Chapitre 58
Cette fête n'était ni plus ni moins qu'une fête commerciale. Les boutiques étaient remplies de décorations mielleuses tandis que les fleuristes, bijouteries et chocolatiers ne désemplissaient plus.
Emma Swan n'avait pas quitté sa chambre depuis deux jours depuis les aveux envers sa mère. Et cette fête, en ce jour, n'arrangeait pas les vacarmes que son cœur lui imposait. Elle lui faisait réaliser qu'aimer Regina Mills était une chose impossible et complexe. Cette femme avait l'allure d'une femme inaccessible, insensible aux sentiments amoureux. Le genre autoritaire dont on ne fantasmait que la nuit dans nos propre rêves.
Pourtant Emma voulait se risquer à lui avouer son amour. Elle n'avait rien à perdre si ce n'était que leur amitié. Après tout, cela en valait peut-être la peine. Elle avait réfléchis des heures et des heures au cadeau qu'elle offrirait au maire jusqu'à ce que les paroles de son fils retentissent dans ses tympans. Ce fut alors que la jeune femme se releva d'un bond de son lit, courut à la salle de bain puis en sortit dix minutes plus tard.
Regina mélangeait son café les sourcils froncés. Henry la rejoignit dans la cuisine, fraîchement sortie de la douche. La Reine constata qu'il était en chaussette, elle ne tarda pas à le lui faire remarquer.
- Combien de fois Henry t'ai-je répété que c'était moi qui l'avais tes chaussettes ? Par conséquent, tu dois porter des chaussons comme tout le monde dans cette maison ! Face au ton colérique de sa mère, l'enfant sursauta, se fit penaud et disparut mettre des chaussons.
Regina détestait cette stupide fête commerciale, ça la mettait hors d'elle. C'était vrai cela, combien de couple prétendait s'aimer pour se séparer juste après le mariage ? Tous. A l'exception de Blanche Neige - dommage qu'elle faisait partie de l'exception à la règle.
Le maire frappa la table du poing faisant retentir la cuillère contre la porcelaine de sa tasse. Cette stupide fête des amoureux lui rappelait que toute la ville - ou presque - avait trouvé l'amour, sauf elle. Elle ne pouvait aimer la personne que son cœur lui avait désigné. Cette femme avait l'allure d'une âme vagabonde, un jour elle était ici et le lendemain là. Emma n'était pas quelqu'un de stable, elle n'était pas du genre à se poser avec un homme - ou une femme ? - et avec des enfants. Henry en était la preuve vivante. De plus une femme avec une femme, une Reine avec une Sauveuse, quelle idée incongrue ! Regina se mit à ricaner narquoisement.
- Qu'est-ce qui te fait rire maman ? Demanda Henry en revenant dans la cuisine, perplexe.
- Rien. Allons-y, tu vas rater le bus ! Allez dépêches toi ! Regina se leva d'un bond.
- Mais maman, je n'ai pas déjeuné ! Protesta le garçonnet au ventre criant famine.
Sa mère lui prit une pomme à la volée et la lui tendit avant de l'entraîner dehors. Henry grimaça face au fruit puis tous deux se dirigèrent vers la Mercedes.
Alors que la voiture du maire traversait le boulevard, Henry observait les couples se balader main dans la main. Il trouvait cela beau, l'amour. Pour lui, il s'agissait du sentiment vainqueur sur toutes les misères du monde, que ce soit la tristesse, la souffrance, la solitude. Il suffisait de tomber sur une personne, juste une, pour rendre le monde plus beau à nos yeux. Qu'importait la situation. Tout le monde méritait d'aimer et d'être aimé. Sa mère, ses mères méritaient cet amour qui le fascinait. Un jour, lui aussi il aimerait une femme et comme son grand-père David, il la comblerait.
La porte du bureau du maire claqua derrière Regina. Dans son antre, la Reine se sentait à l'abri de l'oxygène pollué par l'amour. Elle se laissa tomber dans son fauteuil et rassembla une pile de feuille devant elle avant d'appuyer son dos contre le dossier en cuir. Regina souffla bruyamment, agacée, attristée. Aujourd'hui allait être une longue journée.
Alors que le maire tentait de changer ses esprits en se plongeant dans ses dossiers, le Shérif de la ville - et l'élue de son cœur - débarqua dans le bureau. Regina ne releva pas la tête.
- Vous aussi vous tentez de fuir le monde extérieur ? Demanda Emma avec un ton narquois en avançant lentement.
- Ils me dégoutent tous. Tous autant qu'ils sont. L'amour est une faiblesse, Mademoiselle Swan ! Répondit Regina avec ironie en croisant le regard de la blonde un court instant.
Emma comprit par ses propos que Regina n'était vraiment pas une femme faîte pour l'amour. Et pourtant cela ne la découragea pas à lui proposer une sortie.
- Écoutez Madame Mills, bien que cette journée ait le profil de... euh Emma cherchait promptement ses mots... d'une journée barbante, nous ne devons pas en aucun cas en subir les conséquences. C'est pourquoi aujourd'hui nous allons sortir faire un tour et prendre un bol d'air frais. Cela serait dommage de ne pas profiter du temps !
Le maire dévisageait sa fonctionnaire avec des yeux ronds. Elle n'était pas sûre de comprendre parfaitement la mascarade de son Shérif. Emma remarqua le regard perplexe de la brune et lui sourit.
-Mettez quelque chose avec laquelle vous êtes à l'aise. Rejoingez-moi ensuite à cette adresse.
Emma tendit un bout de papier plié à Regina avant de sortir du bureau satisfaite. La Reine le déplia et se retint de sourire. Elle connaissait l'adresse. À quel jeu jouait Swan ?
Bien que surprise par l'invitation d'Emma, Regina rentra au manoir se changer et enfiler quelque chose de plus souple et salissant. Elle reprit ensuite sa Mercedes et fila au nord de la ville comme l'était inscrit sur le papier.
- Mademoiselle Swan ? Appela Regina tout en marchant lentement parmis les boxs.
Une hénissement de cheval se fit retentir au box qu'elle ne connaissait plus que trop bien et une voix familière lui répondit.
- Je suis ici. Dans le box de Diesel !
La jeune femme marcha donc vers ledit box et vit sous ses yeux le bel étalon harnaché visiblement par Emma elle-même. Cette dernière se retourna avec un large sourire :
- Surprise !
Regina resta plantée là sans savoir quoi dire.
