Kyoko : Oh, ne t'en fais pas, c'est même probablement mon couple préféré, attends-toi à beaucoup de choses :3

Rancune : tu me fais rêver avec tes reviews XD

Remercions le temps pourri qui m'a filé une belle crève : repos = écrire!


Chapitre 93


L'ambiance était tendue. Impossible de vraiment dire ce qui pouvait se passer. Sur le banc qui lui faisait face, Eren décortiquait consciencieusement son morceau de pain, et Sasha s'attelait à prendre les petits bouts au fur et à mesure comme si de rien n'était. A côté du brun, Mikasa était toujours aussi calme et silencieuse. Quoique calme, il n'y avait peut-être que l'apparence. A force de l'observer de loin, Jean était presque capable de détecter nombre de ses petits changements ; elle levait fréquemment les yeux, cherchait sa cible du regard pendant une fraction de second, la trouvait et la quittait presque aussitôt. C'était un peu étrange : habituellement, elle agissait ainsi lorsqu'elle était séparée d'Eren ou Armin et les surveillait de loin. Jean pouvait comprendre pour le brun, mais la surveillance dont le blond était l'objet avait toujours été un mystère…

-Je le redis, les gars : on est trop serré !

Depuis le début, Reiner grognait, les bras collés à ses côtés. Il fallait bien l'avouer, le jeune homme n'avait pas l'air très à l'aise, les coudes reportés sur l'avant pour utiliser moins de place que d'ordinaire.

-Arrête de râler…, soupira Eren en glissant un regard un peu perplexe du côté de Mikasa. T'es pas le seul à être emmerdé dans l'histoire.

-Comme si tu étais contre ta position…, murmura une voix tout bas.

Le brun sursauta un peu, surpris, et chercha aussitôt le propriétaire des mots. Personne ne cillait. Les uns et les autres parlaient tranquillement entre eux. Jean semblait avoir entendu aussi ; il regardait à droite, à gauche, avec une certaine hésitation. Ce n'était pas son timbre : Eren le mit hors de cause aussitôt, sans plus de raison. Il savait que ce n'était pas son genre, il n'était pas un lâche lorsqu'il s'agissait de se battre avec quelqu'un. A moins qu'il n'ait changé sa façon de faire avec les récents évènements ?

Après tout, lui-même avait failli…

Laissant une oreille traîner, Eren baissa les yeux en se rendant compte qu'il ne cessait de fixer le blond. C'était mauvais. Plus loin, il pouvait apercevoir le crâne aux cheveux très courts et noirs. L'aspect rasé commençait à disparaitre au fil des jours. Nul doute que ce simple petit détail allait le changer radicalement. Physiquement. Parfois, une simple coupe de cheveux pouvait faire des miracles.

Quoique ce n'était pas comme si Connie était laid. Avec ce petit nez en trompette, ses grands yeux caramel et sa petite bouche qui faisait la moue quand on le taquinait un peu trop, il était…

-Eh Eren, tu rêves ?

Le brun sursauta, s'arrachant à la contemplation à laquelle il était en train de s'adonner malgré lui. Merde, qu'est-ce qui lui prenait ? Il sourit, ou tenta tout du moins, essayant de réfréner la rougeur qui s'étalait sur ses joues. De la gêne. Ce n'était que de la gêne.

Et Jean le fixait du coin de l'œil avec une expression perplexe.

Et merde.

-Ah, hum, j'étais…Ailleurs…, marmonna-t-il.

-On a vu, oui ! ricana Reiner. On te demandait qui avait eu la super idée de tous se coller comme des sardines ici.

-J'étais contre ! renifla Eren en se redressant un peu sur le banc. C'est Mikasa qui a insisté.

La brune ne bougea pas un cil quand presque tous les regards convergèrent vers elle. Gêné dans ses mouvements, Reiner se pencha légèrement pour mieux la voir de là où il était et fit une moue.

-Sérieusement, qu'est-ce qui t'a pris ?

-Il fallait libérer une table pour quelqu'un.

Le ton sec ne laissait aucune place pour la moindre réplique et Reiner cligna des yeux en la regardant porter le bol à ses lèvres. Elle se fichait de lui ?

-Tu plaisantes ? Tout le monde est à la même enseigne, ici…

-Les éclaireurs, dit-elle simplement.

