Chapitre 57
Il s'était levé, bousculant presque Gunther qui était penché par-dessus son épaule. De là où ils étaient, la proximité entre Mikasa et Marco était tout sauf simplement amicale, et une boule s'était formée en fond de sa gorge. Il savait qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même et sa bêtise. S'il n'était pas monté sur ses grands chevaux, il ne se serait pas séparé volontairement du groupe. Marco ne serait pas parti à sa recherche.
Et lui-même ne serait pas descendu dans le quartier derrière l'église sur laquelle il s'était perché.
Les gens ne faisaient pas vraiment attention quand un soldat atterrissait, sortant de nulle part. Ils continuaient leur chemin sans se retourner. Quoi qu'il eut pu se passer. Il n'y avait que l'apparition d'un éventuel titan qui les bousculerait peut-être dans leur quotidien. Peut-être. Il n'en était même pas franchement sûr.
Aussi, quand il s'était retrouvé à quelques pas à peine d'Eren et Connie, son sang n'avait fait qu'un tour en voyant leurs positions et l'expression du plus petit de ses deux camarades. Depuis quand se trompait-il autant sur tout ce qu'il voyait ?
Ah.
En fait, la question était plutôt…
Depuis quand Connie et Eren avaient-ils ce genre de relation ?
Ils avaient disparu d'un pas rapide et pressé. Rectification : Connie avait traîné Eren le plus loin possible et le plus vite qu'il pouvait. C'était à n'y rien comprendre.
Il entendit un bruit sourd derrière lui, et se retourna à peine. Gunther et Petra se redressaient tout juste, avant de s'approcher. La jeune femme venait probablement de rejoindre son camarade d'unité, elle était encore au loin lorsqu'il avait quitté le toit.
Gunther donna du menton dans la direction qu'avaient empruntée Eren et Connie, et Jean y glissa un œil. Ils étaient hors de portée depuis un moment maintenant, entre la distance et la densité de la foule.
-Il s'est calmé, lui ? grogna l'homme.
Jean faillit se mordre la langue sous la surprise. Il en avait oublié la présence de Gunther lorsqu'Eren lui avait sauté dessus. La première fois du moins, et pour le coup il eut une hésitation qui ne passa pas inaperçue pour les deux jeunes adultes.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
La voix de Petra était un peu moins douce que d'accoutumée, et Jean ressentait déjà le besoin de partir en courant. Pour un peu, sa couardise habituelle aurait été la bienvenue. Mais face à ces gens, qui, il le savait, côtoyaient les titans au quotidien, il ne savait pas comment agir.
Gunther soupira, et posa les mains sur ses hanches.
-Il a dû recommencer, avança-t-il.
Jean se doutait que ce n'était qu'une tentative de la part de l'homme, mais il ne put s'empêcher de réagir au quart de tour, pâlissant au souvenir. Il entendit Petra grogner tandis qu'elle croisait les bras, fronçant du nez.
-C'est un animal, ce gamin ? siffla-t-elle.
Gunther eut un petit rire et agita la main.
-Je crois qu'on a vu pire, Petra…, ricana-t-il.
Elle leva les yeux au ciel, soufflant avec agacement avant de passer une main dans ses cheveux.
-Je ne suis pas sûre que nos années au camp soient un exemple…Si on pouvait leur éviter ça…
Jean haussa un sourcil avec curiosité, ravi que le sujet ait dévié sur autre chose.
-Que s'est-il passé ?
Les deux se jetèrent un coup d'œil. Si Petra faisait une moue qui n'engageait pas franchement à continuer, Gunther quant à lui ne semblait pas tellement perturbé par la chose et il tapota l'épaule de Jean amicalement.
-Disons…Que ça a dérapé pour quelques-uns. Ou quelques-unes, plutôt.
A l'idée qu'un de leurs compagnons ait pu poser la main sur une des leurs, Jean commença à grimacer, ce à quoi Gunther répondit d'un petit sourire.
-Pas dans ce sens-là, dit en saisissant ses pensées sans trop de difficulté –après tout, il était un homme également, ce n'était pas compliqué.
-J'ai peur de ne pas suivre…
Petra s'empourpra légèrement en faisant un pas en avant, les lèvres pincées.
-Eh, Gunther, arrête avec ç…
Presque aussitôt, la main de Gunther se leva pour se poser sur le bas de son visage, la bâillonnant plus par la surprise que réellement. Le blond fronça les sourcils, perplexe.
-Petra a été victime de la même chose que toi, dit-il lentement.
Visiblement, les coups de poings que lui donnait la petite rousse n'étaient pas très efficaces. De son autre main, tout de même un peu gêné par ses mouvements, il attrapa les mains de la jeune femme pour l'immobiliser.
-Tu peux constater que ce n'est toujours pas un sujet plaisant, continua-t-il.
Gêné par la situation, Jena hocha la tête. Il devait bien avouer qu'il n'osait pas regarder Petra. A sa place, il n'apprécierait pas le traitement. Gunther se racla légèrement la gorge.
