Chapitre 28

- On se voit à la réunion, je compte sur vous, Mademoiselle Swan. Ce furent les derniers mots du maire avant que celle-ci ne dépasse le pas de la porte.

Comme convenu, Regina et Henry quittèrent l'appartement des Charmant afin de retourner au manoir. Emma les regardaient s'éloigner dans les escaliers du palier d'un œil mécontent, adossée au cadre de la porte d'entrée. Jamais elle ne s'était sentie aussi heureuse que les jours précédents. Elle avait apprécié rentrer le soir et retrouver Regina endormie dans le lit de sa mère. Elle s'était plu à veiller sur le bien être du maire encore sonnée par toutes les tortures abominables de Whale. Et, elle avait aimé sentir l'odeur flottante du parfum vanillé de la jeune femme. La famille Mills allait lui manquer. Elle le savait.

Swan ferma la porte un peu plus violemment qu'elle ne l'aurait souhaité. Agacée, peut être même déçue, elle regagna la pièce centrale de l'appartement. Mary Margaret était assise à la table de la cuisine. Elle regardait sa fille d'un œil inquiet. Emma s'assied en face d'elle.

- Tout va bien Emma ? Demanda Mary Margaret troublée.

- Très bien. Très bien. Fit Emma d'un ton peu sûre d'elle. Non ça n'allait pas. Écoutes Mary Margaret, Blanche, ou peu importe, j-...

- Maman. Coupa la brunette.

- Maman, reprit Emma en se corrigeant. Je-je crois qu'il faut qu'on parle de tout ça, de toi, papa et moi. J'ai réfléchi.

A ces mots, Mary Margaret reposa immédiatement sa tasse sur la table. Son cœur cogna trop fort contre sa cage thoracique. Elle se sentait gênée, mal à l'aise, mais heureuse. Heureuse que le temps des explications soit enfin arrivé. Elle se figea devant sa fille veillant à ne pas perdre une seule bribe des paroles prononcées par la blonde. Elle observa un instant cette dernière qui jouait avec ses mains nerveusement.

- J'ai conscience des concessions que vous avez dû faire, papa et toi. Commença maladroitement Emma. Je sais à quel point ce n'a pas été facile de m'abandonner dans cette armoire sans avoir la réelle conviction de me revoir un jour. J'ai ressenti cela, avec Henry. J'ai ressenti toute votre tristesse et votre culpabilité et aujourd'hui, je le comprends mieux que quiconque. Vous deviez le faire, pour vous, votre royaume et surtout, vos sujets. Pour tous les sauver. En étant petite je me suis toujours demandée quel genre de parents étiez-vous. Des gens aimables, des brigands, malhonnêtes. Aujourd'hui j'ai la certitude de savoir que mes parents sont des héros aimés de tous. Je me suis longtemps demandée pourquoi vous m'avez abandonné. Était-ce par peur, où juste parce que j'étais de trop. Je m'endormais le soir en rêvant de vous retrouver. En rêvant que tu viennes me border. Mais j'ai vogué de famille en famille. Mon rêve s'est alors effacé et mes recherches ont été abandonnées. Je me sentais comme parachutée dans un monde qui ne voulait pas de moi. J'étais une erreur de la nature. De ceux qu'on ne veut pas. Emma se tut quelque instants, le cœur gros et lourd. Elle inspira profondément et refoula les larmes qui menaçaient de s'échapper. Elle renifla et reprit. Un après-midi, un couple est passé à l'orphelinat dans lequel j'étais. Il venait chercher l'une des plus petites filles. Leurs yeux brillaient d'amour et leurs lèvres éclataient de sourires. C'est là que j'ai compris. J'ai compris que je n'étais plus assez bien. J'étais trop grande. Il était trop tard pour moi. C'était fini. Je ne devais compter que sur moi-même et me débrouiller seule.

Mary Margaret demeurait interdite devant la femme qui se trouvait devant elle. Elle était détruite par le récit de la blonde. Sa fille. Sa Emma. Elle n'osait plus bouger. Elle se sentait de trop. Les larmes perlaient en rafale sur ses joues rosées.

- Je ne vous ais pas cru lorsque tu m'as annoncé être ma mère. Je ne l'ai pas cru simplement car je ne croyais plus à l'amour d'une famille. La solitude avait été ma seule meilleure amie pendant toutes ses années. Alors oui, je vous ais rejeté. Je ne pensais qu'à moi, qu'au mal que j'avais ressenti toutes ces années loin de vous. Mais je n'ai pas pensé une seconde à ce que vous aviez aussi ressenti. A présent je le sais. Et je me sens si désolée. Je vous pardonne. Je vous pardonne. Répéta Swan.

Emma se leva de sa chaise et se dirigea auprès de sa mère qui se leva à son tour.

- Oh, Emma...sanglota Blanche.

Emma se jeta dans les bras de sa mère pour la première fois depuis sa naissance. Elle ressentit immédiatement tout l'amour maternelle que contenait la brune. Elle se mit alors elle aussi à pleurer toutes les larmes de son corps. Heureuse d'avoir retrouver sa mère pour de bon.

- Je t'aime Maman. Sanglota Emma.

- Je t'aime aussi Emma. Mary Margaret plongea ses mains dans les boucles de sa fille et tenta de la consoler malgré leur chagrin commun.