Elle donna un petit coup de menton en direction d'une table, un peu plus loin, et plusieurs d'entre eux tournèrent la tête vers les occupants. A ce moment-là, la silhouette menue d'une petite rousse venait justement s'ajouter au petit groupe d'adultes déjà installés, collée de près par un homme plus grand, et dont la morphologie oscillait entre trapue et terriblement musclée. Jean y prêta attention bien moins longtemps que les autres ; il connaissait déjà les deux derniers à rejoindre le groupe. Aussi, quand il revint à son sujet du moment –à savoir son petit déjeuner-, il découvrit une scène pour le moins étrange : autant il avait compris que quelque chose absorbait l'attention de Mikasa par là-bas, et assurément il s'agissait de l'escouade de la Liberté qui était réunie dans cette direction, autant il ne s'attendait pas le moins du monde à trouver Marco dévisageant la jeune fille avec une telle intensité.

Eh.

Oh ?

Stop, là !

Le blond se racla la gorge ostensiblement, essayant de rompre le silence un peu bizarre qui s'était installé à la table. Les prunelles brunes à ses côtés quittèrent Mikasa pour se poser sur lui, un sourcil se haussant avec surprise.

-Tu t'étouffes ? demanda Marco.

Pour le coup, Jean faillit réellement avaler de travers. Cependant, il ne releva pas, remarquant que le regard du brun glissait en arrière pour analyser la table des Eclaireurs.

Bon. Il devait être stupide pour ne pas comprendre leur intérêt à tous, pour ce phénomène. Elle avait fait en sorte qu'ils aient une table. Ils l'avaient eu.

Et ensuite ?

On allait lui décerner une médaille pour bon comportement ?

Marco eut un petit soupir en revenant au garçon, constatant son profond agacement.

-Ne fais pas cette tête-là, murmura-t-il.

-Je ne fais rien.

L'expression profondément agacée de Jean ne lui échappa pas et Marco ne put retenir un gloussement. Se mordant la lèvre pour ne pas rire plus fort alors que le garçon rougissait de gêne sous les regards qui se portaient à présent sur lui avec curiosité, il se pencha à son oreille. Il savait que ça ne ferait qu'empirer les choses, mais c'était tellement tentant. Et puis il n'avait pas trop envie de dire les choses devant tout le monde.

-Je t'expliquerai quelque chose tout à l'heure, murmura-t-il.

Sous ses lèvres, il sentait le cartilage le chatouiller. Ce devait être réciproque, et il espérait bien que Jean sentît sa bouche bouger contre lui. Vu la couleur cramoisie qu'elle était en train de prendre, le garçon devait arborer un rouge pivoine des plus charmants. Il en était certain. Il commençait à bien connaître ce genre de réactions qu'il avait. Et pour appuyer, Marco sortit un brin de langue d'entre ses lèvres, à peine, qui vint tout juste chatouiller la peau. Avec l'angle qu'ils avaient et leur proximité, sa main formant un cache pour éviter les curieux, absolument personne ne pouvait savoir ce qui se passait. Il voyait bien le regard sceptique de Bertold qui se posait sur eux.

Jean glapit littéralement quand la langue titilla le creux de son oreille et un rire général secoua l'attablée. Le problème de l'espace et l'escouade n'étaient plus qu'une vieille histoire pour la plupart d'entre eux.

-Eh Marco ! Qu'est-ce que tu lui as dit, le pauvre ? gloussait Sasha.

L'interpelé se recula pour reprendre sa place normalement, un sourire en coin.

-Je lui expliquais quelques petites choses…Intimes.

-Ca parle cul là-bas ? aboya une voix à la table d'à côté.

Ca n'avait pas tardé, et Jean rentra la tête dans les épaules, essayant malgré tout de reprendre contenance. Pourquoi diable Marco avait-il eu le besoin d'agir de la sorte ? Pour le taquiner ? Il avait tout le temps de le faire quand ils étaient seuls ! Il avait le visage brûlant, et juste de le regarder suffisait pour déclencher des fous rires autour de lui.

-Ca avait l'air intéressant, vu sa tête ! Jean, on ne savait pas que tu étais si innocent…

-Le pauvre, il va être perturbé…

-Eh, vos gueules…, grogna Jean en croisant les bras, se redressant un peu.

Armin, discret jusque-là, émit un petit rire cristallin avant d'expliquer. « D'habitude ils s'en prennent à Connie, mais il est de plus en plus dans son coin, alors forcément…

-C'est pas une raison !

-On s'ennuie, Jean, et faut avouer que t'es un terrain intéressant !

