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Rumi : Tu voiiiis ^-^Mais non, ils n'ont pas été oubliés :3 C'est gentil pour tes adorables reviews, ca donne envie de continuer 3


Chapitre 66


-Tu t'en remettras vite, allez !

Jean eut un petit grognement un peu dubitatif. Assis sur la petite chaise qui trônait dans la pièce, il pliait et dépliait ses mains, grimaçant aux contusions diverses qui les parsemaient. S'agitant à ses côtés, Gunther trempait des serviettes dans une eau fumante, pour les appliquer avec une longue grimace sur ses propres mains. D'un mouvement du menton, il l'invita à faire de même et Jean ne se fit pas prier.

Ses mains étaient gelée, et autant il avait espéré que le contact avec les linges brûlants lui ferait du bien, autant il revint immédiatement sur son avis à la douleur cuisante. L'envie de les enlever était forte, mais le regard de l'homme était assez dissuasif.

-Si tu ne fais pas attention, grogna celui-ci, tu finiras avec des mains calleuses comme les miennes !

Jean baissa les yeux, essayant d'appliquer un autre linge sur sa deuxième main. La première étant un peu bloquée, autant dire que c'était plutôt mal parti et Gunther soupira en comprenant sa difficulté, comme il finissait d'emmailloter ses propres mains.

-Allons bon, on a l'air malin…

Jean eut un petit rictus. Deux gros malins, même, songea-t-il. Gunther était quelqu'un d'habile et d'intelligent, mais parfois il se demandait si ce n'était pas juste une grosse bête qui agissait par instinct. En tout cas, c'était l'impression qu'il en avait des quelques fois où l'homme l'avait entraîné avec lui.

Aussi ne comprit-il pas de suite quand le tas de muscles devant lui se redressa et se rua presque sur la porte, passant la tête dans le couloir pour héler le premier venu.

-Eh, toi ! Viens nous aider deux minutes ! Arrête de regarder ailleurs, c'est toi que j'appelle…

Jean entendit un petit bruit de voix, un timbre hésitant, et Gunther marmonna un « Mais oui toi, idiot ! Magne ! » avant de s'écarter. Quelques bruits de pas plus tard sur le bois qui recouvrait le sol du couloir, et Marco entrait dans l'infirmerie. Pour une raison qui lui était inconnue, Jean se sentit hésitant en le reconnaissant. Le brun l'avait vu presque aussitôt ses yeux s'étaient baissés, l'évitant ostensiblement. Mais visiblement Gunther ne l'entendit pas de cette oreille-là et fit comme s'il n'avait rien remarqué de la gêne qui s'installait, et le poussa dans le dos.

-Aide-le à poser ces merdes, dit-il. On commence à avoir du mal et on aurait besoin d'un coup de main pour le finir.

-B-bien…

Il y eut le bruit de l'eau. Du linge mouillé que le garçon trempait puis essorait. Contaminé par l'attitude de Marco, Jean avait détourné les yeux, essayant de trouver un point sur lequel se focaliser. Le lit, un peu plus loin. Le brancard dépassait de dessous, d'ailleurs, et il se souvint du jour où le brun avait fini allongé dessus, mis à terre par une aiguille. Presque aussitôt, il se mordit la lèvre pour ne pas rire, avant de sursauter en entendant la porte claquer soudain. Lançant un coup d'œil à la ronde, il comprit rapidement : jugeant qu'il avait terminé et que Jean était entre de bonnes mains, Gunther avait pris la poudre d'escampette pour vaquer à ses occupations. Il n'était pas homme à traîner.

Il sentit brusquement sa propre main bouger, attrapée par le poignet. La sensation du linge brûlant ne tarda pas, anéantissant la douleur du froid, des coups et des frottements de la hache. A la place, a brûlure était tenace. Pas suffisante pour lui cuire la main, mais assez pour qu'il ne puisse plus s'en servir pendant un temps.

-Qu'est-ce que t'as fichu… ? entendit-il tout bas.

Lentement, il ramena son attention devant lui. Là, ce fut pour se retrouver happé par les grands yeux bruns. Le garçon était penché au-dessus de lui, attentif à ce qu'il faisait. Son regard fuyait il tâchait de se concentrer, évitant soigneusement de le regarder dans les yeux. Et cela mettait Jean mal à l'aise.

Il hésita un moment, fixant les boutons de la chemise de Marco qui bougeaient juste devant ses yeux. Par le col entrouvert, il pouvait voir les clavicules parsemées de petites taches brunes. L'une en était couverte plus que l'autre.

-Des…Travaux…, murmura-t-il. Gunther avait besoin de quelqu'un…

-Et ça t'est tombé dessus ?

Jean aperçut le coin des lèvres se retrousser légèrement, dans un petit sourire amusé. Il aurait voulu mieux le voir. Il aimait les sourires du garçon. Pas ce visage hésitant et triste qu'il voyait depuis quelques temps.

-Tu sais la chance que j'ai, soupira-t-il.

Il sentit les doigts de Marco glisser sur sa main, un bout de linge soulevé. La peau était horriblement sensible et douloureuse, à se demander ce qui passait par la tête de Gunther. Mais d'un autre côté, il préférait ça que ses mains gelées.

-Qu'est-ce qu'il t'a fait faire ?

