Chapitre 40

Les mains le maintenaient fermement tout en le poussant. Contre ses omoplates, Jean pouvait sentir les muscles du bras se contracter alors qu'il avançaient à grands pas jusqu'au dortoir. Dans ses pensées, il se sentait de nouveau perdu, son incompréhension grandissante quant à la situation. Il passa une main sur son front, essuyant l'eau qui coulait de ses cheveux.

De nouveau, il se sentait inutile et faible. Il n'était pas une frêle jeune fille, pourtant ! Qu'est-ce qui n'allait pas avec lui ? Et avec Eren ?

Il entendit vaguement la porte se refermer lentement alors qu'ils avançaient entre les lits. Quelques instants après à peine, il sentit ses genoux se pliés, forcés par une main, puis le matelas sous ses fesses qui le ramena un peu à la réalité.

Il s'était laissé mener.

Pitoyable.

Une surface un peu rêche s'étala soudain devant ses yeux, l'aveuglant, et il mit quelques secondes avant de comprendre qu'il s'agissait d'une serviette sèche posée sur sa tête. L'odeur qui s'en dégageait était indéniablement celle de Marco.

-M-Marco… ? appela-t-il.

A travers le tissu, il sentait les doigts bouger lentement, pressant gentiment son crâne.

-tu es trempé, entendit-il murmurer.

Jean baissa un peu la tête, se laissant essuyer sans dire un mot. La présence du garçon et son toucher le rassuraient incroyablement.

Progressivement, les mains entrainaient la serviette. Dans sa nuque. Puis sur le haut de ses épaules. Le visage dégagé, Jean leva les yeux, se trouvant surpris un instant en constatant la proximité qu'il y avait entre eux. Juste au-dessus de son nez, presque contre, il avait pleine vue sur le menton de Marco. Il déglutit, bougea légèrement le visage jusqu'à ce que le bout de son nez touchât la ligne de la mâchoire. Il avait la peau chaude.

Plutôt douce.

Les mains du brun s'arrêtèrent une fraction de seconde. Son souffle lui chatouillait le front. Lentement, Jean sentit les bras se croiser dans son dos, glissant près de ses omoplates. Le bout des doigts se crispaient sur sa peau. La serviette glissait derrière lui, avec un petit bruit de tissu froissé.

Il ferma les yeux. Sur son front, les lèvres s'étaient posées, chaudes et rassurantes. Il les sentait bouger légèrement, lentement, tandis que les mots étouffés contre sa peau peinaient à sortir. Un réconfort un peu maladroit, d'une voix tremblante.

-Pardon…J'aurais dû faire plus attention…, murmura Marco.

Jean pinça les lèvres. Où allait le monde si en plus le garçon s'excusait pour quelque chose dont il n'était pas responsable ? Il aurait dû être capable de s'en sortir seul. De repousser Eren. Il y était pourtant parvenu pendant les entraînements, lorsqu'il s'était trouvé à devoir travailler en duo avec lui. Alors pourquoi se trouvait-il tétanisé de cette façon ?

A cause du contexte ?

Le souvenir de la fois précédente ?

La force que déployait brusquement le garçon ?

Serrant les dents, il s'agrippa au tee-shirt devant lui.

-Ce n'est pas comme si c'était de ta faute, souffla-t-il. J'aurais dû pouvoir…

Marco le serra soudain contre lui sans prévenir, une main glissant derrière sa nuque pour l'attirer dans son cou. Un peu gêné à force de se pencher, le brun posa un genou sur le matelas, contre la cuisse de Jean. Il voyait bien ce qui pouvait passer dans la tête du garçon. Après tout, ils étaient tous deux en passe de devenir des hommes. Et Jean avait une certaine fierté, un honneur qu'il protégeait.

Eren l'avait piétiné aussi facilement que s'il s'agissait d'un insecte.

-Ce n'est pas quelque chose que tu pouvais prévoir, murmura Marco.

Du bout des doigts, il caressait la nuque encore un peu humide. Les mains qui s'accrochaient à lui l'attristaient et le perturbaient tout à la fois.

-Marco…

Il haussa un sourcil quand son camarade l'appela, d'une toute petite voix, et défit un peu la pression pour pouvoir le regarder. Brusquement rougissant, Jean baissait les yeux.

-T'es…En train de me désaper, là…, dit-il tout bas.

Perplexe, Marco suivit son regard, et prit la même couleur que lui en effet, son genou posé sur un morceau de la serviette mal attachée avait fait son œuvre, faisant glisser avec une facilité déconcertante le tissu épais, libérant une hanche pâle. Il sourit un peu, rassuré : ça n'avait pas l'air de traumatiser Jean outre-mesure, au-delà de l'aspect intimidant de la chose.

-On dirait, gloussa-t-il légèrement.

Lentement, il posa ses lèvres sur l'arête du nez qui s'offrait à lui. Le contexte n'était peut-être pas le meilleur. Jean avait encore subi une situation troublante et humiliante. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Ils étaient seuls. Proches. Très proches.

Il sentit tirer sur son tee-shirt, l'obligeant à se pencher un peu plus, et les lèvres de Jean ne tardèrent pas à chercher les siennes. Vu comme ça, ça n'allait décidément pas l'aider, soupira-t-il intérieurement.

Essayant de retenir une brusque pulsion –le reverser là de suite, était terriblement tentant-, Marco posa une main sur la cuisse dégagée pour s'appuyer un peu, ses doigts glissant vers la hanche nue. Il le sentait frissonner sous lui lorsque ses doigts bougeaient, caressant la peau. Si Jean ne prenait pas vraiment soin de ses mains, sa peau abimée par les entrainements, son corps protégé par les vêtements se trouvait être…Beaucoup plus délicat que ce qu'il avait imaginé. Une surprise agréable qu'il ne se lassait pas de parcourir du bout des doigts, glissant de plus en plus dangereusement sous la serviette.

Les mains de Jean étaient remontées le long de son tee-shirt, l'attrapant par le col pour l'attirer un peu plus contre lui. Les lèvres étaient un brin moins intimidées, suçotant la sienne par intermittence, et Marco sentit ses cuisses se resserrer légèrement quand ses doigts s'avancèrent vers l'intérieur, et il retint un petit sourire en sentant l'appréhension nette qui se dégageait.

Il s'appuya un peu plus, posant son deuxième genou sur le matelas, et se retrouva assis sur les cuisses de Jean. Ce n'était pas très subtil comme attaque, mais peu lui importait.

Il y avait longtemps qu'il attendait ce type d'ouverture.

Et là, pour l'heure, le regard qu'avait Jean était pour lui. Juste pour lui. Il passa probablement plusieurs secondes avant de remarquer qu'il le dévisageait, provoquant une rougeur incontrôlée chez le garçon qui détournait le regard, gêné. Marco eut un petit sourire en coin et appuya gentiment contre son torse pour le pousser à s'allonger, se penchant au-dessus de lui. Qu'est-ce qu'il disait, déjà ? Ne pas le renverser sur le lit ? Ah, vraiment…

Mais si Jean continuait à se laisser faire, il risquait de ne plus répondre de rien. Déjà, rien que ça –le sentir entre ses cuisses, l'avoir sous ses mains, et sa bouche qui ne faisait que le cherchait un peu plus.

Irrémédiablement, il sentait l'excitation monter, et autant il s'en voulait, autant il commençait à abandonner ses principes, comme les mains de Jean glissaient dans son cou.

Il déglutit.

-Jean…, souffla-t-il.

-Q…Quoi ?

-Je peux te toucher… ?