Saemoon : Ohohoh! Ces hommes alors...


Chapitre 83


Lorsque le garçon referma la porte derrière lui, les questions qui étaient restées en suspens tant de temps étaient malheureusement toujours là. Rien. L'enquête qui avait été menée, et il était sûr qu'elle avait été faite sur le pouce, n'avait rien donné. Personne ne savait. Les registres étaient mis à jour uniquement lors de la maintenance des équipements, et aucune équipe n'était présente pour veiller sur les passages qui s'effectuaient dans la pièce où étaient stockés les équipements tridimensionnels.

C'était rageant, et pendant le rapide -trop rapide, bon sang!- rapport de la petite équipe sans motivation, Marco avait dû se retenir et faire preuve de son plus grand sang-froid. Son ami aurait pu mourir à cause de cette défaillance. Un autre aurait pu y passer également s'il n'y avait pas eu cet échange malencontreux.

Marmonnant entre ses dents, à la recherche d'une solution, d'un indice, ou de n'importe quoi qui pourrait le mettre sur une piste, il martela à plusieurs reprises le mur du couloir tandis qu'il l'arpentait lentement.

-Eh bien, eh bien! retentit soudain une voix.

Sursautant, le poing encore levé et prêt à s'abaisser, le brun leva les yeux qu'il tenait rivés sur le sol, un peu surpris du ton féminin qu'il connaissait, mais pas suffisamment. Puis un peu confus de la position dans laquelle il se trouvait -jouer des poings en gromelant seul n'était pas spécialement dans ses habitudes-, Marco esquissa un petit sourire, camouflant sa main derrière son crâne pour trouver contenance.

-Ah, Petra..., dit-il. Vous êtes de nouveau cantonnée ici?

A côté de le jeune femme se tenait un homme. Il y avait quelque chose d'un peu étrange le concernant, mais peut-être n'était-ce que son accoutrement : armé de son baudrier -pour on ne savait quelle obscure raison il le portait encore- et le visage à moitié camouflé derrière un linge, il serrait dans sa main un seau dans lequel s'entassaient divers instruments. A première vue, de quoi nettoyer en grandes pompes et à grandes eaux, ce qui arracha presque un sourire au garçon. Qu'il réprima aussitôt quand le regard noir et peu avenant se posa sur lui.

Petra soupira, levant les yeux au ciel.

-Ils disent qu'ils manquent de personnel ici, marmonna-t-elle. La prochaine excursion n'est pas avant le mois prochain, donc...

Marco eut un petit rire et essaya de ne pas se focaliser sur l'homme qui ne changeait pas d'expression, son regard alternant entre la fenêtre brisée et lui, qui commençait presque à se sentir mal à l'aise.

-Oh, hum, eh bien...J'espère que vous n'aurez pas trop à recoudre..., réussit-il à dire, décidant finalement de détourner les yeux.

De son côté, elle sembla remarquer son léger -voire plus- trouble, et gloussa gentiment.

-Essaie de revenir entier de temps en temps! se moqua-t-elle.

Il grimaça, ses joues rougissant légèrement sous la boutade et au souvenir peu élogieux qu'elle avait de lui. Ce n'était pas si loin malheureusement et il n'avait hélas aucun moyen de se justifier.

-Comment va ton ami? Reprit-elle, plus doucement.

Il rougit de plus belle sans avoir le temps de se reprendre, et pria pour que le manque de luminosité ne lui fît pas perdre le peu de crédibilité qu'il devait avoir auprès d'elle. Après tout, même dans cette tenue, il savait qui était l'homme qui l'accompagnait, quand bien même il ne disait pas un mot. Il l'avait déjà aperçu au sein de l'escouade qui tournait dans les environs régulièrement, et Eren n'avait pas manqué de faire son éloge. Plus d'une fois. Au final, le caporal Levi était devenu un surhomme, si on l'écoutait. Pourtant, en le regardant d'aussi près, Marco avait du mal à imaginer qu'une seule personne fût à l'origine de toute une légende. Les rumeurs pouvaient déformer n'importe quoi.

Le jeune homme s'éclaircit rapidement la gorge, détournant les yeux quand le regard sombre commença à s'attarder sur lui.

-Oh, il...Il se porte à merveille...

-Il est entier? rit-elle doucement. Vous vous êtes rabibochés, finalement?

Un peu pris au dépourvu sur l'instant, Marco jeta malgré lui un regard vers le caporal qui fixait un point en particulier au plafond en marmonnant quelque chose d'indistinct. Malgré la possibilité de sous-entendus dans sa question et l'intérêt qu'elle portait sur le blond, Petra ne savait pas ce qui se passait entre Jean et lui-même. Il n'avait pas à s'inquiéter. N'est-ce pas?

Hésitant, il tenta un petit sourire, se frottant la nuque avec, malgré tout, un petit trouble dans la voix qu'il avait du mal à camoufler dans l'instant.

-Tout va b-

-Petra!

