Kyoko : y'en a qui ne perdent pas le nord! :p

: uhuh contente que ca te plaise! J'essaie d'avancer... x3


Chapitre 96


Le silence. C'était tout ce qui les avait entourées durant la descente des marches de pierre. Le silence, à peine entrecoupé par un brin de vent qui avait pu trouver refuge entre les pierres, dans un interstice que personne n'avait jamais pu trouver pour combler. Le froid était mordant. Humide. Parfois, une goutte s'écrasait depuis le plafond, se répandait dans une petite flaque. Là, dans ce coin. Ou encore par ici, au pied de cette poutre.

La dernière marche était plus petite et propice aux chutes. Les bras non attachés, Mikasa rétablit son équilibre avec une certaine aisance. Derrière elle, la jeune femme patienta le temps nécessaire –quelques secondes, tout au plus-, avant de tapoter dans son dos pour qu'elle recommence à avancer.

Quelques soldats traînaient. Pas de jeunes recrues comme Mikasa. Non. Des soldats, plus ou moins gradés. Les regards qui se posaient sur elle n'étaient pas ceux auxquels elle était habituée.

Sombres.

Méfiants.

Il n'y avait pas cette fierté qui se lisait aisément dans le regard faussement glacial de leur instructeur principal.

Non.

C'était autre chose.

Quelque chose qui la fit frissonner légèrement et lui donna envie de faire demi-tour.

-Qu'est-ce que tu fais ? Tu te défiles ?

Les doigts s'enfonçaient dans son dos, la voix la fit sursauter quand elle brisa le silence qui régnait. Alors seulement, Mikasa remarque qu'elle avait fait un pas en arrière malgré elle. L'ambiance du sous-sol ne lui plaisait pas. L'atmosphère était de plus en plus malsaine dans cet endroit sombre, humide, à l'odeur de renfermé.

Ou plutôt, une odeur d'eau croupie.

De vieille urine.

De sang.

Elle tourna légèrement la tête, jusqu'à apercevoir les mèches rousses, assombries par le manque de lumière. Les torches accrochées aux murs ne suffisaient qu'à éclairer leur chemin.

-Non, murmura-t-elle.

-J'espère pour toi que tu n'as qu'une parole.

-C'est le cas.

-Je l'espère aussi pour ton ami, ajouta la jeune femme.

Mikasa marqua un petit temps d'arrêt, se remémorant la scène qui avait eu lieu un peu plus tôt. Les cris du garçon résonnaient encore à ses oreilles. Elle y avait toujours été sensible, et l'ignorer lui avait demandé un effroyable effort.

Mais à l'idée de ce qui l'attendait, son sang n'avait fait qu'un tour. Petra avait essayé, plutôt mollement, de la dissuader. Ca ressemblait plutôt à une demande de confirmation quant à cette décision.

Eren était encore faible et elle le savait. Peut-être grandirait-il enfin en comprenant que ses actes entrainaient également son entourage ? Elle l'avait à peine regardé se tortillant sous le corps imposant de Gunther. Il ne fallait pas regarder. Elle savait que la peine prendrait le pas sur sa décision. Qu'il était capable de la faire revenir en arrière, de lui faire ravaler ses mots d'un regard.

Parce qu'il avait toujours agi ainsi.

Même si c'était plutôt inutile étant donné que, sans elle, il n'était capable que de s'attirer des ennuis.

-Que va-t-il lui arriver ? finit-elle pas demander.

-Mh ?

-Ere…Mon camarade. Que va-t-il se passer pour lui ?

Elle sentit la main quitter son dos une seconde, avant de revenir, tapotant contre une vertèbre du bout des doigts.

-Ils le surveilleront.

-Ils ne lui feront rien ?

Un petit gloussement lui répondit d'abord, et les doigts cessèrent de tapoter contre son dos. L'air sévère de Petra s'émiettait progressivement à mesure que les phrases se faisaient plus longues, moins hésitantes, d'un côté comme de l'autre.

-Ils ne feront rien à ton…Petit ami…, se moqua-t-elle gentiment. Avance.

Les yeux ronds, Mikasa avait essayé de se retourner pour répliquer, mais la rousse était toujours plus rapide. Une poussée plus importante la fit trébucher vers l'avant sans avertissement.

