Chapitre 31


-A…Arrê…Ête..

Il avait le souffle court. Il sentait une goutte de sueur glisser le long de sa nuque, le faisant frissonner. Se concentrer pour ne pas penser à la douleur était de plus en plus difficile s'il voulait bouger comme il l'entendait.

Il sentait les mains du garçon, agrippées à son bassin, glissées un peu dessous. Elles prenaient presque ses fesses et il ne lui était pas simple de dire comment les choses allaient tourner. Il gémit sourdement, serrant les dents à une nouvelle vague douloureuse, et une de ses mains s'accrocha à la première chose qui passait au-dessus de sa tête.

Presque aussitôt, une des mains quitta son fessier –il faillit le regretter- et ramena son bras.

-J'ai dit non…

-A…Arrête, j'ai…Dit…C…Ca fait m…Ma-a-a-al…

-Essaie de supporter encore un peu…

Il se cambra brusquement, ses muscles se relâchant sans prévenir. Ses jambes retombèrent de part et d'autres des bras de son camarade qui les retint à hauteur de ses épaules. Haletant, il renversa la tête en arrière. Au-dessus de lui, les mécanismes de suspension étaient immobiles. Il n'y avait que les câbles, auxquels il avait tendance à s'agripper malgré les menaces du brun.

Trois jours. Cela faisait trois jours que Marco lui menait la vie dure, entraînant ses jambes sans répit. Le premier réveil avait été atroce, avec cette sensation qu'il ne pourrait pas mettre un pied devant l'autre Marco lui avait prouvé le contraire en le poussant hors du lit sans sommation.

Les premières heures, il le faisait courir, l'accompagnant comme la première fois. Il semblait ne jamais fatiguer, le suivant, le poussant dès qu'il sentait un relâchement.

Et ensuite, alors qu'ils s'étaient rafraichis, nourris, habillés, ils revenaient là, à ce système de suspension qui commençait à lui sortir par les yeux. La première fois, Jean avait eu du mal à accepter ce qui se passait et il priait toujours ardemment pour que personne n'entendent ce qui se passait. Ou alors en ayant les images. Quoique non. Surtout pas avec les images. Parce qu'après l'avoir accroché dans les airs, Marco glissait ses mains sous son bassin. Là, il n'avait pas beaucoup le choix et se trouvait obligé de lever les jambes sous les injonctions du garçon. Le but ? Ses pieds ne devaient pas toucher les bras de Marco. Il tenait moins longtemps et moins haut que ce qu'il pensait à l'origine, surpris lui-même de l'état des choses.

Marco soupira, les épaules bloquées entre les cuisses de Jean et esquissa un petit sourire, tapotant une fesse qui trainait encore sous ses doigts.

-Ca ira ?

-Putain, j'ai mal, sérieux…, souffla le blond.

Marco rit doucement et d'un mouvement des avant-bras il fit glisser les articulations de ses genoux sur ses épaules et se rapprocha légèrement, écopant d'un grognement de mécontentement. Il devait tirer sur les muscles fatigués et éprouvés, ce qui ne plaisait probablement guère à leur propriétaire.

-Dis-toi que c'est juste un mauvais moment à passer, souffla-t-il.

Jean lui en voulait probablement pour ce qu'il faisait, mais il ne l'avait jamais empêché de continuer. Pire, il attendait même après lui. Peut-être avait-il compris le problème qui se présentait : s'il devenait incapable de continuer à suivre l'entraînement, ou que la situation empirait, il se ferait évincer du camp.

Maintenant les cuisses du garçon surélevées entre eux deux, Marco posa son front contre la chemise de Jean. Il pouvait sentit l'humidité qui imprégnait le tissu, se rendant plus réellement compte de l'effort que cela avait dû lui demander. Il sentit les bras de Jean retomber sur ses épaules à leur tour, ses poignets de part et d'autre de son cou.

-Ca tire vraiment, grimaça Jean.

-Arrête de râler, détends-toi un peu.

Un soupir. Les mains du garçon se refermèrent derrière sa nuque et il esquissa un petit sourire, caché par sa position. Depuis la douche, il ne s'était absolument plus rien passé. Quelques regards, parfois une petite gêne. Un frôlement des doigts. Le soir, Jean tombait littéralement. La veille, il avait dû l'envelopper dans sa couverture : le temps avait visiblement manqué entre le moment où il s'était vautré au milieu du matelas et celui où Morphée s'était abattue sur lui.

Il était pleinement conscient que ça allait sûrement être difficile. Autant pour lui, de devoir lui faire subir tout ça, que pour Jean qui justement subissait.

Il entendait la respiration de Jean se calmer, devenir plus calme, et il s'éloigna lentement. Les mains dans sa nuque glissèrent, les doigts caressant son cou, la ligne de sa mâchoire, en s'en éloignant, et il ôta les jambes posées sur ses épaules. Comme la veille, un gémissement de soulagement retentit.

-Ah, bon sang…

-C'est bientôt l'heure du repas, répliqua-t-il amusé.

Il s'éloigna encore, pour faire descendre Jean en quelques coups de manivelle.

