Il avait mis à peu près deux jours à se décider avant d'aller trouver Rossignol. Elle seule pouvait l'aider et il avait espoir qu'elle accepte même s'il gardait un plan de secours en réserve.

- Varric ?, s'étonna la rousse en le voyant arriver à l'étage. Vous ne montez pas souvent jusqu'ici.

- Je suis déjà monté ? Je n'en ai pas le souvenir.

Il secoua la tête puis se décida à se lancer.

- En réalité, je suis venu parce que je voulais vous demander un service, Rossignol.

- Quel genre de service ?, demanda-t-elle.

- J'aimerais que vous retrouviez quelqu'un pour moi.

- Pourquoi ne pas demander à vos propres informateurs ?

- Mes informateurs ont des limites, votre réseau est plus efficace que le mien.

Il attendit patiemment qu'elle ne pèse le pour et le contre.

- C'est personnel ?, l'interrogea-t-elle.

- Oui, confirma-t-il.

Elle sembla hésiter, ne le quittant pas des yeux et finit par se décider.

- Dites-moi tout ce que vous savez, que nous perdions le moins de temps possible.

- Elle s'appelle Mavis Haw... Cavin. Elle a les cheveux noirs, les yeux dorés et elle est la plupart du temps pas très expressive, elle...

- Mavis Hawke ?, le coupa-t-elle.

Il hocha la tête et elle sembla de nouveau marquer une hésitation.

- Je ne sais pas où elle peut être, dit-il. Je sais que Lothering lui manquait mais lorsque Maverick s'y est rendu, elle n'y était pas.

- Ecoutez, je vais voir ce que je peux faire, d'accord ?

- Je vous remercie.

Il n'ajouta rien de plus, il savait qu'elle avait connu la femme à Lothering mais il trouvait étrange qu'elle ne lui ai pas demandé plus de précision. Il redescendit, se rendit dans sa chambre et essaya d'écrire.

xXx

Il n'eut qu'à attendre le lendemain avant de recevoir une note de la Maitre Espionne l'informant de se rendre en milieu de soirée dans l'une des pièces inoccupées du Fort.

Si ça avait été aussi rapide, les nouvelles n'étaient peut-être pas bonnes mais il refusa d'y songer jusqu'à l'heure de s'y rendre.

xXx

Le soir même, il se rendit à l'endroit prévu et avisa qu'une seule personne semblait se trouver à l'intérieur. Un des agents de Rossignol, au vu de sa tenue et il comprit immédiatement de quoi il s'agissait. Il pénétra dans la pièce, ferma la porte derrière lui et approcha de la femme encapuchonnée assise sur la table, les pieds sur une chaise et les coudes appuyés sur les genoux.

- J'ai cru te voir au bal au palais d'hiver, lui dit-il.

- J'ai vu que tu m'avais remarqué.

Il sourit, il ne s'était pas trompé alors, il ne pouvait pas se tromper la concernant.

- Je devais rester discrète, une chance que j'ai trouvé une personne pour qui je pouvais me faire passer.

- Mavis, je...

Elle secoua légèrement la tête et il sut qu'il devait se taire. Il l'avait observé pendant tellement de temps qu'il comprenait à présent sa façon d'être.

- J'ai entendu dire que Maverick était passé.

- Pourquoi n'es-tu pas venu le saluer ? Il s'inquiète pour toi.

Elle haussa les épaules.

- Pas le temps. Et en théorie, il est assez grand pour se passer de moi.

- Ce n'est pas le cas de Keith, remarqua-t-il.

- Je sais.

Un lourd silence s'installa et il saisit l'une des mains de la femme.

- Explique-moi... Pourquoi es-tu partie ?

- J'avais des choses à régler et je ne pouvais pas le faire à Kirkwall, répondit-elle simplement.

Il attendit, elle n'ajouta rien de plus alors il soupira.

- Regarde-moi, lui demanda-t-il.

Elle n'esquissa pas le moindre geste et il eut un mauvais pressentiment. Il sentit son estomac se nouer et une boule se former dans sa gorge.

- Mavis, tu regardes toujours les gens dans les yeux quand tu leur parles, lui rappela-t-il.

- Pas cette fois.

Il hésita et il lui retira son capuchon. Elle garda la tête obstinément baissée, les yeux clos.

- Regarde-moi, exigea-t-il.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux et les leva vers lui, il sentit son sang se glacer et son cœur rater un battement.

