Donc me voila avec un autre OS. Il est porté sur Tolfdir et l'Académie de Fortdhiver. Parce qu'il faut bien se transmettre le savoir et que les écrits ne font pas tout. Un mage comme Tolfdir doit être le mieux placé face à ce dilemme.


Cette année encore, les novices se moquaient de sa prudence et des sorts de protection. Ah la jeunesse ! Cela faisait bien longtemps qu'il enseignait et il conaissait les étudiants par cœur. Chacun voulait devenir un grand mage, partir à l'aventure, faire de grandes découvertes… Ils pensaient que manier les arts des alcanes leur donnait un avantage indéniable. En réalité, son seul cadeau qu'offrait la magie était l'arrogance. Tolfdir avait vu passer des centaines d'étudiants et contrairement à ce que les gens croyaient, l'espérance de vie d'un mage était extrêmement courte. Bien peu de ces étudiants tiendraient la décénnie. Tolfdir était une exception. Une grande part de ses étudiants avaient déjà quitté ce plan alors qu'il était encore là, à enseigner.

Rien que ses dernières années, plusieurs groupes d'élèves avaient disparus, l'ancien archimage Savos Aren était décédé et Arniel Gane, un mage à part entière, avait disparu. Faralda avait juré l'avoir vu avec le nouvel archimage dans ses quartiers; ils menaient un projet de recherche sur la disparition soudaine des dwemers d'après le peu d'informations que le mage bréton avait accepté de partager. Seul l'archimage en est ressorti, ne sachant expliquer ce qui s'était passé, Arniel avait tout simplement disparu.

Tel semblait être le prix du savoir. Oh, tout le monde ne mourrait pas. Il y avait l'Augure de Dunlain qui était toujours là, en quelque sorte. D'autres perdaient la raison. Septimus était un de ses collègues les plus talentueux mais il a doucement perdu tout contact avec la réalité. Sa passion était devenue une obsession et petit à petit plus personne n'avait eu de ses nouvelles. Désormais il n'était plus que l'ombre de lui-même, enfermé dans une grotte au milieu de la mer de glace, à tenter d'ouvrir un artéfact dwemer dont la clé avait disparue depuis des millénaires. La solitude forcée avait achevé sa chute vers la folie.

Puis il y avait ceux qui n'approuvaient pas les règles de l'Académie et qui la quittaient de leur plein gré. Bien des mages avaient des désaccords avec les règles établies et les quittaient quand ils estimaient que leur période d'apprentissage était terminée. Malheureusement, la plupart d'entre eux se livraient à des expériences bien peu honorables et finissaient exécutés. Tolfdir n'éprouvait pas de pitié pour ces gens là. Ils corrompaient les connaissances auxquelles ils avaient pu avoir accès. Les gens accusaient l'Académie de libérer ces sorciers dans la nature. En quoi était-elle responsable ? Son objectif était d'avancer dans le savoir, toutes ces personnes avaient montré un certain potentiel au départ pour intégrer l'Académie. Ils n'avaient rien à voir avec ce que ces sorciers en faisaient ensuite.

Lui aussi avait été jeune, fut un temps. Quand il avait intégré Fortdhiver, il avait été comme tous ces novices, plein d'enthousiasme et d'énergie. Il avait voulu découvrir tous les secrets de la magie, il voulait emmagasiner autant de connaissances que possible. Il avait envie de tout savoir sur les grands mystères de l'Histoire et de l'univers. Puis il avait vu des professeurs mourir, des collègues disparaitre pour ne jamais revenir à l'Académie. Personne ne semblait s'en soucier. C'était tout ce qu'il y avait de plus normal, la vie demeurait fragile pour les mages. Certaines écoles enseignaient à se protéger mais pourquoi tout le monde les ignorait. Bien des accidents arrivaient bêtement : un mauvais dosage qui provoquait une explosion en alchimie, l'oubli de certains paramètres en apparence négligeables en enchantement, des conjurations risquées…

C'est ainsi que Tolfdir s'est tourné vers l'école d'altération. La vie de mage était assez dangereuse sans prendre davantage de risques. Contrairement à l'école de destruction ou de conjuration, peu de personnes en faisaient partie. Lui et son professeur, un bréton à l'âge déjà avancé partirent souvent dans les contrées de Bordeciel et même parfois au-delà des frontières du pays nordique. Il lui enseigna tout ce qu'il savait avant de s'éteindre de son grand âge. Ce fut Tolfdir qui hérita de l'école.

Les années puis les décénnies ont ainsi défilé sans que personne ne se sente concerné par l'altération. Tolfdir contemplait parfois ses vieilles mains noueuses, abîmées par des décennies de travail, d'expérimentations et d'enseignement. Il approchait de ses 75 hivers et doutait d'en voir passer encore beaucoup mais personne ne semblait prêt à prendre la relève. Le besoin devenait pourtant urgent. Le vieux mage n'en parlait jamais mais il savait que la fin approchait. Il n'avait plus sa vigueur d'antan et passait une grande partie de ses journées assis, à attendre que ses douleurs et ses rhumatismes accentués par le froid rigoureux de Fortdhiver passent. Refusant d'abandonner les étudiants, ses recherches en pâtissaient grandement. Mais c'était sans compter sur ses pertes de mémoire. Il n'en parlait pas à ses collègues mais maintenant, il était obligé de tout marquer sur un journal pour ne pas oublier ses avancées et son matériel disparaissait trop souvent à son goût. Combien de fois un étudiant lui avait rapporté son alambic alors qu'il pensait l'avoir rangé dans son armoire ?

