Chapitre 73


Reiner frissonna quand le grand corps s'assit à ses côtés. Ses vêtements portaient le froid de l'extérieur, et il grimaça à la sensation humide au contact du tissu.

-T'es glacé, grogna-t-il. Il pleut, ou quoi ?

Bertold s'étira légèrement. Du bout des doigts, il ébouriffa sa propre frange que les flocons avaient fait coller à son front en fondant, le temps qu'il parvienne jusqu'à l'intérieur du bâtiment. La chaleur de la pièce lui parvenait petit à petit.

-Il neige, répliqua-t-il.

Quelques paires d'yeux se levèrent vers lui quand il annonça la chose, dont Reiner et Sasha, assise de l'autre côté du jeune homme. Les sourcils levés haut, le blond finit par grogner tout bas, posant son menton sur son poing.

-Et t'es sorti comme ça ? souffla-t-il.

Il parlait de manière à ne pas être entendu –ou mal- par les autres, et Bertold détourna les yeux, un peu gêné. Reiner avait un peu raison, ou plutôt totalement. Il attrapait facilement mal, et même s'il parvenait à le camoufler sans problème, il risquait gros si le mal empirait un jour à cause de son manque de vigilance.

-Il ne fait pas si froid…, tenta-t-il, sentant pointer une once de culpabilité dans sa propre voix.

-Non bien sûr, il neige, on va se balader à poil dans la forêt, tiens…

-Rein…

-Qui va se balader à poil ?

Première à sauter sur les mots qui se perdaient, Sasha s'était penchée, se collant à Reiner au passage. Celui-ci soupira, un peu ennuyé par le poids qui le poussait sans prendre garde, et donna une petite pichenette à l'arrière du crâne de la jeune fille. Bertold eut un petit rire en voyant la grimace déformer la bouche de la brunette et pointa du doigt le blond, moqueur.

-Lui, dit-il.

Elle cligna des yeux, et son regard curieux et sceptique glissa sur Reiner. Le garçon croisa les bras de façon imposante, la regardant de haut.

-Un problème avec mes manies ? grogna-t-il.

Le brun pinça les lèvres, retenant un nouveau rire un peu plus prononcé lorsqu'il vit son camarade entrer dans le jeu. Sasha se redressa un peu, frottant son crâne là où l'index de Reiner l'avait malmenée.

-Eeeek, t'es vraiment un pervers !

-Et t'as encore rien vu !

Le blond lui tapota la tête d'une de ses grandes mains, et elle se retira précipitamment avec une petite exclamation, gonflant les joues. Puis, il délaissa Sasha, se tournant vers Bertold qu'il surprit à piquer en traître dans son assiette. Les restes y étaient maigres, et Reiner savait que l'heure du service était passée depuis un moment. Il soupira doucement, et poussa de l'index le morceau de pain qu'il n'avait pas touché.

-Il est un peu sec, mais ca se laisse manger…, marmonna-t-il.

Bertold eut une expression désolée, et mit la main sur le quignon qui avançait vers lui, essayant de ne pas montrer de précipitation.

-Merc…

-Tu pouvais pas y penser avant ?

Le brun déglutit, se sentant enfoncer la tête dans les épaules, contrit.

-J'étais occupé…

C'était un mensonge. Après cette discussion avec Reiner dans la chambre, il avait trouvé une excuse bête pour lui fausser compagnie et se remettre les idées en place. A force, il avait fini par s'oublier. Soupirant, il sursauta légèrement en sentant la main de Reiner se refermer sur son poignet à peine eut-il attrapé le morceau de pain.

Le grand blond se pencha légèrement, notant l'effort de son camarade pour demeurer stoïque, ou du moins autant que possible pour le grand public.

-Je n'aime pas trop quand tu me caches des choses, tu le sais, murmura-t-il à l'oreille qui apparut en premier.

-Je ne te cache rien. J'avais réellement quelque chose à faire.

-Bien sûr.

Se rafraîchir les idées. Allons, oui. C'était quelque chose qui devait être fait. Sans violence, il se dégagea de la faible poigne qu'exerçait Reiner. Ce dernier se leva, levant une jambe pour enjamber le banc, et baissa les yeux quand une pression apparut soudainement sur sa cuisse. Toujours assis, Bertold le fixait, une expression incertaine sur ses traits.

