Chapitre 36
-TU crois que ça va se passer comment ?
Reiner entrouvrit un œil, avant de se rendre compte que ce qu'il faisait était stupide : il n'y voyait pas mieux pour autant, il faisait déjà noir à l'origine et il avait remonté sa couverture jusque sur son visage pour garder la chaleur autant que possible. A côté de lui, Bertold s'était enroulé dans la sienne, l'empêchant de penser à n'importe quelle tentative. Le brun n'était pas dupe, son camarade n'était pas monté juste pour avoir la place de s'étaler.
Reiner soupira et se tourna vers le corps à côté du sien. La dernière fois qu'il avait touché Bertold, quand était-ce ? Il mourrait d'envie de le serrer contre lui. A travers les couvertures, il sentait la chaleur qu'il dégageait. Peut-être n'était-ce que la sienne qui augmentait à cette pensée, au final.
-Tu parles de quoi ? marmonna-t-il.
Il entendait les draps se froisser, la couverture bouger, glisser. Bertold changeait de position. Il fit une petite tentative déguisée, s'étirant bruyamment en étendant ses bras et jambes. Sa main se posa nonchalamment sur la forme proche en simulant l'accident, lui apprenant qu'il s'était tourné vers lui.
-Jean, répondit Bertold tout bas. Il a toujours été un peu trop sensible, alors avec Eren qui revient déjà…
Sous la couverture, Bertold sentait bien le bras posé en travers de ses épaules. Plus bas, un mollet avait fait de même et encombrait ses jambes. Reiner avait souvent cette manie de s'étaler de tout son saoul.
-Je sais pas et je m'en fous, grogna le blond.
Il l'avait à porté de main, là, juste sous son bras. C'était un peu vexant et frustrant de l'entendre s'inquiéter pour les autres dans un moment pareil. Il s'en fichait, en fait ? Alors qu'est-ce que ca voulait dire, ce qui s'était passé ? Sa réaction à l'infirmerie l'avait profondément marqué, beaucoup plus qu'il ne l'aurait pensé. Si Bertold n'avait, concrètement, rien fait, c'était surtout la nature de son geste qui le perturbait. C'était quoi, ça, un élan ? Il allait prétexter la fièvre ? A ce compte-là, Reiner pouvait tout aussi bien lui sauter dessus en bonne et due forme et user de la même stratégie ! Et puis ce n'était…
-T'es vraiment désagréable quand tu t'y mets.
-Tant mieux.
Avec un soupir et l'espoir de ne pas prendre un retour monumental –au pire il s'y attendait-, il laissa glisser sa main un peu plus haut que l'épaule, la faisant retomber dans le cou de Bertold puis sa nuque. Le silence à côté de lui ne le rassurait pas. Comment savoir ce qu'il avait en tête, là, dans le noir. D'habitude il exprimait au moins son mécontentement.
Ah. La chaleur qui se dégageait de sa peau était agréable et Bertold ferma les yeux de nouveau pendant un instant, se retenant de venir serrer le poignet qui frôlait son menton. Il allait encore se faire avoir, au final…
Il sentit le matelas bouger un peu. Reiner devait probablement changer de position. L'amas de couverture à côté de lui s'était rapproché, se collant à lui. Il était pourtant habitué à sa proximité et ses tentatives à chaque fois.
Dans son cou, les doigts caressaient sa peau, lentement, le faisant frissonner. Il attrapa enfin le poignet, pour le serrer légèrement. Il ne le sortirait pas. Seulement, il posa sa joue contre, voulant profiter un peu de sa présence. Reiner n'avait pas une peau particulièrement douce. Ni rugueuse comme les soldats rôdés au combat. C'était la peau d'un garçon typique, qui devenait un homme. Ou en était déjà un. Reiner avait toujours été plutôt avancé physiquement, pour son âge. Lui aussi, d'ailleurs. Ils étaient un peu similaires à ce niveau-là.
Les doigts venaient de s'enfoncer derrière sa nuque et Bertold se sentit sourire. Ah, il devait avoir l'air bête, là. Peut-être que l'autre aussi. La nuit permettait beaucoup de choses mais c'était triste dans le sens où il ne pouvait pas voir quelle tête faisait Reiner. A quoi pensait-il ? Pourquoi agissait-il ainsi ? L'aurait-il seulement su s'il avait pu le voir, déchiffrer ses expressions ?
