Chapitre 41

Jean déglutit. Mollement allongé –poussé plutôt- sur le matelas, il fixait Marco, tentant d'analyser ce qu'il venait de demander. Dans ses yeux, même si son camarade semblait vainement se retenir, il pouvait lire son empressement, son impatience.

Son envie.

Son désir ?

Comment Marco voulait-il qu'il résiste à un tel regard ? S'il y avait bien une personne à laquelle il ne parvenait pas à refuser quoi que ce soit, c'était bien lui. Sous ses doigts, il sentait la nuque brûlante du garçon, sa peau frémissante, et il appuya légèrement, un peu hésitant quant à savoir lui-même s'il donnait son consentement dans ce geste. Et pourtant…

Pourtant, pourquoi hésiter ?

Il se souvenait encore des mains d'Eren le parcourant. A ce moment-là, il n'avait pensé qu'à une chose : si seulement il s'agissait de Marco. Alors l'avoir, là, contre lui, sur lui, le perturbait un peu. Si Marco ne regardait pas là où était sa main, Jean avait peur qu'elle ne finisse par toucher si elle avançait encore. Et vu l'état dans lequel un simple baiser l'avait mis, il y aurait de quoi faire fuir.

Très rapidement, Jean lança un regard alors que les lèvres de Marco glissaient lentement le long de la ligne de sa mâchoire, jugeant leurs entrejambes respectives, et perdit le souffle un instant. Si sa propre érection se cachait derrière le pauvre bout de serviette –plus pour longtemps s'il en jugeait par sa capacité à la perdre-, le pantalon détendu et lâche que Marco avait porté la nuit perdait son rôle protecteur. Dans l'entrebâillement de la ceinture, le tissu était un peu plus tiré que la normale. Même si c'était sombre, il pouvait apercevoir l'extrémité de son sexe, dressé et visiblement en pleine forme.

Presque aussitôt, une main vint l'aveugler en se posant en travers de ses yeux. Comme ce jour-là, quand Marco l'avait touché la première fois.

-Re…Regarde pas, idiot…, gémit le brun.

-Pourquoi ?

-Regarde pas, c'est tout…Merde, il t'a encore marqué…

Jean frémit quand la bouche du garçon s'attaqua à son cou, mordillant à l'endroit même où Eren s'était acharné plus tôt. Ce n'était pas la même sensation. Il n'y avait pas de peur, pas de dégoût, et il ne parvenait pas à comprendre d'où venait cette différence.

Tout ce qu'il savait, c'était qu'il le voulait, lui. Avec tous les frissons déroutants qu'il lui procurait.

-Tricheur…, marmonna-t-il dans un soupir. Toi tu vois toujours tout…

-Pourquoi veux-tu voir ?

Aveuglé, Jean ne pouvait pas voir son visage. Il pouvait juste sentir son souffle impatient dans son cou, rapide et chaud. Il laissa glisser ses mains, de sa nuque à ses épaules. Elles étaient larges. Sous le tissu du tee-shirt il pouvait sentir les muscles rouler au moindre de ses mouvements.

-Parce que j'en ai envie…, souffla-t-il.

Juste en disant ça, il sentit un coup de chaud le prendre aux joues, et tenta de réfréner le mélange d'excitation et d'appréhension, se concentrant sur les doigts posés sur son visage. Mauvaise idée. Ils étaient chauds, délicats malgré tout.

-Parce que j'ai…Envie de te voir…, gémit-il. Marco…J'ai envie, merde…

Jean frissonna en sentant la main serrer sa cuisse un bref instant, avant de s'aventurer sous la serviette. Il sentait Marco sourire contre sa peau. Puis gémit quand un doigt glissa le long de son érection, avant que la main ne s'enroulât autour lentement.

Jean bougea un peu la tête, essayant de se dégager de son autre main.

-M…Marco, arrête…Avec ça…Je te dis…

A force de se contorsionner, Jean était parvenu à faire un jour entre les doigts qui entravaient sa vue. Pour la peine, il n'aurait cédé sa place à personne. Pas même pour tout l'or du monde. Le visage légèrement relevé, Marco avait laissé tomber son masque de calme et de stoïcisme habituel, celui qu'il dédiait à peu près à tout le monde.

Là, le souffle court, les lèvres rosies, et une rougeur s'étalant sur ses joues, Marco le dévisageait. Il avait le regard un peu embué, dans une expression presque fiévreuse.

-Regarde pas, je t'ai dit…, gémit-il de nouveau.

Jean sentit son cœur rater un battement, et ses mains glissèrent brusquement à son visage pour l'attirer contre lui.

Et le renverser sur le matelas sans prévenir, roulant sur lui. De leur position initiale, ils ne gardaient que les cuisses de Marco qui enserraient le bassin de Jean. Un peu hébété par le changement rapide et non anticipé, le brun le fixait, ses mains envoyées au loin dans le mouvement. Il était visiblement surpris de le voir au-dessus de lui, de sa propre initiative.

