Chapitre 37
La lumière entrait abondamment dans la pièce. Clignant des yeux, ce fut la première chose qu'il remarqua. La seconde, ce fut la chaleur environnante. La troisième, le poids qui reposait à moitié sur lui. Il soupira, les idées embrouillées, et se frotta les yeux le temps de comprendre ce qui se passait. Ils étaient de repos. Ca expliquait le calme et quelques ronflements, malgré le déluge de lumière. En temps normal, ils seraient probablement tous déjà en train de courir pour se préparer.
Ah, non. Lui, ca ferait probablement un moment qu'il serait en train de courir, avec Marco derrière lui qui le pousserait toujours plus. Il retournerait bien dans son sommeil, pour la peine.
Un mouvement sur son ventre attira son attention, et il baissa les yeux. La couverture était remontée jusqu'à son col de tee-shirt et il la souleva d'un doigt avec curiosité en constatant qu'elle était un peu trop bombée alors qu'il n'était que sur le dos –et pas si gros…Si ?
Dans la pénombre sous la couverture, il découvrit le corps collé au sien. Il voyait les mèches brunes, en bataille sur le crâne qui lui faisait face, le visage posé –enfoui, même- sur le haut de son ventre. Une main était passée par-dessus son bassin, les doigts serrés à la fois sur l'ourlet de son tee-shirt et l'élastique de son pantalon de pyjama. Il sourit malgré lui. C'était peut-être bien la première fois qu'il le voyait ainsi. Déjà, au réveil. Habituellement, Marco avait toujours disparu quand il ouvrait les yeux, qu'ils soient de repos ou d'entraînement. Il se demandait toujours ce qui poussait le garçon à disparaître à l'aube –du moins il supposait que c'était à ce moment-là étant donné que lui-même dormait toujours.
Un petit soupir lui parvint de sous la couverture, et il sentit une jambe bouger, glissée sur les siennes. Rectification, remarqua-t-il quand elle remonta légèrement : entre les siennes.
Il remit la couverture en place, s'enfonçant dessous pour repartir dans le noir. Il laissa sa main glisser dans la nuque à portée de main, s'abandonnant à la caresser du bout des doigts. Presque aussitôt, la tête s'agita un peu, avant de se frotter contre son ventre. Marco respira profondément dans son sommeil puis resserra son étreinte de son bras. Encore un peu comateux de sa nuit, Jean retint un petit rire, faisant secrètement le souhait d'être le seul à savoir ça.
Bougeant lui-même un peu pour retrouver une position qui l'inciterait à se rendormir, il sentit Marco remonter un peu, sa tête venant se poser au creux de son bras. Il l'enlaçait toujours, l'empêchant de bouger comme il l'entendait.
-Marco ? souffla-t-il.
A travers le tissu fin de son tee-shirt, il sentait le souffle chaud du garçon, calme et régulier. Un petit grognement lui répondit, et il glissa son bras autour de ses épaules. Merde après tout, personne ne les voyait, et même si le tas qu'ils formaient sous les couvertures pouvait sembler étrange, ils pourraient toujours prétexter le froid de la nuit. D'ailleurs, depuis que le brun s'était rapproché de lui pour passer ses nuits, Jean avait remarqué qu'il avait abandonné ses innombrables vestes chaudes avec lesquelles il dormait d'ordinaire.
-T'réveillé…, entendit-il marmonner soudain.
La voix de Marco était basse, traînante. Il avait le réveil difficile, ce qui était un peu compliqué à imaginer. Jean le serra un peu, profitant de la chaleur qu'il dégageait et du cocon qu'ils créaient à eux seuls.
-Un peu…, répondit-il tout bas.
