Chalut à tous ! Comment allez-vous aujourd'hui ? Hmm ? Bien ? Tant mieux ! Ça me rassure, je préfère vous savoir en forme. Certains d'entre vous se sentent mal ? Mes pauvres agneaux ! Allongez-vous sur le divan, prenez une tasse de thé ou de café, détendez-vous et racontez-moi vos soucis. Je vous écoute. Non ? Vous voulez lire ? Au temps pour moi ! C'est un très bon remède aussi. Alors ne perdons pas plus de temps.
Dans ce chapitre, nous passons à la deuxième partie : le passage chez Beorn.
Résumé : nous voici au premier matin de leur séjour chez lui. Bofur se porte volontaire pour réveiller Bilbo et bien évidemment, comme à chaque fois avec lui, ça foire. Ils apprennent qu'il y a eu une dispute violente entre Dori, Nori et Dwalin. Ori en faisant les frais. Puis sur la fin, Fili et Kili profitent d'un moment d'intimité loin de tous mais une tension commence à apparaître chez l'aîné.
Toujours pas de Thorin, désolée. Il a pas repoussé dans mon potager. Il reviendra en force plus tard, promis !
Cet univers ne m'appartient pas, blablabla, personnages trop chers, blablabla, joujoux temporaires, blablabla... Petite précision, le passage où Bofur s'étale sur Bilbo est directement tiré du livre. Je l'aime vraiment beaucoup, il fallait l'intégrer à la fic.
Merci pour les reviews !
Bonne lecture !
Chapitre 5
La seconde fois où Bilbo fut confronté à la deuxième personnalité de Bofur fut chez Beorn.
La Compagnie avait marché une journée entière depuis son arrêt à la rivière avant de trouver la maison du changeur de peau. Une fois arrivés sur place, ses membres étaient tous à bout de force et ne rêvaient que d'un bon repas et d'un lit. Visiblement, il leur faudrait attendre puisque l'ami de Gandalf n'appréciait pas les étrangers et ne les laisserait pas entrer dans son domaine avant qu'ils ne montrent pattes blanches. Grâce à la ruse du magicien, et au visage angélique et suppliant du Hobbit, Beorn accepta de recevoir la bande de Nains sous son toit. Il leur offrit de quoi se restaurer, se reposer et se soigner, ce qui était bien plus qu'ils n'avaient espéré. Enfin ils étaient en sécurité et pouvaient profiter d'un peu de calme. Ils ne craignaient rien dans les bois protégés par l'ours, personne n'entrait sans qu'il ne s'en aperçoive. Pour une fois, Gandalf avait eu une bonne idée et ils lui en étaient tous reconnaissants.
Ils arrivèrent en fin d'après-midi et ne pensaient qu'à dormir. Chacun pansa ses blessures, avala de quoi se rassasier un minimum et alla directement se coucher sur sa paillasse attitrée. Quasiment toute la troupe s'endormit avant 23h, tous se délectant de sentir autre chose que le sol dur de la forêt sous eux et de ne pas entendre le tintamarre habituel des animaux nocturnes. Personne n'eut besoin de monter la garde et tous eurent droit à un repos bien mérité.
Le lendemain, le Soleil se leva de bonne heure, réveillant un à un les membres de la Compagnie qui se sentirent plus reposés que jamais. Une belle journée s'annonçait et chacun allait en profiter pour s'adonner à ses activités favorites. Le petit-déjeuner copieux offert par leur hôte remplit leurs estomacs et les laissa repus. Il ne manquait que le Hobbit à la table. Celui-ci dormait encore d'un sommeil de plomb. Si l'odeur de nourriture n'avait pas réussi à le réveiller, un groupe d'orcs à dos de Wargs fracassant la porte d'entrée n'y parviendrait pas. Bofur se décida à aller le chercher avant qu'il ne reste plus rien de comestible, ce qui ne devrait pas tarder vue la façon dont Bombur lorgnait les pots de crème et de miel restants.
Le mineur se leva, sa pipe à la bouche, et se dirigea vers le coin réservé aux invités. Une forme non identifiée à moitié cachée sous un drap se trouvait au milieu des autres matelas, elle était entièrement immobile et Bofur se demanda même si elle respirait encore. En s'approchant il put constater que oui, de légers ronflements parvinrent à ses oreilles, ils étaient nettement moins bruyants que ceux du reste de la Compagnie, on les entendait à peine. Même quand il dormait, Bilbo restait adorable et délicat. Un petit sourire se dessina sur les lèvres du Nain, son ami était trop mignon pour un tel environnement et pourtant, il arrivait à conserver son innocence et à rendre n'importe quel endroit, aussi sinistre qu'il fut, lumineux et plaisant, c'était un véritable don que possédait ce semi-homme. Son sourire rayonnait plus chaleureusement que le Soleil, il semait la joie et la bonne humeur partout où il passait. Peut-être que des fleurs poussaient dès qu'il posait le pied par terre. C'était une créature magique et envoûtante et Bofur n'avait pas su lui résister.
