Chapitre 47


Assis sur le lit, Jean avait enfilé rapidement un tee-shirt et un pantalon propre. Le silence dans le dortoir était plutôt pesant, et aucun des deux n'osait dire un mot. A moitié allongé sur la place qu'il occupait habituellement dans leur lit à trois places, Reiner s'obstinait à fixer les lattes du lit au-dessus. Ils étaient seuls.

-Tu crois que…, commença soudain Jean.

-Laisse, ils vont revenir.

Reiner avait soupiré, coupant un peu Jean.

Alors qu'ils étaient persuadés que le blond et Marco étaient hors d'état, Bertold avait fini par descendre du lit, quittant rapidement la pièce. Ce que ni lui ni Reiner n'avaient prévu, c'était que Marco bondirait du lit de dessous pour se lancer à sa poursuite une minute à peine après, disparaissant à son tour de l'autre côté de la porte qui se referma tranquillement. Reiner avait fini par apparaître, se laissant glisser le long de l'échelle, avec un regard appuyé qui dissuadait de tout commentaire.

Jean déglutit, et ramena ses genoux contre son torse, les entourant de ses bras.

-Je pensais pas que t'étais comme ça, lâcha soudain Reiner.

Le grand blond leva les bras, pour nouer ses mains derrière son crâne. Jean se tourna légèrement, pivotant sur lui-même pour le regarder, un peu incrédule et gêné à la fois.

-Euh, comme…Comme ça quoi… ? balbutia-t-il.

Reiner eut un sourire en coin et donna du menton en direction de la porte à peine entrouverte. Impossible de savoir ce qui se passait dans le couloir aucun bruit ne filtrait. Jean rougit légèrement en rentra la tête dans les épaules.

-T'as…Vraiment tout entendu… ? souffla-t-il.

-C'est réciproque, non ? grogna Reiner.

Jean eut une petite grimace. Il fallait l'admettre, bien qu'il se serait volontiers passé de savoir certaines répliques.

-Désolé…

-Arrête, c'est Bertold qui s'est chié.

Jean esquissa un petit sourire. Le grand brun était allé plutôt vite pour sauter à sa conclusion. Un peu comme si la présence de Reiner là-haut l'avait perturbé et bloquait ses facultés de réflexion. C'était plutôt rare chez lui.

Reiner roula un peu sur le côté, pour se pencher vers le sol et fouiller sous le lit, tâtonnant d'une main et se retenant de l'autre au matelas. Avec une vue imprenable sur l'auguste postérieur de son camarade de lit, Jean pencha légèrement la tête sur le côté, songeur. Le garçon était terriblement musclé, impossible de ne pas s'en rendre compte malgré les vêtements lâches qu'il portait. Une réplique de Bertold lui revint en tête et il gloussa, s'attirant un regard noir.

-Qu'est-ce que t'as à te marrer ?

Jean agita la main, se reprenant rapidement alors que Reiner se redressait, un petit livre en main.

-Ah, rien, je pensais à un truc…

-Du genre ?

-J'ai…Oublié…

Jean pinça les lèvres, sa pensée terriblement bien ancrée dans son cerveau : si Reiner avait un cul génial, il n'osait pas imaginer celui de Marco.

-Et en plus tu te fous de ma gueule…

-Mais non, je t'assure…

Reiner s'étira longuement en soupirant, et Jean enchaîna.

-Bertold n'a pas l'air porté sur la chose, dit-il, comment t'as fait pour que ça en arrive là… ?

-Je ne pensais pas franchement que ça se passerait comme ça, avoua le grand blond. Je m'étais même fait à l'idée de lui courir après en permanence…

-Ca n'a pas l'air de te perturber plus que ça…

-Et toi alors ?

Reiner avait ouvert le livre devant son visage, et Jean se demanda s'il avait rêvé en le voyant devenir rouge jusqu'aux oreilles alors qu'il grognait.

Ah.

En fait si : Reiner était même très perturbé par sa situation. Il l'entendait se racler la gorge de temps en temps, cherchant une contenance. Venant du géant, c'était assez surprenant. Reiner était toujours sûr de lui et plein de répartie.

Jean passa une main sur son propre visage, hésitant. « Comment dire ça…, commença-t-il.

-C'est un grand timide, Marco, appuya Reiner avec un long regard par-dessus la couverture de son livre.

