Lorsque Coryphéus fut finalement vaincu et après qu'ils aient tous mis en ordre leurs affaires, il lui proposa de rentrer à Kirkwall avec lui et elle accepta. Sur le chemin du retour, elle resta silencieuse.

- Mavis... qu'est-ce qui ne va pas ?

- Je suis partie longtemps, revenir me parait étrange... je n'ai jamais... je n'ai jamais eu l'intention de remettre les pieds à Kirkwall.

Il en resta muet.

- Pourquoi ?

Elle évita soigneusement son regard et mit un moment avant de répondre.

- Parce que je ne pensais pas survivre aussi longtemps. Quand finalement le... traitement a fonctionné, je ne pensais déjà plus à la possibilité de vous revoir. Et je me disais qu'à vos yeux j'étais certainement déjà morte.

Ça le frappa en plein coeur. Bien sûr qu'il l'avait cru morte, tout comme Maverick mais jamais il n'avait voulu accepter cette éventualité. Il s'était battu contre lui-même pour penser le contraire et il avait eu raison. A présent elle était à ses côtés, bien vivante, quoi que malade et elle lui annonçait qu'elle pensait qu'ils avaient fait leur deuil ?

- Sans une preuve formelle de ta mort, jamais on n'aurait pu passer à autre chose. Maverick parle peut-être de toi au passé mais il s'accroche tout de même à l'idée que tu es toujours là, quelque part. Et il a bien raison.

- Ça n'est pas une bonne chose... il aurait dû avancer et ne plus y penser.

- Tu ne sais pas à quel point c'était douloureux de devoir se demander si tu étais toujours en vie ou non. Ne recommence plus à disparaître, on tient à toi.

Elle inspira profondément et soupira.

- D'accord.

Lorsqu'ils arrivèrent à la Hauteville, il la raccompagna sur le pas de sa porte et attendit qu'elle ne rentre avant de tourner les talons. Elle n'était pas entrée d'elle-même, elle avait frappé à la porte et lorsque son mari avait ouvert il l'avait attiré à lui en l'attrapant par la taille, sans le remarquer. Quand la porte se ferma derrière eux, il sentit son coeur se serrer.

S'il avait su que Bianca était mariée, jamais il n'avait eu à la voir auprès du nain, jamais il n'avait eu à assister au mariage, jamais il n'avait eu à la voir porter un enfant et jamais il n'avait eu à souffrir d'être le témoin de leur proximité.

Peut-être n'était-elle pas réellement heureuse avec son mari mais il n'en restait pas moins que c'était un type bien et qu'ils s'appréciaient. Il avait eu l'occasion de le constater à de nombreuses reprises.

Durant le mariage, l'homme s'était montré très prévenant envers sa femme. Puis pendant la grossesse il avait été à ses côtés et avait pris soin d'elle. Il en avait fait autant à la naissance de Keith. Et enfin à la mort de Léandra, il l'avait consolé du mieux qu'il le pouvait.

Mais malgré cela elle ne l'avait pas choisi et même si elle ne s'en était jamais plainte, il y avait eu beaucoup d'indices pour lui faire comprendre que cette vie ne lui convenait pas.

La première chose avait été le jour du mariage, juste après la cérémonie quand en revenant à sa chambre à l'auberge il avait trouvé la jeune femme encore affublée de sa robe de mariage assise à même le sol entre son lit et le mur. Il avait été surprit de la trouver là, plus encore qu'elle ne lui demande à rester.

La seconde avait été quelques confidences qu'elle lui avait faites alors qu'ils buvaient un verre à la taverne.

Et pour finir, il avait eu ce que Calum lui-même lui avait dit.

Mavis était directe sur bien des choses, excepté sur son propre ressentis mais il avait eu le temps d'apprendre à la connaître. Il l'avait longuement observé, il lui avait énormément parlé et à présent il était capable de la comprendre.

Il se dirigea lentement vers l'auberge du pendu où il prit un verre avant de gagner sa chambre.

xXx

Les jours suivants, il ne la vit pas. Elle ne vint pas à la taverne et il hésita à remonter vers la Hauteville. Après tout ce temps loin l'un de l'autre, elle et son mari avaient probablement des choses à se dire et du temps à rattraper. Ce fut finalement elle qui vint le rejoindre au bout du quatrième jour.

- Tout va bien ?, lui demanda-t-il.

- Oui, Keith ne m'adresse presque pas la parole mais ça va.

- Il a vraiment cru que tu l'avais abandonné, tu sais ?

