Chapitre 88
-Reiner, t'es bien gentil mais si tu dors à poil, ce ne sera pas ici.
A la voix un brin traînante de Jean, Bertold se retourna, un peu surpris. Les sourcils froncés, il ne mit pas longtemps à remarquer les yeux de Marco, rougis et rivés sur le sol, ses traits tirés. Mais face à l'insistance qu'il dût certainement mettre dans son observation, le blond s'interposa de façon à cacher le brun à sa vue, se raclant légèrement la gorge. S'il était hésitant quant à la façon de faire les choses, Jean savait visiblement ce qu'il voulait.
Cependant, quand Bertold revint au tas de muscles qui grognait dans le lit, vêtu seulement de ses serviettes de douche, et vautré à la place qu'il était censé utiliser en temps normal, la situation lui sembla un peu tirée par les cheveux.
-Reiner…, soupira-t-il. Arrête de bouder.
-Je t'ai dit d'aller te faire foutre.
-Merde…
Bertold soupira longuement, puis lança un coup d'œil à Jean, se sentant plus désolé pour leur camarade qui était camouflé derrière lui qu'autre chose, et murmura un « Je vais essayer, attends… ». Les autres continuaient de passer à côté d'eux sans faire attention à ce qui pouvait se passer, mis à part quelques-uns lançant des réflexions à Reiner quant à sa tendance à se promener les fesses à l'air.
Un genou posé sur le bord du matelas, il se pencha sur le blond qui croisa aussitôt les bras sur son torse, détournant la tête. Désirant être discret, Bertold s'approcha de l'oreille qui se présentait plus facilement.
-Tu boudes encore pour tout à l'heure ? murmura-t-il.
-Je t'ai dit…
-Ce n'est pas une réponse, Rein'. Tu boudes ?
Un œil sombre glissa vers lui, le coin des lèvres qu'il voyait s'affaissa légèrement et il savait pertinemment qu'il n'y avait aucun doute quant à la réponse.
-Ouais.
-Tu sais pourquoi ?
Un silence. Reiner détourna le regard de nouveau, grognant, et Bertold ne se fit pas prier : sans même attendre une réponse, il lança sa main en avant pour agripper la mâchoire de son camarade et l'obligea à changer de sujet d'observation.
-Eh, je suis ici, Rein', gronda-t-il doucement.
-Fous-moi la…
-T'as pas remarqué qu'on gêne ? Souffla le brun, le coupant sans douceur.
Contre son poignet, il sentit la pomme d'Adam s'agiter alors que le garçon déglutissait, visiblement étonné de son brusque élan d'autorité. Les yeux étroits de Reiner glissèrent finalement, changeant de cible, pour se focaliser derrière lui, probablement sur Jean et Marco. A ce moment-là, il grimaça un peu et d'une petite tape se débarrassa de la main de Bertold pour enfin se redresser.
Posant sa main sur son épaule, le brun se pencha une dernière fois, sa bouche glissant de nouveau contre le cartilage de l'oreille.
-Si t'as peur, je peux te promettre de ne rien te faire, susurra-t-il.
Gagné. Reiner arbora une belle couleur écrevisse et repoussa violemment Bertold qui gloussa sous le geste alors qu'il se rattrapait dans difficulté à la structure du lit.
-Je n'ai pas peur ! vociféra-t-il en se levant.
Admirable. Du moins ce fut ce que Bertold songea en voyant le géant tenter autant que possible de ne pas montrer sa difficulté en quittant le lit, resserrant la serviette autour de ses hanches. La possibilité de voir le tissu dégringoler était loin de zéro et il se mordit la lèvre en imaginant la scène. Il n'était pas sûr que Reiner ait envie, là de suite, que les autres voient cette partie de son anatomie sur les jours à venir. Les marques de ses ongles devaient être profondément ancrées dans sa peau. Si quelqu'un regardait de trop près, il serait possible de voir la rougeur qui s'étalait entre ses fesses, et il sourit –un peu bêtement se rendit-il compte trop tard- au souvenir pour le moins…Frais. La douche qui avait suivi n'avait pas vraiment été de trop. Mais insuffisante pour que la virilité et l'amour propre de Reiner s'en remettent.
Quand le grand blond eut disparu en haut de l'échelle, non sans mal même s'il le cachait incroyablement bien, Bertold se tourna vers ses deux camarades, frottant l'arrière de sa nuque.
