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Rumi : Allons allons, c'est pas encore catastrophique, va! x) Quant à Mikasa, à part qu'elle a un sérieux problème relationnel... 8'D
Chapitre 63
Son écharpe autour du cou, remontée presque jusque sous les yeux, Jean peinait à manier sa hache correctement. Le froid l'engourdissait de plus en plus et il ne parvenait pas à aller au-delà de cette sensation désagréable qui rendait ses doigts douloureux. Il laissa finalement échapper un grognement agacé quand la hache lui échappa des mains pour se planter un instant à quelques centimètres de son pied avant de vaciller et s'aplatir sur l'herbe humide.
-Eh, reste entier ! entendit-il non loin.
Il leva les yeux vers l'homme qui l'avait emmené avec lui et haussa les épaules avant de frotter ses mains qui étaient de plus en plus difficiles à bouger.
-Ca devient dur, marmonna-t-il. Je vais finir cul-de-jatte si ça continue !
Le grand rire de Gunther le fit sursauter quand il s'éleva, et Jean soupira. Lorsque le soldat l'avait embarqué après l'avoir croisé dans le couloir, le garçon n'avait pas vraiment saisi ce qui allait se passer, et visiblement Bertold, qui traînait à ses côtés à ce moment-là, non plus. Et finalement, il se trouvait là, à quelques kilomètres du camp à peine, au bord du premier bois venu.
-Désolé, mon gars ! Ils se sont tous désisté et on n'a presque plus de bois…
-Vous prenez le premier qui passe et vous l'embarquez à chaque fois ?
Gunther rit de nouveau, amusé par la moue du garçon qui avait repris la hache en main avec réluctance, serrant de son mieux ses mains sur le manche.
-Bah ! Ce n'est pas comme si tu avais l'air très occupé, après tout. Et puis, ça ne peut pas te faire de mal, ajouta l'homme avec un clin d'œil.
Jean lui lança un regard désapprobateur et retint une pique inutile. Gunther avait passablement raison, il avait passé la moitié de la journée à tourner en rond avant de tomber sur Bertold qui revenait de la minuscule salle tapissée de livres, un petit ouvrage sous le bras. Marco avait disparu tôt, comme il en avait l'habitude en temps normal. Jean avait beau avoir cherché, il ne l'avait pas trouvé faisant son footing matinal, ou en tout cas pas là ou Marco l'avait entraîné plusieurs jours durant. A l'intérieur, il l'avait juste aperçu une fois, bloqué à ce moment-là. Tout quitter pour le retrouver eut été étrange, et il ne voulait pas trop attirer l'attention. L'instant d'après, Marco avait disparu.
Déjà la veille, le garçon s'était couché bien avant lui, et visiblement était déjà endormi lorsqu'il l'avait rejoint dans la chambre en même temps que les autres garçons retrouvaient leurs propres lits. Le brun était silencieux, son souffle lent et régulier prouvait seulement qu'il n'était pas en état de discutait et perdu quelque part au milieu d'un rêve. Alors il s'était enroulé dans sa couverture, perplexe et un peu perdu quant à la marche à suivre.
Il avait fait une erreur, il en était conscient. Mais tout le monde avait ses moments d'égarement, non? Il avait à la fois l'impression que Marco le fuyait, et qu'il n'était…Personne ? C'était une sensation désagréable, troublante. Et il n'aimait pas cela.
-Eh, concentre-toi un peu !
Jean sursauta, se reprenant aussitôt. Il resserra sa prise sur le manche épais, donnant un coup sec sur une buche. Mieux valait se concentrer où il en pâtirait rapidement. Ce n'était ni le lieu ni le moment, et il essaya de rester attentif à ce qu'il faisait le reste de la journée. Avec Gunther qui le surveillait dès qu'il partait dans ses pensées, ce ne serait pas bien difficile.
Discrètement, Marco ouvrit la porte de la pièce. Il avait passé presque tout son temps confiné là-dedans, et l'odeur étouffante des livres poussiéreux commençait à le déranger. Peut-être était-ce à cause du manque d'air frais de la bibliothèque –il doutait que celle-ci soit beaucoup aérée-, mais la tête lui tournait légèrement. Il avait refermé le livre qu'il ne parvenait plus à suivre pour s'aventurer dans le couloir. Au bruit à travers la porte, pas de trace de ses camarades de l'autre côté. Et pourtant, il se trouva nez-à-nez avec Bertold, le grand brun baissant les yeux sur lui en haussant les sourcils.
-T'étais encore là ?
-Je me suis endormi un petit moment, mentit Marco avec un petit sourire.
Quelque part, il aurait pu se sentir coupable de ne pas avouer qu'il s'était caché toute la journée. Bertold l'avait vu en fin de matinée et discrètement il lui avait fait comprendre ne pas avoir envie que quelqu'un d'autre sache où il était. Ce n'était pas un endroit très fréquenté, et il n'aurait fallu qu'un étrange hasard –provoqué- pour que Jean se retrouvât là.
-Pourtant, tu t'es couché tôt, lui fit remarquer Bertold, lourd de sous-entendus.