Les cheveux de Marco lui chatouillaient le menton, et bientôt la joue, comme le garçon se redressa légèrement, enfouissant brusquement son visage dans le cou non loin. Jean soupira un peu. Le souffle chaud lui chatouillait la pomme d'Adam à présent, le faisant frissonner. Quand il y repensait, la situation actuelle était peut-être terriblement éphémère. Totalement, en fait. Maintenant que son cerveau était de nouveau en état de fonctionner correctement, les détails saugrenus lui revenaient, à commencer par sa relation avec l'asiatique. L'engouement des premiers jours avait fini par se calmer, et l'entraînement qui les occupait tous deux avait tenu la jeune fille à l'écart. Etrangement, Marco n'avait pas paru s'en trouver dérangé outre-mesure. D'ailleurs si ça avait été le cas, il n'y aurait rien eu entre lui et le brun. Non ? Marco était quelqu'un de fondamentalement intègre, à cheval sur les principes même si parfois il pouvait lui en coûter. Il n'irait pas batifoler à droite, à gauche, à la vue de tous. Quoi que dans ce cas-là, il n'y avait qu'avec Mikasa que c'était très visible.
Mais Marco lui avait dit d'attendre. Jusqu'à quand ? Pourquoi ? Si le garçon ne parlait pas, songea soudain Jean en caressant distraitement une épaule sous sa main, il y avait toujours une deuxième personne au courant. La concernée. Même si l'idée ne l'attirait pas forcément, c'était toujours une solution. Si elle ne l'envoyait pas au tapis avec fracas ! Ses bleus venaient à peine de disparaître. Il verrait dans la journée pour cette histoire. Ou dans les jours qui arrivaient. Après tout, il avait le temps. Enfin, il lui semblait.
Il se crispa un peu, brusquement de moins bonne humeur.
Ah.
Ils n'étaient pas d'entraînement. Est-ce que ça impliquait que Marco allait passer le plus clair de son temps avec Mikasa ? Il restait rarement lors des permissions, avait-il changé ses plans pour elle ? C'était plausible. Très.
-Mh…Qu'est-ce que tu fais… ?
Marco soupira, encore à moitié endormi. Jean venait de se serrer contre lui, ruinant sa position confortable. Bon, celle-ci l'était probablement encore plus, mais pour le coup ça avait perturbé le reste de son sommeil. Il se frotta un peu contre le torse à hauteur de son visage, profitant de l'étreinte, bien qu'elle soit un peu forte à son goût de si bon matin, et referma ses bras dans son dos.
-Jean ? grogna-t-il, un peu perplexe de ne pas avoir de réponse du garçon.
-C'est rien…
-Tu vas m'étouffer…, répliqua-t-il.
Il sentit l'étreinte se défaire aussitôt, et regretta ses paroles en le sentant s'éloigner. Aussitôt, il fit glisser sa main le long d'un bras, à la recherche de celle de son camarade. Là, il se permit d'emmêler ses doigts aux siens et soupira de nouveau.
-Il est tard ?
-Ouais.
-T'es contrarié ?
-Mh…Non…
Il sentit les doigts de Jean se refermer sur les siens et sourit. Il savait que Jean était du genre à se prendre la tête pour un rien et Dieu seul savait ce qui pouvait passer dedans. Jean grogna légèrement et Marco sentit une épaule se hausser, puis un estomac hurler famine. Il gloussa gentiment, lâchant la main.
-Te moque pas…
-Je n'oserais pas.
Marco roula sur le côté, rompant le contact chaleureux qu'il y avait entre eux. La couverture disparut dans le mouvement, entraînée, et Jean frissonna violemment en sentant le froid s'inviter sur sa peau. Marco fit de même, et serra ses bras autour de lui, avant d'opter pour la couverture dans laquel il s'emmitoufla.
-Ca caille, bon sang…
Marmonnant, Jean récupéra sa propre couverture, et le temps de se redresser et bouger, il jeta un coup d'œil à son entrejambe, décidant brusquement d'opter pour la discrétion.
-'Vais aux toilettes, grogna-t-il en se levant, protégé jusqu'au cou par le tissu épais.