Ah, oui. C'était ça. C'était probablement la première fois qu'il agissait de lui-même et ne se laissait pas simplement porter par Marco.

Quelque chose attira leurs regards une fraction de seconde sur le côté. Sur le matelas, là où Jean était allongé un instant avant la serviette gisait. Les serviettes, même. Le blond prit sur lui, offrant un petit sourire contrit à son camarade.

-Désolé, murmura-t-il.

-P…Pourquoi tu t'excuses ?

Marco devenait de plus en plus rouge, peinant à se ressaisir, et Jean dut se faire violence pour se contenir. Les petites taches brunes sur son visage se mariaient adorablement avec cette couleur. Il aimait son visage, ses pommettes, son nez très légèrement retroussé, parsemé de petites étoiles sombres. Et sa bouche, sur laquelle il faisait glisser le bout de son index.

-Peut-être…Pour plein de choses…, souffla-t-il.

Marco détourna le regard. Il devenait écrevisse.

Merde. C'était adorable.

Et pour la première fois, Jean avait envie de remercier Eren et ses agissements détestables pour lui avoir permis une approche.


-Alors, t'es calmé ?

Connie avait fini par lâcher Eren et l'avait jeté sous un jet d'eau glacée. Il n'avait pas eu besoin de le déplacer beaucoup pour voir la bosse qui déformait son pantalon et estimer que le garçon avait été suffisamment sérieux dans ses agissements pour être dans cet état. Alors il était resté debout devant la cabine de douche, le fixant longuement alors qu'il se recroquevillait sur lui-même sous l'eau. Eren avait fini acculé contre le mur sur ele côté, les genoux ramenés contre lui et un de ses bras les entourant, l'autre camouflant son visage baissé.

Connie n'aimait pas ce genre de mesures trop drastiques, la violence n'était pas son fort. Mais lorsqu'il était passé devant les douches avec Marco et avait aperçu deux silhouettes dans une configuration inhabituelle, son sang n'avait fait qu'un tour. Il s'était jeté en avant, le frappant de toutes ses forces, bien que sachant qu'il était faible. Il avait au moins pu compter sur l'effet de surprise.

-Eren…

Un petit reniflement lui répondit. Eren ne bougeait pas, grelottant seulement, et tendait même à se recroqueviller un peu plus. Ses vêtements, ses cheveux, absolument tout était gorgé d'eau, et la douche continuait de couler sur lui. Serrant les dents, Connie s'avança. Bloqué par l'eau, il ôta son tee-shirt d'abord, l'envoyant quelque part derrière lui et se lança de nouveau sous le jet. Là, il s'accroupit devant le garçon, posant une main sur le bras qui serrait ses jambes. Del'eau, il essaya de dégager le deuxième derrière lequel se cachait Eren. Celui-ci reniflait, le plus discrètement possible.

-Eh, répond…, murmura Connie.

Il vit la tête se secouer très légèrement. Alors il insista, tirant un peu brusquement. Eren baissa davantage le visage.

-Tu as un problème, marmonna Connie en le regardant. Si tu n'en parles pas un jour, on ne pourra rien pour toi, tu le sais ?

Il se baissa à sa hauteur, se mettant presque à quatre pattes. LE bruit de l'eau était un peu différent quand le jet était amorti par son dos. C'était gelé, et il eut du mal à retenir un frisson de désagrément.

-Eren ! Insista-t-il en le secouant légèrement par les épaules.

Un petit bruit lui répondit, et le bras lâcha les genoux qui s'affaissèrent un peu contre Connie. Un petit sanglot résonna dans la douche, que le brun tentait vainement d'étouffer.

Connie le regardait, désemparé. A dire vrai, il ne s'était pas franchement attendu à ce genre de situation.

-Eh…

Connie se rapprocha un peu, hésitant, et retint un cri de surprise quand une main attrapa son épaule sans crier gare. Cependant, alors qu'il se maudissait de ne pas être resté suffisamment sur ses gardes, il se retrouva simplement avec le visage du garçon collé à lui, son front juste sous ses clavicules. Ses doigts s'étaient crispés, le serrant presque douloureusement.

Contre lui, c'était une petite plainte qui s'élevait, un mélange de gémissements et de sanglots. En baissant les yeux, Connie pouvait voir sa nuque, ses épaules qui tremblaient, agitées de petites secousses.

-Merde, franchement…, soupira-t-il.

Il hésita un long moment, et passa maladroitement un bras dans le dos d'Eren, frottant grossièrement le tissu trempé.

-…Tu sais que je suis nul à ça…Enfoiré…

La journée promettait d'être longue. Très longue.