[EDIT] Merci Kyoko et Rancune de m'avoir prévenue du bug, j'espère que cette fois ca marche
Merci pour vos jolies reviews, vous n'imaginez pas le plaisir que c'est de vous lire à chaque fois!
Désolée pour le temps que ce chapitre a pris (et le peu de chose intéressantes qu'il y a dedans mais encore un chapitre intermédiaire... xD )
Je tâcherai de faire mieux bientôt, je reprends autant que possible ! èé/
Chapitre 92
Les coups étaient secs, violents, et résonnaient dans la pièce. Les odeurs de sueur et de testostérone avaient mis longtemps –trop à son goût en tout cas- à disparaître des lieux. Elle n'avait pas besoin d'un dessin pour comprendre ce qui avait pu se passer dans la petite salle. L'endroit lui avait manqué. Le gros sac de sable qui pendait lourdement du plafond également. Son poing était probablement reconnaissant de faire sa rencontre de nouveau, après plusieurs jours sans utilisation.
Elle en avait besoin.
Elle les sentait : la frustration, la colère parfois sourde et l'incompréhension qui s'emparaient d'elle envoyaient paître sa raison au loin si elle se concentrait sur la surface dure qui s'enfonçait au contact de ses phalanges. De son épaule, elle sentit une goutte de sueur glisser. Elle s'écraserait probablement sur le sol, comme les précédentes dont les lattes de bois s'imprégnaient déjà.
Le silence l'entourait. A travers les vitres sales de la pièce, les premiers rayons du soleil peinaient à se frayer un chemin. La toile du gros sac tendait à lâcher par endroits quand elle frappait. Les planches sous ses pieds craquaient légèrement par moment, rappelant l'état du bâtiment tout entier.
Elle s'y perdait de plus en plus. La situation tout autour d'eux, l'avalanches de sentiments, tous plus contradictoires les uns que les autres, les tentatives ratées pour agir, qui au lieu de les faire avancer ne prêtaient qu'à reculer un peu plus chaque fois…Tenter de comprendre les désirs d'autrui était un calvaire, et pour le moins impossible. Du moins en ce qui la concernait. Le monde qui l'entourait était un ramassis d'incompréhensions toutes plus difficiles à gérer les unes que les autres.
Un grincement retentit lentement dans son dos, un pas léger se posant sur le pas de la porte de bois probablement entrouverte à présent.
« Ah, il y a quelqu'un, caporal !
La voix était fluette. Joyeuse et entraînante. Tressaillant sous la surprise, Mikasa arrêta son poing sur le gros sac pour en retenir les mouvements et glissa un œil vers la porte. Le corps fin était toujours dans la pièce, le haut penché vers le couloir via l'entrebâillement.
Force était de le constater : ce n'était pas Sasha, qui contrairement à son habitude ne l'avait pas rejointe pour finir les restes de son repas nocturne. Quelques mèches oscillant entre le blond et le roux glissaient sur une épaule encore en vue.
Ce n'était pas Sasha. Ce n'était pas Sacha. Ce n'était pas Sasha. Ce n'était pas Sacha. Ce n'était p-
-Tu es bien matinale ! Tu fais souvent ce genre de choses ?
Mikasa cligna des yeux quand les prunelles chocolat s'intéressèrent à elle, le visage ayant enfin quitté le couloir encore sombre. Grimaçant, elle détourna le regard, reportant son attention sur le gros sac de sable. Ah, il y avait un petit trou, un peu plus haut.
-C'est mon habitude, marmonna-t-elle en serrant la mâchoire.
-Qui est ?
Un blanc.
L'adolescente attendit quelques secondes, peu sûre de l'interlocuteur que recherchait la rousse en cet instant, mais l'attention qu'elle reçut en se tournant à peine lui confirma la chose. Le couloir était vide à travers l'ouverture de la porte ; le petit caporal qu'ils croisaient fréquemment depuis quelques temps devait être parti seul.
Elle soupira, tapotant la grosse toile mal tissée. Les fibres entremêlées irrégulièrement avaient un effet rugueux au toucher.
-Tous les deux jours…, grogna-t-elle en détournant le regard de nouveau.
Les planches grinçaient à peine. Lorsqu'elle-même s'avançait, elle pouvait les entendre hurler. Cette femme devait être un poids plume. Elle avait pourtant entendu parler de ses exploits, et en cet instant où elle l'avait dans son dos…
-Ah, le sac va bientôt lâcher ! Tu ne te blesses pas avec ?
…Comment imaginer que ce corps, aussi menu, pouvait être celui d'un membre actif de l'escadron des éclaireurs ?
-Pas vraiment. Je suis habituée.
Le rire cristallin qui lui répondit la fit sursauter, et elle laissa sa main glisser du sac. Le tissu était rêche et en effet c'était quelque chose de désagréable. Mais ses doigts avaient formés leur propre défense ; une petite corne s'était formée en surface sur ses phalanges, discrète mais présente.