Il aurait pu le regarder dormir pendant des heures, Bilbo paraissait si paisible ainsi, aucune trace d'anxiété ne venait perturber ce visage poupin, sa bouche était légèrement entrouverte, il semblait détendu. Quelques boucles cuivrées recouvraient son front, tombant juste au niveau des yeux, et offraient un côté angélique à cette bouille toute ronde. Le semi-homme représentait l'innocence et la pureté à l'état brut ainsi, le réveiller aurait été un crime. Ses oreilles délicatement pointues apparaissaient au milieu de l'épaisseur de ses cheveux et donnaient envie de les mordiller pour voir quelle réaction cela susciterait. Bofur pouvait aisément imaginer le Hobbit rougir après avoir laissé échapper un gémissement involontaire et essayer de se cacher. Sa timidité faisait partie de son charme et le rendait encore plus attirant. Oui, le mineur aimait absolument chaque partie de ce semi-homme.
S'arrachant à sa contemplation, Bofur s'approcha du sujet de ses fantasmes dans l'intention de repousser une mèche derrière une oreille mais c'était sans compter les draps roulés en boule au pied du matelas de Bilbo. Ne les voyant pas, le fabriquant de jouets se prit les pieds dedans et jura avant de s'étaler de tout son long sur le pauvre Hobbit, réveillant ce dernier en sursaut. Il fallut plusieurs secondes au cambrioleur avant de comprendre ce qui se passait. Il dormait tranquillement, profitant d'un moment de répit trop rare en ces temps-ci, quand tout à coup, un poids lourd lui était tombé dessus sans crier gare. Il ne se souvenait plus du rêve qu'il avait été en train de faire, les images disparaissant une à une de son cerveau embrumé alors qu'il essayait de les récupérer. Ce qui le fit abandonner sa course contre sa mémoire fut le fait qu'il ne pouvait pas bouger ses membres et que sa respiration était laborieuse. Il ouvrit les yeux mais il faisait sombre dans la pièce, les grandes fenêtres laissant entrer la lumière du jour se trouvaient à l'opposé des couchettes, de ce fait, il ne distinguait pas grand chose. Il tenta de gigoter pour se dégager mais la charge pesant sur son torse, et le reste de son corps, ne se déplaça pas. Que se passait-il enfin ? Est-ce que quelqu'un lui faisait une mauvaise blague ? Était-il toujours prisonnier des goblins dans leur horrible caverne ? Bilbo ne savait plus, tout était flou dans son esprit et il eut du mal à se rappeler où il se trouvait.
-Que… Où suis-je ? Que se passe-t-il ? paniqua-t-il, la respiration haletante.
Une main calleuse vint se poser sur son crâne, le calmant instantanément. Cette sensation était familière, il connaissait cette personne. Il se détendit et ferma les yeux. Enfin il se souvint que Beorn les avait accueillis dans sa maison la veille et leur avait offert de quoi manger et dormir. Il était en sécurité, ses compagnons étaient dans les parages et Gandalf veillait sur eux. Tout allait bien. Cette nouvelle le tranquillisa et il soupira de soulagement.
Sentant toujours le poids sur lui, ainsi que la main, Bilbo ouvrit à nouveau les paupières et plissa les yeux, il observa la personne au-dessus de lui, puisqu'il s'avérait que c'était un être vivant, et crut reconnaître un chapeau. Il n'y avait qu'un seul Nain de son entourage qui en portait un, ce qui signifiait que c'était Bofur qui se trouvait allongé sur lui. Le cœur du semi-homme tapa un grand coup dans sa poitrine à cette révélation. Il avait essayé de s'éloigner un peu du mineur afin de ne pas recommencer ses précédentes actions, bien que la distance qu'il s'était imposé lui avait pesé, et ne lui avait pas adressé la parole depuis la dernière fois qu'il l'avait embrassé. Se retrouver nez à nez avec lui maintenant était quelque peu déstabilisant mais les caresses produites par cette main étaient divinement agréables. Bilbo aurait pu se rendormir.
-Ça va mieux ? J'suis désolé d'vous avoir réveillé aussi brutalement, j'avais pas prévu d'vous tomber d'ssus. J'voulais pas vous faire peur. Vous allez bien ?
La voix de Bofur était basse, peut-être pour ne pas réveiller les autres mais après vérification, le Hobbit s'aperçut qu'il était le dernier encore couché. Il réussit à distinguer son visage, qui n'était pas très éloigné du sien, son regard était rêveur, voire tendre. Bilbo se sentit rougir d'être le récepteur d'autant d'émotion. S'il avait été un chat, il aurait probablement ronronné suite à ces délicieuses caresses. Il tenta malgré tout de reprendre un semblant de dignité.
-Oui, (il se racla la gorge) je vais bien. Vous… Que vouliez-vous ? demanda le semi-homme d'une voix rauque.
-Rien d'particulier. J'suis v'nu voir si vous étiez toujours en vie vu qu'vous vous réveilliez pas. Vous avez bien dormi ? s'enquit Bofur tout en continuant de passer sa main dans les cheveux du cambrioleur.
-Très bien, mer… merci. Et vous-même ?
C'était assez étrange de discuter avec le Nain alors que ce dernier n'avait pas bougé d'un centimètre et se tenait toujours sur le Hobbit. Visiblement, il s'était installé confortablement et n'avait pas envie d'en descendre.
-Oh ! Parfaitement bien ! J'ai dormi comme un bébé ! Bombur vous a pas trop dérangé avec ses ronflements ? Il fait beaucoup d'bruit et ça peut êt' déplaisant.
-Non, ça… ça allait. Je l'ai à peine entendu. J'étais trop fatigué.
-J'suis content qu'vous vous soyez r'posé. Vous en aviez bien b'soin, hier soir vous vous endormiez dans vot' assiette !