-Désolé, il est un peu grognon…
Jean avait haussé un sourcil, et il se demanda un moment si la rougeur qui s'étalait légèrement sur ses joues pouvait venir des doigts qu'il tenait étroitement serrés autour du poignet de Marco.
-Pas grave, répondit-il. Merci…
Un geste de la main et le brun disparut à la suite du premier. Là-haut, quelques grognements résonnèrent, s'estompant bien vite au milieu de bruissements de tissus. Rougissant d'autant plus en repensant à la scène qu'ils avaient surpris, Jean raffermit sa prise du le bras de Marco et le tira légèrement, l'incitant à, au moins, s'asseoir.
Les épaules basses, Marco étira un tout petit sourire, hésitant, avant qu'un « Ca a l'air d'aller, ces deux-là » ne quittât ses lèvres. Notant son effort pour se focaliser sur autre chose que ses craintes, Jean sourit doucement, et s'avança pour venir tapoter le haut de son torse. Aucune résistance : Marco se laissa tomber en arrière, rebondissant un peu sur le matelas et les couvertures en surprenant Jean.
-Eh… ?
Marco soupira, tendit une main pour saisir le premier bout de tissu qui se trouvait à sa portée et tira sans mettre une grande force dans son geste. Plutôt rassuré de le voir un peu vivant malgré tout, Jean se laissa tomber, feignant de perdre l'équilibre quand il remarqua un regard vers eux, et parvint par miracle à éviter d'écraser Marco.
Là-haut, à quelques mezzanines de la leur, il les aperçut. Il faisait pourtant déjà plutôt sombre les veilleuses s'éteignaient au fur et à mesure dans le dortoir. Les deux paires d'yeux, là-haut, regardaient dans leur direction. L'un avec un embarras qui le faisait hésiter, aller et venir. L'autre ne se gênait pas le moins du monde.
-Qu'est-ce qu'ils foutent ? marmonna Jean en détournant le regard.
Marco essaya de regarder dans la même direction, mais sur le dos comme il l'était, il ne réussit qu'à se tordre le cou inutilement.
-Qui ? souffla-t-il tout bas.
-Connie et Eren.
Le brun fronça légèrement les sourcils en lui lançant un regard perplexe.
-T'es sûr ?
-Ouais.
Les murmures s'élevaient dans la salle, les corps se glissaient sous les couvertures. Des soupirs, quelques reniflements dus aux rhumes qui trainaient.
-Qu'est-ce qu'ils font ?
Jean hésita.
-Je suis pas certain de ce que j'ai vu, finalement…, marmonna-t-il.
La dernière veilleuse s'éteignit enfin, les plongeant presque dans le noir complet. La luminosité de la nuit, qui leur parvenait à travers la vitre sale n'illuminait pas assez pour qu'ils puissent se voir correctement. Lentement, tâtonnant pour ne pas brusquer Marco qui n'avait pas bougé de place, Jean se redressa et se mit à la recherche de leurs couvertures. Le brun remonta les jambes, la plante de ses pieds quittant le sol et il grogna de mécontentement en posant les talons sur le sommier qui dépassait du matelas.
-Un problème ? murmura Jean.
-J'ai encore mes bottes…
Le blond pouffa doucement et posa une main au hasard. Sous ses doigts, le tissu apparut rapidement sans qu'il sût définir de quelle partie du garçon il s'agissait et en l'absence de réaction il les laissa glisser plus loin, essayant de se repérer au toucher. Un bouton de chemise le mit enfin sur la voie. Quelques centimètres plus loin, une ceinture. Il déglutit, essayant de ne pas trop montrer son hésitation. C'était surtout le silence de Marco qui le mettait mal à l'aise.
-Eh, Jean, entendit-il soudain tout bas.
Il déglutit.
-Ou-ouais ?
-Elles sont plus bas, mes bottes…
-Je…Je sais… !
Lorsqu'ils parlaient aussi bas, la voix de Marco était plus grave que d'ordinaire et Jean évita autant que possible de s'aventurer sur la partie qui arrivait sous la ceinture rigide, ses doigts glissant brusquement sur une cuisse. Ah, il n'était pas loin. Il sentait déjà le haut de la botte, le cuir couvrant jusqu'au-dessus du genou. Son autre main rejoignant la première, Jean entreprit lentement de défaire la fermeture à l'arrière de la jambe. Ses articulations frottaient contre le tissu chaud du pantalon enfermé dans la botte, et quand il tira sur le talon pour extirper le pied de son cachot, le soupir de soulagement le fit sourire.
