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Rumi : Hum, comment dire...C'est...Compliqué... x'D
Chapitre 58
La soirée avait quelque chose d'étrange. Si tout le monde était présent, la salle était plus calme que les jours précédents. Quelques-uns mettaient un peu d'animation dans leur coin, entre deux silences pesant. Après un énième coup d'œil en arrière, Petra revint à son bol, écrasant le contenu dans de petits mouvements qui laissaient éclater au grand jour son état d'esprit. A ses côté, Gunther ricanait gentiment, tandis que Erd et Auruo la fixaient sans trop savoir que dire ni que faire. A part manger en continuant leur conversation, ils ne voyaient pas vraiment.
Un bruit sec les fit lever les yeux, et ils se turent. Quand le plus petit d'entre eux faisait claquer ses couverts de cette façon sur la table, ils évitaient de trop la ramener.
-Ne joue pas avec la nourriture, c'est dégoûtant.
La petite rousse pinça finement les lèvres en entendant la voix grave s'élever, traînant légèrement sur certaines syllabes.
-Je ne joue pas, siffla-t-elle malgré elle.
-Tu fais la tête, c'est chiant. On dirait une gamine.
Pendant une seconde, elle eut l'envie soudaine de disparaître six pieds sous terre. Le regard rivé sur son repas qu'elle massacrait consciencieusement –elle avait continué malgré le danger humain assis en face d'elle-, elle écrasa les orteils de Gunther d'un coup de talon.
Il y eut quelques rires étouffés, probablement à cause du visage que devait arborer l'homme à cet instant, et elle se dérida un peu.
-Ca t'apprendra, marmonna-t-elle avec un coup d'œil en biais.
Un soupir agacé les ramena à la réalité. Se redressant et contenant le besoin imminent de se masser le bout du pied, Gunther toussota, posant sa cuillère sur la table de bois. Si ça avait été possible, le regard de l'homme l'aurait certainement transpercé.
-Qu'est-ce qui se passe encore ?
-Comme chaque session, répondit-il. Il y en a qui pètent les plombs et sautent sur leurs camarades.
Petra alternait entre son envie de le frapper et la mal-être qui s'emparait d'elle quand on abordait ces sujets-là. Si Gunther lui avait raconté son intervention lors de l'agression de Jean, c'était uniquement parce qu'elle avait insisté.
Savoir qu'ils étaient arrivés à temps l'avait rassurée.
Mais savoir que son agresseur était encore libre d'agir à sa guise l'inquiétait. Ce gamin était peut-être capable de recommencer. Et apparemment, c'était ce qu'il avait fait.
-Vous attendez qu'il réussisse, avant de faire quelque chose ? marmonna-t-elle.
Elle sentit un pied frôler son tibia, et lâcha sa cuillère, prise par surprise. Les contacts avec le caporal étaient effroyablement rares. D'une certaine manière, elle ne s'en portait pas plus mal. Depuis le camp d'entraînement, approcher les autres et se lier était devenu un peu difficile, la confiance se faisait rare, faible même. Il n'y avait qu'avec cette équipe, où les liens étaient devenus puissants et importants, qu'elle se sentait bien, à l'aise.
-Calme-toi, soupira l'homme. Tu t'emportes.
Elle se mordit la lèvre et Gunther sourit à son impulsivité inhabituelle. Du moins, celle qu'elle camouflait habilement aux yeux des autres. Lorsqu'ils étaient en privé, elle se laissait un peu aller. Si au début ça lui avait paru à la limite de la schizophrénie, à présent il trouvait que ça correspondait plutôt bien à son caractère. C'en était même presque mignon.
-Je suis désolée, caporal, murmura-t-elle.
-Ne te laisse pas dépasser par tes propres expériences, répliqua-t-il. Ce qui t'est arrivé n'est pas valable pour tout le monde. Essaie de voir plus loin.
Elle rentra légèrement la tête dans les épaules, se sentant rougir de gêne. Peut-être de honte à s'exprimer ainsi et montrer ouvertement les relents des années passées.
-Pour en revenir au gamin…, continua Nanaba en s'étirant sur le banc.
Gunther lui glissa un regard un peu appuyé.
-Il a purgé sa petite peine comme prévu. S'il recommence, il sait ce qui l'attend.
C'était tendu. L'ambiance, tout. Pour une raison qui lui échappait, presque tous ceux qui restaient s'étaient regroupés autour de la plus grande table, et Connie essayait de ne pas prêter attention aux coups d'œil que lui lançait fréquemment Jean.
Il soupira. Le retour lui avait semblé interminable, et pourtant ils avaient mis autant de temps qu'à l'aller. Trouver une voiture qui faisait le déplacement sur une partie de la route n'avait pas été une mince affaire, et il maudissait l'emplacement reculé du camp d'entraînement. Il avait mis un moment avant de lâcher Eren, principalement parce qu'il avait oublié qu'il était à deux doigts de lui broyer le poignet. Le brun avait salué son manque de force, pour son bien et celui de son bras. Cependant, il n'avait osé aucun commentaire sur sa réaction, pas plus qu'il n'avait relevé quant à ses réponses sur leur conversation de plus tôt. Pour Connie, c'était le signe que le sujet était clos. Un peu plus et il se retrouvait incapable de répondre avec cohérence le sujet le dépassait totalement.
-Eh !
Voire, il se demandait si ce n'était pas Eren, qui le dépassait. Complètement.
-T'es avec nous ?
Il grimaça en sentant un poing lui heurter l'épaule, sans vraiment de douceur. Il était entouré de brutes et son corps était toujours trop frêle par rapport aux leurs. Quand il évoluait, eux aussi. Beaucoup plus.
Connie repoussa la main de Samuel, essayant d'enlever toute trace de réflexion de son visage.
