Aeshma-nya : Reiner, il cherche et après c'est lui qui chouine !
Chapitre 89
Il avait eu du mal à comprendre. La pression sur son entrejambe lui avait presque arraché un sursaut, et le gémissement qui se perdait au fond de sa gorge résonnait à ses oreilles, rauque. Il pouvait deviner ce qui se passait plus bas. La couverture s'était rabattue sur eux, les vêtements avaient disparu. Il ignorait quand. Tout ce qu'il voyait, tout ce dont il se rendait compte, et encore il n'était plus certain de rien, c'était cette peau brûlante qui se pressait contre lui, ces doigts qui couraient le long de son corps.
La bouche, les lèvres fines.
Qui caressaient sa peau.
Sensible.
Il serrait les dents, se retenant de murmurer le nom qui glissait au bord de ses lèvres. Marco-Marco-Marco.
Le souffle chaud s'étalait sur sa peau en même temps qu'un muscle humide glissait sur son ventre. Des coups de langue. Légers et malicieux. Taquins. Sensuels. Ses propres mains s'aventuraient sur le corps à sa portée. Le dos cambré. Il pouvait deviner les courbes légères, les muscles dorsaux justes devant lui.
Le nez fourrageait contre son pubis. Il entendait à peine le crissement des poils courts, perdu sur la bouche qui attrapait délicatement la base de son membre. Il pouvait sentir la douceur des lèvres, le velours de l'émail des dents qui appuyaient légèrement. La joue contre son érection.
Sous ses mains, la peau défilait. Il imaginait le nombre de tâches de rousseur qui devaient apparaître puis disparaître à mesure qu'il avançait. Le dos se cambrait sous ses caresses. Jusqu'aux hanches étroites. Le bassin levé. Le corps qui s'offrait. Il entendait les souffles –celui de Marco comme le sien. Sa main agrippa une fesse. Les muscles fermes se contractaient instinctivement, un petit halètement répondait. Avant de s'étouffer sur le bout de son sexe. Et il gémissait en sentant la chaleur humide qui l'entourait, le petit bout de langue qui…
Reiner ronfla. Fortement. Quelque part, là-haut, dans un bruit un peu étouffé et étrange.
Puis le silence. Un sursaut violent lui avait fait ouvrir les yeux. Et il se trouvait là, pantelant, la bouche presque ouverte et le coin de son oreille humide coincé entre ses dents. Son cœur battait la chamade.
Eh, oh.
Merde ?
Dans son dos, un soupir résonna, et Jean déglutit lentement, essayant de recentrer ses idées là où il le fallait. Oh, seigneur, non, pas par là. Plus haut, merci. Le matelas bougea un peu, le faisant se raidir aussitôt –non non non non !
Et le corps allongé dans son dos se colla à lui, avec un petit marmonnement endormi, presque un murmure. Totalement incompréhensible. La voix de Marco ressemblait un peu à ce que son cerveau idiot lui avait fait écouter pendant qu'il dormait.
En moins aguicheur, certes. Les gémissements du brun semblaient encore résonner à ses oreilles, et il sentit son souffle s'accélérer au souvenir. Contre sa main coincée entre le matelas et lui, il sentait la gêne dans ses sous-vêtements et grimaça en constatant qu'il avait commencé à tâcher les tissus, humides.
Un bras glissa autour de sa taille, le faisant sursauter. Ses battements de cœur étaient encore chaotiques alors qu'il essayait de remettre de l'ordre dans ses idées, perturbé par le rêve qu'il avait eu. Un rêve. Bordel, un putain de rêve.
Il le touchait, ils se touchaient, même. Et ses propres mains sur ses fesses, et il savait ce qu'il en voulait à ce moment-là. Pendant une seconde, l'image de Reiner et Bertold dans la salle d'entraînement, l'expression sur le visage du brun alors que les doigts de l'autre se faufilaient entre ses fesses, se rappela à son bon souvenir.
Oh.
Non… ?
Parmi toutes les idées un peu bizarres qui pouvaient lui passer par l'esprit, il n'aurait jamais pu penser à ça de lui-même –ou pas comme ça. Allons. Voyons. Il n'avait pas envie de faire subir ça au brun. Ca devait être terriblement…Gênant ? Douloureux ? Il ne pouvait qu'imaginer, avec un peu de mal à saisir comment ils avaient pu en arriver là, à faire ce genre de choses.