Jean était presque sûr que le garçon ne se préoccupait pas d'une seule ligne. Il posa le menton sur ses genoux, réfléchissant un moment à comment ils en étaient arrivés là. Lorsque l'image lui revint, il vira sur une jolie teinte pivoine.

-C'est…Un peu compliqué…, souffla-t-il.

-Le contraire m'eût étonné, ricana Reiner. Il doit être content, le con !

Jean s'empourpra de plus belle et se cacha un peu derrière ses genoux, la moitié supérieure de son visage dépassant toujours malgré tout.

-D…Dis pas de bêtises, enfoiré…

-Ca fait un moment qu'il te tourne autour, t'es un abruti.

-Je suis pas un…Eh, dis donc, Bertold a raison…

Reiner baissa le livre de devant son visage, visiblement intrigué et leva les yeux sur Jean.

-Quoi ?

Le garçon s'agenouilla, pointant du doigt le ventre de Reiner.

-T'es dégueulasse !

-Ah ! Putain, j'avais oublié avec tout ça…

-Gros porc.

-Ca me fait mal d'entendre ça d'un mec qui se vautrait à poil dans le lit.

-Je t'emmerde.


-Tu m'expliques ?

Pendant un moment, Bertold avait cherché à comprendre ce qui se passait. Plaqué sans grande douceur contre un mur du couloir, il clignait des yeux, peu sûr de ce qui se passait. Devant lui, il y avait le visage tout sourire de Marco. Et c'était bien ça qui le rendait perplexe.

-Quoi donc ?

Lorsqu'il avait quitté le dortoir, il avait pourtant bien vérifié les deux corps n'avaient pas bougé de sous leur couverture, toujours immobiles comme à son arrivée. Il avait abandonné Reiner là-haut, et rentré le bas de son tee-shirt pour cacher les traces, le temps d'atteindre la douche. Mais pas une seconde il n'avait imaginé se faire prendre par surprise de cette façon.

Par Marco.

Bertold se frotta l'arrière du crâne, là où il avait un peu cogné contre le mur lorsque son camarade lui était tombé dessus.

-Tu ne vois vraiment pas ?

S'il y avait une chose que Marco faisait admirablement bien, c'était sourire de cette façon-là en toutes circonstances. Les autres sourires, c'était Jean qui les récoltait.

Bertold le fixa un moment en silence. Evidemment, qu'il voyait de quoi il parlait. S'il était là, aussi parfaitement sûr de ses mouvements, c'était bien qu'il n'avait pas été assez attentif.

-T'as tout entendu, lâcha-t-il simplement.

-Je suis épaté, continua Marco avec un petit gloussement. Qui me disait qu'il ne faut pas se rapprocher trop des autres ?

-Ce…Ce n'est pas…

Bertold essaya de détourner le regard. Marco était plus petit que lui et pourtant il avait l'impression que les grands yeux noisette décidaient à sa place.

-Pas quoi ?

Les mains de chaque côté de ses épaules, Marco ne le laisserait pas s'enfuir aussi facilement.

-Reiner est…Particulier, murmura Bertold. Il ne disparaîtra pas…Aussi facilement…

Marco soupira. Il leva une main, la posa sur la tête de Bertold et lui ébouriffa gentiment les cheveux, avec un petit sourire contrit.

-Dis-toi que pour moi, c'est Jean qui est différent.

Bertold se mordit la lèvre. Il savait qu'il avait eu tort, et rien ne valait une expérience personnelle pour s'en rendre compte.

-Je…Comment dire…Marco, je…Euh…

-Bah ! Tu ne pensais pas à mal, répliqua le garçon à sa superbe tentative.

Marco ôta ses mains, le libérant, puis le poussa légèrement devant lui pour lui faire reprendre son avancée.

-Q…Qu'est-ce que tu fiches ? marmonna Bertold, intrigué.

Marco eut un petit rire.

-Je vais me doucher.

Un petit silence perplexe lui répondit pendant qu'ils marchaient lentement, jusqu'à ce que le plus grand ose enfin.

-C'est la première fois, non ?

-Quoi ?

-Que tu te douches en même temps que quelqu'un d'autre.

Marco hésita un moment, avant de hocher la tête. « Ouais… » soupira-t-il.

-Ca ne te pose pas de problème, finalement ?

Il reçut de plein fouet un regard noir, chose rare et plutôt étrange.

-C'est simple : tu regardes, et je ferais en sorte que Reiner n'aie plus rien à te faire lever.

-Merde, si, t'as vraiment un problème…