-Reiner, ce…

Il haussa les épaules, avant de poser une grande main sur la tête du garçon. Il avait encore les cheveux humides, et il ne doutait pas une seconde que sa peau était encore froide. A travers le tissu de son pantalon, il ne saurait le dire avec exactitude.

-Réchauffe-toi, soupira Reiner. Ce n'est pas à moi de te dire ce que tu dois faire ou non, n'est-ce pas ?

Bertold attrapa le poignet à deux mains, écartant le bras de son crâne. Il n'avait pas vraiment envie de le lâcher, mais les regards curieux autour d'eux commençaient à se faire insistants et de plus en plus nombreux. Même au fond, Armin les regardait. Ils étaient si voyants que ça ? Peut-être à cause de Reiner. Il avait une silhouette qui poussait à se tourner sur son passage et passait rarement inaperçu.

Il le serra brièvement pendant une seconde, puis baissa la tête après l'avoir hoché lentement. Reiner passa l'autre jambe par-dessus le banc, souriant.

-Bien. Tu peux finir, y'a pas grand-chose mais c'est mieux que de filer au lit le ventre vide…

-Ah, bon sang…

Devant le miroir qui surplombait le lavabo dans les douches mixtes, Connie se contorsionnait un peu moins déjà. Sur la pointe des pieds pour y voir correctement son épaule, il tirait son col d'une main, grognant tout ce qu'il pouvait. C'était un peu trop à l'arrière pour qu'il le voit clairement. Et pourtant, il apercevait vaguement la couleur et une partie de la forme.

Eren était un enfoiré.

C'était forcément lui, il doutait que qui que ce soit ait eu envie de s'amuser à lui faire ce genre de choses pendant son sommeil. Et Armin encore moins, d'ailleurs le garçon n'était probablement même pas du genre à regarder quoi que ce soit. Homme ou femme. Enfin, il supposait. Le blondinet était très discret sur ce genre de choses, alors…

Il soupira. C'était forcément l'autre. Quand ? Il n'avait pas souvenir que le garçon ait pu faire ce genre de choses. Même dans l'écurie, il…

Connie fronça les sourcils. Eren avait justement eu tout le loisir de faire ce qu'il voulait à ce moment-là ; il l'avait complètement perturbé avec ses mots et avec-ses-mains-oh-mon-dieu. Il se sentit rougir fortement au souvenir. Complètement perturbé par les mains d'Eren, il en avait oublié le reste et n'avait pas même remarqué ce qui se passait dans son cou.

C'était si agréable que ça ?

Il fit une petit moue, étrécit légèrement les yeux en s'observant lui-même dans le miroir. Agréable ? En tout cas, ce qui devenait beaucoup moins agréable, c'était son pantalon qui devenait progressivement plus serré.

BRAVO.

-Quel con…

Il y eut un bruit de pas un peu lourd, qu'il reconnut aussitôt, et étira une petite grimace. Et, comme il s'y attendait, quelques secondes plus tard il n'était plus seul. Il avait tout juste eu le temps de remettre son col en place, priant pour que Sasha ait juste été trop curieuse pour pouvoir voir le suçon qui l'avait remarquablement bien marqué. Quand Guido apparut dans l'encadrement de la porte, il s'aspergeait déjà le visage d'eau, essayant de se donner une contenance et à la fois de reprendre ses esprits. Il essaya un petit mouvement avec ses jambes, comme s'il allait les croiser, pour tenter de cacher son petit souci.

Quand le garçon passa derrière lui pour atteindre le lavabo à côté du sien, il sentit le froid qui émanait de sa personne. Il sentait l'air de la nuit, et l'odeur de la paille imprégnait ses vêtements.

-T'étais dehors ? lança-t-il tout de go, oubliant de réfléchir.

-Guido hocha la tête et écarta les lèvres avec un sourire. Entre ses dents, un brin de paille se faisait encore mordiller tranquillement, et il l'ôta de deux doigts rapides.

-Je pionçais, dit-il avant de tourner la poignée de l'eau. Putain, c'est froid ce truc…

Connie rit un peu en voyant la déception du garçon, et reprit son activité, à savoir s'asperger consciencieusement le visage et le dessus du crâne dans l'espoir que son coup de chaud s'évapore. Des fois, ça marchait.

-Qu'est-ce que tu fous ? demanda Guido en observant son manège.

-Ma toilette ! Flemme de passer sous la douche, prétexta-t-il.

-Gros dégueu.

-Ta gueule.