-Il était beaucoup plus neuf quand j'étais à ta place ! Vous l'avez bien arrangé, à force… !
Elle riait, encore, et Mikasa cligna des yeux en la voyant debout à côté d'elle, une main courant tranquillement à la surface du vieux tissu tendu par le sable. C'était une situation inhabituelle. D'ordinaire, la jeune femme était assise à cette table, entourée de ces hommes qui parlaient parfois forts, riaient ou s'énervaient sans raison apparente.
Et le sac s'envola, d'une certaine manière. Sans un avertissement, il avait décollé de sa position pour le moins statique quand le poing vif s'était enfoncé dedans. Les doigts blancs étaient repliés sur eux-mêmes.
Un corps délicat et des poings puissants. Plus que les siens. Un tout petit rictus étirait les lèvres de la petite rousse.
-Ah, je suis un peu rouillée…, murmura-t-elle rapidement en baissant les yeux sur son poing.
Au même moment, il y eut le retour du sac, et il fallait l'avouer : voir le petit corps s'étaler de cette façon sur le sol était pour le moins amusant. Très. Et la situation venait de prendre un tournant cocasse, la femme geignant une fraction de seconde, les bras en croix alors qu'elle secouait la main qu'elle avait utilisée un instant auparavant.
Haussant un sourcil, Mikasa se pencha légèrement en avant, observant la mine déconfite qui lui était offerte.
-Pas de dégâts ?
-Ca râpe. Mince, je vais avoir une croûte sur le nez…
-Ce n'est pas dérangeant.
-C'est plutôt moche, Gunther va encore m'appeler la sorcière pendant une semaine !
La rousse haussa les sourcils en voyant la mine renfrognée de la jeune asiatique, avant de rire de nouveau, plutôt de bon coeur, agaçant passablement celle-ci. Elle ne savait donc que s'amuser ? Et Gunther, qu'est-ce que c'était que celui-là, encore ? Son compagnon ? En quoi devait-elle se sentir concernée ?
-Sû…Sûrement…, marmonna-t-elle, indécise sur la façon dont elle devait réagir.
Après tout, cette femme était leur supérieur direct. Elle se devait de faire attention, quand bien même le contact semblait effroyablement facile avec elle. Qui savait ce qui pouvait lui tomber dessus en agissant inconsciemment ? Non pas que ce soit son genre de ne pas réfléchir, mais c'était…
-Mi-ka-saaaaa !
La voix tonitruante les fit sursauter toutes les deux, et l'une tourna simplement la tête vers la porte, l'autre basculant la sienne en arrière contre le plancher pour voir la porte s'ouvrir en grand sans douceur : la poignée s'enfonça presque dans le mur adjacent, la surface fragile tremblant légèrement sous le choc. Là, dans l'encadrement de la porte, Sasha souriait, agitant un reste de pain d'une main. Le reste devait déjà se trouver au fond de son ventre.
-Le déjeuner va bientôt être servi ! Gloussa-t-elle avant de baisser les yeux sur le sol. Oh ? Tu n'es pas seule ?
La grande brune soupira en levant les yeux au plafond. Décidément, il n'y avait rien à tirer de sa camarade, si ce n'était des situations pour le moins embarrassantes. Glissant un coup d'œil à la femme sur le sol, elle hésita un instant, avant de tendre une main pour l'aider à se relever. La paume pâle était fraîche. Petite. Et la peau des doigts étaient légèrement abîmée par le maniement de l'équipement tridimensionnel et des épées. Surtout des épées.
Elle tira, commençant à redresser le corps, avec de se faire aussitôt entraîner dans une chute par le poids qu'elle n'avait pas imaginé être en train de soulever. Bon sang, était-il seulement possible qu'un corps de cette taille et aussi menu soit aussi lourd ? Le bruit des deux corps avait résonné à ses oreilles, un bruit un peu moi par ailleurs et elle se demanda vaguement laquelle des deux en était responsable. Un gloussement glissa près de son oreille, ainsi qu'un « Je suis mal réveillée, décidément… ! » amusé et bas. A la porte, un rire franc retentissait déjà, rappelant à Mikasa la situation de base : une supérieure qu'elle n'avait fait que croiser, la chute inconvenante, l'heure, Sasha.
-Qu'est-ce que tu fais, dépêche-toi ! ricana la brunette qui l'attendait.
-J'arrive.
Une petite main poussa légèrement contre son flanc pour se dégager, l'incitant à aller plus vite malgré l'expression souriante qu'arborait la rousse. C'était étrange. Habituellement, ce corps, ce visage, tout se trouvait à distance. Il n'y avait pas de conversation, pas de contact.
Pas de regard.
Pas de sourire.
Des inconnus au milieu dans un monde brutal. Au milieu d'autres inconnus. Des humains se débattant. C'était tout ce qu'ils étaient. Et si ils…
-Et laissez-nous une table pour une fois, lança la voix fluette de la jeune femme en interrompant son train de pensées. On en a marre de manger en cuisine !
