Bonjour ! (Il faudrait que je trouve une variante, ça devient répétitif.)

Le chapitre arrive un jour plus tôt, c'est comme ça. Vous avez été tellement gentils sur « Au vainqueur revient le butin » que vous méritez une récompense. ^^ Ne me remerciez pas, ça me fait plaisir. :P

Il semblerait que l'intervention de Gandalf ait contrarié plusieurs d'entre vous. Oui mais que voulez-vous. C'est un Istari, il a le droit sur tout. Et entre nous, je pense qu'il aurait plus réagi dans ce sens afin de faire avancer la quête, que de participer au casting des Feux de l'amour en Terre du Milieu. « Dans le rôle de Victor Newman, Gandalf le Gris. »

Bref, résumé du chapitre : Rien ne va plus entre Bofur et Bilbo. Ils n'osent plus se parler ni même se regarder. (C'est pour mieux se retrouver après mais chuuut. :P) C'est tristounet car leur relation partait bien mais ils ont dérapé. (Attendez vous à me haïr à la fin du chapitre. Oui, c'est la fête à Bofur en ce moment. ^^') D'un autre côté, Ori est très déterminé à obtenir sa grosse brute épaisse et il va le prouver. Leur couple est en bonne voie, une grande partie du chapitre leur est consacrée. En plus de cela, Thorin en profite pour revenir au premier plan dans le cœur de Bilbo en lui disant clairement ses intentions. Petit moment de tension aux deux-tiers du chapitre. La famille Durin s'effrite. Quant à la fin... Je vous demanderai de ne pas me viser avec le moindre objet contondant. Moi aussi j'ai souffert en écrivant cette partie mais il le fallait. :(

Voilà. Vous savez tout. Cet univers ne m'appartient (toujours) pas. Martin Freeman a refusé d'embrasser Richard Armitage (en tout bien tout honneur) lorsque je lui ai demandé de donner une tournure plus privée à la relation Thorin/Bilbo.

Bonne lecture et merci pour les reviews !


Chapitre 8

Le retour à la maison de Beorn se fit dans un silence pesant et rempli de gêne. Les deux compagnons n'osèrent pas se regarder et ignorèrent totalement la présence de l'autre. Bofur avait rattaché ses cheveux, se jurant de ne plus jamais les détacher après un tel résultat. La culpabilité l'accablait, rendant ses pas plus lourds et ses épaules voûtées. Son sourire avait complètement disparu, ne laissant la place qu'à une mine désemparée reflétant son conflit interne. Il souhaitait prendre Bilbo dans ses bras afin de le rassurer, de lui dire que ce n'était pas sa faute et que tout irait bien mais se retint, péniblement. Ce genre d'action était proscrite vu ce qui en avait résulté un peu plus tôt. Pourtant, le petit cambrioleur se noyait dans sa tristesse. Son désarroi émanant de sa personne par vagues et le Nain à la pioche ne pouvait rien y faire alors qu'il était responsable de son état. Cela lui creva le cœur et affaiblit encore plus son moral. Comment parviendrait-il à se faire pardonner ? De toute manière, il ne méritait pas de l'être, rien n'excuserait sa conduite abjecte et il en avait bien conscience.

Le plus gros problème concernait Thorin. Le roi essayait visiblement de séduire le Hobbit, à sa manière, ce qui signifiait qu'il désirait l'épouser. Personne ne refusait la demande d'un souverain et Bilbo semblait beaucoup l'apprécier si on en croyait sa tentative désespérée de le sauver face à Azog. Cela voulait dire qu'il tenait au roi. Bofur doutait que le cambrioleur eut fait la même chose pour lui. Ce qui le ramena à sa préoccupation principale : les sentiments de Bilbo. Ils penchaient plus vers le leader charismatique que vers le mineur analphabète, c'était logique.

Comment allait-il faire pour se sortir de cette situation ? Il était impératif que Thorin n'apprenne jamais ce qui venait de se passer. Le saule pleureur garderait secrète l'union passionnée qui avait eu lieu au milieu du lac, abritée dans la clairière magique.

La première personne à les voir revenir fut Ori qui se tenait posté sur la terrasse depuis une demie-heure, serrant compulsivement un objet contre lui. Il se dandinait sur place, essayant de parvenir à une décision sur ses prochaines actions, l'écharpe destinée à Dwalin terminée dans ses mains, lorsqu'il aperçut ses compagnons sortir de la forêt. Il allait les appeler quand il comprit à leurs expressions accablées que quelque chose clochait. Tous deux semblaient affligés par un grave problème qu'ils devaient partager. Bofur envoyait de discrets petits coups d'œils vers Bilbo qui s'éloignait le plus possible de lui. Le cambrioleur se précipita vers la maison et s'engouffra à l'intérieur sans dire un mot, laissant le mineur derrière lui. Les épaules de ce dernier s'affaissèrent encore plus, donnant l'impression qu'il portait un fardeau plus lourd que celui du roi, et se dirigea vers l'arrière de la bâtisse d'un pas lent.