Après un long instant, elles séchèrent leurs larmes. Elles s'étreignirent une dernière fois puis se détachèrent.

- Tu veux que je défasse les draps de Regina avant de me préparer ? Demanda Swan.

- Non. Laisse. Je vais le faire. Dépêche toi de te préparer et va vite. On se retrouve là-bas. Fit la brunette.

Swan lui sourit et lui déposa un dernier bisou sur la joue avant de disparaître dans la salle de bain.

Quelques instants plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit à nouveau. C'était David, il était partis faire une course. Il se plaignit du froid puis défit son manteau. Le nez rougit et les lèvres abîmées. Il se retrouva nez à nez avec sa Blanche assise à la table. Elle le regardait et lui souriait. Elle l'attendait. David se rendit alors compte de l'humidité des joues de sa femme et commença à s'inquiéter. Il s'approcha d'elle et s'agenouilla prêt à parler.

- Tout va bien, David. Tout ira très bien à partir de maintenant. Expliqua Margaret.

L'homme comprit immédiatement. Il sauta au cou de sa femme, le cœur battant. Sa fille leur pardonnait. Il ne le cru pas tout de suite malgré la joie de sa femme. Il l'embrassa tandis que sur sa joue...roula une perle sauvage...

Regina marchait à travers les écuries, l'une de ses pommes à la main. De sa bouche, s'échappait de la vapeur. Saleté d'hiver. Elle avait laissé Henry chez Archie. Tous deux viendraient à la conférence un peu plus tard. Elle avait profité de son heure de libre pour passer au haras au nord de Storybrooke, encore fascinée par sa rencontre de la veille. A sa plus grande joie, l'étalon noir était dans son boxe. Elle approcha alors tout doucement.

- Bonjour Diesel. Comment vas-tu ? Regarde ce que j'ai amené ! Lui dit-elle en montrant à l'animal la délicieuse pomme.

Regina était venue au ranch pour ne pas penser à Emma, mais aussi pour prendre des nouvelles de Diesel. Elle avait décerné de la déception dans les yeux de Swan lors de son départ de l'appartement. Ô combien elle aurait souhaité rester elle aussi. De plus, l'anxiété de son discours prenait d'assaut son corps. Elle ne cessait pas de se répéter qu'Emma serait là.

L'animal se coucha sur la paille chaude. Regina comprit que l'étalon souffrait et son cœur se serra. Elle devait le laisser se reposer. Elle lui promit de revenir et s'en alla.

Lorsque Regina entra dans la grande salle de conférence, elle constata que les préparatifs étaient sur le point d'être achevé. Des guirlandes de noël pendaient ici et là. Une couronne de houe était accrochée au pupitre. C'était Noël. La salle était si calme. Seuls les bruits de chaise que plaçait Emma résonnaient. Celle-ci releva la tête étonnée de constater la présence du maire quelque peu en avance.

- Madame Mills. Fit Emma en souriant.

- Shérif Swan. Répondit la brune en s'approchant de Swan.

- Je ne pensais pas vous voir aussi tôt. Je finissais la préparation. Expliquait Emma.

- Je suis allée me promener au ranch au nord de Storybrooke. Je l'ai découvert hier. Saviez-vous qu'il y en avait un ? L'un des chevaux est gravement blessé. Raconta le maire qui après réflexion, sentit ses paroles inutiles. Je suis désolée, vous devez probablement en avoir rien à faire. Sourit Regina.

- Au contraire. Sourit à son tour Swan, totalement perdue dans le regard de braise de son interlocutrice qui semblait ne pas comprendre le soudain intérêt de la blonde.

Un feu ardent se déclencha dans le ventre des deux jeunes femmes. L'attraction entre leurs deux corps se fit plus insistante, plus difficile à contrôler. Regina se mordait la lèvre, tentant de résister à son attirance pour le Shérif en face d'elle. Elle donnerait tout pour passer une nuit à arpenter le corps délicieux de sa fonctionnaire sans s'arrêter. Une nuit pour succomber à son attirance physique.

Emma ne cessait de suivre du regard les lèvres de Regina. La voir là, dans cette tenue si féminine l'attirait si fortement. Elle avait envie de promener ses mains à tous les endroits du corps de sa supérieure. De succomber aux simples plaisirs charnels de cette brune envoûtante. Elle avait envie de lui crier d'arrêter de se mordiller les lèvres si sensuellement mais aucuns sons ne pouvaient sortir.

Emma sentait le souffle chaud et saccadé de la Reine contre ses joues. De même pour Regina. Leurs corps se rapprochaient dangereusement et leurs lèvres, à nouveaux, ne se trouvaient qu'à cinq centimètres.

Tandis que leurs bouches s'attiraient très dangereusement, des bruits de pas et de paroles se firent entendre. Les habitants arrivaient. Les deux femmes s'éloignèrent gênées et confuses par cet instant d'égarement qui devenait beaucoup trop régulier à leurs goûts. Elles devaient y remédier. Faire quelque chose.

Emma était au pupitre. Nerveuse. Elle balaya la salle du regard. Elle chercha Henry et ses parents des yeux. Ils étaient assis à cotés de Regina qui ne la quittait pas du regard. Swan prit son inspiration et réclama le silence. Les voix se turent une par une et un silence gênant régna. Elle dirigea le micro en direction de ses lèvres et commença.