n'y avait jamais rien eu d'autre que cette lassitude –déprimée- qui tirait ses traits. Du bout du pied, Jean bloqua le savon tombé au sol, et s'accroupit un très bref instant pour le ramasser, avant de le passer sur sa peau, lentement. Nul doute qu'il l'avait déjà fait et cherchait quelque chose à faire pour tromper l'œil de Marco.

-Ah oui ? marmonna-t-il. J'avais pas cette impression, tout à l'heure.

Marco fit un pas en avant, hésitant. Jean était clairement de mauvaise humeur et peu enclin à la discussion à ce moment précis. Il tendit une main, la posant dans le dos de son camarade. L'eau coulait sur la peau, trempant ses doigts le poignet de sa chemise.

Il le voyait, cette histoire avec Mikasa le perturbait –lui aussi, mais probablement pas pour les mêmes raisons en fait.

-Jean, je…

-Tu t'es enfui.

Jean eut un petit rire amer, ajoutant un « J'ai l'air d'un idiot, maintenant », tout en dégageant la main de Marco d'un petit mouvement de dos. Le brun pinça les lèvres, contrit.

-Ecoute, les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent…, murmura-t-il.

Du dos où il était chassé, Marco se rabattit sur l'épaule, insistant légèrement sur sa prise pour essayer de le faire tourner vers lui. Jean résistait, refusant catégoriquement de lui faire face.

-Non, c'est sûr, grinça-t-il.

Il laissa le bout de savon retomber sur le sol, dans un coin pour ne pas glisser dessus, et soupira. Ses épaules s'affaissèrent légèrement, tandis qu'il courbait un peu l'échine en baissant la tête.

-La prochaine fois, évite ça…

Il allait être trempé. Il allait prendre mal ensuite. Mais ces idées qu'il refusait d'ordinaire, Marco ne s'en encombra plus vraiment. Sans crier gare, il parcourut le peu de distance qui les séparait, se collant au dos de Jean. Contre son torse, il sentait les muscles se crisper.

Il était à peine plus grand que Jean et il en profita pour poser son menton sur l'épaule du garçon.

-Je suis désolé…, murmura-t-il au creux de son oreille. J'aurais dû revenir…

Il l'entoura brusquement, ses bras enserra étroitement le haut de son corps. Jean ne bougeait pas, se maintenant seulement droit là où il était. Le jet coulait sur eux, et Marco se demanda si au final il n'était pas aussi trempé que Jean.

-Tu avais mieux à faire…

Marco se serra un peu plus contre lui, en profitant pour enfouir son visage dans le cou du blond. Sa peau était brûlante. Probablement à cause de l'eau sous laquelle il traînait.

-Je suis désolée, répéta-t-il doucement. Il sentit une main se poser sur son avant-bras qui passait sur les clavicules de Jean, et continua lentement.

-Je t'expliquerai tout, dit-il. Mais pas de suite…

-Pourquoi ?

-Parce que ce n'est pas encore le moment. Fais-moi confiance, d'accord ?

Jean répondit par un silence. Il bénissait l'eau qui coulait, la chaleur camouflant ses frissons à chaque mouvement de Marco contre lui. Il le sentait. De son cou à ses genoux. Son étreinte était serrée, il ne le lâcherait probablement pas facilement. Il l'espérait.

-Je ne te comprends pas, souffla Jean en serrant ses doigts sur le bras qu'il touchait.

Il sentit les lèvres dans son cou glisser sur sa peau, avant de s'arrêter. Il se faisait des idées, sentant presque un baiser, très léger, sur son épaule.

-C'est peut-être pas plus mal…, murmura Marco.

Une douche à côté d'eux s'arrêta et des pieds mouillés claquèrent sur le carrelage du sol. Presque aussitôt, Marco poussa Jean en avant contre le mur au fond de la douche, parvenant à le faire retourner dans le mouvement en profitant de la surprise. Plaqué contre lui, les mains posées de chaque côté de la tête de Jean, Marco le fixait dans les yeux. Si Jean avait presque quitté la trajectoire du jet d'eau, Marco non.

-Eh, ça va, Jean ? appela soudain une voix.

Franz. Il avait dû s'arrêter en entendant le bruit un peu sourd. Jean le distinguait à peine à travers la vapeur des douches et il supposait qu'il en était de même de son côté. Il l'espérait du moins. Habillé de blanc, Marco devait même probablement les confondre dans la vapeur et sur le carrelage.

Jean déglutit, sembla hésiter, puis sans rompre le contact autant visuel que physique –mon dieu, ses yeux, son corps…-, il se racla la gorge.

-C'est bon, j'ai juste glissé ! dit-il d'une voix un peu forte pour couvrir le bruit de l'eau.

-D'accord, fais gaffe, hein, tu cumules en ce moment !

Jean ne répondit pas et Franz ne s'en préoccupa pas plus que ça, s'éloignant bruyamment.

De toute façon, Jean n'aurait pas pu répondre, soudain bâillonné par les lèvres de Marco. D'abord chastement. Puis le simple contact enhardissant les deux partis, le temps que les deux se rendent réellement compte de ce qu'ils faisaient, Jean glissa ses bras autour de lui, ses doigts s'enroulant dans le tissu trempé du dos de sa chemise qu'il avait tiré hors du pantalon .

-M…Marco…, réussit-il difficilement à articuler entre deux baisers. Tu…

-Tais-toi, souffla le brun. Ne réfléchis pas…S'il te plait…

Marco passa une main derrière la nuque de Jean, appuyant légèrement pour accentuer la pression. A force de se serrer contre lui, il avait l'impression qu'il allait l'écraser, et s'il tenta bien vaguement de s'en retenir ce fut peine perdue. Surtout quand, alors qu'il évitait soigneusement la blessure que Mikasa lui avait faite à la bouche, Jean entrouvrit les lèvres, venant caresser les siennes du bout de la langue.