-Il est vrai que j'étais épuisé, avoua Bilbo rougissant de plus belle.
Le pauvre aurait bien aimé se déplacer mais il était toujours coincé sous le Nain à la pioche et il ignorait comment lui demander poliment de se pousser. Bien sûr, il n'avait rien contre un tel réveil mais la situation était affreusement embarrassante. Si quelqu'un s'approchait de leur coin, il assisterait à un spectacle inhabituel. Le plus gênant était le fait que le Hobbit était parfaitement détendu, son cerveau commençait à se réveiller et à imaginer des scénarios bien moins convenables suite à leur position. Il devait se sortir de là avant que son corps ne le trahisse.
-Vous… Vous avez parlé du petit-déjeuner ? demanda-t-il timidement.
-Ah oui ! Il restait plus grand-chose tout à l'heure. Bombur est passé avant vous, expliqua le mineur sans bouger.
Il avait maintenant la tête soutenue par sa main, l'autre servant à caresser les boucles du semi-homme.
-Il faudrait peut-être aller voir s'il m'a laissé quelque chose…
-Hmm…
-Bo… Bofur ? bredouilla le plus jeune alors que la main était descendue à son oreille puis dans son cou, lui offrant d'agréables sensations qui embrouillaient son cerveau.
Le Nain ne répondit rien, il était ailleurs. Ses yeux étaient fixés sur ceux de son compagnon et le regardaient de manière attendrie, il semblait en transe. C'était la première fois qu'une telle expression était peinte sur le visage de Bofur. Habituellement, il observait le semi-homme avec envie et désir mais uniquement quand ses cheveux étaient détachés, cela ne comptait pas. Pourquoi un tel changement ? Était-il en train de se moquer de lui ou bien, est-ce que Bilbo rêvait encore ?
-J'voulais vous dire qu'j'suis très content qu'vous ayez décidé de r'venir. Vous savez, j'ai jamais douté d'vous. Dès que j'vous ai rencontré, j'ai cru en vous. Vous êtes le membre qui manquait à cette Compagnie pour qu'elle réussisse. On s'rait jamais arrivés aussi loin sans vous. J'avais pas eu l'occasion d'vous l'dire encore.
-Mer… merci, Bofur… C'est très aimable de votre part, le remercia le semi-homme abasourdi. Je crois que c'est un peu grâce à vous si je l'ai fait. (Il baissa la tête et ne vit pas les yeux de son ami s'illuminer à ces mots) Je n'aurais jamais dû vous dire ces horribles choses dans la grotte, vous ne le méritiez pas.
C'était tellement déroutant de faire preuve de sincérité dans une telle position, d'autant plus qu'il pouvait sentir le poids du regard de l'aîné sur lui, ce qui le troubla encore plus.
-C'est pas grave, j'vous en veux pas.
-Je vais me répéter mais vous être vraiment quelqu'un d'exceptionnel, murmura Bilbo.
Le moment aurait pu devenir plus intime, il était d'ailleurs sur le point de l'être puisque le fabriquant de jouets se pencha légèrement en avant vers le visage offert du Hobbit, si un intrus n'était pas arrivé à cet instant. Il portait le nom d'Ori et plus précisément, d'un Ori en pleurs qui les passa sans les voir, courant vers le fond de la maison.
Les deux amis se regardèrent étonnés puis entendirent des éclats de voix venant de la table. Apparemment, une dispute avait lieu, ils reconnurent les grognements bestiaux de Dwalin mais ne surent qui devait affronter sa colère.
-Nous devrions peut-être aller voir. Je dois vous avouer que je suis un peu inquiet. Ori n'avait pas l'air bien.
-Vous avez raison. Le p'tit était en larmes, il a dû arriver queq' chose. Ses frères se sont sûrement encore interposés, compléta Bofur en se relevant à contrecœur.
Il aurait préféré rester plus longtemps sur le Hobbit, ce dernier était plus confortable qu'un matelas et il n'avait pas eu l'air de s'en plaindre. Le petit regard complice qu'il lui envoya confirma les pensées du Nain, il n'était pas le seul à avoir senti l'atmosphère s'alourdir et s'ils n'avaient pas été interrompus, qui sait ce qu'ils seraient en train de faire à cet instant. Rien que d'y penser, une vague de chaleur le consuma, Bilbo lui faisait vraiment beaucoup d'effet. Le mineur dut se racler la gorge pour dissimuler son trouble, et aussi ajuster sa tunique parce qu'il avait un léger problème assez embarrassant. C'était une chance que le semi-homme ne l'ait pas remarqué. Sa naïveté était une bénédiction.
Bofur offrit une main à son compagnon pour l'aider à se mettre debout et fut satisfait de le sentir s'appuyer sur lui pour reprendre son équilibre. Il savoura le bref contact de la petite main du Hobbit dans la sienne, s'amusant de voir la différence de taille. La sienne recouvrait entièrement celle de Bilbo et absorbait la chaleur qui en émanait. Malheureusement, la bonté du cambrioleur, ou bien son estomac, le fit mettre fin à ce moment privilégié et il se dirigea vers la partie salle à manger d'un pas déterminé. La faim guidait plus son corps que la compassion.
Lorsqu'ils arrivèrent sur place, un triste spectacle les attendait : la table était pratiquement vide mises à part des montagnes de miettes. Bilbo soupira de dépit, il devrait se passer de petit-déjeuner. Il sentit une main réconfortante se poser sur son épaule et sut que c'était Bofur qui tentait de lui remonter le moral.