Ori s'inquiéta pour ses amis. Ce matin encore ils se regardaient tendrement, comme s'il n'y avait personne autour d'eux et maintenant ils n'osaient plus s'approcher. Que leur était-il arrivé ? Pourvu que ce ne soit pas grave. Ces deux-là s'entendaient si bien, leur amitié s'était forgée rapidement et était solide. Ne pouvant rien faire pour eux, il mit cela dans un coin de sa tête et se décida à agir. La première étape consistait à trouver Dwalin sans se faire repérer par ses frères. Le géant avait disparu une bonne partie de la journée avec Thorin suite à sa dispute avec Nori et Dori. Pendant ce temps, Ori s'était démené pour lui tricoter une écharpe, ne prenant pas de pause repas et ignorant son frère aîné lorsque celui-ci avait souhaité lui parler. Les heures avaient filé avant qu'il finisse mais il était plutôt fier du résultat. Il ne restait plus qu'à la donner à son destinataire, chose qui angoissait terriblement le jeune scribe. Se retrouver face à Dwalin l'impressionnait toujours autant, sa carrure imposante promettait sécurité mais le chauve possédait un air menaçant dont il ne se départait qu'en de rares occasions. Pourtant, le plus jeune savait que sous cette image de brute, il pouvait être attentionné. Bien entendu, les mots tels que finesse, bonté et compassion étaient exclus de son vocabulaire tout comme clément, doux et sensible ne servaient pas à le qualifier, cela tiendrait plus de l'insulte pour lui. Cependant, Ori trouvait qu'il avait un certain charme auquel il n'était pas insensible.

Prenant son courage à deux mains, il se mit à sa recherche. Il le trouva dans le jardin en train d'aiguiser ses haches à la perfection. Dwalin tenait énormément à ses armes, il en prenait soin comme si c'était les plus précieux des joyaux. Grasper et Keeper étaient aussi loyales que lui l'était envers Thorin. Il avait combattu de nombreuses guerres avec et avait gagné à chaque fois. Sa bravoure sans faille, sa force surdimensionnée, sa foi têtue en son roi et le respect profond qu'il lui vouait faisaient de lui le guerrier idéal. Il accompagnait Thorin dans tous ses projets, le connaissant depuis la naissance et ayant juré de le suivre jusqu'à la fin à peu près à la même époque, lui apportant son soutien et coupant la tête à ses opposants. Personne n'était plus fidèle au monarque et celui-ci le savait parfaitement. Il n'aurait pas pu aller aussi loin sans la présence solide de son meilleur compagnon à ses côtés.

Dwalin avait fait le choix d'entièrement dédier sa vie à Thorin et ne le regrettait pas. Leur relation remontait à la naissance du chauve. Fundin, un fervent partisan de Thrór et de Thráin, défenseur de la lignée de Durin, avait entraîné ses fils pour qu'ils prennent la relève quand l'heure viendrait. Dwalin et Balin avaient donc appris dès leur plus jeune âge à honorer les descendants du grand guerrier, chacun à leur manière. Cependant cela ne suffit pas à créer une telle loyauté.

En grandissant, Dwalin s'était beaucoup rapproché de Thorin, apprenant à le connaître, jusqu'à devenir son ami puis un certain respect était apparu et n'avait cessé de croître. À force de se battre ensemble, de vivre des épreuves difficiles et des moments importants, un lien indestructible s'était forgé entre eux. Le chauve ne considérerait jamais personne d'autre comme son roi et n'acceptait de s'incliner que devant Thorin, bien qu'au point qu'avait atteint leur relation, le monarque ne lui demandait plus. Oui, le géant était fier d'appeler Thorin Oakenshield son roi et ne reculerait devant rien pour lui.

Sa vie ne tournant qu'autour de sa cause, il ne pouvait pas dire que la romance lui suscitait un quelconque intérêt. Des aventures d'un soir avec des Nains des deux sexes ne lui étaient pas inconnues mais à part apporter un plaisir éphémère, elles ne l'intéressaient pas plus que ça. De plus, depuis que Thorin avait lancé cette quête, les loisirs se faisaient rares, il consacrait tout son temps à élaborer des stratégies et trouver le meilleur passage pour accéder à la montagne. Ce n'était pas comme s'il souhaitait fonder une famille, s'établir quelque part et arrêter sa carrière de soldat. Dwalin était sûr d'une chose, il ne pourrait jamais devenir un père de famille bien rangé. Sa vie se résumait à son roi et à son esprit guerrier, il mourrait au combat.

Cependant il semblait que même lui ne contrôlait pas ses sentiments. Il n'avait pas compté sur la présence d'Ori dans cette quête et encore moins sur sa capacité à paraître plus innocent qu'un nouveau-né. Même Kíli, pourtant plus jeune, n'avait pas réussi à accomplir un tel fait une seule fois dans sa vie. Le scribe restait naïf et ingénu dans bien des domaines, en particulier à cause de la protection exacerbée de ses frères. Il ne connaissait rien au monde extérieur et se retrouvait propulsé dans des situations toutes plus périlleuses les unes que les autres sans être préparé pour les affronter. Dori assurait qu'il veillait à sa sécurité mais ils avaient déjà été séparés lors de batailles et cela se reproduirait sûrement.

Nori avait décidé de ne plus agir dans l'ombre et de prendre une place plus importante dans la vie de son jeune frère, au grand étonnement de ce dernier, et Dwalin savait mieux que quiconque de quoi il était capable. Toutes ces années à l'aider à se débarrasser de tous ceux qui approchaient Ori d'un peu trop près avaient servi à le mettre en garde. Ils s'étaient associés afin de protéger le scribe en secret, ne laissant rien paraître de leurs actions et voilà qu'aujourd'hui, le chauve était devenu la cible des attaques du voleur. Il le méritait probablement mais pour sa défense, il n'envisageait absolument pas de faire du mal à Ori. Il se couperait un bras avant d'imaginer lever la main contre lui. Ce garçon avait toujours attiré son instinct protecteur, ses yeux craintifs mais curieux et son sourire timide appelaient les gens à le garder à l'abri. Le dessinateur ne savait pas bien se battre, ce qui en faisait une proie facile pour les ennemis, et dépendait de ses frères pour rester en vie, il en était un peu pathétique. C'était pour cette raison que Dwalin voulait l'aider. Il l'appréciait et considérait de son devoir de le défendre. L'attirance physique n'intervenait en rien, bien que son côté mal assuré restait touchant voire alléchant, mais sincèrement, le chauve ne pouvait pas affirmer aimer Ori, doutant d'être capable de ressentir ce genre d'émotions.