-Ca, pour être un terrain intéressant…, souffla Marco, caché derrière ses mains jointes, juste assez fort pour que le blond soit le seul à l'entendre.

Entre les moqueries de ses camarades et les insinuations discrètes de Marco, Jean ne savait plus où donner de la tête et il sentait ses joues devenir de plus en plus brûlantes au fur et à mesure. Peut-être l'avait-il cherché, après tout ? A jouer les durs, les fiers, il était peut-être normal que ça se retourne enfin contre lui.

Eren était encore parti dans son monde, en revanche. Si le garçon l'avait encore fixé pendant un moment, son regard avait totalement quitté ses camarades autour de cette table et son esprit n'était assurément plus avec eux. Il en était visiblement de même pour Mikasa, même si elle semblait beaucoup plus capable de suivre ce qui l'entourait. Sans grande conviction cependant.

Il grogna un coup, essuyant une nouvelle remarque qui gagna plusieurs éclats de rire, et essaya de s'étirer légèrement malgré le fait qu'il était serré entre Marco et Bertoldt. Très serré. Contre sa cuisse, il sentait celle du plus grand qui bougeait discrètement, son genou qui se surélevait un peu. A côté de son pied, il n'y avait pas (plus ?) celui de Bertoldt. Vu les joues roses de Reiner, il n'y avait pas besoin de lui faire un gros dessin pour lui faire comprendre ce qui se passait. Jean n'avait aucun doute sur le fait que si ca n'avait pas été lui à côté, le grand brun n'aurait pas osé s'adonner à cette activité.

-En…En parlant de terrain, grogna Jean en essayant de prendre une attitude plus détendue comme il en avait l'habitude. C'est quoi, aujourd'hui ?

-On joue à chat.

-Ta gueule, Reiner. Mikasa, tu sais ?

La jeune fille s'extirpa de sa contemplation –bon sang, la curiosité le brûlait quant à savoir ce qui l'accaparait plus que s'occuper d'Eren- et eut un moment de réflexion.

-Reiner a raison, dit-elle enfin. Combat sur le terrain. Envol. Mains nues. Trouver et capturer.

Les épaules de Sasha s'affaissèrent légèrement et elle exhala un petit râle.

-Je ne comprends pas l'intérêt de se battre entre nous ! Explosa-t-elle gentiment.

-C'est…Peut-être pour être préparé à n'importe quel type de confrontation… ? supposa Armin d'un ton un peu songeur.

De son côté, Jean fronçait les sourcils. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas touché son équipement tridimensionnel pour autre chose que de la simple balade. Et il en allait de même concernant Connie. Croisant les doigts pour que rien n'arrivât cette fois, il secoua la tête légèrement.

-Il serait stupide que des humains constituent une menace au point que nous devions nous en charger…

-C'est le rôle de la police militaire, Jean, lui fit remarquer le petit blond.

Un point pour Armin. Jean grimaça à l'idée mais ne répliqua pas. Il avait décidé de lui-même d'entrer dans ce service, ce genre de détails ne devait pas le faire changer d'avis. Il n'avait juste jamais réellement pensé devoir y faire face un jour.

-Dans un sens, soupira-t-il, vous avez de la chance…Je veux dire, Eren, Mikasa et toi…

Eren revint dans le monde des vivants en entendant son nom dans la bouche du blond, décontenancé sur le coup. Puis le temps que les propos lui rentrent dans le crâne et qu'il comprenne, il fronça les sourcils.

-De la chance, tu dis ?

-Affronter des titans, ce n'est pas la même chose qu'affronter des humains, précisa Jean.

D'une main, il fit légèrement tourner son bol, observant le tout petit tourbillon que le lait formait dans le fond du récipient. Autour de lui, l'attablée était silencieuse. Reiner s'intéressait de près à son bol. Bertoldt restait immobile, les yeux rivés sur un nœud dans le bois de la table.

-Tu es sérieux, quand tu dis ca ?

Eren avait une voix rauque. Juste un peu.

-Avec un titan, pas de barrière morale.

-Va plus loin, connard ? Grinça-t-il sourdement.

D'accord, très rauque.

-C'est parfait pour quelqu'un qui ne sait pas les discerner du reste des vivants.

A ce moment-là, il sentit deux mains se poser brusquement sur ses cuisses. Une de chaque côté, et il eut à peine le temps de de saisir qu'il s'agissait de Marco et Bertoldt le mettant en garde.

Trop tard.

Eren explosa sans réfléchir.