-Désolé, Bilbo. J'aurais dû vous réveiller plus tôt, s'excusa le mineur.
-Ce n'est pas votre faute. J'ai trop dormi.
Cela n'empêcha pas la tristesse de s'installer, il avait faim mais ne pouvait rien consommer. Quelle tragédie pour un Hobbit ! Avant que la dépression ne l'accable, son bras fut fermement agrippé et il fut entraîné vers la table. On l'assit de force sur un tabouret et des pots de miel et de crème ainsi que du pain apparurent devant lui. Bilbo se retourna et vit Bifur gesticuler dans tous les sens, désignant la nourriture puis le Hobbit. Il marmonna en Khuzdul et Bofur en profita pour faire la traduction.
-Il dit qu'il vous a gardé ça avant qu'Bombur ne l'engloutisse. Apparemment, il veut vous r'mercier d'l'avoir laissé cuisiner.
La joie qui s'empara du cambrioleur à ces mots fut incontrôlable. Il était très touché par le geste du Nain et le remercia chaleureusement avant de se jeter sur son repas, ne se souciant pas de ses manières. Bofur rit de le voir agir ainsi, leur semi-homme ressemblait à un troll de petite taille. Bifur sembla satisfait et retourna à sa contemplation de la table.
Le reste de la Compagnie s'amusa de la situation, du moins ceux présents. Thorin était sorti surveiller les lieux, nul ne savait où étaient ses neveux et personne ne souhaitait le découvrir. Dwalin avait disparu, probablement dans l'intention de se calmer les nerfs. Quand à Ori, il n'avait pas resurgi.
Ce que les nouveaux venus ignoraient, c'était qu'un peu plus tôt, le scribe avait été approché par le grand guerrier alors qu'il mangeait à côté de son plus vieux frère. Ce dernier avait regardé l'intrus de travers, se doutant de ses intentions. Le plus jeune n'avait pas remarqué la présence du Nain chauve jusqu'à ce que celui-ci prenne la parole.
-Ori, avait-il commencé, t'as qu'une seule arme. Ton lance-pierre s'ra pas très utile face à un dragon. Il faut qu't'apprennes à t'servir d'une hache. J'vais t'entraîner.
Le jeune scribe avait rougi, sans raison, et bien qu'il avait peur de se retrouver opposé à l'imposant guerrier, il avait été sur le point d'accepter. Lui-même savait que niveau combat, il frôlait l'incompétence. Il ne pouvait pas constamment dépendre de quelqu'un d'autre pour le protéger car cela mettait le reste de la Compagnie en danger. Cela lui faisait un point commun avec le Hobbit qui ne possédait qu'une petite épée mais ce dernier ne craignait rien. Bofur s'était désigné comme son protecteur personnel, Gandalf veillait sur lui et même Thorin le défendait. Ori ne pouvait compter que sur ses frères et bien que Dori fasse partie des plus forts du groupe, il avait autre chose à faire que de courir au secours de son benjamin.
-Ori n'a pas besoin d'apprendre à se battre, il est ici en tant que scribe officiel pour retranscrire les événements. Lors des combats, Nori et moi nous chargeons de sa sécurité, avait sèchement répondu Dori.
-Si jamais on est d'nouveau séparés comme chez les gob'lins, il s'ra en danger ! avait argumenté Dwalin.
-Il y aura toujours un Nain pour s'occuper de lui !
-P'tétr qu'il a envie de s'débrouiller seul pour une fois ! Tu passes ton temps à l'materner ! Il a 132 ans ! C'est plus un enfant ! Laisse-le prendre son indépendance ou il s'ra toujours vu comme le bébé du groupe ! Même Fíli et Kíli sont plus libres que lui !
-Je t'interdis de me dire comment m'occuper de mon frère ! avait rugi Dori en se levant tellement brusquement qu'il en avait renversé son tabouret. Je sais exactement ce qui lui faut et ce n'est pas une brute comme toi qui va me faire la leçon ! Ori est issu d'une famille convenable, il épousera un Nain du même rang ! Pas un arriéré dans ton genre !
-Dori ! s'était exclamé Ori, choqué. Tu n'as pas le droit d'insulter M. Dwalin ! Il est loyal et honnête, tout ce qu'il y a de plus respectable ! De plus, il a raison, je dois apprendre à me battre si je ne veux pas être une gêne pour vous.
Le reste de la Compagnie avait arrêté de manger, sauf Bombur, et les regardait de façon hébétée, Bifur étant exclu. Pas un ne fit le moindre commentaire, Thorin se désintéressa de la dispute pour se reconcentrer sur le parcours à suivre. Tous les animaux de Beorn s'enfuirent de peur et le maître des lieux n'était pas présent.
-Reste en dehors de ça, Ori. Je vais régler son compte à ce tas de muscles écervelé.
-Dori, non ! s'était interposé le plus jeune. S'il te plaît ne te bats pas contre lui. M. Dwalin veut simplement me protéger et je l'en remercie.
-C'est pas qu'ton bien-être qu'il a en tête, était intervenu Nori, sortant de nulle part. Il désire une toute autre chose, pas vrai ?
Le guerrier n'avait rien répondu au sourire narquois du voleur, causant à sa conquête de se poser des questions.
