Wow, ca fait un moment...Dans quelques jours, fini le rush de costume et j'aurais plus de temps pour avancer sur Us ! ;)
Chapitre 91
Il avait chaud. C'était agréable. Le corps collé contre le sien –ou plutôt qu'il gardait contre lui- lui procurait un réconfort indescriptible.
Et quelque part, son moment favori était celui-ci. A moitié perdu dans les limbes d'une fin de sommeil, il savait qu'il n'y avait pas encore assez de lumière pour que ce soit l'heure de se lever. Il s'entendit grogner légèrement, et resserra sa prise sur sa proie. Contre lui, le petit corps se laissait faire, blottit entre ses bras sans se plaindre de sa condition. Un petit soupir, tout au plus, et le silence revint. Jean avait assurément un corps chaud, étroit, et sa petite taille lui permettait d'emboiter ses genoux à l'arrière des siens tout en calant son crâne aux cheveux presque ras sous son menton.
Sa petite taille.
Jean ?
Le crâne rasé ?
Eh oh ?
Emergeant d'un coup, il entrouvrit les yeux, essayant de lorgner sur un bout de crâne qui apparaissait dans son champ de vision. La réalité le frappa presque aussitôt entre deux onces de sommeil qui se battaient pour le récupérer : la forme régulière du crâne était recouverte de cheveux noirs, de plus en plus longs au fil des jours. Ils n'étaient pas longs à proprement parler, mais comparé au crâne habituellement rasé, il y avait de plus en plus une différence que tout le monde commençait à remarquer.
De là où il était, il apercevait l'arête du petit nez en trompette qui se profilait.
Connie dormait profondément, du sommeil du juste. Pourtant, lorsqu'il ouvrait habituellement les yeux, c'était pour le trouver au loin, écrasé contre les barreaux, les yeux grands ouverts. Voire il n'était pas là, quelque part en vadrouille dans le bâtiment. Eren n'avait jamais été très étonné de le trouver à dormir un peu n'importe où en journée. Il n'avait pas non plus réellement compris pourquoi le garçon agissait ainsi, ni même ne savait s'il le faisait déjà lorsqu'il partageait le lit de Bertold.
Eren retint son souffle quand le garçon bougea légèrement entre ses bras, et se sentit esquisser un tout petit sourire en constatant qu'il s'installait plus confortablement contre lui. Le corps légèrement plié vers l'avant, Connie épousait la forme imposée par le grand brun, sans se rendre compte de la situation.
Le plus petit avait cette particularité, lorsqu'il dormait, de passer sa main sous son propre tee-shirt, le remontant au-dessus du nombril comme le ferait un enfant en bas âge. Amusé, Eren remonta un peu sa main, jusqu'à ce que ses doigts atteignent le côté qui faisait face au plafond en bois. Connie avait une petite taille un peu marquée, et il sentait la peau réagir là où ses doigts passaient. Pas besoin de beaucoup de lumière. Connie eut un nouveau soupir, et dans un mouvement brusque le garçon agrippa son oreiller pour le serrer contre lui, sa tête tombant lourdement sur le matelas avec un petit grognement de mécontentement. Le silence revint dans les secondes qui suivirent, Eren pinçant légèrement les lèvres pour ne pas rire au spectacle qui se passait dans la pénombre. Lentement, il leva son bras coincé sous le garçon, pour le glisser sous la tête malmenée et la surélever de nouveau plus agréablement.
-T'es pas possible, hein…, souffla-t-il.
Sous ses doigts, l'élastique du caleçon apparaissait déjà et il soupira, sa main remontant dans le creux de la taille. Le terrain interdit de Connie était par-là, il le savait. Et pour une fois que le garçon dormait à poing fermé, il était loin d'être dans ses intentions de le perturber.
Les choses auraient pu en rester là.
Si, elles auraient pu. Assurément.
Mais c'était sans compter sur la tendance qu'avait Connie à bouger dans son sommeil, presque violemment et sans prévenir d'une quelconque manière. Chose qui arrivait rarement parce que le garçon ne dormait pas ou presque, habituellement. Aussi, lorsqu'il se retrouva avec le petit corps face à lui, l'oreiller délaissé dans son dos, et une main agrippée à ses vêtements, il eut un moment de flottement, essayant de déterminer pourquoi il en était là, avec Connie collé et littéralement accroché à lui. Pour le coup, il se sentait réveillé et commençait à hésiter franchement sur la marche à suivre. Autant il pouvait être direct dans ses relations –qui finissaient par n'être que physiques et n'aboutissaient finalement à rien-, autant la proximité qu'il entretenait avec Connie le laissait perplexe. Même s'il poussait un peu certaines choses. Mais dans quel but le faisait-il, réellement ?
Il soupira, avant de se reprendre quand un petit marmonnement lui parvint alors que le bout du petit nez frottait contre son torse. Le garçon devait juste se sentir un peu seul et perdu, pour se laisser faire ainsi, avec autant de facilité. Parce qu'il lui faisait confiance ?
Eren se souvenait d'un moment, bref, où le garçon avait pleuré devant lui. Pas récemment, quand il l'avait touché. C'était différent. Plutôt un hasard, qui l'avait fait croiser le garçon tard dans la grande cour alors qu'il revenait des corvées qui lui avaient été assignées. Assis sur la barrière de l'enclos, Connie était un peu trop calme à son goût. A présent, il savait que son camarade aurait préféré ne pas être apostrophé ni même vu les yeux rougis, les joues ruisselantes, le garçon avait agi comme si de rien n'était lorsque Eren lui avait parlé. Même avec la voix tremblotante, même avec ses grands yeux humides qui évitaient tout contact direct avec les siens, il avait dit ses éternelles bêtises, avait souri, ri.
