Eyh !
C'est sans aucun doute l'un des personnages avec lequel la série à été le plus injuste jusqu'ici. De tous, elle était celle qui avait l'histoire la plus tragique, et pourtant elle a jusqu'à la fin été traitée comme un monstre. Et je crois que j'en voudrais éternellement à tout le monde pour l'avoir fait partir de la série aussi tôt.
Une presque éternité.
Sa vie n'avait été que douleur, que honte, que pleurs et mutilations.
Sa morts n'avait pas été si différente. Elle avait pensée tenir un moment, ne pas cédé à la voix mielleuse qui murmurait à son oreille. Elle avait tentée, plus par fierté que par réel désir de contradiction. Elle y avait pensée. Jusqu'à ce que les lames entaillent ses chaires, que le sang coule et que son cœur s'effrite. Jusqu'à ce qu'on lui montre des horreurs, qu'on lui remémore ses pires souvenirs. Ses cauchemars les plus noirs et les plus destructeurs.
Jusqu'à ce qu'on lui tende une main, un sourire distordu, le visage de son premier et terrible bourreau à quelques mètres d'elle, terrifié. Bâillonné, accroché à des chaînes de feux et de sang, il était impuissant devant elle, monstre devenu pauvre chose sous ses pieds.
Et elle avait frappé. Entaillé la chaire, déchiré les veines, percé et massacré. Elle l'avait fait, rire dans la gorge, yeux brillants de dégoût et de plaisir sadique. Elle l'avait fait avec violence, avec délectation. Les lèvres contre la peau, récupérant inlassablement l'hémoglobine comme un vampire en proie à la soif. Comme une de ses abominations qu'elle avait marchandées dans une autre existence.
Des millénaires. Une presque éternité.
Elle l'avait torturé, écouté ses lamentations, ses tentatives de rédemptions et ses hurlements jusqu'à ce que le plaisir ne se lasse, jusqu'à ce que la vengeance ne cesse de couler dans son âme, cœur à l'arrêt. Dans un dernier mouvement, elle l'avait laissé derrière elle, en proie aux nouvelles recrues, en proie à une douleur sans fin qu'elle n'arrivait même plus à lui souhaiter.
Parce qu'elle se sentait toujours si sale. Si honteuse. Si monstrueuse. Rien n'avait changé. Rien n'était différent.
La douleur entre ses cuisses existait toujours. La sensation de ses mains trop grandes parcourait toujours son corps. Ses lèvres s'écrasaient toujours sur sa peau fragile. Et ses grognements rauques résonnaient toujours à ses oreilles .
Parce qu'il l'avait détruit, chacune de ses nuits où il s'introduisait dans sa chambre en silence. Chacune de ses nuits où sa mère faisait semblant de ne rien entendre. Chacune de ses nuits où elle fermait les yeux, tentant désespérément de ne pas penser à ce que son père lui faisait.
Parce qu'il l'avait détruit, la forçant à faire ce qu'aucune adolescente n'aurait du faire. Jamais
Le mal qu'il lui faisait avait largement valus l'appel d'un démon. Largement valus la vente de son âme. Largement valus la douleur qui avait parcouru son corps des années durant. Largement valus qu'elle devienne un monstre aveuglé de rage. Qu'elle devienne ce qu'elle avait détestée chez lui. Ce qui l'avait toujours écœurée.
Et recroquevillée sur elle-même, comme la petite-fille qu'elle avait été jadis, terrifiée dans son lit trop grand, elle ne vit pas la main qui se posa sur sa joue. Et elle laissa un rire s'échapper de ses lèvres. Un rire agacé. Un rire sans joie. Parce qu'elle avait tuée son père. Parce qu'elle était un monstre. Mais qu'un ange aux yeux bleus était venue la consolée.
Et Bella rit. Rit. Rit.
Comme elle ne l'avait jamais fait. Comme ne le font que les enfants lorsqu'ils faisaient une bêtises sous l'œil impuissants mais tendre de leurs parents. Comme ne le font que les fillettes aux joues rouges et aux yeux émerveillés. Comme l'enfant qu'elle voulait redevenir, nattes sur les épaules et robes à froufrous.
Alors elle tendit la main à cet angelot qui se tenait là, devant elle, tableau étrange au milieu des flammes des Enfers. Sourire tendre, visage amusé. Et il l'attrapa, la porta, la prit contre lui, son visage contre son épaule. Câlin qui n'aurait du avoir lieu d'être.
Parce qu'elle avait vécue comme un monstre, un adulte, un vase brisé.
Et qu'après une presque éternité, elle n'était toujours qu'une petite-fille.
