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Rumi : Aaah très chère...Si tu savais...
Chapitre 50
-T'es énervée.
Armin posa son menton dans le creux de sa main, soupirant. Sur le tapis peu épais, les pieds de sa camarade n'avaient de cesses de bondir, en de tous petits sauts. Ses poings vifs partaient à grande vitesse, frappaient violemment le gros sac lourd qui pendait du plafond. Elle claqua de la langue à sa remarque, lui lançant un regard à la fois noir et hésitant.
-Pas le moins du monde, souffla-t-elle.
Un peu de sable coula quand elle frappa de nouveau. La toile épaisse avait cédé à force de répéter les coups et elle leva les yeux au plafond. Elle n'avait pas eu le temps de commencer à transpirer, ni d'évacuer la rage et l'indécision qui l'envahissait.
Les jours passant, son idée d'origine lui semblait de plus en plus stupide. Non, en fait elle l'était. Complètement. Qu'est-ce qui avait bien pu lui prendre ? Qu'avait-elle cru ? Qu'avait-elle seulement voulu ?
Par chance, Marco était intelligent et avait réussi à trouver un terrain qui lui permettait de l'éviter. Son absence –et celle de Jean par la même occasion- l'avait empêchée de continuer dans son erreur, et lui avait permis de réfléchir plus longuement.
Pour la peine, elle souhaitait presque que le gros sac devant elle ne soit autre qu'elle-même.
Pauvre fille.
-Tu t'acharnes pas mal, pour quelqu'un qui a la conscience tranquille, railla gentiment Armin.
-Je ne pense pas que ces choses-là te regardent.
Armin pinça les lèvres et gonfla légèrement les joues, et Mikasa lui lança un regard en biais avant de soupirer. Elle baissa les poings et ôta un de ses gants épais qu'elle utilisait pour ses entraînements personnels comme en cet instant.
-J'ai fait une erreur et causé du tort à quelqu'un, dit-elle.
Armin la fixa, écoutant attentivement la voix un peu traînante de sa vieille amie.
-Tu t'impliques rarement dans quelque chose, dit-il. J'en déduis que c'est lié à Eren ?
-Tu penses trop…, marmonna-t-elle, tapotant le sac du bout des articulations.
La toile était rugueuse contre sa peau. Et Armin n'était pas un idiot. Ah, bon sang. Pourquoi s'était-elle investie de son propre chef ? A cause de ces types qui mettaient les idées d'Eren sens dessus dessous ?
-C'est une grosse bêtise ? continua Armin.
Elle inclina légèrement la tête, avant d'opiner du chef en silence.
-Besoin de conseils ?
-Ca ira.
Quand Armin tentait de s'immiscer ainsi, elle avait un peu l'impression d'être vue comme une enfant. C'était probablement le cas elle n'était pas douée avec les gens et agissait de façon un peu grossière, sans aucune délicatesse. La réflexion pouvait lui faire défaut –preuve en était actuellement- et elle agissait souvent sans prendre état de ce qui l'entourait.
Or, elle était au courant d'un secret qu'elle n'aurait certainement jamais dû découvrir, d'elle-même ou non.
Si ça avait été elle, qu'aurait-elle pensé, à la place du brun ? Ah, elle aurait probablement joué des poings, sans se soucier du reste. Elle savait comment elle était.
Elle irait régler les choses par elle-même.
-Mikasa, il se fait tard…, soupira Armin en s'étirant.
-Va te coucher, je range.
Ils avaient entendu le tout petit bruit des orteils sur le barreau, ne s'en étaient pas préoccupés plus que cela. Perdus dans leur conversation, dans une position qui ne portait de tort à personne -pour une fois-, ils ne s'étaient pas interrompus. Il n'y avait aucune raison de le faire, aussi s'étaient-ils étonnés de ne pas voir apparaître le haut du crâne rasé.
-Qu'est-ce qu'il fiche ? marmonna Reiner en glissant en position allongée.
-Avec ce qu'il a déjà vu, il est peut-être gêné ? supposa Bertold.
Le brun croisa les doigts derrière son crâne et son camarade leva une jambe qu'il posa en travers des siennes, un peu trop nonchalamment, avant de soupirer en voyant le corps svelte grimper lentement l'échelle qui se trouvait à quelques lits du leur.
-Qu'est-ce qu'il fiche encore ?
-Il va avec Eren.
-J'ai bien vu !
-Pose pas de questions débiles, alors.
-C'est pas débile ! Mais…Enfin Bert', ils n'ont jamais franchement traîné ensemble jusqu'à présent…Et avoue que le contexte est un peu…
Le garçon soupira à son tour, hochant lentement la tête. Il était lui-même un peu étonné et inquiet par la situation, mais il avait déjà remarqué par le passé que les deux s'entendaient plutôt bien quand ils étaient au même endroit au même moment. Rien de dramatique donc, à part qu'il s'était dit qu'il fallait surveiller un peu le plus grand des deux afin que rien n'arrive –pas comme avec Jean du moins.
