Chapitre 39

Il était à peine sept heures du matin et tout le port était sans dessus-dessous. Emma aidait son père avec enthousiasme à charger les provisions et les sacs de voyages de chacun. Tous, Regina, ses parents, Crochet, Gold et elle même ne tarderaient pas à lever l'ancre.

La veille, après avoir concerté tout le monde, Regina et Emma étaient allées au commissariat demander l'emprunt du navire au Pirate pour se rendre au Pays Imaginaire. Celui-ci avait accepté sous les charmes de la jolie blonde mais exigea de faire parti du voyage en tant que guide et marin. Il ordonna aussi que l'on emmène le Crocodile afin que celui-ci ne prenne pas ses jambes à son cou. Marché conclu, Gold venait en tant que prisonnier, sous l'œil vigilant du Capitaine.

Regina prit un haricot magique parmis les rescapés de la Forêt Enchantée. Une fois l'ancre levée, sous les yeux fascinés de la famille Charmant, Regina lança l'objet magique dans les flots. Une spirale gigantesque fit irruption et aspira tout ce qui se trouvait aux alentours, le Jolly Roger y comprit.

- Accrochez-vous ! Hurla Regina

Chacun s'accrocha à ce qu'il pu, cordage, rebords du navire, gouvernail...

- En route pour le Pays Imaginaire ! Cria de joie Crochet, durement accroché au gouvernail.

Le bateau s'engouffra dans le tourbillon sous les cris de l'équipage entier.

Ce fut qu'après quelques dernières secousses que le navire se stabilisa à nouveau parmi les flots et les vagues d'une mer calme et paisible.
Chacun vaquait à son occupation, le couple princier se trouvait à l'avant du bateau, à l'affût d'apercevoir ce qui pourrait ressembler au Pays Imaginaire. Crochet magnait le gournail tantôt bâbord, tantôt tribord avec solennité. Mr. Gold se tenait prêt du Capitaine, appuyé sur sa canne.

Regina regardait le sillon à l'arrière du bateau, pensive. Elle se souvenait de la veille, au loft, dans la chambre d'Emma plongée dans le noir. La jeune femme qu'elle avait eu en face d'elle n'avait plus été la femme sûre d'elle, courageuse et ambitieuse qu'elle connaissait si bien, mais simplement une mère triste d'avoir perdu son enfant. Malheureuse et désemparée, séparée de la moitié de sa vie. Emma avait laissé tombé les masques un instant. S'ouvrant ainsi au maire, se confiant avec aucune méfiance. Regina avait été si surprise mais si attendrie.

Emma avait évité de se retrouver seule avec Regina, honteuse d'avoir un instant ouvert son cœur. Elle s'était alors attelée à la tâche de remplir le bateau et de retrouver son fils. Regina n'avait bénéficié d'aucun regard, ni même d'un sourire. Après tout pourquoi voulait-elle vraiment que la blonde ne s'intéresse à elle ? Elles n'étaient qu'amies. Rien de plus. Rien de moins. Néanmoins, lorsqu'elle se retourna, elle vit le Capitaine Crochet quitter les commandes du navire pour descendre dans les cales où se trouvait Emma. La brune ne put s'empêcher de ressentir de la jalousie et de la concurrence face au bel homme vêtu de noir. C'était vrai, il était beau, narcissique et méchant, mais loyal et charmeur.

- Maudit Pirate. Siffla t-elle entre ses dents.

Emma faisait des étirements dans les cales. Tantôt des pompes, tantôt des tractions. C'était son truc pour évacuer la colère et la mélancolie. Atteinte par la sueur qui perlait sur son débardeur kaki, elle s'arrêta un instant, épuisée. Le Capitaine débarqua alors dans la cale, dans sa main, son rhum.

- Tu n'aurais pas soif après tout ça, poupée ? Dit-il en tendant la flasque à Swan.

- Merci. Répondit la blonde méfiante en buvant une gorgée.

Swan s'essuya la bouche du revers de la main puis rendit la flasque à son propriétaire. Celui-ci la dévisageait longuement. Il aimait l'aspect de la sueur sur le corps de la blonde, ses lèvres asséchées par les suffocations et les veines qui ressortaient de ses muscles.

- Quoi ? Fit-elle sèchement.

- Il a quel âge ton gamin ? Questionna l'homme en s'adossant à la porte, en polissant son crochet.

- Il a dix ans, bientôt onze. Répondit-elle. Ce n'est pas que le mien, mais aussi celui de Regina, vous savez.

- Ça m'étonnerait qu'elle en soit le père. D'ailleurs, qui est-il ? Était-il à Storybrooke ? Demanda t-il dans l'espoir que la jolie blonde soit célibataire.

- Je suis mère célibataire si c'est ce que tu veux savoir, Crochet. Asséna Emma froidement. Son père ? Ça fait dix ans qu'il s'est envolé en prenant bien soin de m'envoyer en taule.

- Il s'appelait comment, le père ?