Les Nains n'aimaient qu'une fois dans leur vie, on le lui avait enseigné dès sa naissance. Ils trouvaient leur Autre, la personne à qui ils se dévoueraient entièrement durant toute leur existence, et restaient avec pour toujours. Ce pouvait être n'importe qui, de toute race, mâle ou femelle. Le concept différenciait de l'âme-sœur des Elfes qui croyaient qu'un être unique leur était prédestiné et qu'ils ne pouvaient aimer que lui/elle. Cette idée amusait Dwalin de par sa stupidité. Il n'y avait que ces géniteurs de buissons pour imaginer qu'une personne les attendait bien sagement quelque part. Il arrivait cependant qu'un Nain ne rencontre pas son Autre et finisse seul. Son cœur ne s'allumait pas pour quelqu'un, il n'atteignait pas la plénitude propre à ceux qui avaient trouvé leur moitié. Cette éventualité n'effrayait aucunement le chauve, un guerrier ne vivait que pour se battre et la dévotion qu'il éprouvait pour son roi lui suffisait amplement.

Thorin non plus n'avait pas cherché activement son Autre, jusqu'à peu avec l'arrivée de Bilbo Baggins. Ce Hobbit faisait tourner la tête au souverain et possédait une solide emprise sur lui sans s'en rendre compte. Dwalin aussi se retrouvait confronté à une possible romance alors qu'il n'en avait jamais fait le souhait. Ce qui l'attirait le plus chez Ori c'était son aspect fragile. Il réveillait son instinct protecteur et ses grands yeux le suppliaient de lui prêter attention. Autrefois c'était Thorin qu'il essayait de préserver mais depuis, son ami avait cessé de nécessiter son aide et pouvait se débrouiller seul, bien que le tatoué ne s'éloignait jamais de lui lors des combats. À présent, quelqu'un d'autre méritait d'être mis à l'abri et aussi étonnant que cela puisse paraître, le côté sans-défense d'Ori constituait une grande partie de son charme.

De toute manière, Dori et Nori s'opposeraient à toute tentative de séduction alors cela ne servait à rien de continuer sur ce terrain glissant.

Dwalin reprit sa tâche, aiguisant ses haches jusqu'à ce qu'elles puissent trancher net la moindre feuille. Il leur devait beaucoup et ne s'en séparerait jamais. Toutes ses victoires leur étaient dû. Cette activité lui permettait de se détendre et après les événements de la journée, il n'allait pas rater cette occasion. Sa main se serra autour du manche de Keeper lorsqu'il se remémora l'attaque de Nori. Le voleur et lui ne s'étaient jamais entendus, leur seul point commun était l'affection qu'ils éprouvaient pour Ori mais visiblement même cela les opposait. Pauvre gosse, il devait en baver. Il n'aurait pas dû les accompagner, Dori était fou de l'avoir laissé faire mais d'un autre côté, au moins il était à l'abri de tout pervers logeant entre les murs froids d'Ered Luin.

-Monsieur Dwalin ? demanda une petite voix timide sortie de nulle part.

Le concerné releva précipitamment la tête et tomba sur le sujet de ses pensées. Celui-ci se tenait devant lui, à quelques centimètres, suffisamment loin de la lame de Keeper, se triturant les doigts, le regard fuyant.

-Pardonnez-moi de vous déranger. J'ai… je…

Ori ne put continuer, trop gêné et impressionné par les yeux sombres du guerrier posés sur lui. Comment allait-il lui donner un présent s'il ne pouvait même pas formuler une phrase ? De plus, il tenait ses précieuses armes. Un seul faux-pas déclencherait sa colère et une rencontre un peu trop intime avec ses haches. N'étant pas réputé comme patient, le chauve devait déjà en avoir marre de sa présence. Dans une impulsion soudaine, Ori lui fourra son cadeau dans les bras.

-Tenez ! s'écria-t-il prestement, se mordant la lèvre.

Dwalin reçut l'objet avec surprise, l'observant avec intérêt. Il l'attrapa et le déplia pour voir qu'il s'agissait d'une écharpe en laine à rayures beiges et marron faite main. Il leva un regard interloqué sur le scribe qui ressemblait encore plus à une tomate.

-C'est… un cadeau… pour vous… C'est une écharpe, expliqua péniblement ce dernier, se morigénant intérieurement de l'inutilité de sa remarque. Je l'ai tricotée pour vous. J'aimerais… que vous l'acceptiez.

Dire cela fut plus dur que de donner l'écharpe. Chez les Nains, offrir un cadeau signifiait que l'on souhaitait faire la cour à cette personne et si le présent était accepté, l'autorisation était accordée. Autant dire qu'Ori était extrêmement embarrassé.