C'était quoi, cette chaleur près de son visage ?
-Eh, Rein…
Quelque chose le bloqua soudain. Etait-ce ce poids brusquement collé contre lui ? La main qui appuyait fermement derrière sa nuque ?
La bouche qui était venue le faire taire soudainement ?
La quoi ?
Bertold mit une ou deux secondes avant de réaliser ce qui se passait, réalisant qu'en effet, c'était bien les lèvres de Reiner qui s'était posées sur les siennes, l'empêchant de parler. Et de réfléchir, par la même occasion. Il sentit une autre main se faufiler entre eux, s'enfoncer dans les couvertures. L'attraper par le col de son tee-shirt. Une jambe s'avança par-dessus les siennes, sur la couverture.
Ah.
Merde.
Sa bouche avait un contact agréable.
Comment Reiner faisait-il pour tout lui faire oublier à chaque fois qu'il le touchait ? Leur village. La mission. Le camp. L'entrainement. Les autres, tout autour d'eux.
Sa raison.
Il venait d'empoigner le visage du blond entre ses mains et Dieu seul savait comment il avait pu les extirper de la couverture alors qu'il se sentait emmailloté dedans l'instant d'avant. Il serrait la mâchoire, obtenait un sursaut de surprise. Ah, il ne s'y attendait visiblement pas.
Bertold retint un sourire victorieux qui devait tout de même se ressentir contre la bouche du blond, un poil victorieux, avant de sentir sa lèvre se faire gentiment attraper par un petit coup de dents. Un brin de langue à l'intérieur de la mâchoire glissa contre, caressant sa lèvre inférieure lentement. Il sentait son hésitation, et en même temps son envie ne lui échappait pas. Que Reiner se montrât aussi calme était en soi un exploit, c'était même plutôt frustrant. Il savait que ce n'était pas vraiment son genre.
Ni le sien.
Reiner respirait profondément, tressaillant quand une des mains sur son visage glissa pour se perdre dans ses cheveux. Il sentait les doigts passer à contre-sens dans les mèches courtes, s'y arrêter, les agripper. Contre ses dents, quelque chose d'agitait, et une pression de la main sur l'articulation de sa mâchoire l'obligea à ouvrir un peu la bouche. Bon, d'accord, ce n'était pas vraiment forcé. Presque aussitôt, le muscle humide se faufila entre ses lèvres et celles de Bertold vinrent se coller de nouveau aux siennes. Douces, rapidement brûlantes.
Aussi lentement que possible pour ne pas attirer l'attention, Reiner réussissait en même temps un nouvel exploit : quitter sa couverture pour glisser sous celle du brun, qui l'accueillit sans trop rechigner. Juste un peu, pour la forme, avec un petit juron. Presque affectueux, et Reiner se gifla mentalement d'avoir eu ce genre de pensée.
Quoiqu'en le sentant se presser contre lui de cette façon, il pouvait se poser la question.
Alors un peu.
Juste un petit peu, c'était possible, non ?
Bertold glissa un bras autour de la taille ferme, quittant les mèches souples et courtes. A ce moment-là, alors qu'un soupir émanait de Reiner, celui-ci passa une jambe par-dessus son bassin, et les fit légèrement basculer, Reiner en position de force.
D'une main, il rabattit la couverture, qui avait glissé, sur eux. Pour les protéger un peu, peut-être. On n'y voyait rien, dedans comme dehors.
Dans le dortoir, il n'y avait pas un bruit. Parfois, quelqu'un se retournait. Pour l'heure, Bertold n'entendait que la respiration rapide de Reiner. Il ne sentait que son souffle sur sa joue. Sa main qui s'aventurait sous son tee-shirt. Il avait les doigts un peu froids, le faisant frissonner. Sa bouche lâcha la sienne, glissant dans son cou. Son visage était chaud. Son souffle brûlant. Ses doigts s'étalaient partout où ils pouvaient, cherchant la moindre parcelle de peau.
