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Rumi : Uhuh, je m'en doutais un petit peu !

Tsu-chan : Awwww merci beaucoup ! C'est la première fois que j'ai autant de chapitres sur une fic et que je ne suis pas encore capable de voir le bout ! Je me doute que ça doit un peu rebuter quand on voit le nombre… Pour une certaine raison, je fais un chapitre par jour (sauf quand je n'ai pas le temps/l'ordi), et comme du coup je n'ai pas tellement envie de me retaper la correction/relecture , il y hélas des fautes qui traînent faute d'attention… w; En tout cas je suis ravie que le style te plaise ! En espérant que ca continuera ! ^.^


Chapitre 52


Le vent qui défilait, les décoiffait. Chaque mouvement importait afin de ne pas se rompre le cou. Son cœur battait la chamade à chaque fois qu'un de ses grappins s'éjectait pour s'accrocher le plus près possible.

Ils avançaient à une vitesse démesurée, et parfois il avait peur de se retrouver encore dans un de ses cauchemars. Dans ces moments-là, il jetait un œil en avant puis en arrière. Devant, la jeune femme se déplaçait avec une agilité et une aisance qui lui coupait le souffle. Ses cheveux brun-roux avaient tendance à se balader dans tous les sens elle finirait totalement ébouriffée, à n'en pas douter.

Un de ses pieds frôla le haut d'une murette et il sentit le sang quitter son visage pendant une fraction de seconde, remettant en question tout son équilibre et sa façon de faire. Il faillit envoyer son grappin trop tard, et remonta plus en sécurité dans les airs –ce qui n'était pas tellement logique au final, mais plus le sol serait loin et moins le risque de s'y écraser serait imminent.

-Calme-toi ! Ce n'est rien !

Derrière lui, c'était Marco, et pendant une fraction de seconde Jean lui en voulut. La matinée avait pourtant bien commencé –malgré un petit cauchemar de nouveau-, aussi quand le garçon lui avait parlé de cette soi-disant balade il n'avait pas pensé une seule seconde à…Ce type de balade. Plus particulièrement à cause du fait qu'ils étaient en congé. Pourquoi diable Shadis avait-il accepté ? Il avait même demandé à Petra d'accompagner les deux garçons, ce que celle-ci s'était empressée d'accepter avec un petit rire cristallin.

-Je vais bien, merde à la fin…, marmonna-t-il.

Il évita de peu un étendage à linge, peu attentif pendant cette fraction de seconde où ses pensées avaient dévié, et se redressa avec un juron. Il savait que Marco faisait tout ça pour lui, et il lui en était terriblement reconnaissant.

-Pose-toi ! entendit-il derrière lui.

Il obéit, bifurquant dans une rue pour atteindre un toit légèrement plus bas que les autres. Il n'aimait pas trop les atterrissages, et grimaça en sentant le sol de pierre apparaître sous ses pieds. Là, le souffle encore court, il posa les mains sur ses genoux. Il y avait un petit moment qu'il n'avait pas fait de déplacement, et il le ressentait violemment. Il comprenait mieux pourquoi ils avaient toujours régulièrement ces entraînements simples.

Il y eut un petit bruit de gravier, et il se retourna. Marco venait de se poser à son tour, se rapprochant en trottinant comme il le pouvait malgré son équipement.

-Jean, ça va ?

-Hein ? Euh, oui, je pense…

Marco soupira.

-Tu oublies de remonter les jambes, le gronda-t-il gentiment.

-Possible…, marmonna Jean.

-Jean… ! Ce sont de mauvaises habitudes, tu sais ce qui arrivera si tu ne les changes pas !

Le garçon pinça les lèvres. Quelque part, il se sentait un peu…Rabaissé ? Il n'avait jamais eu de problèmes jusque-là pour se déplacer –au contraire même !-, et la seule fois où il avait eu un accident avait finalement été causée par un sabotage qui ne lui était pas destiné, semblait-il. Jean soupira et se retourna, marmonnant vaguement qu'il était au courant –après tout, la seconde chute y était directement liée, outre la peur qui l'avait animé à cet instant.

Pour l'heure, il avait voulu profiter de la liberté qui s'offrait à eux, là, dans cette course rapide. Après trois jours sans entraînement, ses muscles reposés hurlaient presque leur besoin d'exercice. Ca ne pouvait pas mieux tomber.

-Je repars, lança-t-il.