-T'as pas intérêt de t'approcher de lui. Si tu tiens tant qu'ça à te distraire, va faire un tour à l'écurie, les poneys seront à ton goût, avait déclaré le voleur, choquant son petit frère.
Le Nain chauve avait grincé des dents et serré les poings. Il ne pouvait s'énerver, c'était exactement ce que le bandit souhaitait, il n'entrerait pas dans son jeu. Dwalin avait posé une main sur l'épaule d'Ori avant de reprendre la parole, s'adressant au cadet.
-J'ferai rien contre la volonté d'ton frère. J'disais juste qu'il valait mieux pour lui qu'il s'entraîne pour éviter qu'il lui arrive-
Une dague tranchante s'était enfoncée à quelques centimètres à peine de l'abdomen du guerrier, transperçant la table, le coupant net. Le jeune scribe avait sursauté et laissé échapper un petit cri devant l'hostilité évidente de son frère. Ce dernier en avait tenu une autre, prêt à la lancer, le visage toujours aussi menaçant.
-Ton inquiétude est touchante mais inutile. On s'occupe d'Ori. Enlève ta main de lui si tu veux pas la perdre.
Cela avait été l'affront de trop pour le Nain aux haches. Il avait laissé sa colère l'emporter.
-Vous êtes ridicules autant l'un qu'l'autre ! Arrêtez d'traiter Ori comme un gosse ! Vous lui pourrissez la vie ! avait-il ragé.
-Mêle-toi de c'qui t'regarde ! Ori n'est pas ta responsabilité ! T'as aucun droit sur lui ! Si je te vois tenter quoi que ce soit à son égard, je me ferai un plaisir de te faire subir le même sort qu'aux autres ! avait contre-attaqué Nori, furieux.
-Ça suffit ! avait hurlé Ori. Arrêtez ! Pourquoi vous en prenez-vous à Dwalin ? Il n'a rien fait de mal ! Vous ne me demandez pas ce que moi je veux ! Je l'apprécie beaucoup ! C'est un des seuls à me considérer comme un adulte ! Au moins avec lui, je ne me sens pas rabaissé ! M. Dwalin est très gentil avec moi et je… Je ne suis pas contre ses avances… avait-il fini en rougissant.
Le silence avait suivi sa déclaration, Dori et Nori ne sachant comment reprendre le contrôle de la situation et Dwalin surpris de l'aveu du jeune scribe. Se rendant compte de ce qu'il avait dit, ce dernier s'était enfui en courant, les larmes aux yeux. N'étant pas d'un naturel compatissant, aucun Nain ne l'avait suivi, ignorant ce qu'il fallait faire. Le grand chauve aurait bien voulu le rejoindre pour le réconforter mais le voleur lui avait bloqué le passage et menacé de manière convaincante.
-Reste où tu es ou je te coupe un bras.
Ne pouvant rien faire, Dwalin était sorti de la maison en rage, des envies d'homicide le hantant. Depuis, personne ne l'avait vu, ni Ori.
Balin résuma toute l'histoire à Bilbo pendant que celui-ci mangeait, se doutant que si quelqu'un pouvait parler au jeune scribe, c'était lui. Thorin se chargerait de Dwalin, le connaissant suffisamment pour savoir que ce dont le guerrier avait besoin était un combat afin de se défouler. Quand à Nori, il s'était de nouveau éclipsé, probablement dans le but de mettre au point un plan pour éliminer toute tentative de la part de son ennemi. Dori n'avait rien dit depuis un moment, semblant méditer sur la situation. Le vieux conseiller l'avait approché mais n'avait pas réussi à obtenir quoi que ce soit concernant son état d'esprit.
Le Hobbit échangea un regard avec Bofur et se leva pour trouver Ori. Son ami en fit autant, l'accompagnant sans même prendre la peine de lui demander. Ils se dirigèrent vers là où ils l'avaient vu partir et sortirent de la maison par la porte arrière. Celle-ci donnait sur l'étable où se trouvaient les poneys de Beorn. Il ne fut pas difficile de mettre la main sur leur cible, le jeune Nain s'était installé parmi les animaux, se sentant peut-être compris par eux. Bilbo s'assit à ses côtés, son compagnon faisant de même, et démarra la conversation.
-Bonjour Ori. J'ai appris ce qui s'était passé. Voulez-vous m'en parler ? Je vous promets que ce que vous direz restera entre nous trois. N'est-ce pas, Bofur ?
-Oui ! On n'en parl'ra à personne. Juré ! se dépêcha d'accepter le mineur, plus pour faire plaisir au cambrioleur que par respect de la vie privée du dessinateur.
-Je ne vois pas ce que je peux dire de plus, vous connaissez toute l'histoire, déclara Ori en reniflant.
-Vous pourriez commencer par exprimer votre opinion, ce que vous ressentez. Par exemple, que pensez-vous de Dwalin ?
Ce fut comme si un barrage contenant toutes les émotions du scribe venait d'être détruit. Il pouvait enfin parler librement pour la première fois de sa vie et le Nain timide en profita. Il déversa toute son irritation, son ressenti, sa peine et son exaspération. Ori maniait très bien les mots, même dans sa colère, il utilisait des qualificatifs qu'il n'aurait pas osé prononcer en temps normal pour désigner ses frères.