-Tu vas pouvoir te doucher ! ajouta-t-il, avec un sourire quand le visage du garçon se para d'une expression un peu gênée à la remarque.

Quand ses pieds touchèrent le sol, Jean eut un moment de soulagement au contact de la terre ferme, avant de perdre l'équilibre et tomber face contre terre. Surpris, Marco se précipita pour le redresser, découvrant le garçon bougonnant, et passa un bras autour de lui pour l'aider à se relever.

-Merde, j'ai les jambes en coton, grogna-t-il.

-Désolé, j'ai dû trop te pousser…

-C'est bon, ça v…Me lâche pas, enfoiré !

Marco rit, serrant sa prise sur lui. Il sentait une main s'agripper à sa chemise. Ce n'était pas désagréable de le voir dépendre de lui et s'accrocher ainsi.

Derrière ses airs volontairement bourrus et son caractère un peu particulier, il savait que Jean était juste…

Adorablement mignon et timide.

-Y'a plus d'eau chaude ! Qui est l'abruti qui a laissé l'eau couler toute la journée ?

Bertold grimaçait sous le jet glacé, maudissant le responsable. Avec de la chance, c'était une mauvaise blague de leurs instructeurs. Déjà que l'entraînement n'avait pas été probant pour tout le monde, maintenant ça. Mine de rien, il était plutôt satisfait de s'être remis aussi vite. Et d'avoir été capable de suivre l'entraînement ces jours-là –ou à peu près en tout cas.

Dans la douche à côté, il entendait Reiner grelotter et jurer en même temps, par-dessus le bruit de l'eau. Tout le monde était à la même enseigne, même si certains étaient plus sensibles que d'autres.

-Bert' ! entendit-il soudain. C'est froid chez toi ?

-Ouais, soupira-t-il. C'est gelé, on se croirait dehors.

La tête de Reiner venait d'apparaître devant sa douche et il sursauta en s'en rendant compte.

-Eh, c'est pas la fête, dégage ! grogna-t-il en lançant un gant sur lui.

Le blond s'en débarrassa avec un petit rire, et regarda autour d'eux. Il tendit l'oreille un petit instant, vérifiant qu'ils étaient seuls, et s'avança.

-Tu pourrais t'habiller, au moins, merde…

-Mh ? Mais je suis trempé !

-Alors essuie-toi !

-Bert', je pense que t'as déjà fait plus que me voir à poil, fais pas ta pucelle…

Reiner soupira avec un petit sourire, et le grand brun rougit jusqu'aux oreilles au souvenir. Aussitôt, il se retourna, montrant le dos, une main cachant une desdites oreilles pour se camoufler. D'un coup rapide, il actionna à nouveau l'eau glacée, sans se préoccuper de la plainte qui retentissait derrière lui.

-J'étais malade, grogna-t-il. Ma-la-de !

-T'étais pas franchement en plein délire.

-Va te faire mettre !

Se retourner pour éviter Reiner ? Mauvaise idée. Très mauvaise. A peu près aussi mauvaise que nier ce qui s'était passé plusieurs jours auparavant.

Il sentait déjà le corps terriblement sculpté se coller dans son dos. Les grandes mains remontèrent lentement, il les sentait glissant jusque sur ses omoplates, pour venir se refermer sur ses épaules. Malgré l'eau froide, il sentait son souffle chaud chatouiller sa nuque, puis l'arrière de son oreille.

-Dis donc, y murmura Reiner.

Il frissonna, songeant qu'il l'entendrait probablement moins s'il allait plus franchement sous le jet. Encore fallait-il le faire, ce pas.

-Tu veux que je te rappelle ce que tu disais ?

Le visage soudain brûlant, Bertold se crispa, pensant plus sérieusement à se jeter sous l'eau qui lui fouettait à peine les orteils. Ou peut-être devrait-il y balancer Reiner, vu ce qui fleurissait contre sa cuisse.

-T'es un enculé, Reiner.

-Tu fais un peu trop allusion à ça, tu sais ? Qu'est-ce que tu…

Brusquement, Bertold se retourna, plaquant Reiner sans douceur contre le mur carrelé. Le rouge aux joues, les propos de son camarade avaient fait leur chemin et il pinça les lèvres. Il se pencha, sentant le bout de son nez contre le sien. Les yeux sombres le fixaient.

Depuis quand ce regard était-il aussi intense ?

-Je te préviens, souffla-t-il. Il est hors de question que tu me prennes pour une gonzesse.

Etait-ce un sourire qu'il voyait là ? Reiner, en effet, rit légèrement et leva une main qu'il glissa derrière la nuque du brun.

-Ce sera à celui qui aura le dessus, alors ?

-Tu…

Un bruit. Un mauvais pressentiment. Un petit sifflotement.

Simultanément, ils tournèrent la tête, se décomposant quand ils virent la silhouette fluette et petite de Connie qui passait devant la douche. Le regard du garçon regardait toujours dans les box quand il longeait le petit couloir.

-J'VAIS LE BUTER !

-CALME, REINER !

-MAIS J'AI RIEN FAAAIIIIIIT !