Je poste un petit coucou, juste pour dire merci à ceux qui m'ont laissé une review.

Vous êtes géniaux, je vous aime bande de fripons.


Monstres au Paradis.

Ils tombaient dos à dos, sifflants douloureusement, le corps en sang. Leurs vêtements étaient poisseux, leurs visages bardés de crasses et de sang, de terre sombre qui s'étalait et s'infiltrait. Le souffle court, les mains tremblantes, trop assurées. Les doigts fermement ancrés dans les os qui faisaient les lames noircies d'hémoglobines, les yeux furetant entre les arbres hauts, gris, sales.

Le premier hurla, dévoilant ses crocs, ses yeux virant aux rouges alors qu'il se jetait sur le monstre devant lui. La seconde grimaça en sortant ses griffes, prenant à partit les deux misérables cloportes qui s'échinaient à les poursuivre depuis quelques heures. La chaire se déchiqueta, les cris résonnèrent au milieu des grognements. Et tout se tut, alors que les trois cadavres tombaient au sol. Sur le sol moussu, aux feuilles qui craquaient sous leurs pas.

Un regard, un instant pour s'assurer qu'ils allaient bien. Un sourire. Un hochement de tête. Puis repartir, côte à côte, sans se lâcher, toujours sur leurs gardes. Indéfiniment. Parce qu'ils n'avaient d'autre choix. Parce que c'était la loi du Purgatoire.

Tuer ou être tuer. Perdre toute Humanité, toute décence, toute sympathie pour l'autre. N'être qu'ennemis, que monstres, que crocs, et griffes et sang et mort. N'être que des coquilles, condamnées à tuer, à massacrer, à arracher les chaires et à s'entre dévorer. Des machines de guerre dans un conflits sans but, sans commencement ni fin. Juste une lutte acharnée, primaire, brute. Une paix rouge de sang qu'ils vivaient côte à côte, deux âmes en peine partageant le peu de chaleur qui restait en eux, comme un précieux qu'ils ne pouvaient perdre. Comme la flamme d'un phare si lointain qu'on l'imaginait au milieu de la brume et des vagues.

Elle sauta par dessus une buche, rejoignit presque souplement le sol dans ce lieux qui n'avait plus de sommeil, où la fatigue pesait sur le corps comme un monstre sur votre torse, vous étouffant dans votre somnolence. Elle continua de courir, l'autre près d'elle, présence rassurante. Un ami, un amant parfois. Jamais plus. Jamais réellement confidents. Juste forcé par le Destin. L'enjeu. La vie qu'ils menaient dans cet entre-deux sans image.

Puis ils s'arrêtèrent, face à face devant un monstre, un autre. Comme eux. Comme tous les autres. Deux crocs saillants qu'ils devinaient, les mains recouvertes de sangs sous les griffes acérées et les vêtements lacérés. Ils ne le battraient pas. Ils n'y arriveraient pas. Se penchant, se regardant, ils surent, ils comprirent, se dirent tous les mots qu'ils purent. Juste entre eux, juste dans leurs regards.

Un loup-garou, au corps gringalet, au visage émacié, au traits grossiers. Un loups qui sourient brusquement, s'exclamant d'une voix enjouée, paradoxe dans ce monde de tristesse, de silence et de mort. Un cri du cœur, plein de bonheur, qu'ils accueillirent avec peur, avec espoir, avec calme.

- Putain de bon Dieu de merde ! J'ai cru jamais vous trouvez !

Une photo dans une main, abimée, cabossée, déchirée. Instant de grâce, hors propos, perdu dans l'immensité du Purgatoire. Dans ce Paradis blanc qui chutait en Enfer.

Un signe de main, un nouveau cri, un hurlement, des réponses. Des voix qu'ils ne pensaient jamais revoir, des visages qui laissèrent sur les leurs des sillons de larmes. Première chute, première bouffée d'oxygène dans ce monde. Dans leur après.

Deux regards, deux amis. Un amant.

Deux chasseurs venues chercher un vampire et une louve.

Deux chasseurs venues chercher une meute en plus.

Deux chasseurs qui n'oubliaient pas. Qui ne comptaient pas oublier.

Et si les retrouvailles coupèrent court. Si les monstres, les Léviathans, les horreurs les poursuivirent. Si un ange aux yeux trop bleus vint leur ouvrir une porte. Si Madison et Benny laissèrent derrière eux le Purgatoire, un Garth qu'ils découvraient en courant avec toutes sa petite clique à ses trousses. Si tout fut brusque et insurmontable, ils hurlèrent à la lune, monstres aimés.

Monstres au Paradis.