Dwalin posa Keeper au sol et se leva, surplombant le pauvre scribe qui ne savait plus où se mettre. Il regarda l'écharpe, en proie à un furieux débat interne. Tout se jouait maintenant, sa réponse déterminerait l'avenir de leur relation. Le petit avait fait preuve d'un grand courage en agissant ainsi, il était capable de se battre pour obtenir ce qu'il désirait et visiblement son prix c'était lui. Le chauve l'aimait bien, il avait envie de le protéger, de lui permettre d'échapper au contrôle de ses frères et de lui faire découvrir ce que la vie pouvait offrir de bon. Il se chargerait personnellement de son éducation et l'aiderait à devenir plus indépendant, à s'affirmer, tant qu'il gardait son innocence. Plus d'un obstacle se dresseraient devant eux, Dwalin les voyait déjà mais sa bravoure ne se limitait pas qu'au combat.

Il tendit l'écharpe à Ori, voyant son visage se décomposer, croyant que sa demande était rejetée, et inclina légèrement la tête pour être à son niveau.

-Mets-la autour d'mon cou. (Devant l'étonnement du scribe, il poursuivit.) Puisqu'c'est toi qui m'la donne, c'est à toi d'le faire.

Le sourire du plus jeune illumina instantanément ses traits lorsqu'il comprit. Les règles de la séduction chez les Nains étaient strictes : quiconque souhaitait faire la cour à quelqu'un devait le faire savoir en lui offrant un présent et s'il recevait l'autorisation de son soupirant, c'était à cette personne uniquement de lui remettre en mains propres.

Soulagé, Ori s'exécuta. Il habilla Dwalin de l'écharpe, les doigts tremblants, et se recula. Un sentiment de fierté s'empara de lui à la vue du terrible guerrier portant son cadeau. Ne sachant quoi faire par la suite, l'embarras le gagna à nouveau. Le tatoué y remédia en sortant une dague qu'il tenait de son père. Des runes étaient gravées sur la lame dont le nom de Fundin et son appartenance à la lignée de Durin. Dwalin avait rajouté son propre nom sur le manche. Il tendit l'arme à Ori en échange de son cadeau. Le plus jeune l'accepta avec émerveillement, y croyant à peine. Il l'attacha à sa ceinture et remercia son prétendant en bafouillant et en rougissant. Ils venaient d'entamer le début de leur cour mais leur situation n'était pas officielle car la famille d'Ori n'avait pas encore donné son accord, ce qui tarderait sûrement à venir. Dans cet optique, Dwalin le saisit par les épaules et l'embrassa, enfreignant les règles. Normalement, deux amants ne pouvaient agir aussi intimement que lorsqu'ils étaient reconnus comme tels mais le chauve savait que ça risquait de prendre du temps. Le jeune scribe en fut surpris et ne répondit pas tout de suite, sa timidité et son manque d'expérience jouant. Le baiser fut maladroit et chargé en testostérone mais représentait une victoire. Lorsqu'ils se séparèrent, Ori était légèrement essoufflé mais content. Ses yeux brillants fixaient amoureusement ceux de l'aîné qui passa sa main dans ses cheveux, les ébouriffant affectueusement.

Un peu plus loin, Gandalf les observait en fumant. Il avait assisté à toute la scène et le courage du jeune Nain l'avait fait sourire. Cette histoire partait mieux que prévu, contrairement à Fíli et Kíli dont la situation s'effritait sérieusement. Le lien qui les unissait était encore présent mais leur secret pesait lourd. L'aîné ne parvenait plus à tout gérer et commençait à s'en prendre au seul qui l'avait toujours soutenu.

Plus inquiétant encore était le Hobbit. Lorsqu'il était revenu un peu plus tôt, le mage avait instantanément compris que quelque chose s'était passé entre lui et Bofur. Ses paroles avaient eu l'effet inverse de ce qu'il avait escompté mais tant que Thorin restait concentré, cela importait peu.

Le roi en question se trouvait justement à côté de la raison de son tourment. Bilbo représentait la tentation à l'état pur, le plus précieux trésor au monde, d'une valeur bien plus grande que celle de l'or. Il attirait davantage l'œil que les gemmes luisant de mille feux et le fait qu'il soit unique le rendait encore plus désirable. Thorin possédait une volonté de fer et savait résister à bien des tortures, il ne cédait pas face à l'envie, or celle que symbolisait le Hobbit n'avait pas son pareil. Un désir de se l'accaparer et de le faire sien brûlait en lui. Une fois cette quête terminée et après qu'il soit officiellement couronné roi d'Erebor, il ferait la cour au cambrioleur et le demanderait en mariage. S'il devait avoir un consort, ce serait lui. Bilbo Baggins était son Autre, Thorin le sentait. C'était pour cette raison que le monarque, avec l'aide de Glóin, avait installé un coin forge dans la cour de Beorn et avait passé son après-midi à façonner un cadeau pour le semi-homme afin de marquer clairement ses intentions, bien qu'il était fort probable que son compagnon ne connaisse strictement rien aux coutumes naines. Les paroles de Gandalf importaient peu, le roi avait décidé qu'il voulait le Hobbit et il ferait tout pour l'obtenir. Le mage, dans son infinie sagesse, ferait mieux de ne pas s'en mêler, Thorin ne reculerait devant rien.

En arrivant près de l'objet de ses pensées, le monarque constata que celui-ci arborait un air perdu et abattu. Qui avait osé perturber la sérénité qui entourait habituellement le Hobbit ? Bilbo n'avait pas à être troublé par des problèmes futiles, il était fait pour sourire et répandre de la bonne humeur sur son passage mais surtout, chacun de ses sourires devait s'adresser au roi. La lumière qui émanait de ce précieux semi-homme resplendissait mille fois plus que l'Arkenstone et le roi en avait besoin pour vivre. Il protégerait ce petit être contre toute menace, ennemie ou alliée.