-C'est mieux sans, hein… ? souffla-t-il doucement.
Marco renifla légèrement, probablement des restes de tantôt et même si Jean ne le voyait pas, le mouvement sur le matelas confirma le hochement de tête du brun. Il reposa lentement le pied sur le matelas, laissant la jambe pliée pour traiter l'autre de la même façon, et se débarrassa bien plus rapidement de ses propres bottes avant de croiser les jambes en tailleur, peu sûr de l'emplacement exact de son camarade à ce moment précis.
Les couvertures avaient bougé, il l'avait entendu. Le matelas s'était affaissé différemment sous le poids du garçon.
Et Jean sursauta quand quelque chose s'enroula sans prévenir autour de sa taille, une présence se faisant connaître sur ses jambes.
-M-Marco ? appela-t-il en hésitant.
Un soupir, étouffé contre l'intérieur de sa cuisse littéralement offerte.
Tâtant du bout des doigts, Jean reconnut l'arrière du crâne du brun. Son visage s'était perdu contre son pantalon, enfoui dans le tissu. Le souffle exhalé réchauffait un point de sa peau à travers le vêtement. Il se surprit à sourire, un peu perplexe en imaginant la position pour le moins gênante que devait avoir Marco.
Là, le visage glissé entre ses jambes. Il sentait son front contre son entrejambe. Pis le bout du nez comme le souffle chaud remontait jusqu'à l'articulation de sa hanche.
Jean rougit brusquement en se rendant compte de la situation. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'ils se trouvaient dans ce genre de chose. Mais…
Pas comme ça.
Pas si…
Intimement… ?
-Marco…, souffla-t-il.
Il sentit ses propres doigts glisser entre les mèches courtes, caresser la nuque dégagée.
-Tu…
Un nouveau soupir. Il déglutit. Les mains autour de sa taille resserraient leur étreinte, légèrement, un peu possessivement. Contre lui, il sentit le nez se frotter lascivement contre le tissu de son pantalon. Bon, il fallait l'avouer. C'était une mauvaise idée. De quoi le réveiller.
Et sans grande difficulté, constata-t-il, et les images de plus tôt, toujours gravées sur sa rétine, trottait devant ses yeux. Entre ces deux-là, ça avait l'air tellement…Normal. Un besoin à assouvir, entre eux. C'était l'impression qu'ils donnaient. Quelque chose de naturel. Ils avaient toujours été plus ou moins comme ça. A se chercher. A se trouver.
Un petit reniflement, de nouveau.
-On va dormir…, murmura brusquement la voix de Marco.
Jean pinça les lèvres finement, hochant la tête même s'il savait pertinemment que le garçon ne pouvait pas le voir.
-Je peux pas bouger, grommela-t-il.
Un petit gloussement s'éleva. Sa propre main disparut dans le col de la chemise, sombrant quelques part entre les omoplates saillantes à cause de la position, sillonnant entre les muscles du haut du dos.
-Mince, souffla le brun.
Marco inspira fortement quand les doigts frais caressèrent sa peau. Il savait pertinemment où il était. Il pouvait sentir ce qui se passait dans l'esprit de Jean. Et là, sous son pantalon. Malgré ses angoisses de plus tôt, habituelles maintenant, sa position était plutôt rassurante.
D'être là, sous les mains chaudes qui le titillaient avec hésitation.
Il se surprenait à penser qu'il trouvait ça mignon. Il connaissait le caractère de Jean. D'abord entraîné par la situation. Puis, hésitant, perdu dans ses réflexions.
-Mais c'est bien, là, murmura-t-il de nouveau.
-Ah, hum…
-C'est chaud, je veux dire.
Jean étouffa un petit rire gêné.
Quelque chose d'adorable qui le fit sourire.
Et, brusquement taquin, il entrouvrit la bouche, desserra la mâchoire.
Juste assez pour attraper la bosse entre ses dents.
Celle-là même qui titillait le bout de son nez depuis quelques minutes.
Savoir que Jean pouvait être dans cet état à cause de lui, même si l'obscurité devait aider, le rassurait.
Il n'avait pas envie de lâcher la taille du garçon.
Et sourit au petit gémissement étranglé qui résonna.