Jean essayait de ne pas montrer qu'il sautait sur toutes les occasions de parler avec Marco. Il ne savait pas comment s'y prendre pour mener la conversation. Le brun avait cette voix douce et basse. Parfois, un peu rauque. Il aimait ce timbre.

-Juste couper du bois…

-Oh ? Elles sont dans un état…Vraiment ?

-'Fait froid dehors.

Un petit gloussement lui répondit à ce moment-là.

-Tu as la peau fragile, remarqua Marco brusquement.

Jean baissa les yeux, un peu perturbé. En fait, le garçon agissait comme si de rien n'était. Comme avant. Comme ça. Délicatement. Sans arrière-pensées. Lorsqu'il réalisa cela, il eut l'impression de tomber de haut. Un peu…

Un peu comme s'il était l'idiot, dans tout ça. Comment en étaient-ils arrivés là ?

Il savait que Marco avait eu quelques réticences, des hésitations, mais plus à l'idée de le compromettre lui, de l'entraîner de force à ses côtés.

Pourtant, il avait fait un choix.

Alors pourquoi ?

Parce qu'il s'était emporté ? Ce n'était pourtant pas son genre.

-Mar-Marco…, hésita-t-il.

-Oui ?

Jean s'entendait respirer lourdement. Pourquoi diable était-il nerveux ? A cause de l'attitude de Marco, peut-être ?

-Tu es…Bizarre…, murmura-t-il.

Les doigts s'arrêtèrent une fraction de seconde sur sa main, avant de reprendre leurs mouvements. Jean les sentait. Il n'osait pas vraiment les regarder, les yeux rivés sur le lit derrière Marco. Même si c'était une mauvaise idée. Le souvenir qui y était lié était toujours ancré dans son esprit, et la chaleur de ce baiser échangé là, le premier, demeurait.

-Je ne le suis pas, répliqua Marco doucement.

-Tu m'évites…

Jean s'était surpris lui-même la voix presque gémissante, il comprit le regard paniqué que le brun posa sur lui à ce moment-là.

-Tu…Tu as tort, je t'assure, balbutia Marco.

Ayant terminé, il ôta ses mains et se redressa presque aussitôt, Jean avait levé une main, le bout libre de ses doigts attrapant autant que possible un coin du col de la chemise du brun.

Il aurait pu s'en délivrer sans aucune difficulté Jean n'avait pas de force dans le bout des doigts, ils pouvaient tous deux le sentir, et par conséquent aucune prise sur le tissu.

-J-Jean, arrête ça…

Marco pinça légèrement les lèvres en entendant sa propre voix, avec ce tremblement incontrôlable, cette supplication qui hurlait l'inverse. Les doigts l'obligèrent à se pencher un peu de nouveau. Il aurait dû les enlever. Mais il n'avait pas envie.

-Pourquoi ?

D'aussi près, Marco pouvait sentir son souffle tremblant. Son regard normalement perçant avait cette lueur abattue, pour ne pas dire désespérée, qu'il détestait y voir.

-Ce…N'est pas une bonne idée…, souffla-t-il.

Son front venait de se poser contre celui de Jean. Du coin de l'œil, il aperçut le linge commencer à glisser de la main qui le guidait, et sans vraiment réfléchir à son geste il l'entoura de ses doigts pour le retenir.

-Qu'est-ce qui n'est pas une bonne idée ?

Marco sentait ses joues s'enflammer. Le bout d'un doigt frôlait sa peau sous sa chemise. Peinant à tenir sa position, il dut poser une main pour se maintenir, accueilli par une cuisse tiède.

-Arrête…Arrête ça…

-Tu n'as qu'à m'arrêter.

Marco se flagella mentalement l'instant qui suivit. Il pouvait dire que c'était la faute de Jean. Il pouvait dire que le garçon l'y avait poussé, à tirer sur son col. Il pouvait dire n'importe quoi, en fait. Au final, c'était lui qui s'était rapproché, couvrant le peu de distance –s'il y en avait- qui séparait leurs lèvres.

Il avait envie de pousser les choses. Mais déjà là, il brisait ce à quoi il s'était attaché. Il se sentait terriblement impuissant, à ne pas pouvoir se contenir dès lors qu'il se trouvait devant lui.

Quand Jean entreprit de lui sucer consciencieusement la lèvre inférieure, Marco laissa un soupir lui échapper sans même avoir le temps de s'en empêcher. Depuis quand était-il ainsi ? A attendre ardemment le moindre geste du blond ? Il avait l'impression de perdre ses repères.

Il avait peur de ses propres réactions.

Il voulait Jean.

Terriblement.

.

La minute suivante, le froid du couloir lui rafraichissait les idées. Peut-être pas suffisamment, et il se rua vers les douches, se traitant de tous les noms. Parce qu'il avait cédé à ses propres résolutions. Parce qu'il l'avait abandonné en pleine effervescence. Là, comme un malpropre. Il ne savait pas comment il avait réussi à partir, d'ailleurs.

Le regard blessé du garçon se rappelait à son bon souvenir et il se mordit la lèvre, se souvenant en même temps de la bouche qui la suçotait, du brin de langue qui glissait dessus, langoureusement.

Avec ces doigts qui peinaient à le garder proche.

Merde.