- J'ai cru comprendre. C'est dingue à quel point il a pris le comportement de son oncle... J'ai l'impression de revoir Maverick au même âge... "Regardez-moi !".

- Il n'était pas comme ça avant...

- Je suppose que passer quelques années avec mon frère l'a changé... C'est bien dommage qu'il n'y ait pas eu d'autres mages pour lui apprendre à maîtriser sa magie.

- C'est moi qui ai contacté Maverick, je pensais que ce serait la meilleure solution.

Elle haussa les épaules avec un soupir.

- Ce qui est fait est fait et nous ne pouvions pas savoir qu'il prendrait autant de lui. J'espère juste que contrairement à son oncle il grandira !

Il l'observa, entamant son deuxième verre.

- Et... avec Calum ? Comment ça s'est passé ?

- Il a demandé le divorce.

Il en avala de travers.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Je suis partie pendant cinq ans, Varric. Je l'ai laissé seul avec le petit qui s'est en plus avéré être un mage. Alors même s'il n'a rien contre ça, je n'ai pas beaucoup aidé dans son éducation. Je pense aussi qu'il a... trouvé quelqu'un d'autre.

- Il... t'a trompé ?

- Il a toujours été honnête avec moi, je savais qu'il allait voir ailleurs et je l'en n'ai jamais empêché. C'était très bien comme ça...

- Mavis...

- Je ne... pouvais pas lui apporter ce dont il avait envie... ou besoin alors il a trouvé une autre solution et ça me convenait parfaitement.

- Et ce divorce te convient ?

- Ce n'est peut-être pas correct à dire mais c'est comme s'il me donnait la clé des dernières chaînes qui m'entravaient.

Il la considéra un moment en silence et lui sourit.

- Alors tu... es heureuse ?

- Disons que... je suis sur la bonne voie.

Il lui prit la main avec douceur et la caressa d'un geste du pouce.

- Je ne veux pas te donner l'impression de te piéger ou de t'emprisonner... mais je veux être avec toi, Mavis.

Maintenant qu'elle et son mari n'était plus ensemble, c'était beaucoup plus simple à dire, quoi que ça restait un peu maladroit.

Elle ne répondit pas, elle ne retira pas non plus sa main et il ne la lâcha pas. Ils avaient encore du temps devant eux, il l'espérait sincèrement.

xXx

Les semaines suivantes ils s'arrangèrent pour se voir de temps en temps. La femme essayant de recoller les morceaux avec son fils, il lui laissa du temps seule avec lui. Cela s'avéra plutôt difficile mais au bout de quatre semaines, la situation sembla enfin s'améliorer.

- Il a l'air de commencer à accepter les choses, lui annonça-t-elle.

- Vraiment ? C'est plutôt une bonne nouvelle.

- Oui, j'espère juste que je vais réussir à le remettre sur le bon chemin. Je ne veux pas d'un deuxième Maverick... mon frère est déjà suffisant à supporter.

- Tu ne l'as pas vu depuis cinq ans lui non plus, lui rappela-t-il avec amusement.

- Et pourtant je sais qu'il n'a pas beaucoup changé.

Elle poussa un soupir et lui adressa un petit sourire.

- Je vais rentrer, Keith vient avec moi à partir de ce soir, je dois aller le chercher.

- Je passerais demain, si ça te convient.

- Avec plaisir.

Il lui sourit et la regarda quitter la taverne.

xXx

Le lendemain, il monta la rejoindre, comme convenu. Elle était retournée vivre dans le domaine Amell depuis sa séparation et elle gardait le petit avec elle une semaine sur deux.

- Oncle Varric ?, s'étonna le petit en constatant sa présence.

- Comment vas-tu, Keith ?

Le gamin montra son livre.

- Oh, c'est un de ceux que j'avais écrit à ta naissance, constata-t-il. Tu n'es pas un peu trop grand pour lire ces histoires ?

- Maman ne veut pas que je lise tes autres livres, elle dit que c'est pour les grands.

- Elle n'a pas tout à fait tort... je t'en écrirais d'autres, ne t'inquiète pas.

Le petit lui adressa un grand sourire et replongea dans sa lecture. Le nain se rendit donc auprès de la femme.

Elle était assise à son bureau et semblait occupée à noter il ne savait quoi.

- Keith a vraiment l'air d'aller mieux, constata-t-il.

- Oui, je suis soulagée, avoua-t-elle.

- C'est agréable de te voir plus... souriante.

Elle posa sa plume et se tourna vers lui.