La voix, grave et irritable, avait soudain résonné dans le couloir, et autant la rouquine n'eut qu'à tourner la tête, autant Marco dut baisser les yeux, surpris par l'apparition soudaine du petit homme dans la conversation. Visiblement agacé par quelque chose, Dieu seul savait quoi, il fit claquer le chiffon serré entre ses doigts sur son épaule pour l'y laisser pendre, et commença à continuer son chemin en la laissant.

-Dis à Gunther de s'occuper des plafonds demain. Et Erd aussi. Il est grand.

-Oui, caporal ! répondit-elle aussitôt, probablement trop vite pour qu'elle ait seulement eu le temps de comprendre la phrase, l'analyser et réfléchir à sa réponse.

Alors, elle reprit sa marche, tapotant gentiment l'épaule du garçon, avec un petit « Reprends-toi ! » accompagné d'un de ces sourires dont elle avait le secret. Elle avait dû voir son énervement de plus tôt, ce qui n'était pas si étrange au final. Il avait une chance incroyable que ce ne soit qu'elle.

D'autres ne l'auraient pas laissé tranquille de la même façon, voire une réprimande -à défaut de punition- se serait faite sentir. Il n'en doutait pas une seule seconde.

Reprenant son avancée, il replongea un peu moins profondément dans ses pensées, songeant un court instant que, peut-être, Petra ou quelqu'un de son entourage aurait pu s'immiscer dans cette affaire. Honnêtement, il avait peur. Peur qu'un nouvel accident ne se reproduisît, et que quelqu'un en fasse totalement les frais. Jean était juste trop adroit et chanceux -surtout cette dernière partie- pour y laisser sa peau.
S'il s'agissait réellement d'un sabotage comme leurs instructeurs le pensaient, le coupable était toujours dans les parages. Probablement, en tout cas. Il avait du mal à se dire que le responsable avait déguerpi après une tentative de ce genre, surtout un échec. D'autant plus si la véritable cible se trouvait être Connie et non pas Jean.

Bon sang.

Il se sentait effroyablement inutile. Et perdu, par-dessus le marché.

Il n'était qu'un gamin. C'était bien beau de vouloir faire de son mieux. Mais il n'en avait pas la capacité, les moyens. Il ignorait par où commencer. A qui il pouvait se fier, qui était encore de confiance ou non. N'y en avait-il qu'un? Étaient-ils plusieurs? Et pourquoi? Que ce soit le blond ou le petit rasé, il était presque certain qu'aucun des deux n'avaient exagéré sur quoi que ce soit au point de mériter ce sort.

Avec un long soupir, Marco s'arrêta un moment quand une nouvelle fenêtre apparut à côté de lui. Les vitres étaient sales, suffisamment en tout cas pour rendre le verre presque opaque. Mais ça ne l'empêchait pas le moins du monde de discerner l'extérieur; il lui suffisait de se rapprocher autant que possible, après un petit frottement insistant du bout de sa manche. La nuit était bien installée, et au dehors, rien ne bougeait. Juste quelques branches qui s'agitaient sous un coup de vent. Et des bruits de voix. Rien de bien...

Des voix?

Curieux, il plissa les yeux, cherchant l'origine de la conversation. Avec le froid qui résidait à l'extérieur, il n'y avait pas beaucoup d'idiots pour se promener dehors.

C'était ce qu'il pensait en tout cas.

En réalité, il en voyait trois. Là-bas, sous la fenêtre de la salle d'entraînement. Fronçant légèrement les sourcils, il s'écarta de la vitre glacée, et accéléra le pas. Le couvre-feu allait bientôt sonner, ils étaient idiots de rester là dans ces heures!


-Tu t'enfermes souvent là-dedans?

Le pas lent, Connie inspira longuement, s'étirant autant que possible. L'espace d'un instant, il faillit échouer à mettre un pied devant l'autre, se déséquilibrant tout seul. Pour la peine, il n'en voulait pas tellement à Jean d'en rire, et il se surprit à esquisser un petit sourire lui-même. Il s'était encore réfugié dans la petite écurie à peine avait-il trouvé quelques minutes de solitude. Là, les idées en vrac, il s'était étalé sur la paille comme à son habitude, s'endormant plutôt rapidement. Les cours théorique lui donnaient mal à la tête, et combiné à une digestion difficile depuis un certain temps, il ne lui en fallait pas plus.

-Ca m'arrive, avoua-t-il l'air de rien.

C'était le blond qui l'avait réveillé en venant chercher quelques affaires, alors qu'il était envoyé par un instructeur. Le temps était passé terriblement vite, l'obscurité avait envahi les lieux depuis longtemps. Et pour une fois, il était plutôt content que quelqu'un l'ait tiré de son cocon.
Il n'y avait que ses maux de ventre qui n'étaient pas passés, et il grimaça légèrement, croisant les bras contre lui, l'air de rien. Un problème redondant, qui l'agaçait passablement et le fatiguait. Il ne l'avait pourtant pas autant ressenti lors de leur congé.

-T'es sûr que tout va bien?