Bofur et Bilbo en apprirent énormément, le problème était plus grave qu'ils le croyaient et remontait à très loin. Ainsi, Dori avait toujours couvé le dernier né, allant jusqu'à agir comme s'il était sa mère. Il le surprotégeait depuis sa naissance et ne le laissait rien faire seul. Son affection était étouffante mais Ori n'osait pas le lui reprocher.
Très jeune, il avait dû subir les disputes entre ses aînés car ces deux-là ne s'étaient jamais vraiment entendus. Ils voyaient les choses différemment et n'avaient le même avis sur rien. A l'époque, le dessinateur n'avait pas compris pourquoi ils se détestaient et avait été persuadé que c'était de sa faute. Il avait grandi en pensant que Nori ne l'aimait pas et ne voulait pas de lui dans la famille. Aujourd'hui encore, il n'était pas sûr que le Nain à la coiffure étoilée l'appréciait vraiment.
Ayant été élevé majoritairement par Dori, ce dernier lui avait enseigné que les activités de leur troisième frère étaient illégales. De ce fait, Ori avait appris à vivre en considérant tout ce que faisait Nori comme étant mal. Cela dit, il lui en voulait également sur certains points : le fait de ne pas être là souvent, de ne pas l'aider lorsque Dori se faisait trop oppressant, de mener sa vie sans eux et de n'avoir jamais pris le temps de discuter avec lui. C'était d'ailleurs le principal problème, Ori ne connaissait pratiquement rien du voleur et n'était pas sûr de pouvoir l'appeler son frère. Entre l'un trop présent et l'autre toujours absent, le jeune scribe n'avait pas eu une enfance heureuse. C'était pour cette raison qu'il avait décidé de rejoindre la Compagnie, même si ses aînés s'y étaient fermement opposés. Il voulait rencontrer de nouvelles personnes, voyager en terre inconnue, affronter des dangers et pouvoir se sentir vivant.
Ori aborda le sujet de Dwalin avec plus de gêne. Il le connaissait depuis tout petit et l'avait toujours admiré. Il le voyait comme un grand guerrier, fier et courageux, loyal, prêt à suivre son roi n'importe où. Alors que la plupart des gens étaient effrayés par sa carrure, son mauvais caractère et sa grosse voix, Ori les trouvait rassurants. Il avoua se sentir en sécurité avec lui et avoir plus peur de Nori que de Dwalin. Plus d'une fois, le chauve l'avait protégé, se mettant lui-même en danger et jamais il ne lui avait dit être une gêne ou un poids. C'était un ami, le premier qu'il avait eu. Le dessinateur rougit lorsqu'il confessa que les avances du Nain robuste étaient touchantes et plus que bienvenues. Cela faisait plusieurs années que le scribe éprouvait ce genre de sentiments pour son protecteur mais il avait toujours cru la réciproque impossible.
A la fin de son récit, un sourire timide avait remplacé ses larmes. Ses yeux étaient encore rougis mais il semblait content. Cela avait dû lui faire du bien de se libérer ainsi. Bilbo en fut rassuré. Maintenant, il ne restait plus qu'à faire accepter aux deux aînés leur futur beau-frère. Ce ne serait pas facile mais un Hobbit était plein de ressources.
-Je vous remercie de m'avoir écouté, M. Baggins.
-Ce n'est rien, je vous en prie. Savez-vous ce que vous allez faire ?
-Je dois aller m'excuser auprès de Dori, il n'aime pas quand je m'énerve contre lui, répondit le scribe, peiné. Je ne sais pas quoi faire concernant M. Dwalin…
-Vous pourriez lui montrer que vous tenez à lui, proposa Bilbo.
-Mais comment ? Dori et Nori m'empêcheront de l'approcher !
-T'as qu'à lui tricoter queq' chose ! intervint Bofur, resté silencieux jusqu'à présent.
-Bonne idée ! Je peux lui faire une écharpe ! s'enthousiasma Ori en tapant des mains.
Bilbo envoya un sourire fier au Nain à la pioche, ravi de son aide. Ce dernier lui en retourna un plus grand, le cœur battant. Le scribe les observa étonné puis se rendit compte de l'évidence. Bofur et Bilbo ? Comment avait-il pu passer à côté ? Ces deux-là étaient souvent ensemble et s'entendaient bien, ils formeraient un couple merveilleux.
Pendant ce temps, de l'autre côté de la propriété, deux jeunes Nains profitaient d'un peu d'intimité pour se retrouver. Ils s'étaient éclipsés un peu plus tôt, juste avant la dispute entre Dwalin et les frères Ri, et avaient réussi à échapper à la vigilance de leur oncle qui ne voulait pas que la Compagnie s'aventure dans les bois. Ils étaient tranquillement installés au bord d'un petit lac qui servait d'abreuvoir aux animaux environnants. L'aîné était assis dans l'herbe, appuyé contre un arbre, ses chaussures ainsi que sa veste en fourrure posées à ses côtés. Il avait les yeux clos et semblait dormir paisiblement mais en réalité, il veillait. Il surveillait discrètement sa moitié brune qui s'amusait à chasser un lapin. Elle aussi ne portait que sa tunique et son pantalon. Quelques tresses avaient fait leur apparition dans sa chevelure mais rien ne les attachait, les laissant aussi libres que leur porteur. Fíli les avait faites, plus pour s'occuper que pour marquer son territoire, sachant très bien qu'elles ne tiendraient pas longtemps.
