Saemoon : Connie est mignon mais lent à comprendre 8) Awww ! Je compatis, moi c'est teeeeellement loin derrière, les études! Courage à toi ! (Et à tous les autres aussi vu que c'est la période ;3 )
Wow, on atteint le 80!
Celui-là a été dur à sortir, il faut vraiment que je me relise tout pour vraiment me remettre dedans...(j'ai perdu le rythme ;o; )
Chapitre 80
La lumière de la bougie avait légèrement vacillé. Le silence était tombé, plombant le peu de douceur que Sasha avait réussi à amener, et durant cet instant Connie s'était senti coupable. A deux doigts de regretter ses propres paroles, il avait ouvert la bouche, puis l'avait refermé, ses dents claquant presque sous la pression soudaine. Il avait encore parfaitement la sensation des lèvres sur sa joue. Il la connaissait bien. C'était là qu'elle l'avait le plus souvent embrassé lorsqu'ils étaient ensemble, d'ailleurs.
Elle était restée silencieuse un moment, les yeux tantôt baissés, tantôt le fixant. Jusqu'à sa question, un peu étrange et à laquelle il ne s'était pas attendu.
-SPRRRRRINGEEERRRRR ! KIRRRRSHTEIIIIIN !
Deux petits 'poc' résonnèrent dans la pièce, faisant sursauter les deux interpellés. Son visage avait presque glissé de ses mains, une seconde avant que la craie blanchâtre ne tombât sur son crâne, et il cligna des yeux. La nuit blanche qu'il avait passé se faisait payer sévèrement –et les mauvaises nuits d'avant aussi. De l'autre côté de la salle, un petit grognement suivi d'un raclement de gorge le rassurèrent quant au fait qu'il n'était pas seul dans ce cas. Plus loin, Jean clignait des yeux et bougeait légèrement en essayant de reprendre contenance.
Droit comme un piquet sur son banc, Connie bredouilla pour tenter de se rattraper –en vain-, confus devant l'instructeur aux sourcils froncés. L'homme soupira, leva les yeux au ciel, pour reprendre. D'un coup d'œil en biais, le jeune garçon nota que Jean avait aussitôt repris une position moins raide, les épaules enroulées vers l'avant, et le menton posé dans sa paume. S'il ne dormait pas encore, il ne tarderait pas à recommencer.
Le silence soudain disparut progressivement, jusqu'à ce que le brouhaha léger s'installât de nouveau, à la manière d'un bourdonnement sourd et quasi constant. A ce moment-là, Eren se retourna légèrement, assis plus en avant, et haussa un sourcil un bref instant. D'un petit geste de la main, Connie lui signala aussitôt de vaquer à ses occupations –à savoir, suivre les cours- et retint un nouveau soupir.
Ils arrivaient à peine à la fin de leur première semaine de reprise et, contre toute attente, ils étaient restés les journées entières assis, leurs augustes postérieurs vissés sur les bancs. La théorie tentait de leur rentrer, avec difficulté pour certains, dans le crâne. La plupart grognaient, s'affalaient sur les tables en se camouflant derrière leurs camarades des rangs de devant, et Jean était presque sûr d'avoir entendu un ronflement digne de Reiner quelque part dans le fond. Lui-même avait un peu de mal à suivre la veille, la partie de cartes s'était éternisée sur leur lit. Chose inhabituelle depuis quelques temps, Connie s'était joint à eux. Si le garçon n'avait pas joué avec autant d'enthousiasme qu'il l'aurait fait autrefois, il s'était néanmoins prêté au jeu de bonne grâce, veillant autant que possible jusqu'à ce que la dernière petite feuille cartonnée s'abatte sur les draps éparpillés. A ce moment-là, Marco avait déjà abandonné depuis longtemps, recroquevillé dans ses vestes chaudes pour combattre le froid du dortoir. Dans les rares moments de silence, quand la réflexion se faisait intense, Jean avait clairement entendu sa respiration, un peu étouffée sous les épaisseurs de tissus qui l'entouraient. Calme, lente, régulière, nul doute qu'il s'était endormi. Au bout d'un moment, quelqu'un avait fini par se sortir d'une couverture, lui laissant le soin de couvrir plus correctement le garçon.
-Eh, tu vas encore te faire engueuler, il te regarde…, entendit-il soudain.
Le murmure venait d'à côté de lui, le sortant brusquement de ses pensées, et il se retint de sursauter, glissant son regard vers le garçon. Il aimait l'explosion de petites taches brunes qui l'accueillirent immédiatement. Il déglutit lentement, avant de rencontrer les prunelles sombres qui le fixaient.