-Rends-moi ca !
Autour de la table, les rires fusaient. D'humeur joueuse, Thomas avait pris le morceau de pain qui traînait nonchalamment à côté du bol de Connie et le tenait en hauteur, jouant mesquinement sur la petite taille du garçon. Face à lui, Samuel riait gentiment, le menton enfoncé dans la paume de sa main, et Guido piquait du nez dans son bol de lait en silence, un œil se levant de temps en temps pour suivre la scène. De son autre main, Thomas avait attrapé son propre pain, entamé de plus de la moitié, pour le lui lancer. Réflexe oblige, Connie le réceptionna avant de grogner en comprenant l'idée.
-Eh ! Tu me fais le coup à chaque fois !
-Tu grandis pas, moi si ! Un peu de compassion pour tes camarades dans le besoin ! répliqua le blond avec un clin d'œil.
-Merde, j'avais faim…, soupira Connie.
Au milieu du vacarme de la salle, ils entendaient Guido qui entamait une série de bulles mollassonnes dans son bol. Samuel le fixait du coin de l'œil, et Connie faisait la moue en lorgnant sur la miche de pain qui trainait à côté de lui jusqu'à ce qu'un « N'y pense même pas » ne s'élève de derrière la céramique grossière.
-Tu t'es encore fait avoir, lui fit remarque Samuel en soupirant.
Le plus petit haussa les épaules, évitant de répondre à une moquerie qui venait de fuser –et qu'il avait à peine écoutée. « J'ai l'habitude, marmonna-t-il en arrachant un morceau du demi-pain qu'il avait entre les mains.
-Tu finis toujours par perdre la moitié de ton petit déjeuner, continua le garçon. C'est peut etre pour ca que tu ne grandis pas !
-Eh ! On n'attaque pas la taille !
-Un complex, Connie ?
Une main tapota le sommet de son crâne et il enfonça la tête dans ses épaules en pinçant les lèvres. La plaisanterie était gentille, et largement supportable. Jouer le jeu était sympathique et il avait l'habitude de leurs boutades. Par chance, la présence de Samuel adoucissait l'attitude des autres.
Il renifla cependant avec reluctance quand une claque retentit sur une de ses fesses, le bruit sec faisant rire autour de la table. Ou bien c'était la tête qu'il avait fait. Essayant d'esquisser un sourire –pour le coup il avait du mal-, Connie avala une grosse bouchée de pain en grognant.
-Laisse mon cul tranquille, t'as pas déjà vérifié ce que tu voulais, l'autre fois ?
-C'est ta tronche que je voulais vérifier, là !
-Thomaaaaaas… !
-Contracté ou relâché ?
Connie cligna des yeux en entendant la voix s'élever derrière lui et inclina la tête en arrière. Là, deux doigts vinrent donner une petite tape sur son crâne, l'obligeant à froncer du nez sous la surprise. Le bout d'une serviette de douche lui chatouilla une oreille ; elle était posée en travers des épaules du grand brun qui le surplombait de toute sa taille. Le col de son tee-shirt était encore humide, il sortait probablement de la douche. Lorsqu'il s'était réveillé, Connie s'était échappé en silence. Fréquemment le matin, il se découvrait pris dans un enchevêtrement de bras et de jambes, étroitement serré contre le grand brun. Dur de savoir ce qui se passait la nuit, lequel des deux était responsable ou autre. Mais tant qu'il ne se passait rien de plus, ce n'était pas gênant outre-mesure. Tant que personne ne les remarquait, tout irait bien. Ils avaient d'autres chats à fouetter, non? Et puis, ca tenait chaud. La chaleur corporelle. Ces choses-là. Malgré sa tâche de surveiller Eren, il devait bien avouer que s'éloigner de temps en temps de cette façon lui faisait du bien. Après tout, Marco était collé à Jean en quasi permanence, pas besoin de s'inquiéter plus que nécessaire!
Le brun ne lui avait par ailleurs jamais reproché son absence du matin. Les étreintes qu'il découvrait le matin lorsqu'il y en avait devaient être fortuites.
Assurément.
Eren eut un sourire en coin, visiblement moqueur, et tourna son attention sur Thomas.
-Alors ?
-Il serre les fesses ! fut la réponse qui sortit aussitôt.
Connie déglutit, peu sûr de vraiment vouloir savoir la suite. Qui arriva néanmoins. Tout sourire, Eren pointa du doigt vers Guido, s'appuyant d'une main sur l'épaule de son camarade.
-T'as perdu, Guido !
-C'est de la triche…
Désabusé, Connie soupira longuement, essayant de ne pas prêter attention à la main qui était restée sur son fessier.
-Les mecs, je vous hais, sérieusement. Laissez mon cul en paix… Thomas ? Lâche-le, au passage, hein.