L'éclat dorée de ses yeux avait laissé place à une teinte rougeâtre et il n'eut pas besoin de poser la moindre question pour comprendre.

- Pas toi...

Elle lui adressa un sourire rassurant et il l'étreignit.

- Je vais bien, le rassura-t-elle.

- Non...

- Varric, écoute-moi, murmura-t-elle, nous n'avons pas encore trouvé de remède mais nous avons trouvé de quoi ralentir la progression. Suffisamment pour que je n'ai pas à m'en inquiéter dans l'immédiat. Je vais bien.

Il la serra d'autant plus contre lui.

- C'est un cauchemar... Comment est-ce arrivé ?

- Durant le combat contre Mérédith, répondit-elle simplement.

Elle porta une main à la cicatrice qui barrait son visage. Le nain se décida finalement à la lâcher.

- Tu es certaine que ça va ? Que ça ira ?

- T'ai-je déjà menti ?

- Non.

C'était dur, dur de se dire que son pire cauchemar se réalisait, dur de se dire qu'il allait falloir mettre Maverick au courant, dur de se dire que la seule chose qu'il pourrait faire serait de voir la femme sombrer petit à petit.

Désormais qu'il savait ça, il réalisait à quel point l'Inquisiteur avait raison. S'il voulait ne pas avoir de regret, c'était maintenant qu'il devait lui dire ce qu'il ressentait.

- Mavis, il faut que je te dise quelque chose.

Il inspira profondément, hésitant longuement à se lancer et finalement:

- Je...

Tout courage l'abandonna. Il referma la bouche, baissa les yeux et se sentit ridicule. Il ne pouvait pas le faire, jamais.

- Varric ?, l'encouragea-t-elle.

- Ce n'est rien, oublie ça...

Elle descendit de la table et le toisa de toute sa hauteur.

- Vous n'êtes pas un si mauvais menteur d'habitude, nain.

Il esquissa un sourire, elle n'avait pas changé malgré tout.

- Allons boire quelques verres, ça t'aidera peut-être, décréta-t-elle. Et puis ça fait un moment que je n'ai pas pris le temps de me rendre dans une taverne.

Il lui adressa un sourire amusé et accepta d'un signe de tête.

- J'ai eu une mauvaise influence sur toi, il semblerait. Je me rappelle le premier verre que tu as pris, se souvint-il.

- C'était infâme et ne crois pas que j'ignore que tu l'as fait exprès.

Il prit un air innocent.

- Du tout.

Elle remit sa capuche, sortit de la pièce et il la suivit jusqu'à la taverne.

A cette heure, ne restait qu'Iron Bull et la Charge qui les invitèrent à se joindre à eux. Varric déclina poliment et ils s'installèrent plus loin, à l'écart.

- Je n'ai pas oublié que tu me devais deux verres, tu sais ?, lui dit-elle.

- Pourquoi faut-il que tu aies une si bonne mémoire ?

Il paya leurs verres et ils burent en silence. Ils ne parlèrent pas plus lors de la seconde tournée.

- Que voulais-tu me dire, alors ?, demanda-t-elle lorsqu'elle eut son troisième verre en main.

- Quelque chose comme "tu m'as manqué".

Elle parut s'adoucir légèrement et il crut apercevoir un sourire durant un court instant.

- Tu m'as manqué aussi, avoua-t-elle.

Il en demeura muet de stupéfaction. Mavis était plutôt du genre à dire des choses déplaisantes et à rarement dire ce qu'elle pouvait penser de bien.

Il essaya une nouvelle fois de lui parler de ses sentiments, sans succès et ils finirent par se séparer.

xXx

Lorsqu'il fut de nouveau seul, couché sur son lit et observant le plafond, il se traita d'imbécile et de lâche.

Pourquoi n'était-il pas capable de lui dire ? Il n'avait pas eu autant de mal avec Bianca à l'époque. Mais c'était peut-être la source du problème, à voir comment ça avait tourné avec la naine... Pourtant il savait pertinemment que Mavis était différente et que la situation n'était pas totalement semblable.

Il repensa à ce qu'il venait d'apprendre et il sentit son coeur se serrer. Elle prétendait que ça allait mais à quel point ça pouvait être vrai ? A quel point souffrait-elle en réalité ?