-Puis-je vous déranger un moment, Bilbo ?

La question du Nain surprit le concerné qui sursauta au son de la voix grave, ne l'ayant pas entendu venir, trop plongé dans ses pensées. Sa réponse mit du temps à venir à cause du regard bleu glacé captivant qui lui faisait face. Finalement, il hocha la tête, sa timidité revenant au galop, la présence du roi l'impressionnait toujours autant.

Une fois installé, Thorin se buta au mutisme inattendu de son compagnon. La conversation n'étant pas son fort, il ignorait comment briser le silence les entourant. Pourtant, il lui fallait trouver une ouverture, il avait quelque chose d'important à dire au Hobbit.

-J'espère que vous pardonnerez ma spontanéité mais je souhaiterais vous offrir un présent.

Le roi fouilla dans sa tunique, ayant laissé son manteau à l'intérieur, et en sortit une fleur en métal qu'il tendit à son compagnon. C'était une tulipe qu'il avait fabriquée lui-même. Elle n'avait rien d'exceptionnel et aurait gagné à être améliorée mais aux yeux du semi-homme, elle était superbe. Personne ne lui avait jamais offert quoi que ce soit d'aussi bien fait, sauf Bofur. Il la prit délicatement, le contact du métal froid et dur contre sa peau, là où le dragon de bois du mineur s'était révélé doux et agréable. Subjugué, Bilbo ne sut quoi dire.

-Ce n'est qu'un modeste cadeau sans grande valeur mais je tenais à ce que vous le receviez. J'espère qu'elle vous plaît, j'ai tenté de représenter au mieux celle que vous avez cueillie.

-Elle est magnifique, Thorin. Merci, répondit le plus petit le souffle court. Comment puis-je vous remercier ? demanda-t-il en levant des yeux brillants de joie vers le souverain.

Ce dernier ressentit une sensation étrange au fond de lui, quelque chose de nouveau qu'il ne pouvait décrire. Son cœur se serra mais pas de manière négative, ce fut comme s'il se gonflait et à la prochaine inspiration qu'il prit, l'air parut différent, purifié.

-Le fait que vous acceptiez ce cadeau est amplement suffisant. La coutume veut que vous m'en offriez un en retour mais vous n'y êtes pas obligé.

-Malheureusement, je ne possède rien à part quelques fleurs, se lamenta Bilbo d'un ton triste.

-Alors permettez-moi de considérer celle que j'ai choisie dans votre bouquet ce matin comme tel.

Au souvenirs des doigts dures du roi se faisant tendres pour glisser l'ornithogale dans ses cheveux, les joues du semi-homme se colorèrent délicatement.

-Non ! Ça ne suffit pas ! De plus, je l'ai perdue. Je trouverai autre chose, promit-il le regard assuré.

-Êtes-vous sûr ? Les traditions naines diffèrent de celles des Hobbits, le reprit Thorin, ne souhaitant pas créer de malentendus. Pour nous, un échange de cadeaux équivaut à un début de séduction. Si vous me donnez quelque chose, cela signifie que vous acceptez mes avances.

L'importance de la situation apparut à Bilbo et il se sentit ridicule de ne pas l'avoir compris plus tôt. Ce qu'il avait pris comme un simple témoignage d'affection était en réalité bien plus profond. Il était reconnaissant envers le roi pour lui avoir expliqué mais aussi honteux car cela remettait en cause beaucoup de choses.

-Mais… pourquoi m'avez-vous offert cette fleur alors ? demanda Bilbo, se doutant déjà de la réponse.

-Afin de vous faire part de mes intentions, conclut simplement Thorin sans le moindre embarras. Cela vous dérange-t-il ?

-Absolument pas… Je… ne m'y étais pas attendu, pour être honnête, bégaya le cuivré, gêné.

-Vous n'avez pas à prendre de décision dans l'immédiat. Nous devons encore récupérer Erebor mais sachez que si vous le souhaitez, une place vous y attend.

La voix apaisante du forgeron calma toutes les craintes du Hobbit, le mettant totalement en confiance et lui faisant entrevoir la possibilité d'un futur qu'il avait alors cru impossible : lui aux côtés du nouveau roi sous la montagne, régnant tous deux sur le plus grand peuple Nain de la Terre du Milieu. L'amplitude de cette éventualité lui donna le tournis et il dut agripper solidement le banc sur lequel il se trouvait pour avoir un appui concret.

Thorin observa en silence les différentes réactions naissant sur le visage poupin de Bilbo et retint un sourire amusé. Le Hobbit était très expressif et ses grands yeux verts écarquillés lui donnaient l'air d'un animal apeuré surpris par un chasseur.

-Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise, s'excusa le souverain, sincèrement désolé.

-Ce n'est rien. Il me faut simplement un peu de temps pour tout assimiler.

Thorin n'insista pas plus, comprenant que le semi-homme était troublé, et se leva. Il posa une main sur son épaule et partit à la recherche de Balin pour discuter de la suite de leur chemin.

À nouveau seul, le Hobbit essaya de mettre de l'ordre dans ses pensées. Thorin Oakenshield venait clairement de lui dire être attiré par lui et souhaitait le garder à ses côtés à Erebor. C'était un choc pour Bilbo qui avait décidé qu'il ne servait à rien de poursuivre un tel fantasme. Ce qui l'amenait à son second problème : Bofur. La situation avec le mineur s'était emballée et dégradée, les faisant s'éviter le plus possible et se cacher dès que l'autre apparaissait. Loin était la solide amitié qu'ils avaient commencé à bâtir. Maintenant, penser au Nain à la pioche ne faisait plus sourire le Hobbit, à la place, son cœur se serrait violemment.