-Laisse faire, va, murmura-t-il en détournant les yeux du lit d'Eren. On n'a qu'à vérifier si tout va bien de temps en temps…
La porte du dortoir s'ouvrit de nouveau, plus doucement qu'à l'entrée de Connie, et Bertold se pencha légèrement pour reconnaître Armin qui trottina vers les étagères pour se changer rapidement, avant de se diriger vers son lit habituel.
Lorsque ses yeux arrivèrent à hauteur du matelas, le petit blond haussa les sourcils en achevant de se hisser sur le lit. Assis en tailleur, Connie tourna les yeux vers lui et sourit, un peu embarrassé de se trouver lui-même présent alors que ce n'était pas sa place. Allongé sur le côté, Eren fit un petit geste vers son ami d'enfance.
-Il ne gênera pas, lui dit-il.
Armin rit doucement et regarda Connie.
-Détends-toi un peu !
Le garçon frotta l'arrière de son crâne, un peu hésitant.
-Il y aura moins de place, marmonna-t-il.
-Et alors ? Plus on est de fous et plus on rit, dit-on !
-C'est pour dormir, Armin…, soupira Eren.
Il avait laissé retomber son bras sur un des genoux pliés de Connie, s'attirant un regard accompagné d'une moue qui désapprouvait un peu le geste, sans pour autant que le propriétaire dudit genou ne fasse ou dise quoi que ce soit.
Armin préféra ne rien dire. Il savait les tendances plus que douteuses d'Eren pour avoir souvent changé de place avec d'autres, le plus discrètement possible. Dans le cas présent, il avait quelques doutes quant à une éventuelle relation. Non, en fait il n'avait aucun doute. Connie n'était pas franchement ce genre de garçon –en fait pas du tout.
-Quelque chose est arrivé avec les autres ? demanda-t-il soudain.
Connie leva les yeux sur lui, puis les baissa de nouveau. « Pas vraiment… » Puis il eut un nouveau sourire, un peu plus franc. Pour Armin, nul doute que le garçon se forçait un peu.
-T'as l'air fatigué, ajouta-t-il.
-Un peu de repos n'est pas de refus, faut avouer, rit Connie.
-Tu t'es levé aussi tard que les autres, idiot !
Connie haussa les épaules, avec un « Pas suffisant ! » qui se voulait un peu léger. Il se voyait mal avouer qu'il n'avait pas fermé l'œil pendant des heures à cause de l'agitation nocturne de deux de ses camarades.
-Eren a dû bouger toute la nuit et te perturber, maugréa Armin avec un coup d'œil appuyé au brun.
-N'importe quoi ! J'ai pas bougé ! grogna le concerné.
Connie lui lança un regard en biais et pinça les lèvres, un peu amusé par la réaction quasi instantanée du garçon.
-Faut avouer que…Tu gigotes…, gloussa-t-il.
-Traître !
-Je vous interdis de me faire tomber du lit pendant votre sommeil…, soupira Armin en se laissant tomber sur son oreiller.
C'était mauvais. Très mauvais. Jean avait beau tourner et retourner la situation dans son esprit, il ne trouvait pas la solution. Il n'y avait qu'à une des interrogations qu'il avait apporté une réponse.
-On a échangé nos casiers y'a pas très longtemps…
Marco fronça les sourcils. Ca pouvait être une raison pour que l'équipement de Connie ait été rangé avec les affaires de Jean par erreur. En revanche, l'équipe qui s'occupait de la révision n'aurait jamais rendu un appareil dans cet état.
Jean regarda Marco longuement. Il essayait toujours de passer outre leur position, et se reposait de plus en plus sur sa main, ses idées devenant un peu trop claires quant à la situation dans laquelle ils se trouvaient.
-Attend, murmura-t-il, ça veut dire que c'est Connie qui aurait dû l'utiliser, hein… ?
Marco hocha la tête.
-Et il est bien moins bon que toi sur la tridimensionalité, dit-il. Ce qui t'a sauvé, c'est ta capacité naturelle à te déplacer, mine de rien…
-Tu m'as rattrapé, t'as oublié ?
-Ah, oui…T'es peut-être mauvais, alors…, gloussa Marco.
-Eh !
Le brun lâcha sa jambe, laissant la cuisse reposer brusquement sur son épaule, et se rapprocha suffisamment pour pouvoir poser son front contre le ventre de Jean. Celui-ci lâcha la barrière d'une main et glissa les doigts dans la base très courte de ses cheveux, caressant lentement les mèches sombres.
-Tu t'inquiètes ?
Marco hocha la tête, avant d'enfouir son visage dans la chemise de Jean, inspirant lentement. La main sur son crâne le rassurait un peu, sans pour autant calmer le flot de pensées qui l'agitaient depuis plusieurs heures sans pouvoir en parler devant les autres.
-A ton avis, qui a pu faire ça ? murmura-t-il.
Jean grimaça.
-Honnêtement, aucun nom ne me vient…
Soupirant, il passa ses deux bras autour des épaules de Marco. Le voir aussi las et inquiet était assez rare. Dans le cas présent, il ignorait comment agir. La situation était grave si quelqu'un avait réellement attenté à la vie d'un de leurs camarades, et il priait ardemment pour que ça ne soit qu'une erreur. Un regrettable accident.
Même s'il n'y avait pas de possibilité que c'en soit un.