Marco le regarda disparaître rapidement, sans avoir la possibilité de le retenir. Il était trop loin à présent. Quelque part, il se sentait rassuré de le voir aussi à l'aise avec son équipement d'entraînement. Mais d'un autre côté, il maudissait la fierté naturelle de Jean. Le garçon n'avait pas une très haute estime de lui-même, aussi supportait-il mal de se voir reprit sur un terrain qu'il maîtrisait.

Et c'était ce qu'il avait fait.

Marco se mordit légèrement la lèvre inférieure, avant de repartir, cette fois à la recherche du chemin qu'avait pu emprunter Jean s'il avait suivi l'itinéraire de base. Petra ouvrait la voie, loin devant eux, surveillant tranquillement leur environnement et prévenant des dangers éventuels –que ce soit pour eux ou des civils qui se seraient trouvés là par hasard.

Les toits se ressemblaient tous plus ou moins, et Jean n'avait jamais trop aimé ce paysage. Il préférait de loin les entraînements en forêt, où ils pouvaient déployer chacun leur potentiel au maximum. Pendant quelques secondes, il avait ressenti ce besoin d'être seul et de ne dépendre que de lui-même. Que ce soit Marco ou qui que ce soit d'autre, il ne souhaitait pas avoir encore plus besoin des autres que ça avait été le cas les derniers temps passés. Il devait beaucoup à son camarade pour son aide. Mais pour l'heure, il avait besoin de récupérer son indépendance et un minimum de dignité. Au moins de lui à lui. Pour se reprendre. Retrouver une ligne de conduite.

Après de longues heures à le persuader, Connie avait finalement gagné : traîner Eren à l'extérieur du camp. Depuis qu'il avait purgé sa peine, le garçon n'avait rien vu d'autre que l'intérieur du bâtiment et la cour. De plus, à force de le talonner en permanence, lui-même commençait à ressentir le besoin de s'évader pour un moment.

Cependant, le fait que la jeune femme les accompagne le mettait carrément mal à l'aise. Il ne savait jamais trop comment agir avec elle, du fait de son comportement général avec tout le monde. Un peu comme si la seule chose qui existait autour d'elle était…Eren. C'était perturbant d'abord, agaçant ensuite.

Mais quand il les regardait tous les deux, il avait l'impression de faire une garde de dépressifs. Bravo, Connie, encore dans une charmante situation ! Bien joué, vraiment ! Il avait presque envie de les abandonner tous les deux à leur sort, au coin d'une rue. Après tout, Eren n'était pas seul, et il doutait qu'il agirait n'importe comment en présence de Mikasa. Par ailleurs, aucun risque, Jean n'était pas dans les parages. Au final, pourquoi était-il là, déjà ?

Connie glissa un coup d'œil vers les deux jeunes gens, et soupira en les voyant discuter, tous les deux d'une voix un peu atone. Il allait déprimer à son tour, si ca continuait ainsi.

Un sujet, n'importe quoi.

-Tiens, au fait, Mikasa ! lâcha-t-il soudain. On ne te voit plus avec Marco, qu'est-ce qui se passe ?

En voyant en même temps le visage décomposé qu'elle afficha aussitôt et celui, soudain plutôt maussade, d'Eren, Connie se demanda s'il serait un jour capable de trouver un sujet qui ne donnait pas envie aux gens de le jeter dans un canal. Bougonnant, il enfonça le bas de son visage dans sa grosse écharpe, enviant l'asiatique pour celle, chaude et épaisse, qu'elle portait en permanence autour du cou depuis qu'il la connaissait.

-C'est…

Il tendit l'oreille, perplexe d'entendre sa voix alors qu'il avait déjà mis de côté son idée. Pour la première fois, il voyait une expression gênée sur le visage de Mikasa.

Ah.

Elle pouvait être mignonne, alors ?

-C'est une erreur, dit-elle un peu bas.

-Pourtant, on a tous vu…, rétorqua-t-il.

Il sentit un petit coup de coude le bousculer, et lança un regard vers Eren. Les lèvres pincées, le brun n'avait pas l'air tellement d'accord sur le fait de continuer la discussion. Connie décida néanmoins de passer outre, et fit comme si de rien n'était, s'intéressant de nouveau à la jeune fille. Le bout de son nez était enfoncé dans son écharpe rouge foncé, et à travers le tissu il pouvait voir la vapeur remonter autour de son visage alors qu'ils avançaient.

-C'est un mensonge, continua-t-elle lentement.