Marco ne releva pas, bâillant alors qu'il achevait de remettre de l'ordre dans ses idées. Ce ne fut qu'après, les pieds posés sur le sol froid, qu'il fronça du nez. Non, stop, ça ne voulait absolument rien dire. Absolument rien.
Il leva la tête en entendant du bruit au-dessus de lui. Visiblement, les dormeurs de l'étage émergeaient à peine eux aussi, et il devait bien avouer qu'il mourrait d'envie de voir dans quel état se trouvait Reiner, pariant seul sur le nombre de coups qu'il avait dû prendre dans la nuit. Un pour chaque tentative. Bon, autant parier sur sa capacité à revenir à la charge.
La tête enfoncée dans l'oreiller, Reiner grogna. Ah, trop de lumière. Il n'avait pas envie de se lever, et pourtant son estomac lui hurlait qu'il serait temps de faire quelque chose. D'une main, il resserra la couverture qui reposait sur lui, maudissant le tissu un peu rêche et désagréable quand il était à même la peau. Pourquoi était-il torse-nu, déjà ? Ah, oui, la nuit avait été un peu trop agitée.
Ils en avaient mis partout. Surtout sur son tee-shirt, d'ailleurs. Qui avait servi ensuite à tout nettoyer, rapidement et dans le noir, pour pouvoir dormir un minimum correctement. Le souvenir, d'abord flou, s'imposa rapidement à son esprit, et il se sentit changer de couleur. Blanc ou rouge, en revanche, il lui était difficile de dire. Il ne s'était pas vraiment passé ce à quoi il s'attendait, en fait.
Enfin…Si, en partie.
Mais pas ça.
Un petit mouvement à côté de lui attira son attention, et à peine eut-il tourné les yeux dans cette direction, qu'il tomba sur le regard papillonnant de Bertold. Oui, papillonnant. Du moins, le grand brun clignait des yeux un peu vite, cherchant visiblement à remettre les choses dans l'ordre. Reiner dans son lit. Visiblement méfiant et d'une humeur à définir. Ah, le blond n'avait pas oublié ce qui s'était passé la veille, et Bertold se para d'un petit sourire vainqueur. Au moins. Ce qui n'échappa pas au garçon.
-Oh, pourquoi tu rigoles, enfoiré ? grogna Reiner.
-Non, rien. Je viens de penser à un truc.
-C'est ça, ouais…
Bertold souleva un peu sa propre couverture, estimant l'ampleur des dégâts de la veille. A priori, ce n'était pas trop mauvais : il n'y avait qu'une tâche ou deux sur le matelas, et en comptant les jours, ça devrait passer assez inaperçu s'il en demandait de nouveaux. Connie apprécierait probablement moyennement de voir ce genre de choses.
Curieux, Bertold se retourna pour chercher le lit d'Eren. De là où il était, il pouvait apercevoir le dos du garçon contre les barreaux. Comme d'habitude, il ne parvenait pas à tenir tranquillement sous sa couverture et avait dû s'étaler à son aise d'une façon assez originale tout au long de la nuit. Parfois, il se demandait comment il pouvait tenir dans cette tenue malgré le froid, et avec sa couverture qui partait faire un tour gratuitement.
Reiner se redressa un peu, regardant dans la même direction que lui.
-Ca a l'air de s'être bien passé, non ? murmura-t-il.
Bertold sursauta en sentant le souffle dans sa nuque, et marmonna un « On dirait » un peu perturbé sur l'instant. Un coup d'œil en arrière lui fit savoir que sa réaction avait très visiblement rassuré le tas de muscles dans son dos, ce qui conforta Bertold sur le besoin de Reiner d'avoir le dessus entre eux.
Enfoiré.
-Grouille, j'ai la dalle, lança le blond avant de glisser vers l'échelle, se laissant presque tomber en bas.
Il retenait son pantalon d'une main, craignant que l'élastique n'ai vraiment fini par lâcher lors de leur occupation nocturne.