- Ce que tu m'as dit la dernière fois...

- Je le pensais vraiment.

Elle se tut et il approcha. Quand il posa une main sur sa joue, elle ferma les yeux et il l'embrassa. Ce fut juste un court baiser auquel elle répondit timidement et il ne put s'empêcher de sourire après l'avoir rompu.

Ils se passèrent de la moindre parole, se contentant de se regarder yeux dans les yeux jusqu'à ce qu'elle ne détourne le regard et se lève.

- Merci d'être passé, Varric.

- Je reviendrais, tu sais ?

- Je t'attendrais.

Quand il quitta la pièce, Keith était debout devant la cheminée et ne lui répondit pas lorsqu'il le salua. Il n'insista pas et se contenta de quitter la demeure.

xXx

Le jour suivant, lorsqu'il la vit arriver à l'auberge, il senti qu'il se passait quelque chose. Elle s'appliqua à éviter son regard et il tenta de comprendre ce qui n'allait pas.

- Mavis...

Elle ne répondit rien. Il prit sa main et elle la retira.

- Ecoute... nous ne... devrions pas.

- Quoi ?, s'étonna-t-il.

- Hier et l'autre fois c'était juste...

Elle soupira.

- Nous ne pouvons pas. Je ne serais probablement pas capable de te contenter, comme j'en ai été incapable avec Calum. Et puis mon... infection finira par se développer et je ne veux pas que tu sois témoin de ça. Bartrand a probablement été suffisant pour toi, tu n'as pas besoin de souffrir plus à cause du lyrium rouge.

- Attend, tu... ça sonne comme de fausses excuses, Mavis, dis-moi ce qu'il y a.

- Tout va bien, lui assura-t-elle.

Et cette fois elle le regarda dans les yeux. C'était complètement délirant, comment pouvait-elle changer d'avis aussi vite ? Ils n'avaient encore rien commencé qu'elle voulait déjà y mettre fin ? Pourquoi ? Pourquoi lui avoir donné un quelconque espoir si c'était pour le piétiner juste après.

- Je ne veux pas te blesser.

- Ah... trop tard, lâcha-t-il.

Elle ouvrit la bouche, il se leva avant qu'elle n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit et regagna sa chambre.

Peut-être aurait-il dû rester couché.

xXx

Un peu plus de huit mois passèrent sans qu'il ne la voie. Elle ne vint pas à l'auberge du pendu et il ne mit pas un pied à la Hauteville. Il avait été profondément blessé par la décision de Mavis, plus encore par le fait qu'elle lui serve des excuses non valables. Il ignorait ce qu'elle avait vraiment eu en tête à ce moment-là et il ignorait ce qu'elle faisait à présent.

De son côté, il avait entreprit de donner un coup de main pour continuer les travaux de la ville. Il avait déjà financé une bonne partie de la reconstruction mais il restait encore beaucoup à faire.

Se débarrasser de l'horrible statut du Chevalier-Capitaine par exemple.

Il venait juste de regagner sa chambre lorsque Calum, accompagné de Keith, vinrent se présenter à lui. Il en fut surprit, d'autant plus qu'au regard de l'homme, il devina que quelque chose l'avait contrarié.

Le petit s'approcha et s'inclina.

- Je suis désolé, oncle Varric, tout est de ma faute... je vous ai blessé maman et toi. J'ai compris mon erreur et je ne recommencerais plus, c'est promis.

Il le considéra avec stupéfaction avant de lever les yeux vers le père avec incompréhension.

- Keith, je pense que ce n'est pas assez clair. Explique-lui ce que tu as fait.

Le petit serra les poings et se redressa pour regarder le nain dans les yeux.

- Je... je t'ai vu embrasser maman... Mais je... je voulais qu'elle et papa se remettent ensembles alors je lui ai dit que je la détestais... que tout était de sa faute, qu'elle avait tout gâché... et qu'elle nous abandonnait encore..., raconta-t-il d'une petite voix.

Les larmes aux yeux, le petit renifla avant de continuer.

- Elle m'a dit qu'elle n'avait jamais voulu m'abandonner mais... je ne l'ai pas cru... elle est partie pendant longtemps et elle ne m'a pas écrit. Je lui ai demandé si... si elle ne m'aimait pas... Elle avait l'air... très triste...