Il sentit le garçon s'asseoir presque sur son bassin. Un tout petit peu plus haut en fait, mais suffisamment bas pour qu'il puisse sentir ce qui se passait dans sa tête. Enfin pas vraiment dans sa tête, et Bertold se maudit de ne pas être capable de réfréner ses propres ardeurs. Contre son cou, il sentit Reiner sourire, avant de donner un coup de dent dans la peau tendre. Surpris, il retint un gémissement, se mordant les lèvres, et passa ses bras dans le dos à sa disposition, attirant le torse large contre lui. « Enfoiré, » murmura-t-il. A sa respiration, il aurait presque pu l'entendre rire. Il l'avait presque allongé sur lui, et pendant une fraction de seconde il faillit se demander ce qui s'était immiscé entre eux.
Là, en bas.
Oui, là, contre le bas de son ventre.
Merde.
C'était quand même super dur.
-R…Reiner, t'es…
Il déglutit quand il lui souffla dans l'oreille, avant de happer lentement son lobe. Brusquement, Bertold agrippa ses mains sur le dos qu'il tenait, les renversant de nouveau sur le côté. Leurs jambes s'étaient un peu emmêlées. Ce n'était pas plus mal. La respiration un peu courte, il posa son front sur l'épaule de Reiner. Son bassin frottait légèrement contre le sien, et il ne put se retenir de faire descendre ses mains. Là, les muscles, qui se contractaient à chacun de ses mouvements. Et à chacun, il se retenait de mordre Reiner. Sous son tee-shirt, les doigts frôlèrent son téton. Il mordit carrément, et ses propres mains se refermèrent sur le fessier, en se perdant à l'intérieur du pantalon. L'élastique était tellement lâche qu'il n'avait pas vraiment eu à réfléchir pour le passer. Il entendit un léger grognement étouffé. Il pouvait comprendre même à travers le tissu de leurs vêtements, les frottements le rendaient dingue. Il sentait l'érection de Reiner qui tendait le tissu contre la sienne, découvrant, outre sous ses doigts, l'absence de sous-vêtements. .
-T'abuse…, souffla le brun en tirant d'un geste brusque sur le vêtement.
Reiner grogna de nouveau en sourdine, le visage entre le cou de Bertold et l'oreiller, appréciant visiblement peu de se retrouver les fesses à l'air.
-Tricheur…, marmonna-t-il.
Pour appuyer ses dires, il donna un petit coup de bassin de nouveau son gland frotta contre le bas ventre de Bertold, que le tissu avait déserté à force de bouger. Bénis soient ces pantalons qui avaient fait leur temps. Et bon sang, ses mains sur ses fesses, qui s'agrippaient. Son bassin qui s'agitait à présent. Son souffle. Ses petits râles. Sa peau brûlante sous ses doigts. Ses frémissements. Ses doigts qui glissaient, de ses fesses entre ses cuisses, frôlant un endroit encore plus intime.
-B…Bert'… ! gémit-il tout bas en se rendant compte de ce qui se passait.
-Merde, tais-toi…
Peu décidé à se laisser faire docilement, Reiner glissa son autre main sur la taille, puis les hanches, se débarrassant du haut de son pantalon pour le faire descendre à mi-cuisses.
La poigne de Bertold se raffermit soudainement quand les peaux entrèrent en contact. Le dos légèrement courbé, son visage se cachait dans l'épaule de Reiner tandis qu'il s'agitait à son tour, et le blond amena sa propre main vers leurs entrejambes, abandonnant la hanche pour glisser autour de leurs membres. Le soubresaut qu'il sentit contre lui, il le connaissait presque aussitôt, il leva son autre main, glissant deux doigts dans la bouche de Bertold qui avait relevé la tête, comme la première fois.
Ah, merde, c'était…Bertold déglutit en sentant le membre frotter contre le sien, les doigts les maintenant ensemble. Ceux qui s'étaient introduits dans sa bouche le perturbaient, l'empêchant de penser avec cohérence. Ils glissaient autour de sa langue, entre ses mâchoires qui le mordillaient légèrement. Il sentait le léger filet de salive qui s'échappait à cause de lui. Un brin de langue chatouillait son cou.
Un courant électrique parcourait son corps, par petites vagues, et ses propres mains n'en finissaient pas de toucher la peau qu'elles avaient trouvée. Sous ses doigts, il sentait le petit orifice, glissant juste dessus. La peau était lisse.