Elle n'aimait pas cette sensation, et le regard interloqué de Connie la dérangeait passablement. Mais au moins, elle se devait de démentir. Si ce n'était pas au principal intéressé qu'elle parlait, elle pouvait rétablir la vérité, au moins auprès des autres.

-Hein ? Pourquoi je mentirais ?

Un blanc. Mikasa comme Eren se tournèrent vers lui d'un même mouvement, avec une expression identique.

-Tu es bête, dit-elle.

-Eh, non !

-Si. Un enfant aurait saisi.

Eren eut soudain un petit rire en voyant le visage du garçon virer au rouge, gêné et un brin énervé que l'on se moquât de lui, et il abattit un bras sur Connie, le posant en travers de ses épaules avant de se pencher légèrement vers lui.

-Elle ne dit pas ça méchamment, va.

Connie gonfla légèrement les joues et frissonna en sentant le souffle chaud lui chatouiller le haut d'une oreille. Perdant contenance à la sensation plutôt agréable –il faisait un froid glacial quand bien même ils marchaient-, il grommela en haussant les épaules. Parfois, Eren devenait plutôt tactile, et c'était toujours étrange.

Il leva de nouveau les yeux sur Mikasa, qui le regardait en coin. Elle ne devait probablement pas apprécier la proximité du garçon envers lui, et il repoussa gentiment le bras amical. Ce serait mieux ainsi, même pour lui.

-Eh ! lança soudain Eren après quelques minutes d'un long silence, gêné pour certains, pesant pour d'autres.

-Qu'est-ce que t'as à crier ? grogna Connie.

Il avait envie de rentrer. Il ne se sentait décidément pas à sa place avec ces deux-là ensemble. C'était un peu comme tenir la chandelle à un vieux couple. D'ailleurs, avec une créature comme Mikasa à ses côtés depuis toutes ses années, comment Eren avait-il pu passer à travers les charmes de la gente féminine ? D'ailleurs, s'il y regardait plus attentivement, la jeune fille était bien faite. Très bien faite, même ses vêtements amples cachaient mal ses formes, et l'entraînement ardu qu'ils suivaient n'avait pas pu anéantir totalement sa morphologie de femme en devenir.

Son regard avait dû devenir un peu trop insistant, car il sentit une grande claque à l'arrière de son crâne. Rangeant sa propre main, Eren désigna un établissement d'où un fumet sucré s'échappait, chatouillant les narines.

-Je veux une putain de crêpe.

-Dis pas « putain », putain…

Connie soupira et fixa un moment la devanture. Des clients sortaient, continuant leur conversation déjà entamée à l'intérieur. Leurs vêtements n'étaient pas rapiécés, et ils étaient de bonne condition. A leurs visages, il était facile de voir qu'ils ignoraient tout de ce qui existait en dehors de leur petite vie.

Un triple soupir leur échappa, et Connie esquissa un petit sourire. Même Mikasa se serait damnée pour ce petit plaisir. Après tout, ils n'avaient que cette espèce de soupe insipide à chaque repas, et ce pain de même piètre qualité. Ils n'avaient pas d'occasion de se mettre autre chose sous la dent –à part Sasha, dieu seul savait comment et personne ne souhaitait savoir.

Et pas d'argent. Ce simple fait réglait l'affaire en moins d'une seconde.

-T'es chiant, Eren, marmonna Connie.

-Je me déteste moi-même…, répondit le garçon en jetant encore un regard à la porte qui les attirait, pour finalement tourner les talons.

Mikasa et Connie l'imitèrent, les épaules un peu basses. C'était bien beau d'aller en ville, songea Connie, mais il fallait avouer que sans argent il était difficile de trouver un intérêt à l'endroit. Au-delà du petit restaurant commençaient des quartiers plus chics, et déjà les passants qui s'y rendaient ou en venaient les regardaient de travers.

Ce fut donc sur un petit pont surplombant le canal principal de la ville, qu'ils s'installèrent finalement. Assis au pied de la grande rambade qui les protégeait d'une éventuelle chute, Connie jouait avec un petit caillou qui traînait à ses pieds.

-Et finalement, c'est quoi cette histoire avec Marco ?

Il vit le nez d'Eren se retrousser violemment, mais il s'était habitué à le voir prendre une mine dégoûtée au seul nom du grand brun. Mikasa quant à elle, resta silencieuse un moment, montrant ouvertement qu'elle prendrait son temps. Quitte à poser des questions qui fâchent, Connie saurait être patient.

Elle soupira finalement, et d'une main perdue au fond de sa manche baissa l'écharpe qui lui barrait le bas du visage.

-En fait…