Jean s'était penché légèrement au-dessus de lui, essayant de mieux distinguer les traits du garçon malgré l'obscurité. Le fait qu'il grimaçait par à-coups ne lui avait pas échappé, et quand bien même son camarade hochait la tête affirmativement, il avait un peu de mal à accepter sa réponse.

-Qu'est-ce que tu foutais là-bas au fait?

-Fatigué, marmonna le petit rasé.

Jean eut un petit ricanement.

-Y'a des lits, c'est plus confortable, non?

-Pas envie.

-...Parce qu'il y a Eren qui y a accès?

Connie fronça légèrement du nez, un peu pris de court par la question, avant de lever les yeux sur le garçon. L'expression sérieuse de Jean le fit hésiter.

-Ca n'a rien à voir..., souffla-t-il. C'est plus...Général...C'est tranquille, là-bas...

Il devait bien l'avouer, il n'avait pas envie de dire qu'Eren savait où le trouver quand il le cherchait. Là. Dans l'écurie. Étalé sur sa paille. Le souvenir du jour où le garçon l'avait rejoint était encore gravé dans son esprit, malgré les limbes dans lesquelles il pataugeait à ce moment-là en émergeant. Sentant ses joues s'empourprer rapidement, il vint les tapoter à plusieurs reprises, avec de petits claquements sous les yeux ronds de surprise de Jean.

-Eh!

-Je, euh...Il fait froid! grogna-t-il aussitôt, prenant la première excuse possible.

Perplexe, Jean grogna malgré tout, avant de hausser les épaules sans trop savoir ce qu'il en était réellement. Il n'était pas idiot.

Le temps de traverser la grande cour, les lumières tremblotantes avaient fini par apparaître enfin. Le perron de bois était à peine éclairé, tout comme quelques fenêtres qui sortaient un peu de l'ombre, les pièces illuminées de l'intérieur. Des ombres s'agitaient visiblement. Et une tête venaient obstruer un coin devant la fenêtre. Surpris, ils s'arrêtèrent quelques secondes, le temps de s'habituer à ce qu'ils voyaient, et c'était indubitablement une adorable petite tête blonde qui observait secrètement par la vitre sale. Après un regard complice -pour ce genre de choses, ils savaient s'entendre comme cul et chemise-, les deux garçons ralentirent le pas, s'approchant discrètement.

Jusqu'à atteindre Armin, qui retint difficilement un petit cri de peur, lequel termina étranglé au fond de sa gorge. Le coeur battant, le garçon les fixa un long moment, avant de chuchoter, visiblement furieux d'avoir été interrompu.

-Qu'est-ce que vous fichez là?

Amusé par la réaction étrange du petit blond, Connie s'accroupit comme lui.

-Ce serait plutôt à nous de te poser la question! gloussa-t-il gentiment.

Ce-disant, il se pencha un peu en avant, de la même manière qu'Armin quelques instants plus tôt, sans écouter celui-ci qui tenta de l'en empêcher. Pour la énième fois de sa vie, il se dit qu'il aurait dû. Franchement.

-Connie?

Jean fronça les sourcils en voyant l'expression du garçon changer du tout au tout à peine fut-il en position. Si cela eut été possible, son visage serait probablement tombé sur le sol tant ses traits s'étaient tirés et ses yeux ouverts en grands.

-Ce...C'eeeeest...

-Rah merde, fais voir...

-Mais dégagez de là, vous deux!

Mais face aux deux garçons, impossible pour Armin de se faire entendre, et bientôt Jean s'appuyait déjà sur le crâne de Connie. L'instant d'après, lui-même écrasait sa propre main sur les yeux de son camarade, comprenant aussitôt.

-Putain? siffla-t-il entre ses dents.

-J-Jean, qu'est-ce que tu fous? L-Lâche-moi...!

-Non, sérieux, c'est pas pour toi, mec!

Il déglutit. Ce n'était pas non plus pour lui. Ou plutôt, il n'était pas vraiment dans l'optique de se retrouver à regarder ce genre de choses, et du coin de l'oeil il glissa vers Armin. A la faible lueur de la fenêtre, il pouvait voir son visage, effroyablement déterminé et furieux. Parce qu'il s'était fait coincé? Parce que quelqu'un avait découvert ce à quoi il s'adonnait? Parce qu'il avait été interrompu dans ses petites affaires?

De l'autre côté de la vitre, les ombres continuaient leur jeu.

Sous sa main, il sentit Connie frissonner, sans savoir s'il s'agissait du froid ou de ce qu'il avait vu.

Dans la pièce mal éclairée, il n'était pas difficile de reconnaître les deux corps, grands et impressionnants comme à l'heure habitude. Le plus puissant des deux maintenait l'autre presque sous lui, contre un bout de mur, affalé sur le sol.

Il n'y avait rien de caché.

Et même si Jean les avait déjà entendus, au-dessus d'eux dans le dortoir, les voir était encore autre chose.

Reiner et Bertold jouaient sur un niveau où la douceur s'était faite oublier.