Sauf que…
Il n'avait pas vu une once de douleur sur le visage de Bertold. Ou alors, le brun avait une façon bien à lui d'avoir mal et de le montrer. Acculé contre le mur, dominé malgré sa taille par l'imposante masse de Reiner qui-
EH OH, STOP !
Dans sa nuque, il sentait le souffle de Marco le réchauffer très légèrement il ne devait pas être loin. Quand le garçon avait-il élu domicile sous sa couverture ? Il avait souvenir qu'ils avaient fini par se coucher, comme si de rien n'était. Comme si Marco ne l'avait pas touché, comme s'il n'y avait rien eu dans la soirée –ni voyeurisme, ni larmes. Ni sa bouche. Il sentit ses joues brûler indécemment au souvenir. Après son geste, le brun n'était pas allé plus loin, étouffant un petit rire espiègle et le poussant à s'allonger. Il l'avait juste déshabillé, à tâtons, dans cet espèce de jeu étrange où ses doigts se trompaient, glissaient pour trouver, caressaient accidentellement. Il n'osait pas l'arrêter, ne voulait pas l'arrêter. Et puis, rien. Ils s'étaient glissés sous leur couverture respective. Le dos du brun collé contre le sien à travers les tissus épais et chauds.
Un petit bruit attira son attention, au milieu de son déluge de pensées de moins en moins propres, et il cligna des yeux, redressant la tête en essayant de voir d'où ça venait. Un matelas crissait très légèrement. Un autre grinçait, en hauteur celui-là, sous le poids d'un corps qui tentait sûrement de s'en extirper. Le bruit mat des échelons de bois le lui confirma la seconde suivante. Les pieds nus foulaient le sol lentement, le plus discrètement possible, et il connaissait bien le pas du garçon. Quelque part, un soupir étouffé se fit entendre presque rien. Les habitudes du dortoir la nuit. Encore un d'entre eux qui devait passer une mauvaise nuit, du moins le supposait-il.
Le cliquetis de la porte du dortoir se fit entendre rapidement, et Jean reposa la tête sur son oreiller en soupirant, bougeant légèrement en essayant de garder la chaleur de sa couverture autant que possible. Quoique le corps près du sien dans son dos aidait plutôt bien.
C'était agréable.
Les dernières nuits qu'il avait pu passer n'avaient rien à voir avec les deux années et plus encore qui s'étaient écoulées. C'était rassurant. Chaud. Parfois, les mains se faisaient taquines, glissaient sous les tee-shirts. Ou plus bas.
Contre une omoplate, il sentit le visage de Marco venir se frotter, avec un de ses soupirs endormis, et il se surprit lui-même à sourire en le sentant se contre son dos, un peu recroquevillé. Il pouvait imaginer sa position juste en sentant les angles de ses jambes et de ses bras contre lui.
Les minutes s'écoulèrent tranquillement. Quelque chose titilla sa curiosité finalement : le garçon qui était sorti n'était pas revenu. Il n'y avait pourtant pas tant à parcourir pour aller aux toilettes –et c'était bien là la seule destination qu'il voyait actuellement à une heure aussi tardive. Un peu inquiet, il se redressa et enleva doucement le bras glissé autour de sa taille, essayant de ne pas se faire embobiner par le petit soupir qui répondit tristement à son geste. Puis, imitant son camarade, il quitta le dortoir.
L'air était glacé, et il regretta amèrement son idée. Ses sous-vêtements souillés par ses rêves érotiques accentuaient cette pensée et il grimaça en avançant.
Aux toilettes, personne. Le silence répondait à ses pas.
Aux douches, rien. Il sursauta quand un rat traversa la salle froide pour disparaître dans une évacuation à la grille rouillée.
Il continua néanmoins. Il savait que son camarade était allé quelque part. Pas forcément bien loin, c'était certain. Il ne se risquerait pas à quitter le bâtiment alors que le couvre-feu menaçait.