Tous deux avaient besoin de calme et de se retrouver seuls. Voyager avec toute une équipe de Nains, Hobbit et éventuel magicien devenait pesant à la longue, même si c'était leurs amis et familles. Le blond devait avouer qu'il avait beau adorer son oncle, il préférait passer du temps avec son frère dans un coin reclus. Celui-ci se rapprochait d'ailleurs dangereusement des berges sans s'en rendre compte. S'il continuait, il allait finir à l'eau. Kíli était un adulte et pouvait se débrouiller mais il lui arrivait de se blesser à cause de son manque d'attention. Actuellement, Fíli donnait l'impression d'être parfaitement à l'aise mais il était prêt à bondir à son aide à la moindre occasion, sachant ce qui risquait d'arriver.
Il n'eut pas à attendre plus. Comme prévu, l'archer glissa sur un caillou en voulant attraper sa proie et plongea la tête la première dans l'eau. L'épéiste soupira puis se leva pour vérifier qu'il ne s'était pas noyé. Une fois arrivé sur les lieux de l'accident, Fíli constata que le lac était relativement profond. Ne voyant toujours pas de tête brune refaire surface, il commença à s'inquiéter. Est-ce qu'il avait coulé ? Peut-être qu'il s'était cogné la tête en chutant et avait perdu connaissance. Une poignée de secondes plus tard, alors que l'aîné se préparait mentalement à sauter, Kíli resurgit, secouant ses cheveux dans tous les sens et ouvrant les yeux. Dès qu'il aperçut son frère, une moue triste se dessina sur son visage. L'angoisse de celui-ci s'évapora et il souffla de soulagement.
-Fi' ! pleurnicha-t-il. J'ai mal à la cheville ! Je crois que je me suis fait une entorse !
L'interpellé laissa tomber sa tête de dépit, il allait encore devoir jouer les nounous.
-Tu n'avais qu'à faire attention. Thorin ne sera pas content si on retarde la quête. Je vais regarder ça, répondit l'héritier au trône en lui tendant la main. Et ne t'avises pas de me faire tomber dans l'eau ou je ne pourrai pas t'aider ! prévint-il juste avant que sa moitié l'attrape, faisant bouder cette dernière.
S'agrippant à son frère, Kíli se laissa hisser hors du lac. Il s'installa sur l'herbe, les vêtements et les cheveux trempés, et laissa son amant l'ausculter, ce qu'il fit avec soin. Fíli remonta la jambe du pantalon et appuya légèrement sur la cheville endommagée. Mis à part quelques gémissements de douleur, son cadet aimait bien trop en faire quand l'épéiste jouait les infirmières, il ne vit rien de terrible. Elle n'était pas gonflée, ce qui était positif.
-Je crois qu'on n'aura pas besoin de demander à Óin de t'amputer, tu devrais survivre, diagnostiqua Fíli. Il faut juste que tu évites de t'appuyer dessus.
Un éternuement fut sa seule réponse. Levant la tête, il remarqua que son petit frère grelottait, l'eau était froide et il y avait un peu de vent, la meilleure combinaison pour attraper un rhume, chose qu'il fallait à tout prix éviter. Kíli était particulièrement imbuvable quand il était malade. Posant sa main sur le front du brun, l'aîné constata que sa peau était gelée.
-J'ai… fr… froid… Fi'… bégaya le plus jeune dont les lèvres viraient au bleu.
Il ne manquait plus que ça, le blond devait agir vite avant que l'état de son frère s'aggrave.
-Retire tes vêtements, ils sont trempés. Je vais chercher nos affaires.
-Si tu… voulais me… me saut… ter dessus, il su… ffisait de le dire, commenta Kíli d'un sourire taquin.
-J'ai pas besoin de t'ordonner de le faire d'habitude.
-Mais j'… j'aime bien quand tu… tu me donnes d… des ordres, avoua le plus jeune, surprenant son amant. Ça m'excite.
-Je saurai m'en souvenir pour la prochaine fois.
Fíli embrassa brièvement son frère avant d'aller chercher leurs manteaux. Pendant ce temps, le plus jeune se battait avec ses mains qui ne cessaient de trembler. Ses doigts étaient tellement froids qu'il n'arrivait pas à les plier. Il ne réussit qu'à défaire trois crochets de son haut avant que sa moitié ne revienne. Celle-ci déposa son chargement sur l'herbe et l'aida. Rapidement, Kíli fut entièrement dévêtu, laissant sa peau en contact direct avec le vent. Il se recroquevilla sur lui-même afin de lutter contre le froid mais son supplice fut de courte durée car il fut enveloppé dans un tissu chaud. Baissant la tête, il constata que c'était la tunique de son frère. Il enfouit son nez dans le col, respirant l'odeur masculine rassurante si distinctive. Ensuite, deux bras enserrèrent sa taille, le collant contre un torse solide entre les jambes de Fíli et son long manteau recouvrit ses genoux. Il était entièrement protégé, ne restait que ses cheveux qui furent essorés et attachés en catogan. Un petit baiser fut déposé dans sa nuque, créant de nouveaux frissons qui n'avaient rien à voir avec la température. L'archer se recula au maximum contre son amant et profita de cette étreinte chaleureuse. Il ferma les yeux et ronronna de contentement, le sourire aux lèvres.
-Il faut toujours que tu crées une catastrophe. On ne peut pas te laisser seul deux minutes, réprimanda gentiment Fíli. Si tu devenais roi d'Erebor, le royaume courrait à sa perte.