Marco fit une petite moue un peu gêné, marmonnant un « la fatigue, tu sais… » qui ne trompait pas vraiment. Bertold lui tapota le crâne avec le livre qu'il ramenait. Visiblement, un après-midi entier avait tout juste suffi pour qu'il avalât sa lecture du jour, et à présent le grand brun le toisait de toute sa hauteur, terriblement curieux et ne s'en cachant pas le moins du monde.
-Eh ! grogna-t-il en baissant les yeux, reculant d'un pas.
Bertold eut un petit rire discret.
-Désolé, c'est tellement rare qu'on lise en toi comme un livre ouvert…Jean a fait des siennes ?
Marco rougit furieusement. Le fait qu'on rattache à sa baisse de moral le comportement de Jean n'était pas franchement quelque chose dont il avait envie, autant pour lui que le garçon.
-Je ne suis pas sûr qu'on puisse dire ça comme ça, souffla-t-il.
-Oh ? Tu veux en parler ?
-Non.
Il se rendit compte un peu tard de sa réponse. Il n'avait pas pris une seconde pour réfléchir, et Bertold haussa une épaule, souriant en coin. Marco préférait que ses affaires personnelles le restent, après tout. C'était mieux ainsi.
-Il a l'air perdu, tu sais ? dit soudain le plus grand alors que Marco passait l'encadrement de la porte.
Le garçon déglutit, et hésita à lever un œil vers lui.
-Jean n'est pas comme ça, marmonna-t-il.
-J'ai passé un moment avec lui aujourd'hui, répliqua Bertold. Il s'interroge.
-Sur ?
-Toi.
Le garçon pinça légèrement les lèvres. Les propos de Mikasa couplés à ses propres réflexions ne faisaient que s'accentuer. Tout ça était réellement une mauvaise idée. Il n'aurait pas dû pousser Jean ainsi. S'il y réfléchissait, le garçon n'avait jamais demandé quoi que ce soit. Il l'avait entraîné, simplement, et le blond avait répondu présent. Peut-être pour ne pas le laisser s'enfoncer dans ses idées ? Jean était quelqu'un de fondamentalement gentil, il le savait. Il en avait profité.
-Merde, soupira-t-il.
Bertold arqua un sourcil, un peu surpris de la réaction de son camarade. Ce n'était apparemment pas celle escomptée et Marco s'éloigna dans le couloir, le laissant seul à la porte. De mieux en mieux.
Plus loin, il tomba nez à nez avec Eren à un tournant. Surpris, le plus jeune laissa échapper un peu bruit étonnant, reculant d'un pas. Marco étrécit légèrement les yeux, et fut surpris de voir que le garçon était seul. Subissait le regard sombre, Eren rentra la tête dans les épaules, contrit. Marco savait que le garçon ne le portait pas dans son cœur, et il avait une idée de la raison. Une énorme idée.
-F-fais attention quand tu marches…, marmonna Eren en baissant les yeux.
Il n'aimait pas le fait de s'écraser devant Marco –comme devant qui que ce soit en fait-, mais le fait était que ce dernier était intervenu dans la dernière altercation entre Jean et lui. Enfin, altercation…Au souvenir, il pinça les lèvres, se prenant à rougir violemment, et Marco leva les yeux au plafond.
-Bon sang, qu'est-ce que tu as encore fait ?
Eren se redressa immédiatement, son honneur –ou ce qu'il en restait- soudain en danger.
-Rien ! s'exclama-t-il.
-Tu es sûr ? siffla Marco en se penchant légèrement vers lui.
-Puisque que je te le dis ! Merde, je suis pas un…
Il n'eut pas le temps de continuer Marco venait de le saisir par les épaules, le plaquant contre le mur du couloir.
-Q-qu'est-ce que tu fabriques ? grogna Eren, surpris.
Le contacta avait été un peu brutal, et son dos était un peu douloureux. L'autre n'était pas toujours un modèle de douceur, et il l'apprenait là, à ses dépens. Les doigts s'étaient enroulés dans le tissu souple de son pull et le tiraient légèrement vers le haut, un peu plus à la hauteur du garçon.
-Tu me fais mal… !
Marco avait un souffle calme, lent, et chaud. Il pouvait le sentir contre sa joue. Mais c'était définitivement la dernière personne avec laquelle il aurait souhaité cette proximité.
-Je te préviens, souffla le plus grand. Fais-toi oublier. Et si tu fais quoi que ce soit, à Jean ou à Connie, ou même quelqu'un d'autre…
Il se pencha un peu plus, et Eren rentra la tête dans les épaules pour essayer d'éviter le contact, sans grand succès. Le front avait heurté le sien.
-Considère que tu seras un homme mort, Eren.
Quelques minutes plus tard, Eren n'avait pas bougé. La décharge de haine qu'il venait de recevoir n'était pas dans son programme.
Pourquoi diable était-il là, seul ?
Perdu de ne pas retrouver pied de suite, il se laissa glisser sur le sol, ramenant ses genoux contre son torse, et entreprit de mordiller consciencieusement l'ongle de son pouce.
Où était Connie ?