-Elle n'a pas eu la même chance que toi cependant, ajouta-t-il. Personne n'a pu intervenir. Et tout comme nous –les hommes, j'entends-, les filles peuvent être cruelles et violentes.
Les épaules basses, Petra avait arrêté de se débattre, jugeant que de toute façon, tout ce qu'elle tentait était inutile. Les épaules basses, elle attendait, se mordant la lèvre avec une anxiété naissante.
Jean se sentait mal à l'aise. Il savait qu'ils n'étaient pas beaucoup plus âgés que ses camarades et lui-même les faits ne dataient pas de si loin.
-Je-je vois, bafouilla-t-il.
-C'est pour ça qu'elle est sur la défensive concernant cette histoire, sourit Gunther en libérant le visage un peu poupon.
Elle l'avait un peu mordu, par vengeance et il rit doucement.
-Va chier, Gunther ! cracha-t-elle, laissant tomber pendant deux secondes la douceur qui la caractérisait en temps normal.
-Oui, oui…
Jean toussota légèrement. Il n'était pas sûr d'avoir réellement le droit de savoir tout ça, autant l'histoire concernant Petra que sa capacité à être aussi vulgaire qu'eux.
Elle se redressa brusquement, et enclencha ses grappins avec un regard noir, et inclina la tête vers Jean, hésitante.
-Si tu rentres, suis-moi, marmonna-t-elle. Gunther, tu t'occupes du reste.
Presque aussitôt, elle s'envola, propulsée dans les airs par son appareil. Un peu perturbé par la situation, Jena devait bien avouer qu'il n'avait qu'une envie : rentrer. Mais l'idée d'être aux côtés de Petra le rendait soudainement nerveux, et Gunther dut presque lui ordonner de partir en voyant qu'il était un peu long à réagir, laissant entendre un grand rire alors que Jean s'élevait à son tour derrière la jeune femme.
-A-arrête ça… !
-Sûrement pas.
La porte était fermée à clef. Ils gardaient en tête que le moindre cri attirerait n'importe qui. Et pourtant, Reiner éprouvait toutes les difficultés du monde à se retenir, tremblant presque sous l'urgence qui l'avait soudainement pris. Bertold le sentait. Lorsque le garçon l'avait quasiment jeté sur le petit lit –un peu fragile-, il avait un peu pris peur, ne s'attendant pas à ce genre d'initiative. Reiner était un peu lourd. A force d'être au-dessus de lui, il l'avait un peu oublié. La sensation de l'avoir, appuyé ainsi contre lui, renforçait sa présence. Il n'avait pas fallu longtemps pour qu'il sente ses mains fébriles sur lui, et il devait bien avouer que ca lui avait manqué. Un peu. Vraiment, juste un peu.
Le pantalon, tiré jusqu'à mi-cuisses, lui bloquait un peu les jambes.
Son tee-shirt, presque entièrement enlevé, lui retenait les bras au-dessus de la tête. Il était à peine étonné de ne pas avoir vraiment froid dans cette tenue alors que la petite pièce était vide de chaleur humaine. A part la leur.
Peut-être était-ce à cause du souffle brûlant de Reiner contre sa peau. Ou de ses doigts qui couraient sur sa peau. Ou son corps, glissé contre son bassin. Une main était venue s'aventurer sur sa fesse, avant de l'enserrer. Il sentait les doigts juste contre l'intimité qu'il avait réussi à préserver jusque-là, et une pointe d'appréhension –et d'excitation, c'était indéniable mais il n'en ferait pas part- le prenait progressivement.
Quelque part, il se sentait espérer. Mais quoi, bon sang ?
Un frisson l'agita sous les coups de dents, un brin violents. Le cou. Les clavicules. Un téton. Il gémit sourdement, s'agita un peu, avant d'être maintenu sans douceur sur le matelas fin.
Ses sous-vêtements avaient été dégagés en même temps que le pantalon. Et contre sa cuisse, l'érection de Reiner lui avouait tout du désir qu'il avait.
Lui-même, il bandait.
Merde.
Quel con.
Il avait encore lancé le truc.
Mais pas dans le bon sens cette fois-ci.
La main qui le maintenait n'était pas restée là longtemps, et les doigts musclés le masturbaient, au rythme soutenu des morsures et coups de langue. Il faillit sursauter en sentant les doigts s'introduire dans sa bouche en profitant sournoisement d'un gémissement.
Cette fois, ce serait un point pour Reiner.
Qu'il aille se faire mettre, celui-là, pensa-t-il dans un coin de son esprit.
L'instant d'après, il avait totalement oublié cette idée. Son réflexe avait été sans appel ses bras un peu bloqués par le tissu avaient réussi à attraper l'oreiller plat sous son crâne, l'aplatissant un peu plus sur son propre visage pour se retenir de crier. Ou atténuer ses râles. Il ne savait pas trop, en fait. Il n'y réfléchissait pas.
Sous les doigts humides qui s'enfonçaient, il n'y avait plus à réfléchir, de toute façon.