Bilbo se prit la tête dans les mains. Comment avait-il pu perdre le contrôle de la sorte ? Les paroles de Gandalf l'avaient profondément bouleversé mais elles avaient également réveillé une envie de prouver aux autres qu'il n'était pas simplement une marionnette à qui l'on dictait des ordres. Tous le prenaient pour une bonne patte toujours prête à rendre service sans rien dire mais il ne supportait plus cette image niaise. Bofur avait été au mauvais endroit au mauvais moment et avait fait les frais de sa colère. En quelques sorte, c'était un dommage collatéral et Bilbo eut envie de vomir rien qu'en pensant cela. Il avait utilisé son ami qui ne l'avait pas mérité. Ce moment avait été agréable mais plus que malvenu. Bilbo s'était jeté sur lui par pure insubordination, et aussi par tristesse, et il ne pouvait pas effacer ses actions. Comment s'y prendrait-il pour recoller les morceaux ?

Le lendemain matin, la tension de la veille prit une autre forme, elle se déplaça de personne en personne, affectant le moral de certains et augmentant le ressentiment d'autres. Il y avait une telle vague de morosité que même Gandalf décida de ne pas s'en mêler, ses paroles ayant déjà causé un résultat plus qu'involontaire. Il avait tenté de mettre Thorin en garde afin qu'il reste concentré sur la quête mais au lieu de cela, le roi s'était borné à déclarer ses sentiments au Hobbit. Ce dernier semblait avoir entièrement oublié qu'il était présent uniquement dans le but de distraire Smaug pendant que les autres s'occupaient de l'achever, tellement son esprit était absorbé par les deux Nains qui lui faisaient la cour. La seule différence avec hier était que maintenant Bilbo avait conscience de ce qui se passait.

Bifur avait une fois encore gardé de la nourriture pour le Hobbit, bien que celui-ci se soit réveillé plus tôt. Le Nain resta assis à côté de son petit compagnon, l'incitant à manger plus car le semi-homme ne faisait que grignoter, une boule de nerfs lui nouant l'estomac. Lorsque ses yeux croisèrent ceux de Bofur au-dessus de la table, il tourna prestement la tête, son visage se colorant instantanément. Ce n'est que lorsque Bifur le remit droit qu'il remarqua que le mineur s'était éclipsé. Un pan de regret frappa le cœur de Bilbo et il ne put plus rien avaler.

À l'autre bout de la table, Kíli suivait le concours de rots entre Dwalin, Glóin et Nori avec un intérêt croissant. Il encourageait chaque participant, tapant des mains et hurlant à s'en casser la voix. Juste à côté de lui, Fíli faisait de même, plus calmement. Le jeune prince était fatigué, des cernes noircissaient son visage et ses yeux bleus clairs paraissaient plus mornes. Il avait mal dormi, l'esprit envahi de doutes, de peurs et d'angoisse. La chaleur émanant du corps de son frère, sa respiration lente et sa présence familière n'avaient pas suffi à le bercer. Il souhaitait dormir et se reposer mais Thorin ne cessait de le dévisager, ses pupilles glacées semblant le juger à chaque seconde, rendant son regard encore plus froid que d'ordinaire. Est-ce que leur oncle savait ? Comment était-ce possible ? Ils avaient toujours été discrets. Le manque de sommeil lui faisait imaginer des choses, ça ne pouvait être que cela. Pourtant, Fíli ne parvenait pas à se départir de l'impression que Thorin était mécontent à son égard.

Kíli ne remarqua rien d'anormal, bien qu'il avait vu le visage fatigué de son aîné et s'inquiétait pour lui. Le blond portait un trop lourd fardeau sur ses épaules et il aurait tellement aimé pouvoir l'aider mais toutes ses tentatives se soldaient toujours sur un échec. Il ne pouvait pas dire être aussi serein qu'au début de leur voyage, il savait que quelque chose n'allait pas mais était incapable de définir ce que c'était.

L'archer tourna la tête vers son frère et lui sourit, posant une main sur sa cuisse pour le détendre. Son amant lui envoya un regard reconnaissant et saisit brièvement sa main. Il pencha la tête en avant, son front entrant en contact avec celui du brun, et ferma les yeux, oubliant le monde autour pour quelques secondes. Ce qu'ils ne virent pas c'est le froncement de sourcils de Thorin.

Le roi avait beau avoir beaucoup de responsabilités, il gardait toujours un œil sur ses neveux. Il ne les avait jamais laissés s'éloigner depuis leurs naissances et avait renforcé son attention durant la quête, en ayant fait la promesse à Dís qui se serait délectée de lui arracher son organe reproducteur à la main s'il ne l'avait pas fait. Cependant ce qu'il avait observé ces derniers jours ne lui plaisait pas et il doutait que sa sœur ait un avis différent.

Les deux garçons avaient toujours été anormalement proches, bien plus que n'importe quelle autre paire de frères et sœurs. En grandissant ils s'étaient encore plus rapprochés, si bien qu'on voyait rarement l'un sans l'autre. Thorin n'avait jamais rien dit. Leur relation, certes étrange, ne posait aucun problème du moment qu'elle restait dans les limites de la décence. Or récemment, le souverain avait constaté quelques changements, des comportements qu'il avait considérés comme banals mais cette quête lui faisait voir les choses sous un autre angle et il était temps d'intervenir. C'est pour cette raison que lorsque Kíli se leva et proposa à son frère d'aller se promener, il l'arrêta.