-C'est pour ça que t'es là pour me surveiller, répondit le plus jeune en se lovant encore plus.
L'épéiste le frappa sur le crâne, causant un cri indigné de sortir de la victime.
-Fais pas le malin ! Je suis sérieux ! Un de ces jours il arrivera quelque chose de grave et tu ne seras pas prêt à en assumer les conséquences.
-Tu t'inquiètes pour rien. Je sais ce que je fais et si j'ai un problème, tu viendras me sauver, affirma l'archer en se retournant, les yeux débordant de confiance.
L'aîné s'avoua vaincu face à un tel entêtement, son frère était trop immature. Peut-être qu'il devait être confronté à un véritable danger pour comprendre mais tant que lui serait là, il ne risquait rien. Fíli savait qu'il avait tendance à le surprotéger mais c'était sa responsabilité depuis sa naissance. Comme Kíli avait un garde du corps personnel pour veiller à sa sécurité, il n'avait aucune notion de prudence et se jetait la tête la première dans les combats. Le seul moyen d'y remédier était qu'il se retrouve dans une situation périlleuse potentiellement fatale mais cela, Fíli refusait d'y songer. Il préférait se faire empaler par une lance plutôt que de laisser sa moitié sans protection. A cette idée, il resserra son étreinte à laquelle l'archer répondit en souriant.
En tant que prince héritier, son devoir était d'assurer la sauvegarde de sa famille et de son peuple. Il l'avait accepté très tôt et ne déshonorerait pas son mentor en abandonnant. Techniquement, il ne devait pas faire de distinction entre les deux mais il était évident que pour lui, la vie de Kíli valait plus que tout l'or d'Erebor et il sacrifierait tout ce qu'il possédait pour le sauver, son nom, son rang, son honneur et même son âme. Mieux valait que Thorin ne l'apprenne pas ou il lui ferait un sermon sur la dignité des Durin.
Fíli pouffa, son oncle pouvait dire ce qu'il voulait, il doutait que leurs ancêtres aient jamais couché avec un membre de leur famille, l'idée même les aurait choqués, le roi actuel y compris, alors question respectabilité, il était trop tard pour les princes.
Les deux frères étaient très tactiles entre eux et cela ne gênait personne. Les gens avaient vite compris qu'ils étaient très proches. Ce que tout le monde ignorait, c'était à quel point. Nul ne se doutait que l'inceste courait dans la lignée de Durin, alors que les coupables ne faisaient pas dans la discrétion mais ils mettaient leurs comportements sur le compte de la fraternité. L'un et l'autre avaient conscience des risques énormes de leur situation. Si cela venait à s'apprendre que les deux héritiers s'accouplaient régulièrement, un scandale éclaterait. Ils seraient rejetés, par leurs familles et leurs proches, déshonorés, humiliés et bannis. Jamais ils n'auraient le droit de rentrer à Erebor et personne ne voudrait les approcher, on les renierait publiquement. Fíli tenait absolument à épargner cela à Kíli, c'est pourquoi ils ne se permettaient d'être intimes que lorsqu'ils étaient sûrs d'être seuls. Ils étaient passés maîtres en l'art de se cacher mais le risque d'être découverts planait constamment au-dessus d'eux et ils savaient que si cela arrivait, leur oncle et leur mère ne leur feraient pas de cadeaux.
Cela ajouté au fait que Kíli était trop imprudent de manière quotidienne, autant dire que le blond n'avait pas l'esprit tranquille et qu'il ne se détendait quasiment jamais. Il devait être digne pour son oncle, mature pour son entourage, courageux pour son peuple et aimant pour son frère. Ce dernier ne s'en rendait pas compte mais il en attendait beaucoup de lui, même si c'était avec plaisir que l'épéiste lui répondait. Trop de personnes s'appuyaient sur lui et cela lui pesait de plus en plus chaque jour mais il devait continuer de garder la tête droite et de ne rien laisser paraître, c'était son devoir en tant que prince héritier. Les responsabilités étaient sur ses épaules, pas celles de Kíli.
Fíli baissa la tête et constata que son casse-cou de petit frère s'était endormi, il ne frissonnait plus. Après vérification, sa peau avait retrouvé une température normale. L'aîné se détendit et observa le visage serein de sa moitié qui dormait paisiblement, l'esprit libre de tout tracas. C'était cette bouille d'ange qui le faisait avancer et pour laquelle il était prêt à tout affronter, même la furie de son oncle qui n'avait rien à envier à celle d'un dragon. Pour lui, Fíli avait renoncé à son âme et l'avait vendue aux puissances malfaisantes du monde.
-Je te protégerai, peu importe le prix à payer, murmura-t-il contre la tempe de son frère avant de surveiller les environs au cas où quelqu'un viendrait et se mit à veiller sur le sommeil de son amant.
Angelnaru : De temps en temps, ces petits moments privilégiés sont nécessaires pour calmer un peu les choses, ralentir le récit sans l'immobiliser. Ce ne sera pas le dernier, bien sûr.
Merci beaucoup. ^^
Mousseline : Merci. :D
Voilà, tu as résumé le titre de la fic. Bilbo a deux prétendants très différents mais aussi très tentants. Qui l'emportera ? Lancez les paris dès maintenant ! Pour voter pour Thorin, tapez 1. Pour Bofur, tapez 2. Sans avis, tapez l'auteur.
Merci beaucoup !