Il essaya de rester calme, ce n'était qu'un enfant et il ne pouvait pas comprendre. Il ne pouvait pas savoir sans qu'on ne lui explique quoi que ce soit, mais il ne pouvait rien lui dire, il était bien trop jeune pour qu'il lui explique que sa mère avait probablement déjà un pied dans la tombe, pour lui dire qu'il n'était qu'un petit égoïste et qu'il lui raconte que sa mère n'avait pas choisi de se marier.

- Pardon, oncle Varric..., supplia l'enfant.

Il ferma les yeux un instant avant de les rouvrir et de l'observer avec tristesse.

- Mavis n'a jamais voulu t'abandonner, nous te l'avons tous dit. Elle avait ses raisons de partir sans prévenir qui que ce soit. Elle n'a pas forcément fais le bon choix mais c'est celui qu'elle a fait. J'aime ta mère de tout mon coeur, Keith, je veux qu'elle soit heureuse et elle ne le sera jamais si tu te comportes ainsi avec elle.

- Je suis navré, Varric, s'excusa Calum. J'avais deviné que Keith vivait mal notre séparation mais je ne pensais pas qu'il irait aussi loin. Il sera puni pour ce qu'il a fait et il va aussi s'excuser auprès de sa mère, ajouta-t-il avec sévérité.

- Tu n'as rien à te reprocher.

Le petit baissa la tête et demanda pardon une nouvelle fois.

- Tu n'es pas un mauvais garçon, mais tu dois apprendre à écouter les autres, d'accord ?, le rassura-t-il.

Il hocha la tête et se blottit contre son père qui lui caressa les cheveux.

- J'ai été très déçu par ton attitude, Keith. Ta maman aime Varric et tu n'avais pas le droit de lui faire ça. Elle a déjà beaucoup souffert et ce que tu lui as fait lui as brisé le coeur, tu comprends ?

- Oui papa...

- Il faut que j'aille voir Mavis..., dit le nain.

- Nous t'accompagnons, si cela ne te dérange pas, il faut que le petit lui présente des excuses.

Il acquiesça et quitta sa chambre pour se rendre au domaine Hawke.

xXx

Elle était assise sur son lit, un livre en main, lorsqu'ils entrèrent. Elle se leva immédiatement et Keith courut se jeter dans ses bras. Elle le serra contre elle et le petit se mit à pleurer en lui répétant ses excuses. Elle l'étreignit d'autant plus et leva les yeux vers Calum.

- Il m'a tout raconté, répondit-il à sa question muette. Il n'avait pas à faire cela et tu n'as pas à sacrifier ton bonheur pour qui que ce soit. Tu ne fais rien de mal Mavis et comme je l'ai expliqué à Keith, c'est moi qui ai décidé de divorcer, c'était la meilleure solution et il doit l'accepter. Quant à toi, soit un peu plus égoïste, pense un peu à toi.

- Je ne peux pas lui faire ça, dit-elle.

- Je suis désolé, maman, je t'ai rendu triste... ce n'est pas ce que je voulais. Si tu aimes oncle Varric, je n'ai rien à dire. Je n'aurais pas dû dire tout ça...

Elle secoua la tête et inspira profondément.

- Tout va bien, assura-t-elle.

- Aller, Keith, laissons Varric et ta mère, je pense qu'ils ont besoin de parler.

Le petit embrassa sa mère et sortit de la pièce avec son père.

- J'aurais dû me douter que c'était quelque chose comme ça... comme toujours tu fais en fonction des autres sans tenir compte de ce que tu ressens.

- Ce n'est pas comme si on s'en était vraiment soucié jusqu'à maintenant...

- Les choses changent, Mavis et si tu ne veux pas que ton fils devienne vraiment comme ton frère, évite de lui faire obtenir tout ce qu'il veut.

- Tu as peut-être raison... mais si je n'étais pas partie, tout ça ne serait pas arrivé.

- Je préférerais vraiment oublier cette histoire, dit-il.

- Moi aussi.

Elle approcha et déposa un rapide baiser sur ses lèvres, il lui sourit tendrement.

- Je ne te savais pas aussi timide.

- Je ne suis pas timide, grogna-t-elle.

Il leva les mains en signe de reddition et elle fronça les sourcils.

- Ne fais pas cette tête.

Elle haussa les épaules.

- Est-ce que... tu veux rester ?, proposa-t-elle avec hésitation.

- Ça me va.

Ils passèrent une partie de la soirée à discuter avant de finalement se mettre au lit.

- Varric.

- Oui ?

- Je... je t'aime..., avoua-t-elle.

Il en resta sans voix un instant.

- Je t'aime, Mavis, lui répondit-il.

Il l'embrassa et elle y répondit.

A suivre