-Ton frère n'ira nulle part. J'ai à lui parler. Suis-moi, Fíli, ordonna Thorin d'un ton sec auquel il était fortement déconseillé de désobéir.

Le sang de l'épéiste se glaça et un frisson parcourut son échine mais il n'en laissa rien paraître. Leur oncle savait, il en était sûr à présent. Leur pire cauchemar venait de se réaliser. Peut-être qu'il arriverait à limiter les dégâts pour Kíli, quitte à être renié et banni.

Fíli se leva, le dos droit et les épaules tendues. Il sentit la détresse émanant de son petit frère et lui envoya le regard le plus rassurant dont il était capable sur le moment mais il vit que celui-ci avait compris la situation. Ses grands yeux bruns étaient remplis de frayeur. Fíli redressa la tête et suivit son oncle sans rien dire, pas du tout prêt à affronter son courroux. Kíli le regarda s'éloigner, impuissant, et serra le poing, souhaitant l'accompagner. Il se rassit, tombant lourdement sur le tabouret, toute trace de jovialité disparue, et attendit, oubliant entièrement le concours de rots.

Glóin y participait plus pour se divertir que pour gagner, ce qui n'était pas le cas des deux autres participants. Dwalin et Nori était constamment en compétition, cela faisait partie de leurs caractères. En revanche, les choses s'avéraient plus compliquées ce matin-là. Lorsque le chauve s'était installé à table, l'œil du voleur avait instantanément repéré l'écharpe autour de son cou et il n'eut aucun mal à deviner qui lui avait offerte. Le sang du Nain à la coiffure étoilée s'était mis à bouillir : le garde avait approché son frère et avait procédé à un échange de cadeaux. Déterminé à lui faire payer, Nori l'insulta et le provoqua jusqu'à ce que Dwalin accepte de l'affronter dans un concours de rots. Si le tatoué gagnait, il pourrait passer du temps avec Ori, sous haute surveillance, mais si Nori le battait, il devrait cesser de lui adresser la parole, définitivement. Pour ajouter au ridicule de la situation, ils n'avaient même pas désigné d'arbitre, comptant sur leur honneur pour déclarer le vainqueur. Bien évidemment, Nori était un voleur et un Nain sournois, il ne jouait jamais de manière honnête.

Balin les regardait faire d'un œil amusé. La situation ne cessait de s'envenimer entre son frère et les aînés Ri. Ce que Dori et Nori ne voyaient pas c'était que leur benjamin avait pris les devants. Ce dernier vint d'ailleurs le voir d'un pas peu assuré. Balin appréciait ce petit, il était calme et sincère, timide mais avec un réel courage, plus que certains membres de la Compagnie. Il n'avait d'autre ambition que de noter leurs aventures sur papier pour les transmettre aux générations futures. Ori avait un bon fond et possédait de nombreuses qualités que le vieux conseiller reconnaissait. L'avoir comme apprenti leur serait bénéfique à tous deux.

-Monsieur Balin, commença le scribe, je sais que ce n'est pas convenable selon les règles mais je souhaiterais vous demander, en tant qu'unique famille de Monsieur Dwalin, l'autorisation de faire la cour à votre frère, déclara Ori en rougissant mais avec un certain aplomb qui plut au conseiller.

Ce dernier sourit, amusé par l'ensemble de la situation. Certes, elle n'avait rien d'habituel ni de formel, les deux tourtereaux ayant procédé à l'échange de cadeaux avant d'obtenir l'accord des familles respectives. De plus, il aurait été plus logique que ce soit Dwalin qui procède à cette étape plutôt qu'Ori mais là encore, le jeune Nain dévoila qu'il n'était pas aussi passif que tout le monde pensait.

-Cela fait longtemps que personne n'a souhaité faire la cour à mon frère et je dois avouer que je n'ai jamais eu à répondre à cette question, puisque c'était lui qui se chargeait d'établir le contact entre les deux familles en demandant l'autorisation à ses éventuels beaux-parents. Tu es plein de surprises mon cher Ori, et je peux voir que tu tiens réellement à lui. Tu ne prendrais pas le risque de créer une guerre avec tes frères dans le cas contraire.

La voix calme et le sourire amical du conseiller rassurèrent Ori. C'était la toute première fois qu'il effectuait une telle action et même si Dwalin avait dit être intéressé, rien ne pourrait être officialisé tant que leurs familles respectives ne donnaient pas leur accord. Normalement, un seul des soupirants le faisait mais il arrivait que les deux le demandent, si l'une des familles était récalcitrante. Dans le cas présent, Dwalin n'obtiendrait rien d'autre qu'un refus net de la part des frères d'Ori, c'est pourquoi le scribe avait décidé de s'en occuper lui-même.

-Je sais que la situation s'annonce mal pour vous mais sache que tu as mon soutien. Je te donne ma bénédiction pour conquérir mon frère. Il est grand temps qu'il se trouve quelqu'un pour mener un mode de vie plus stable.

La joie qui s'empara d'Ori à ces mots fut sans nom. Un immense sourire fendit son visage et il dut se retenir de ne pas jeter ses bras autour de son futur beau-frère.

-Merci ! Merci de tout cœur, Monsieur Balin ! s'exclama-t-il la voix aiguë.