- Neal. Neal Cassidy. Un jour, un motard, Auguste, est venu m'voir. Il m'a dit que Neal ne s'appelait pas réellement ainsi. C'était un nom étrange, qui ne semblait pas de ce monde. Fire quelque chose, je ne sais plus. Il aurait été envoyé pour me prouver que la magie existait vraiment. Je ne l'ai jamais cru, de plus, il m'a blessé ce salaud. Expliqua Emma en plongeant son regard noir de colère dans les yeux du brun ténèbreux.

- Bealfire ? C'était Bealfire ? S'enjoua Crochet.

- Ouais, Bealfire. C'est impossible que tu le connaisse.

- Je le connais Swan, on a vécu quelques mois ensemble, avant que Peter ne l'enlève lui aussi. C'était le fils du Crocodile. Dit le pirate d'un air sombre, se souvenant parfaitement de l'enfant et des heureux moments passés ensemble.

Emma était abasourdie, pétrifiée, horrifiée, bloquée. Impossible. C'était impossible. Impensable. Et pourtant. Elle refusait de croire que Neal était le fils du plus grand et du plus sournois sorcier. Il ne pouvait pas être le fils de Rumplestiltskin, l'homme Ténébreux et marchandeur. Non. Impossible. Pourtant, le Capitaine Crochet ne semblait pas mentir, au contraire. Il paraissait plus sérieux que jamais.

Bien qu'il dise la vérité, Emma n'accepta pas. Elle sentit son cœur se serrer lorsqu'elle réentendait la voix de l'homme de sa vie. "Sois ma Tallahassee" lui avait-il murmuré après une longue nuit d'amour. Tous deux avaient projeté de s'enfuir sur cette île, et de vivre leur idylle sans que jamais rien ni personne ne les sépare.

Emma se jetta sur Crochet de rage et le submergea de coup de poing. La colère se mélant aux larmes, l'homme attrapa la jeune femme par les poignets et la bloqua.

- Calme toi Swan ! Cria t-il.

Et Emma fondit en larme. C'était à ce moment là que Regina avait décidé de descendre elle aussi, agacée de ne pas savoir ce qu'il se passait dans les cales. Elle vit dans l'ombre Emma et Crochet. Ils se regardaient mais elle n'entendit pas ce qu'ils se disaient. Elle vit simplement qu'il lui tenait les poignets. Sans chercher à comprendre, Regina remonta sur le pont et retourna à l'arrière du bateau, les poings serrés et les sourcils froncés.

Emma avait aperçu l'ombre de Regina et ordonna à l'homme de la lâcher. Elle s'en alla alors, vexée de s'être fait prendre au piège par le marin. Elle remonta à son tour sur le pont et s'aperçu que la nuit était tombée. Elle chercha ensuite la brune et la vit regarder le sillon.

- Bonsoir, Madame Mills. Salua doucement Swan en s'accoudant elle aussi aux rebords du navire.

Regina ne répondait pas. Elle ne la regardait pas non plus. Ses poings serrés lui faisaient blanchir les jointures de ses doigts.

- Tout va bien Regina ? Risqua t-elle de nouveau.

- Crochet n'est pas à vos trousses ? Répondit froidement Regina, le regard toujours planté sur le sillon.

- Je-... non ! Il m'a juste un peu parlé de Neal, c'est tout, Regina.

Emma s'étonna de devoir se justifier devant la brune. Elle ne comprit pas la colère de la Reine et ne chercha pas à l'attiser davantage. Elle ne savait pas non plus pourquoi Regina semblait si jalouse. Elles n'étaient pas ensembles et leur relation n'était qu'amicale. Emma se sentait encore libre de parler à qui bon lui semblait.

- Qui était-ce, ce Neal ?

- Bealfire, si vous préférez. Le père d'Henry. Grogna Emma, regardant elle aussi le sillon.

Storybrooke semblait si lointain, pensa la blonde un instant.

- Pardon ?! Aboya Regina se tournant enfin vers Emma. Le père d'Henry est le fils de Rumpleslitskin ? Jamais vous ne choisissez de coucher avec quelqu'un de plus intelligent Mademoiselle Swan ? Cria le maire hors d'elle. J'hallucine.

- J'étais jeune et à coté de mes pompes. Vous devriez le savoir puise que c'est à cause de vous que j'ai vécu une enfance minable ! Et vous savez quoi ? La personne intelligente avec qui j'aimerai coucher est complètement bornée et manipulatrice !

Sur ces mots, Swan s'éloigna en colère elle aussi et alla s'enfermer dans sa couchette jusqu'à ce qu'elle daigne en sortir. Regina resta là, plantée, scotchée.

Après avoir traversé quelques tempêtes et navigué des jours entiers, David fut heureux d'annoncer que la terre était en vue. Tous accoururent sur le pont, émerveillés par le Pays Imaginaire, tracé par l'horizon.

- Tiens bon Henry, nous arrivons. Murmura Emma à elle même.