Elle était loin d'être la personne la plus expressive qu'il connaissait, il ne l'avait jamais vu pleurer, ou réellement en colère. Il détestait ça, son impeccable masque d'indifférence mais malheureusement... il ne l'avait vu l'abandonner que trois fois.

Il inspira profondément et expira lentement. A présent qu'il savait qu'elle faisait partie de l'Inquisition, il savait qu'il pourrait la revoir même s'il savait également ce qu'elle risquait.

Il finit par se décider à dormir.

xXx

Le lendemain, l'Inquisiteur vint le rejoindre.

- Vous semblez encore plus triste qu'à notre retour du thaig, remarqua-t-il.

Varric poussa un soupir accablé.

- J'ai retrouvé la personne dont je vous ai parlé la dernière fois.

- Oh... ça s'est mal passé ? Elle vous a éconduit ?

- Non je... je n'ai juste pas eu le courage de le lui dire...

Il se sentit d'autant plus minable en le disant à voix haute.

- Vraiment Varric... vous comptez continuer à souffrir toute votre vie ? Si vous l'aimez, dites-le lui, rien de plus simple.

- Pour vous peut-être...

- Ecrivez-lui dans ce cas, si vous n'arrivez pas à lui dire, je suis certain que ça lui plaira.

Peut-être qu'il avait raison, après tout. Ecrire serait sans doute plus simple mais lui donner ? Il n'était pas certain de pouvoir y arriver. Et dire qu'il s'était moqué d'Aveline aux côtés des autres lorsqu'elle avait eu du mal à se déclarer à Donnic.

- Je vais essayer, dit-il finalement.

- Je vous laisse vous y mettre alors.

Lorsque le nain s'éloigna, Varric s'installa à sa table et tenta de griffonner quelques mots. C'était maladroit, confus, ça ne lui ressemblait pas du tout. Il froissa le papier et en prit un autre qu'il entreprit de noircir.

Il mit la matinée avant d'obtenir un résultat satisfaisant. A présent, il ne lui restait plus qu'à trouver un moyen, et le courage, de le lui donner.

Il la regarda passer une première fois lorsqu'elle pénétra dans le Hall, et il la regarda passer dans l'autre sens plusieurs minutes plus tard lorsqu'elle sortit. Comment était-il censé s'y prendre ?

Il hésita, un court instant et quitta l'enceinte à sa suite.

- Mavis !, l'appela-t-il. Attend !

Elle était déjà au bas des escaliers et se tourna vers lui pour l'observer avec attention.

- Qu'y a-t-il ?, demanda-t-elle lorsqu'il arriva à sa hauteur.

Il porta la main à sa poche puis se ravisa.

- Tu pars ?, l'interrogea-t-il à la place.

- Oui, pour quelques jours, confirma-t-elle.

- Quand tu reviendras... allons prendre un verre, d'accord ?

Elle hocha la tête sans un mot, il la salua puis la regarda s'en aller. Du coin de l'oeil, il vit l'Inquisiteur arriver mais resta silencieux.

- C'est elle ?

- ... oui.

- Vous ne lui avez toujours rien dit, hein ? Vous ne lui avez pas donné de lettre non plus.

- Je n'y arrive pas, dit-il. Vous savez... One est une femme particulière et si je n'ai pas les bons mots, je sais qu'elle pourrait mal réagir.

- Vous avez peur. Parce que vous ignorez ses sentiments à votre égard, n'est-ce pas ?

Il secoua la tête, il ne savait pas si c'était ça qui lui faisait peur ou la crainte de sa réaction.

- Rien n'est jamais simple avec elle.

Il lui avait fallu tellement de temps pour la comprendre. Là-dessus Maverick était beaucoup plus évident.

- Je crois que je vais... retourner écrire.

L'autre nain hocha la tête et se dirigea vers la taverne pendant que lui rentrait. Il alla s'installer à nouveau à sa table et entreprit de continuer l'une de ses histoires.

xXx

Mavis revint trois jours plus tard et comme convenu, ils se rendirent à la taverne pour boire un verre. Ils burent en silence jusqu'à ce que l'Inquisiteur vienne se joindre à eux.

- Byor, se présenta-t-il à la femme.

- One, répondit-elle.

- Vous ne vous appelez pas vraiment comme ça, pas vrai ?

- En effet.

Varric se contenta d'écouter sans la quitter du regard.

- Comment vous appelez-vous ?

- Mavis, dit-elle.