Le conseiller sourit, content d'avoir pu les aider, même si le plus dur restait à faire.

C'était le seul endroit de la maison de Beorn où la bonne humeur régnait. Un nuage noir s'était abattu sur la table de la salle à manger et stagnait également sur la terrasse, là où Bofur fumait auprès de Bombur. Les deux frères prenaient rarement le temps de discuter, le plus jeune n'étant pas du genre bavard à l'inverse de son aîné. Or cette fois-ci, le mineur ressentit le besoin d'être soutenu et décida de se replier vers sa famille. Les deux Nains étaient assis par terre, face à l'étendue d'arbres.

-Ça t'arrive de t'sentir seul ? Ta femme et tes p'tits te manquent pas trop ? demanda Bofur en regardant dans le vague.

-Si, souvent. J'voudrais les r'voir, rentrer chez moi, avoua Bombur, sa grosse voix résonnant autour d'eux.

-J'comprends. Moi aussi. On est partis dans cette quête où on risque d'y passer pour récupérer une montagne en ruines. Il faudra des années avant qu'ça r'devienne not' maison. Si on la r'prend un jour.

Le ton de Bofur indiquait son défaitisme, chose rare. Au fur et à mesure qu'il parlait, son air abattu s'amplifiait, il semblait avoir perdu tout espoir.

-C'est pas comme si on était équipés pour. On a rien, pas d'entraînement, d'plan d'attaque ou d'force. On a aucune chance… On persiste alors qu'on est rien. On s'donne des airs, on essaie d'passer pour c'qu'on n'est pas en espérant qu'ça marche. C'était joué d'avance pourtant on continue d'y croire et on empire la situation. On est juste ridicule…

Les deux restèrent silencieux un instant, Bombur cherchant à comprendre ce qui avait pu mettre son frère dans cet état.

-Tu comptes abandonner ? l'interrogea-t-il enfin.

-Qu'est-c'que j'peux faire d'aut' ? C'est la meilleure solution pour tout l'monde. J'ai fait assez d'conn'ries comme ça, cracha l'aîné d'un ton dur.

-Alors qu'on est si près du but ?

-On a fait qu'la moitié et c'est d'jà une catastrophe. J'aurais dû m'en rend' compte dès l'début, murmura-t-il.

Bofur n'en pouvait plus, il était vraiment à deux doigts de craquer. Peu importait sous quel angle il examinait les choses, il ne voyait que des échecs. Jamais il ne s'était senti aussi misérable. Tout autour de lui s'était teinté de gris, l'ambiance apaisante de la forêt ne l'atteignait plus, la lumière du soleil lui passait au travers. La nourriture et l'alcool avaient perdu leurs saveurs. L'arrivée du Hobbit dans sa vie lui avait fait découvrir de nouveau sentiments, tous accompagnés d'une couleur différente mais la chaleur qu'il lui avait apportée s'était évaporée puis transformée en froid glacial.

Si seulement il pouvait retourner en arrière et s'empêcher de sauter sur Bilbo durant l'orage. Comment avait-il pu croire que tout s'arrangerait ? Il avait détruit ce qu'il avait de plus cher et c'était entièrement de sa faute. Il ne servait vraiment à rien. Bofur en était au point où il préférerait n'avoir jamais croisé la route du semi-homme. La douleur émotionnelle qu'il ressentait était bien trop brûlante, elle avait réussi à consumer tous ses bons souvenirs en présence du Hobbit.

-Si tu r'nonces maint'nant et qu'tu r'pars à Ered Luin, qu'est-c'que tu f'ras ? Qu'est-ce qui t'attend là-bas ? reprit Bombur d'une voix neutre, son regard fixé droit devant lui.

Lorsque la réponse tarda à venir, il se dit que quelque chose n'allait pas. Un reniflement parvint à ses oreilles, puis un deuxième et ses yeux s'écarquillèrent. Tournant la tête, il vit Bofur, son grand frère, celui qui riait de tout, le chapeau abaissé sur son visage afin de le cacher, sa pipe abandonnée au sol. Son frère pleurait, son chagrin devenu trop lourd pour lui. Bombur ne dit rien, bien que le choc de le voir ainsi lui fit un pincement au cœur, et se reconcentra sur les arbres. Qu'avait-il pu arriver à Bofur pour le mettre dans cet état ? Il le laissa extérioriser sa peine en paix, compatissant car il connaissait la réponse à sa question : s'il rentrait, Bofur n'aurait rien ni personne pour l'accueillir.


Smilinginlove : Merci ! Il a été écrit durant un gros orage. Au premier éclair, l'inspiration m'a frappée et je me suis jetée sur mon cahier pour écrire. XD Bofur a encore beaucoup de choses à dévoiler. Merci de ton commentaire.

Angelyoru : Justement, il est là pour s'assurer que tout reste en ordre. C'est un peu le maître d'école qui surveille les enfants dissidents. Il a raison, la quête part super mal. Bilbo est le souffre-douleur de la Compagnie mais on ne peut pas lui reprocher d'être tout mignon, c'est commun aux Hobbits. D'où le fait que la libido de Bofur perde le contrôle. Ça aussi on peut pardonner. ^^ Merci beaucoup.

Nekona-Myu : Oui, sauf que les paroles de Gandalf ont eu l'effet inverse, du coup, c'est de sa faute si la situation s'est envenimée. Pour le moment, Bilbo lui-même ne sait pas pour lequel son cœur balance le plus. C'est un choix très difficile. Merci d'avoir commenté. ^^