Si le sang qui coulait dans ses veines avait été bréton plutôt que nordique, aucun doute qu'il aurait encore eu du temps devant lui. Mirabelle n'avait qu'une poignée d'années de moins que lui, pourtant elle avait été encore jeune. S'ils n'avaient pas découverts l'œil de Magnus et qu'Ancano du Thalmor n'avait pas perdu la raison dans sa quête de pouvoir, elle aurait pu garder sa place encore bien longtemps en temps que maitre sorcier. Il se demandait encore pourquoi l'archimage avait choisi de lui céder le poste plutôt qu'à Faralda. Elle aurait été le choix le plus logique. Elle s'est révélée être une Elfe talentueuse et dévouée à l'Académie presque tout autant que lui. Elle était plus âgée que lui et avait accumulé bien des connaissances de ses voyages. Seule ses disputes assez enfantines avec Niranye ternissaient légèrement le tableau. Cependant, Tolfdir ne se plaignait jamais de sa nouvelle position; se voir accorder le poste de maître sorcier restait un grand honneur.

Il était évident que le nouvel archimage n'était pas fait pour rester à l'Académie. A peine Ancano éliminé qu'il enfourchait son cheval et repartait à l'aventure. Il repassait parfois pour échanger quelques objets enchantés mais repartait bien vite. Ses collègues lui demandaient souvent service et il acceptait poliment. Même s'il ne portait pas le titre d'archimage, Tolfdir était ainsi devenu le nouveau dirigeant de l'Académie d'une certaine manière, le contraignant à abandonner totalement son dernier grand projet.

C'est ainsi que lors d'une des visites de l'archimage, il lui a fait part de sa requête. Il aimerait tellement avoir accès à ces écailles de dragon pour pouvoir améliorer son sort de protection. Il avait bien avancé dans ses recherches : il lui fallait une arme extrêmement tranchante nommée Croc de Kalvozien ayant appartenu à un prêtre dragon. Si seulement il savait où elle se trouvait, s'il avait le temps, il aurait pu approfondir ses travaux mais les circonstances en avaient décidé autrement. Evidemment, le jeune archimage avait immédiatement accepté. Il était amoureux des nouvelles aventures et adorait l'exploration. S'il y survivait, aucun doute qu'il finirait par trouver cette dague redoutable. De plus il était passionné de l'ancien culte draconique et cherchait les masques de prêtre dragons, de vieilles reliques du passé aux enchantements extrêmement puissants. Si cette arme avait appartenu à un prêtre dragon, ce dont Tolfdir était certain, il finirait bien par la trouver.

Cela faisait maintenant plusieurs mois que le vieux mage en avait parlé à son ancien apprenti mais ce dernier n'avait toujours pas trouvé la moindre trace de cette arme. Le vieux mage doutait qu'il pourrait jamais améliorer ce sort désormais. La réapparition des dragons lui avait permis d'exploiter une piste jusque là inenvisageable mais maintenant, entre ses pertes de mémoire, sa fatigue et ses responsabilités, il doutait d'achever cet ambitieux projet un jour. Cela ne serait pas une exception, les mages ne s'arrêtaient jamais dans leur quête de savoir. Les travaux inachevés se trouvaient par milliers dans les archives de l'Arcanéum pour ne jamais en sortir. Et Fortdhiver n'était pas le seul endroit où les mages travaillaient. Les raisons étaient multiples : expérimentations infructueuses, manque d'idées, décès, disparitions… Si Tolfdir venait à partir, ses recherches seraient abandonnées mais ce qui l'inquiétait le plus était le manque d'implication des autres élèves.

Cependant, Tolfdir conservait un certain espoir, parmi les novices devenus apprentis maintenant, Onmund semblait assez intéressé par l'école d'altération et Breylina semblait chercher à se tourner vers l'école d'illusion, toutes deux peu exploitées. Tous les deux ainsi que J'Zargo avaient pris part aux événements de Saarthal et ont vu de leurs propres yeux encore inexpérimentés les dégâts que pouvaient causer l'usage inadapté de la magie. C'était peut être une leçon douloureuse pour l'Académie et les mages qui en font partie mais Tolfdir pensait qu'elle n'avait pas été inutile pour eux. Peut être que le jeune nordique prendrait sa relève et que ses écrits ne seraient pas oubliés dans les tréfonds de l'arcanéum.

Tolfdir avait l'expérience et la sagesse des années, il n'était peut être qu'un humain mais il consacrerait ses dernières années à perpétuer le savoir, il avait un privilège rare pour un mage et devait s'en servir du mieux qu'il pouvait. Son travail ne s'arrêtait pas avec lui, ils étaient trop nombreux à partir avant d'avoir pu partager leurs connaissances. Il avait l'occasion de ne pas répéter la même erreur et comptait bien la prendre maintenant. Le temps lui était peut être compté mais le savoir pouvait encore être transmis avant sa disparition. L'Académie transmettait son savoir de par ses ouvrages, ses archives mais aussi et surtout par l'enseignement.