Et finalement, il le trouva. Tout simplement dans la grande salle, celle-là même où ils se retrouveraient le lendemain au petit jour. Le garçon avait sursauté en entendant le bruit de la porte, assis sur un banc de bois et Jean sourit en remarquant qu'il n'avait pas changé ses habitudes, même en plein hiver. Il avait fait le même coup l'année précédente, se promenant l'air de rien en tee-shirt et sous-vêtement.
Ses talons sur le bord du banc, les genoux écartés et remontés au niveau de ses épaules, ses mains posées sur la surface de bois qui apparaissaient entre ses jambes, Connie donnait un peu l'image d'une petite grenouille et Jean gloussa gentiment en s'approchant.
-Du mal à dormir ? dit-il doucement.
Le garçon eut un petit sourire un peu gêné.
-J'espérais que le froid m'engourdirait assez, avoua-t-il.
Jean donna du menton en direction du banc, dans une demande silencieuse pour le rejoindre. Finalement, c'était une bonne idée de l'avoir suivi : le froid, très justement, avait calmé ses ardeurs avant même qu'il ait eu le temps d'y penser.
-Qu'est-ce que tu fous là, toi ? continua Connie alors que le blond se laissait tomber à ses côtés.
-Bah…
Jean hésita une fraction de seconde, jetant un coup d'œil rapide à son entrejambe pour être sûr que son accident ne se voyait pas. Sauvé.
-Promenade nocturne ? tenta-t-il.
Connie cligna des yeux en le fixant. Evidemment, ce n'était pas dans ses habitudes, difficile de le croire. Il soupira finalement, secouant la tête.
-Tu ne revenais pas, je m'inquiétais.
-Ah ?
Connie avait marmonné, un sourcil haussé avec surprise. Puis son petit nez s'était froncé, perplexe.
-Pourquoi vous êtes toujours après moi ? Je suis pas un gamin…
-Ah, hum…
Jean pencha la tête en arrière, fixant le plafond haut pendant qu'il cherchait les mots que Marco n'avait pas su dire.
-On s'inquiète…, commença-t-il, peu sûr.
-J'ai remarqué. C'est quoi la blague ?
-Connie, est-ce que tu aurais une idée sur quelqu'un qui pourrait t'en vouloir d'une manière ou d'une autre ?
Un blanc. Connie le regarda un moment, essayant de définir s'il était sérieux.
Il l'était, à n'en point douter.
S'adossant plus agréablement au bord de la table qui lui rentrait dans le dos, Connie soupira.
-Je compte pas le nombre de personnes que j'ai pu faire chier. Toi et Marco les premiers, hein.
-Miss Potin a pas mal frappé, j'avoue, sourit Jean à quelques souvenirs.
-Donc ca ne compte pas tellement…
-Ouais.
Jean hésita de nouveau. Le sujet était délicat, autant pour lui d'un point de vue personnel que pour Connie et son éventuelle réaction.
-Et…Ca se passe bien, avec, hum, avec Eren ?
Un blanc. Une prunelle couleur caramel glissa vers lui une seconde et il put sans problème observer les coins de sa bouche s'affaisser dans une petite moue un peu particulière.
-Ca veut dire quoi ça, encore ?
-Vous êtes très proches depuis quelques temps, ajouta-t-il doucement. Depuis…Enfin, depuis qu'il est remonté des sous-sols…
-Et ?
-Et tu trouves ca normal ?
-Merde, j'arrive pas à voir où tu veux en venir, à la fin !
Il était plus que visible que si, cette fois-ci, Connie ne partait pas en claquant la porte, c'était parce qu'il faisait un effort démesuré pour ne pas agir ainsi de nouveau. Il avait bien remarqué qu'ils avaient quelque chose à lui dire, un message, n'importe quoi.
Jean soupira, passant une main dans sa nuque en redressant la tête.
-Mon équipement, murmura-t-il. Il a été saboté.
Un sourcil se haussa, curieux.
-Quoi, ton équipement saboté ?
-Celui qui a déconné et que j'avais, c'était le tien.
Un blanc. Long. Lourd.
Et Connie eut un petit rire, un peu sec et nerveux, détournant les yeux. Contre ses épaules, ses genoux s'étaient rapprochés un peu plus, alors qu'il réalisait lentement la signification dans les mots de son camarade.
- Tu déconnes, hein ? souffla-t-il au bout d'un moment.