- C'est un joli prénom.

- Et vous le dites à toutes les personnes qui se présentent à vous.

- Eh bien... il faut croire que toutes les personnes que je connais ont de beaux prénoms.

Elle leva les yeux au ciel et reporta son attention sur son ami.

- Dites, je me demandais comment vous vous étiez rencontrés ?

La femme souffla avec agacement et le nain entreprit de raconter une histoire plus ou moins cohérente.

- Je vois, vous ne voulez pas en parler, accepta-t-il sans problème. Je comprends.

- Peut-être un autre jour, Inquisiteur.

- Plutôt jamais, corrigea One. Ça ne vous concerne pas.

- Je ne voulais pas paraître indiscret, je suis juste un peu curieux.

- La curiosité et l'indiscrétion vont souvent de pair, dit-elle.

- Je le conçois oui.

- Alors gardez votre curiosité pour vous en ce qui me concerne.

- Hé, vous n'êtes pas très agréable, vous savez ?, fit remarquer Byor.

- Pardonnez-la, elle est toujours un peu méfiante au début..., s'excusa-t-il.

- A ce niveau ce n'est pas de la méfiance, c'est carrément de la méchanceté.

- Elle n'aime pas beaucoup parler d'elle non plus... C'est...

La femme termina son verre et se leva.

- Tethras, l'interpella-t-elle, merci pour le verre.

Elle commença à s'éloigner, il se leva et il la rattrapa.

- Attend, ce n'est que l'Inquisiteur, Mavis... Ça va...

- Très bien..., soupira-t-elle. La suite tient en deux mots : Cassandra Pentaghast. Oui, je suis au courant pour ton interrogatoire, ajouta-t-elle en voyant son regard. Je sais également que ton... ami est très proche d'elle et il lui en dit beaucoup. Leliana ne lui a rien dit et autant qu'elle continue à ignorer qui je suis.

- Détends-toi, pour ce qui est de la Chercheuse, j'en fais mon affaire... je parlerais de ça avec Rossignol et...

- Non. Tu nous as suffisamment couverts, tu as suffisamment payé pour nous. Tu...

Il serra sa main et elle se tut.

- Allons ailleurs dans ce cas, sur les remparts par exemple, nous devrions y être tranquilles, d'accord ?, proposa-t-il.

Elle acquiesça d'un signe de la tête. Il fit un signe de la main à l'Inquisiteur et ils sortirent de la taverne sans qu'il ne lui lâche la main.

Une fois sur les remparts, elle s'assit sur le bord et le regarda avec son indifférence habituelle. Il n'avait encore jamais réalisé à quel point ça pouvait être blessant avant cet instant. Il tenta à plusieurs reprises de lui annoncer ce qu'il avait sur le coeur mais n'y parvint toujours pas et il finit par abandonner.

- Tu es bizarre en ce moment, Varric, remarqua-t-elle.

- Tu trouves ?

- Oui, tu n'as jamais autant hésité à me dire quelque chose. Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Je ne trouve pas les bons mots.

Elle le regarda en silence puis détourna les yeux.

- Alors dis-le avec des mots simples, n'importe lesquels.

- Je n'y arrive pas non plus. Tu es...

Il ne parvint pas à finir sa phrase et elle soupira.

- Si j'avais pensé qu'un jour Varric Tethras resterait sans voix, je pense que je ne me serais pas cru moi-même.

- Mavis...

- Tu te souviens ce que je passe mon temps à répéter, n'est-ce pas ?

- "Parle moins, agis plus" ?

- Oui.

- Je ne suis pas certain qu'agir sera la meilleure solution en ce qui concerne mon problème.

Elle reporta à nouveau son regard sur lui.

- Quoi que tu cherches à dire, Varric, tu n'as pas de raison d'hésiter autant. Tu as toujours su trouver les bons mots pour me parler.

- Tu as toujours été moins exigeante envers moi..., réalisa-t-il.

- Non, tu n'es juste pas aussi idiot que les autres.

Il ne parut pas convaincu mais s'abstint de le lui dire et se contenta de s'accouder aux remparts.

- En réalité, je ne suis pas certain que ça soit vraiment le bon moment pour te dire ce que je voudrais te dire. C'est compliqué et je pense que ça serait trop égoïste de t'en faire part maintenant. Quand tout sera fini... nous pourrons en reparler.