Mais Connie n'avait pas parlé de ce qui lui arrivait. Il n'y avait que peu de temps qu'il supposait pouvoir relier les évènements : la rupture avec Sasha, qu'il avait surprise, datait probablement du même jour. Il n'y avait pas pris garde sur l'instant, perdu dans ses propres pensées et simplement amusé de la façon dont les mots sortaient de la bouche de la jeune fille. Il était un peu tard pour se rendre compte des choses, il en était conscient. Par ailleurs, il ne pouvait rien y faire.
Du bout de l'index, il trouva l'articulation de la mâchoire, pour le laisser glisser le long de la ligne qui se présentait. Connie avait un petit visage. Parfois lorsqu'il le regardait, il se demandait ce que le garçon fichait là, à s'entraîner parmi eux. Et pourtant, ils étaient tous à la même enseigne, tous plus surprenants les uns que les autres. Après tout, même Armin, avec ses efforts démesurés, parvenait à trouver sa place grâce à son intelligence hors normes.
Alors pourquoi pas ?
Eren soupira, retirant sa main du visage enfoui contre lui. Finir sa nuit ainsi ne le dérangeait pas outre-mesure mais il n'était pas certain que son camarade apprécierait tellement le réveil.
…
Oh, et puis il n'était pas responsable.
Et se déchargeant de toute culpabilité sur le compte de la nuit, du sommeil et de leur agitation respective, il referma ses bras sur le petit corps qui se serrait contre lui depuis un moment déjà, glissant une main derrière le crâne, l'autre autour des épaules. Les repousses noires étaient vite apparues, soupira-t-il quand il les sentit chatouiller ses doigts au passage. Ce n'était pas désagréable. Au contraire.
-Ca ira ?
C'était les premiers mots qu'il avait entendu au réveil, et les souvenirs de la veille ressurgirent presque aussitôt. Il laissa échapper un grondement sourd, mécontent et osant à peine bouger sur l'instant, ne se privant pas pour lancer un regard noir au grand brun étalé de tout son long à ses côtés.
Bertold l'avait laissé tranquille pour la nuit toute entière, le laissant digérer son déshonneur et son indignation. Et sa douleur. Et son…Echec ? Reiner grogna légèrement en tournant le dos à son camarade, regrettant presque aussitôt son mouvement quand son bassin le lança douloureusement.
-T'as encore mal ? continua Bertold à voix basse.
-La faute à qui ?
Le matelas s'affaissa légèrement et il sentit le grand corps se pencher un peu au-dessus de lui. Reiner devait bien l'avouer, il mourrait d'envie de se retourner pour le voir. Mais non. Son orgueil avait pris un coup et, pour l'heure, il ne souhaitait pas se…
-La tienne, peut-être…
Le grand blond frissonna quand le souffle chaud lui chatouilla l'oreille. Bertold était penché au-dessus de lui, il le savait. Bon sang, il ne s'était pas franchement préparé à ce cas de figure. Celui où les positions s'inversaient, où Bertold venait le chercher, venait le toucher, et…
-Et tu te plaignais de la mienne, grogna-t-il en se camouflant sous la couverture qu'il tira d'un coup sec jusqu'au-dessus de son crâne.
La seconde suivante, il sentait le tissu lourd se soulever dans son dos et le corps se glisser contre lui. Les vêtements de nuit n'étaient pas très épais à travers les fibres trop légères qui ne les maintenaient pas au chaud, Reiner pouvait sentir les muscles qui roulaient contre son dos comme le corps ondulait le plus lentement possible pour éviter de faire grincer les lattes de bois du lit.
Le grand blond soupira un peu, feignant encore un peu sa mauvaise foi face au contact, et grogna pour la forme.
-Bert'…
Dans sa nuque, il sentit le bout du nez se frotter lentement, et une inspiration un peu forte le fit sourire malgré lui. Dans son dos, une main glissait sur ses vêtements, jusqu'à ce que les doigts s'enroulent autour du tissu.
-Je ne sais pas ce qui m'a pris, entendit-il murmurer contre son oreille. Eh, Reiner…
Le grand blond grogna un peu, tentant de cacher tant bien que mal la joie qui avait vibré au fond de sa poitrine.
-Quoi ?
-Tu m'en veux ?
Bertold murmurait, tout bas. Ses mots glissaient dans son oreille, graves, un peu rauques à force de baisser le ton. A sa question, Reiner se sentit rougir comme une pucelle, dans l'incapacité de deviner l'expression que pouvait arborer Bertold en cet instant. Inquiet ? Triste ? Ou était-il un je-m'en-foutiste qui ne cherchait qu'à définir son état d'esprit actuel pour assurer ses arrières ?
Il soupira. Un long soupir qu'il eut du mal à retenir, et lança une main en arrière. Sous ses doigts apparut rapidement le corps collé au sien, et il n'eut pas un long trajet à parcourir pour reconnaitre la taille du brun qui glissait sous sa paume. Là, il administra une rapide et légère tape au-dessus de la hanche, s'attirant un petit juron surpris.
-Je pense pas, marmonna-t-il enfin.
Le visage bougea légèrement derrière lui. Il sentait les lèvres dans son cou, s'ourlant d'un petit –tout petit- sourire.
-Eh, Rein'…
-Quoi encore ?
Il y eut un bruit indéterminable sur l'instant, une espèce de petit glapissement surpris, qu'il identifia finalement comme le sien lorsqu'il avait senti les dents se refermer sur sa peau, dans une petite morsure légère, là, à la base de sa nique.
-B-Bert'… ! geignit-il.
Un instant après, le nez du brun se frottait contre la chair à peine meurtrie.
-On rentrera ensemble…, souffla brusquement son camarade. Je te le promets.