-Oui, oui…
-Ca ne va pas ?
Jean le fixait de nouveau, il le voyait. Quand il détournait les yeux, il sentait son regard. D'habitude, il ne faisait pas attention au garçon celui-ci était toujours dans une confrontation visuelle avec Marco. D'ailleurs, où était-il, celui-là ? C'était sûrement à cause de son absence que Jean les surveillait.
-Eh !
Connie sursauta. Merde. Il avait totalement zappé Samuel et ses questions, perturbé par Jean et son insistance inhabituelle. Un petit coup contre son mollet le ramena définitivement à la réalité. A côté de lui, Eren s'occupait de son bol, l'air de rien, mais Connie savait qu'il avait remarqué le regard insistant et inquisiteur du blond.
Ca devait le stresser. Le perturber, même. Il posa sa main sur le banc, juste entre eux, et donna une petite pichenette contre la cuisse qui était là, retenant un petit sourire amusé en sentant le sursaut discret du brun.
C'était idiot. Mais ca le rassurait.
Il tourna alors les yeux vers Samuel, souriant un peu plus naturellement à présent.
-Tout va bien, dit-il.
Le garçon soupira.
-T'en plutôt tendu, depuis un moment…, murmura-t-il avant de se pencher. Même Sasha l'a remarqué, tu sais ?
Connie sentit ses poils se hérisser et il était à peu près certain que s'il avait eu des cheveux, ceux-ci n'y auraient pas échappé.
-Des petits problèmes…Personnels…, grogna-t-il, essayant de contourner le sujet.
Si Samuel avait parlé tout bas, il avait quant à lui senti Eren se rapprocher imperceptiblement pour entendre, discret et curieux. Il tapota la cuisse sous sa main, lui intimant le retrait aussitôt.
Il n'avait juste pas prévu les doigts du garçon sur les siens, les serrant sans prévenir.
Eren avait la main chaude.
Et un côté de la table pouvait aisément le voir devenir pivoine. Samuel esquissa un sourire et inclina la tête.
-Personnels comme 'Sasha', hein…, supposa-t-il.
Connie se mordit la lèvre, avec l'irrésistible envie de l'envoyer se faire voir. Combien de personnes étaient au courant, au juste ? Autant quant à leur relation que concernant l'échec total que ça avait été ?
Il y eut quelques gloussements. Le silence qui les entourait était gênant. Non, en fait c'était pire que ça. Pourquoi le fixait-on ? Pourquoi est-ce qu'à peu près toute l'attablée le regardait comme s'il était une bête curieuse ?
TOUS.
-A-arrête, c'est n'importe quoi ! réussit-il à dire une fois le choc passé.
-Eh, elle n'est pas là quelques jours, détends-toi ! lança une voix.
-T'as pu tirer ton coup avant qu'elle se tire, au moins ? lança un autre.
Il y eut quelques rires. Le sujet amusait visiblement. Du coup de l'œil, il apercevait Thomas se retenir difficilement, pouffant dans sa main. Jean haussait un sourcil avec surprise. Guido avait un rire un peu gras. Samuel avait un sourire gêné. Carolina n'avait pas pu s'empêcher de lâcher un petit ricanement moqueur. Elle devait sûrement savoir, appartenant à la chambrée féminine. Elle devait même un peu trop savoir. Il ne fallait pas grand-chose pour délier la langue de Sasha, il avait testé lui-même. Un peu de nourriture et elle était là.
Il avait envie de disparaître, là de suite. Maintenant.
-Elle n'aime pas les chauves, peut-être ? lança un autre.
-Ou il n'y a pas assez à bouffer sur lui !
D'autres suppositions, virant progressivement au graveleux, fusèrent. L'animation montait crescendo, les rires s'élevaient, les propos allaient bon train.
Il n'était pas à l'aise. Du tout.
Ignorant une question qui lui était directement adressé, Connie se leva brusquement, et sauta presque pour enjamber le banc qui l'entravait. Abandonner Eren ? Aucun risque. Il n'était pas seul. Mikasa était là, veillant comme toujours. Et il n'irait certainement pas tenter quoi que ce soit en présence d'autant de gens.
Et puis, il savait que le brun était beaucoup plus calme après les jours qu'ils avaient passés. Aussi n'éprouva-t-il aucun remord quand la porte se referma derrière lui, coupant court aux regards et moqueries qui le suivaient.
Gunther grimaça légèrement et Petra lui donna de nouveau un petit coup de pied sur les orteils, avant de se pencher à son oreille.
-C'est pas le gamin de tout à l'heure ? y murmura-t-elle.
-Hum, si.
Elle gloussa légèrement. « Le pauvre, ils ont l'air de s'acharner un peu sur lui…
-Il est petit, et sa constitution n'incite pas vraiment à lui foutre la paix, admit Gunther en haussant une épaule.
-Eh, il fait ma taille, répliqua-t-elle en gonflant une joue.
Du coin de l'œil, ils virent leur supérieur lancer un regard noir, et ils ravalèrent aussitôt leurs propos. Ne pas parler de la taille. Il ne dépassait Petra que de deux ou trois centimètres, ce qui n'était absolument pas visible au quotidien.
-Mais il est plutôt malingre, c'est vrai…, bouda-t-elle.
-Il y en a toujours quelques-uns, comme ça, grinça soudain Rivaille. Il a d'autres avantages à être comme ça. Il lui faut juste le temps d'en tirer profit. C'est aussi pour ça qu'il est là. Pour le moment, c'est juste un bleu.
Ils sourirent en coin, essayant d'imaginer l'homme à la place de Connie. Parce que d'une certaine manière, c'était un peu l'effet qu'il leur faisait, à défendre l'adolescent comme si de rien n'était.