Elle se contenta d'un hochement de la tête et il contempla le ciel étoilé.

- Je me souviens de la première fois que nous nous sommes parlé...

- Hm... si je me rappelle bien, je mettais les pieds à l'auberge du pendu pour la première fois et tu n'as pas perdu de temps avant de venir t'installer en face de moi.

- Eh bien, il fallait dire que j'avais remarqué ton manège, tu as dépouillé ce templier sans qu'il ne s'en rende compte et j'ai visiblement été le seul à le voir.

Elle haussa les épaules.

- C'était plus rapide pour se faire de l'argent et je l'avais suivis depuis la Potence, je ne pouvais pas faire ça là-bas, on n'aurait pas manqué de s'en rendre compte mais dans cette taverne... les gens sont trop occupés à boire ou à discuter entre eux, personne ne fait attention à personne.

- Et tu en as judicieusement profité.

- Je pensais que ces foutus mercenaires nous lâcherais si je leur donnais de l'argent plus vite mais ils n'en n'ont pas voulu, ils préféraient qu'on travaille pour eux... Il faut croire qu'on faisait du trop bon travail pour qu'ils veuillent se passer de nous.

- Et tu n'as jamais dit à ton frère que nous nous connaissions déjà ?, demanda-t-il.

- Non, tout comme je ne lui ai jamais dit que je n'avais rien contre toi. Tu es... typiquement le genre de personne que je déteste.

- Un menteur, résuma-t-il.

- Oui.

- Et pourtant... tu lui mens.

- Oui.

Ils n'approfondirent pas la discussion et il leva à nouveau les yeux vers elle. Il l'observa en silence, ne sachant pas quoi dire de plus. Il voulait juste rester un peu plus longtemps avec elle. Elle se laissa glisser du rebord où elle était assise et s'approcha de lui, son regard plongé dans le sien.

- Il y a des choses que j'apprécie de pouvoir garder en secret, murmura-t-elle. Des choses qui ont été dites, qui ont été faites et que personne d'autre n'a besoin de savoir.

- Et tu n'aimes pas qu'on parle de toi, ajouta-t-il.

- Aussi.

Il ne la quitta pas des yeux.

- J'aimais beaucoup la couleur de tes yeux, avoua-t-il avec regret.

Elle porta une main à son visage puis la laissa retomber.

- Pour le moment c'est le seul gros changement que j'ai pu observer alors j'essaye de l'accepter, dit-elle.

Il ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'elle lui cachait quelque chose mais n'insista pas. Il n'avait peut-être jamais vu la femme réellement en colère, mais il l'avait déjà vu agacée et elle pouvait être vraiment violente.

- Peut-être que nous devrions aller nous coucher, fit-elle remarquer, il se fait tard.

- Oui, approuva-t-il à contrecœur.

Elle haussa un sourcil mais il secoua la tête pour lui signifier que ça n'était rien et ils retournèrent ensembles à l'intérieur du Fort.

Il ignorait où elle passait la nuit à Fort Céleste mais il n'osa pas l'inviter à rester dans sa chambre. Il savait qu'elle aurait décliné, peut-être aussi qu'elle lui aurait fait une remarque qu'il n'aurait pas voulu entendre alors il avait préféré ne rien dire d'autre qu'un vague "bonne nuit".

xXx

A peine quelques jours plus tard, il surprit une conversation entre One et la Chercheuse.

- Vous vouliez me parler ?, demanda son amie.

- Eh bien... j'ai demandé à Leliana de m'aider à retrouver une personne, c'est elle qui m'a conseillé de voir directement auprès de vous.

- De qui s'agit-il ?, interrogea-t-elle avec méfiance.

- Mavis Hawke, si je me souviens bien de son prénom, répondit la Chercheuse.

- Pour quelle raison la cherchez-vous ?

- Avez-vous vraiment besoin d'une raison ? Vous travaillez pour nous, vous ne demandez pas à Leliana pourquoi elle vous envoie à tel ou tel endroit, non ?

- Bien sûr que si. Et j'aimerais savoir pourquoi je devrais perdre mon temps à chercher cette femme.

- Si vous ne souhaitez pas vous acquitter de cette tâche, je demanderais à quelqu'un d'autre.

Il entendit One soupirer.

- Je vous souhaite bien du courage dans ce cas, car je suis actuellement la seule personne à savoir où elle se trouve. C'est pour cela qu'elle vous a dit de voir directement avec moi.