Les grognements de mécontentement et d'appréhension de Reiner étaient juste à tomber. Entre ses cuisses, une de ses jambes s'était glissée. Sous ses mains, il sentait la peau devenue moite, un peu humide, presque. Il tremblait.
Rectification : ils tremblaient, et Reiner accéléra ses mouvements, ses doigts s'en mêlant, terriblement glissant du liquide qui suintait à leurs extrémités.
Légèrement haletant, Bertold le sentait palpiter sous ses doigts. Une de ses mains remontant soudain, il le serra brusquement contre lui, laissant l'extrémité d'un doigt glisser dans l'anneau de chair qu'il caressait depuis un moment. Il avança un peu son épaule en même temps, pour étouffer le bruit du blond et son sursaut. Les doigts dans sa bouche se crispèrent un peu, se retenant visiblement de bouger plus. Il adorait le gémissement étouffé, presque inaudible, qui résonnait à côté de son oreille, et sentit une chaleur inhabituelle se répandre sur la peau de son ventre. Il l'oublia rapidement, le pouce de Reiner provocant soudain un grand blanc dans son esprit, et il entendit un petit juron dans son épaule.
-Ah, fais chier, grogna Reiner en enlevant ses doigts de la bouche du plus grand. T'es un connard…
Bertold cligna des yeux. Il serrait toujours le corps musclé contre lui, le souffle rapide et court, et se rendit compte que sa main était toujours à sa place, agrippant la fesse, et le bout de son doigt glissé à l'intérieur.
-A cause de ca ?
Il l'agita très légèrement, gagnant un sursaut et Reiner s'accrocha à lui un peu violemment avant de grogner de nouveau.
-Enfoiré…
S'il avait pu, Bertold aurait sûrement ri. Il ôta sa main et son doigt, venant serrer ses bras autour des épaules du garçon. Reiner grogna de nouveau, et cette fois le brun dût admettre qu'il était plutôt d'accord. Le bas du tee-shirt de Reiner était humide et collant. Au moins autant que son propre ventre, là où il avait senti une source de chaleur s'étaler. Pas besoin de leur faire un dessin : ils n'avaient pas prêté attention à ce qu'ils faisaient et en avaient mis partout. Les rois des abrutis, vraiment.
-Ouais, répondit-il simplement.
Il cligna des yeux. A côté de lui, la respiration lente et régulière d'Eren le rassurait un peu. Le reste beaucoup moins. Pourtant, le silence les entourait. C'était peut-être ça, le problème, et Connie sentait qu'il manquait quelque chose par rapport à d'habitude.
Et en même temps, il entendait quelque chose, bien que ce ne soit pas franchement ce qu'il attendait.
Tout bas.
Des murmures.
Des soupirs.
Des froissements de draps.
Agacé, il se tourna sur le côté vers les barreaux de bois. Un autre petit bruit attira son attention. Il détestait son ouïe, un peu plus fine que la moyenne. Surtout qu'il reconnaissait ce qu'il entendait, pour s'être déjà trouvé dans cette situation quelques temps auparavant.
Des gémissements, plus ou moins étouffés. Il savait qui, quoi. Et, par extension, comment et pourquoi.
Ils remettaient ça. Les deux grands, là-bas. Que se passait-il, cette fois ? L'image de ce qu'il avait vu était pour le moins imprimée sur sa rétine, bien malgré lui. Bertold était-il encore une fois alangui, les yeux brûlants, les lèvres entrouvertes ? La peau humide. Ses mèches en bataille. Reiner qui le surplombait, imposant.
Nus.
Avec un déluge d'hormones en ébullition.
Merde.
Il frissonna en entendant un nouveau gémissement et essaya de calmer ses idées qui circulaient décidément trop rapidement. Là, calme, calme. Tout allait bien. Personne n'était en train de…
Putain-sa-mère-j'fais-comment-là ?
Il s'était échauffé tout seul comme un grand, maudissant son imagination et sa mémoire qui s'alliaient à merveille pour alimenter un début d'érection nocturne. Il n'avait pas franchement souvenir d'avoir ne serait-ce qu'une fois fantasmé sur ses camarades. Ce n'était même pas franchement quelque chose qui l'attirait, voire le contraire. Alors quoi ? Le plaisir qu'il entendait ?
La nuit allait être terriblement difficile.
Pitié. Qu'ils arrêtent vite.
Pour pouvoir dormir.