Légèrement contrit de se faire reprendre par son camarade, Jean serra un peu les dents et baissa les yeux sur ses notes. Ah, il n'avait rien écrit depuis un moment, et un coup d'œil sur les feuilles de Marco lui confirmèrent ce qu'il craignait. Depuis un bon moment, assurément. Bon sang, quand avait-il commencé à se perdre à ce point dans ses propres pensées ? Depuis quelques jours, une idée un peu saugrenue –ou non- s'était immiscée et il ne parvenait pas à l'ôter. C'était juste…
Oh, bon sang… !
Voyant son expression, Marco retint un petit rire et détourna le regard. Le bout de son pied rencontra un obstacle quand il l'avança légèrement en changeant de position, et la petite toux discrète à côté de lui ne passa pas inaperçue. C'était le pied de Jean qui l'entravait, et d'un petit mouvement subtil il fit glisser son genou, frôlant celui de son camarade, appréciant lui-même autant le contact léger que le frémissement qu'il sentit parcourir le garçon. Il avait vu sa main qui s'était arrêtée, ses doigts avaient retenu un petit tremblement. Pendant cette dernière semaine passée, il avait fini par comprendre certaines réactions un peu étranges qu'avaient Jean. Durant un long moment, il avait pensé à de la peur, des relents de dégoût, au moindre contact qu'ils avaient –ou qu'il provoquait de lui-même.
Il ôta brusquement son genou et son pied, dans un repli purement stratégique. Le crayon échappa des mains du garçon assis à ses côtés sous la surprise, et Marco eut du mal à retenir un sourire, se mordant l'intérieur de la joue pour résister. Les réactions de Jean étaient, comment dire…Incroyablement innocentes ? Il n'avait pas besoin de le regarder pour deviner ses pommettes rougissantes. Ses doigts recroquevillés sur l'absence de crayon s'étaient serrés étroitement, et Marco mourrait d'envie de les détendre de force.
La suite ne tarda pas.
Timidement, une jambe vint se coller à la sienne, et il retint de justesse un petit soupir rassuré. Il avait fini par découvrir cette facette adorable chez Jean. Quand il venait le chercher ainsi, soi-disant par accident, puis disparaissait, le blond passait par une petite phase d'attente. Puis lentement, comme là il pouvait déjà sentir le mollet insister gentiment contre son tibia, Jean essayer de lui montrer qu'il était là. A sa manière, sans vraiment savoir comment faire, comment agir. Il ne savait même probablement pas réellement ce qu'il voulait ou devait faire.
Après les premiers émois, ces quelques attouchements un peu passionnés et soudains, l'entraînement avait repris, brisant la magie qui s'était installée. La timidité avait pris place. Il avait mis un moment avant de comprendre que la fougue de Jean n'était pas tellement quelque chose de réfléchi. Les premiers jours sur les bancs avaient été étranges. Des réponses un peu évasives à ses propos, ses gestes hésitants. Lui-même s'était senti un peu perdu. Puis il avait saisi. Jean était effroyablement timide, et son attitude pendant leurs jours de repos avait failli le lui faire oublier.
Le garçon lui avait donné l'impression de se recroqueviller dès qu'il l'effleurait, tout en tentant de ne pas le montrer. Quelque chose d'un peu difficile, étant donné que Marco avait l'habitude de l'observer.
-Eh, il est par terre, murmura-t-il soudain.
Glissant un regard sur le côté, il vit les yeux se fixer sur lui, un peu perplexe.
Surtout, ne pas sourire. Ou pas trop fort, en tout cas. Il ne devait pas faire attention au fait que Jean le dévisageait tellement qu'il allait certainement le dévorer.
Surtout pas.
-Ton crayon, ajouta-t-il tout bas.
Silencieux un moment, Jean bougea un peu les lèvres, cherchant visiblement quelque chose à dire, et finalement disparut sous le bureau, rougissant furieusement quand sa propre jambe dut appuyer un peu plus contre celle de Marco.
Le brun devait bien l'avouer, il aimait le voir tourner en bourrique de cette façon.
C'était affreusement mignon. Et il le pensait depuis terriblement longtemps.
Lorsqu'ils quittèrent la salle, un grand nombre d'entre eux s'étiraient. Le chemin vers la porte était simple : il suffisait de se laisser porter par le flux. Perdu au milieu des corps, même s'ils n'étaient plus aussi nombreux qu'au début, Connie se sentait toujours aussi vulnérable. Il n'avait aucune visibilité, et près de lui il pouvait voir Christa qui se démenait de la même façon. Elle était plus petite que lui, aussi pouvait-il comprendre aisément.
Sauf que bien vite, il vit un bras la rattraper pour l'orienter, le grand corps serré derrière elle se posant en rempart et il déglutit. Il avait oublié que la grande Ymir était toujours là quand la frêle jeune fille était en difficulté.