- Je vous trouve bien arrogante...

- Et cette fois vous n'avez pas sortie votre épée pourtant.

- Où est-elle ?

- Répondez d'abord à ma question, Dame Cassandra.

- Pour des raisons personnelles. Et si cela vous inquiète, je n'ai pas l'intention de la menacer ou de l'attaquer.

- Permettez-moi d'en douter...

Il hésita à intervenir lorsqu'il lui sembla que la Chercheuse sortait son épée.

- Mavis Cavin, née Hawke est ici, à Fort Céleste.

- Pardon ?, s'étonna-t-elle.

- ... JE suis Mavis...

Il y eut un long silence et Varric se retint de pénétrer dans la pièce.

- Vous ? Vous... êtes bien loin de ce que j'imaginais.

- Maverick vous a parlé de moi, n'est-ce pas ? Quel genre de bêtises a-t-il raconté cette fois ?, s'impatienta-t-elle.

- Il a juste... évoqué quelques faits. Il a dit que vous étiez plus ou moins son opposé mais... je ne m'attendais pas à ce que ça soit à ce point.

- Je vois. Alors il vous a raconté tout ce qu'il a pu. Il est toujours aussi digne de confiance.

Le nain ne put s'empêcher d'être déçu par l'attitude de son ami. Il savait en quittant la taverne ce jour-là que l'homme parlerait de Mavis à la Chercheuse, mais il ne s'était pas attendu à ce qu'il en révèle autant.

- Avez-vous besoin d'autre chose, à présent ?

- Non je... Leliana est au courant, n'est-ce pas ?

- Oui, elle n'avait pas de raisons de vous le révéler et je ne pensais pas que mon frère serait assez stupide pour le faire. Enfin... tout cela n'a plus vraiment d'importance. Je préfère vous dire tout de suite que je ne répondrais pas à vos questions, tout comme je l'ai dit à votre Inquisiteur.

Etonnamment la guerrière ne fit aucun commentaire et il l'entendit se diriger vers la porte. Il fit mine d'avancer et s'arrêta lorsqu'elle sortit. Elle plissa les yeux en le voyant et il lui adressa un sourire innocent.

- Un problème, Chercheuse ?

- Aucun..., dit-elle avec méfiance avant de s'éloigner.

Il la regarda s'éloigner et Mavis vint le rejoindre.

- Tu avais déjà eu l'occasion de la rencontrer à ce que j'ai compris, dit-il.

- Hm... elle a tenté de me couper la tête ce jour-là, Leliana a dû l'arrêter. Je pense qu'elle m'aime bien.

- Quel optimisme.

Elle se tourna vers lui.

- Maverick est un imbécile.

- Oui... ça n'est pas nouveau.

Elle secoua la tête avec agacement et il lui prit la main.

- Ça aurait pu être pire, la rassura-t-il. Je ne suis pas certain qu'elle te causera de problème.

Elle souffla avec scepticisme.

- Bon... peut-être un peu, admit-il.

- Peu importe. Allons boire un verre.

- Seulement un ?, fit-il semblant de s'étonner.

Elle le fusilla du regard et il abandonna la plaisanterie.

- Ne fais pas cette tête, c'était pour rire.

Elle soupira et ils se rendirent à la taverne où ils passèrent une bonne partie de l'après-midi.

xXx

Les mois suivants, il fit en sorte de passer le plus de temps possible avec elle. Il avait renoncé à lui dévoiler ses sentiments pour le moment, cependant il ne pouvait pas s'empêcher de lui parler du passé, des moments qu'ils avaient passés ensembles sans que les autres ne soit au courant. C'était une manière de tâter le terrain et ça ne semblait pas se présenter si mal.

Jusqu'à ce qu'une question indiscrète ne lui échappe.

- Es-tu heureuse avec Calum ?

- C'est quelqu'un de bien, répondit-elle sourcils froncés.

- Pardon, je n'aurais pas dû te poser cette question...

- Pourquoi tu me demandes ça ? Tu connais très bien la réponse, tout comme lui.

- Ça m'a échappé.

Elle secoua la tête et il s'excusa une nouvelle fois. Il savait parfaitement comment elle pouvait se braquer quand on lui posait des questions indiscrète de cette façon et pourtant elle n'eut pas l'air de le prendre si mal. Il en fut soulagé mais préféra changer de sujet.

A suivre