Marco entrouvrit un œil alors que sa bouche s'emparait avec avidité du brin de langue, oubliant douceur et tendresse pendant de longues secondes. Coincé contre le mur, Jean s'agrippait à lui. Peut-être pas de toutes ses forces, sinon il l'aurait certainement senti passer. Ses joues étaient empourprées, ses yeux clos. Malgr él'eau et la chaleur ambiante, il pouvait sentir son souffle, sa respiration désordonnée. Il entendit un tout petit soupir, à peine audible à cause du bruit de la douche, quand il s'attaqua consciencieusement à lui mordiller la langue du bout des dents, sa main glissant de sa nuque à ses clavicules. Là, il constata avec désagrément que les marques qu'Eren avait laissées la veille étaient toujours là, avec ce léger relief qui donnait la forme des incisives de l'autre garçon.

Glissant dans la bouche de Jean, il caressa lentement les chairs à sa portée, s'arrêtant lorsqu'il sentit la plaie encore fraîche en frôlant sa joue. Il décolla ses lèvres, le regardant de nouveau.

-C'est de lui ? souffla-t-il.

-Touche pas trop, ça lanche.

La voix de Jean était un peu rauque. Il avait ouvert les yeux, le regard hésitant quand il tentait de fixer Marco. Il n'avait pas le même aplomb, et un certain manque de confiance en lui qui l'avait caractérisé dès leurs débuts au camp, même s'il le cachait avec son impulsivité à se battre.

-Je touche pas, acquiesça Marco avec un petit sourire.

Jean ne répondait qu'à moitié, voire pas du tout, remarqua-t-il. Ca équivalait à une éponse positive à ses oreilles, il ne voulait juste pas aborder ce sujet délicat.

Du bout des ongles, Marco griffa très légèrement les marques de dents d'Eren, s'attirant une petite plainte, puis laissa ses doigts glisser sur la peau. Sur le bout de sa langue, le goût de fer qui s'était déposé faillit le faire grimacer alors qu'il ne s'y attendant pas vraiment et il arrêta sa main, l'extrémité de son majeur posée juste sur la pointe d'un téton.

-Tu saignes, dit-il en claquant légèrement de la langue.

Jean frissonna, probablement bien plus à cause de son téton qu'autre chose mais tentait malgré tout de garder un air calme. Marco le savait.

-Encore ? marmonna-t-il en mettant un doigt dans sa propre bouche.

-On ira voir Petra plus tard pour…

Marco s'arrêta un instant, observant Jean. Trempé, nu, le corps marqué de coups de dents, le visage enncore passablement rougi et son doigt glissé entre ses lèvres, il n'avait visiblement aucune conscience que sa vue était pour le moins…Erotique. Et Marco en pâtissait déjà depuis un moment.

-Quoi ? marmonna Jean.

Il suça son doigt en le ressortant, dépité parle goût du sang qui l'envahissait de nouveau, puis cligna des yeux, perplexe en regardant Marco. Celui-ci priait pour que Jean ne remarque rien, et avait légèrement écarté son bassin, l'air de rien.

-Eh, ça va ? T'es tout rouge…

-T'es…Merde, non, ce…C'est rien ! Va t'habiller, t'es assez propre comme ça ! Laisse-moi la place…

Jean le fixa sans comprendre, puis eut un petit sourire. Du dos de Marco, ses mains glissèrent sur le devant de sa chemise, entreprenant le déboutonnage dans les formes, lentement à cause de ses mains qui glissaient.

-Qu'est-ce que tu fais ?

-J'enlève ta chemise ?

Marco eut un petit air effaré, tandis que Jean glissait son regard dans l'ouverture qu'il pratiquait, retenant un petit sourire de victoire les adorables petites taches étaient là, parsemant la peau très légèrement mate.

-J…Jean…Je peux le faire…

Devant cette soudaine insistance à jouer en solitaire, le blond leva les mains, lâchant le tissu blanc et transparent. Il ne comprenait décidément pas. Oui ? Non ? Les deux ? Rien ? Marco avait pourtant eu l'air sérieux. Et maintenant ça ?

Il s'écarta de son camarade, et passa une main lasse sur son visage.

-Bon sang, Marco, tu…

-Je t'expliquerai ! le coupa-t-il aussitôt.

-Un jour, hein ?

Marco eut un petit air contrit, et l'attrapa par le bras.

-Tout à l'heure, murmura-t-il. Je te dirais ca tout à l'heure…Va vite te sécher, tu vas prendre froid…

Jean soupira, et eut un petit sourire déçu.

-Je suppose que je n'ai pas le droit de regarder ?

Marco le poussa gentiment, et se retint de justesse de donner une tape sur les fesses qui se dandinaient devant lui. Ce n'était probablement pas encore le moment de se réjouir, même s'il avait envie de hurler sa joie dans tout le camp.

-Je te rejoins dans la chambre, murmura-t-il, le poussant à disparaître hors de la douche.

Bougonnant, et visiblement frustré par la situation qui lui avait échappé il ne savait comment, Jean obéit docilement. Alors seulement, Marco se dépêcha d'ôter ses vêtements, retenant de justesse un soupir de soulagement quand son pantalon tomba à ses chevilles, dégageant son érection qui commençait à vraiment devenir trop visible, gênante et douloureuse à force d'être serrée là-dedans.

Impossible de montrer ça à Jean. C'était un coup à lui faire peur, ou n'importe quoi du genre.

En tout cas, lui n'était pas prêt à lui montrer.

Et dans un geste rapide, il tourna brusquement le robinet, réglant l'eau à l'extrême opposé.

Glacé.

Vite.