Et lui ?
Une épaule le frappa au visage sans grand ménagement et il serra les dents. C'était monnaie courante, personne ne voyait vraiment où se diriger dans la petite masse. Etre perdu au milieu quand on ne voyait ni devant, ni derrière, ni sur les côtés, c'était un peu…Désespérant.
-Ta tête est géniale, tu déprimes, ou quoi ?
Connie sursauta en entendant la voix à côté de lui, et cligna des yeux en reconnaissant Eren qui le fixait. Legrand brun avait réussi à se faufiler comme il l'entendait, quand bien même il était parti un peu après lui.
-Ce…C'est pas ça, marmonna-t-il en se frottant le haut de sa joue, là où le coup accidentel l'avait atteint.
Eren haussa un sourcil en enfonçant ses mains dans ses poches et se pencha légèrement vers Connie, à hauteur de son visage.
-Qu'est-ce que t'as ?
Il recula presque aussitôt quand un coude les sépara par hasard, comprenant du même coup en laissant échapper un juron. Après une journée d'immobilisation forcée, personne ne prenait garde à ce qui se passait et chacun laissait son corps s'exprimer avec virulence.
Maugréant à la fois contre le garçon et ceux qui ne regardaient pas autour d'eux, Eren appuya d'une main dans le dos de Connie, le poussant en avant pour forcer le chemin et avancer un peu plus vite, marmonnant un « Et tu te laisses faire, toi… », un peu agacé. Les choses allèrent plutôt vite les bras croisés devant son visage pour se protéger et ses jambes obligées d'accélérer, Connie sentit les corps le heurter, s'écarter, et les voix grogner de désagrément sans pour autant l'empêcher d'avancer. Ils avaient probablement vu la tête qui dépassait allègrement derrière lui et le bras qui le poussait sans ménagement.
Bientôt, la vue fut totalement dégagée le couloir était sombre et froid et il aurait presque regretté la chaleur des corps qui se serraient. La douleur dans sa joue le rappela à l'ordre, et il se rendit compte que le brun le poussait toujours sans grande douceur.
-Eh…Eh, E-Eren… ! C'est bon, là, non… ? tenta-t-il, surpris.
Il sentit un doigt tapoter contre sa colonne vertébrale et le pas se presser.
-On sort, l'entendit-il soupirer.
Sans comprendre pour autant, Connie regretta de l'avoir laissé faire à peine le vent glacé l'eut effleuré. Ils ne portaient pas leurs vestes, et absolument rien ne les protégeait de l'extérieur.
-T'es con, il fait froid…, grimaça-t-il en serrant ses bras autour de lui pour essayer de garder la chaleur.
-Ouais.
La main continuait de le pousser, l'incitant à quitter le perron pour avance dans la grande cour. La dernière marche presque dégringolée de force, Connie se retourna finalement, les sourcils froncés.
-Eh, qu'est-ce que tu f…
La main qui se posa sur sa joue le réduit aussitôt au silence et il grimaça légèrement en sentant le futur hématome se manifester. Cependant, sa peau était froide. C'était étrangement agréable. Peut-être à cause de la sensation qui engourdissait la douleur –et sa joue au passage.
D'une certaine façon, il n'osait pas lever les yeux. Il avait l'étrange sentiment qu'Eren le fixait. Ce n'était pas tant qu'il n'en avait pas envie. C'était juste…Quelque chose d'indescriptible. Il se sentait mal à l'aise.
Lorsque le brun changea de main pour le refroidir plus correctement de nouveau, sa paume devenue trop chaude, Connie soupira. Du bout du pied, il tapotait le sol recouvert de caillasses.
-Pourquoi tu fais ça ? souffla-t-il.
Eren haussa les épaules.
-J'sais pas. J'avais envie.
-J'ai froid.
-Moi aussi.
-T'es naze, merde. On est obligé d'être dehors ?
-Tu veux que je fasse ca devant les autres ?
Connie se mordit la lèvre. C'était comme d'habitude Eren agissait comme bon lui semblait. Et lui, il se laissait mener par le bout du nez. Parfois, il ne comprenait pas tout. Vraiment pas tout.
-Va crever…, gémit-il.
Les genoux d'Eren tremblaient légèrement sous les vagues de froid.
Connie garda les yeux obstinément baissés, ses bras serrés autant que possible. Il voulait retourner à l'intérieur.
Et en même temps, quand la main bougeait un peu sur sa peau, se rappelant à son bon souvenir, il avait bien envie d'avoir encore un peu froid.
Mais juste un peu.
Ils étaient stupides.