Dans son dos, un long bruit métallique retentit. Quelque chose de désagréable qui faisait grincer des dents. Elle cligna des yeux. Devant elle, un lit, quelque chose de ridicule, au matelas incroyablement plat. Y en avait-il seulement un ? Les dalles de pierre sur le sol avaient l'air à la fois visqueuses et glissantes.

Dans son dos, la grille de la cellule dans laquelle elle était entrée sans y penser, perdue dans ses ruminements, s'était refermée.

Et de l'autre côté des barreaux épais, la jeune femme sortait à peine la clé de la petite serrure, accrochant le trousseau à son harnais.

-Deux semaines, murmura-t-elle.

-Est-ce que c'est ce qui l'attendait ?

Petra esquissa un petit sourire. Dans la pénombre du cachot, Mikasa peinait à discerner la couleur noisette des grandes iris.

-Qui sait…, soupira-t-elle.

-C'est un traitement de faveur ?

La jeune femme glissa juste une main devant son visage, gloussant en se cachant derrière.

-Ne m'oblige pas à revenir sur ma décision, gamine. Ton copain m'en voudrait.

De son autre main, Petra vérifia la sécurité autour des clefs qu'elle avait attachées. Elle fredonna rapidement trois notes sans y penser, et pendant quelques secondes l'atmosphère qui régnait sembla changer radicalement.

Pendant quelques secondes seulement.

Le silence de plomb s'abattit sur elle lorsqu'elle eut disparu, sans un mot de plus.

Elle sentait les doigts tapoter dans son dos, à travers le tissu de sa chemise. Elle sentait encore la main fraîche qui avait attrapé son poignet avant de l'emmener à ces escaliers de pierre.

Ses doigts s'enroulèrent autour des barreaux. Ils étaient glacés. Lisses. Désagréablement sombres, répandant une odeur de rouille.

-Eren n'est pas mon petit ami…, souffla-t-elle.

Elle était seule.

Elle sentait encore son poids sur elle, dans cette petite salle. Avec le rire de Sasha qui résonnait au-dessus d'elles.

-Je suis désolé…

-Ah bordel, ta gueule…

Connie leva les yeux au plafond. Le calme qui les entourait lui faisait un bien incroyable, si ce n'était les gémissements pitoyables dont le gratifiait Eren depuis que tout le monde était parti. Jean, Marco, Reiner, Bertold, et les deux hommes. Et le brun n'avait eu de cesse, depuis, de s'excuser. De son comportement. Des coups qu'il lui avait donnés.

Et Connie soupira.

-Sérieusement, si tu t'en veux tellement, aide-moi à mettre cette satanée pommade !

Eren grimaça légèrement quand son camarade souleva un bout de son tee-shirt, révélant les hématomes qui se formaient déjà. Noirâtres, bleutés, et représentant incroyablement bien la forme de ses coudes.

-J't'ai pas raté…, grogna-t-il.

-C'est rien de le dire. J'ai un sale mal de bide, à cause de toi.

Eren fronça légèrement du nez à la remarque, tout en attrapant un petit pot que Gunther avait sorti avant de quitter l'endroit. Quelque part, il doutait que la dernière douleur fût réellement de son cru. Les marques s'étalaient sur son thorax, mais glissaient à peine jusqu'à l'estomac. Quelque chose dans son alimentation devait plutôt le perturber. Mais pas plus.

Marmonnant, Eren refit s'allonger le garçon. Docile comme souvent, Connie s'étala de tout son long sur le dos, ses mains glissant de nouveau sous son tee-shirt pour le faire remonter juste au-dessus des marques sombres. Elles offraient un étrange contraste sur la peau finement hâlée. Les couleurs n'allaient pas du tout ensemble.

La crème était froide, et Eren étira un petit sourire en le constatant quand il plongea un premier doigt dans le pot.

Ô joie.

Connie allait le haïr.

Posant le petit pot à côté du garçon, il réussit à poser une fesse sur le bord du matelas, se maintenant en équilibre à l'aide de ses jambes. Et il posa sa main sur la peau malmenée, se délectant malgré lui du petit cri de surprise quand la crème froide s'invita sur la peau. Elle était chaude.

-C'est f-f-froid ! se plaignit le garçon d'une voix un peu plus aiguë qu'à l'habitude.

Eren retint mal un petit rire.

-Evidemment, idiot…

Ses doigts glissaient, frôlant le bas du tee-shirt mal relevé. Les muscles se dessinaient plutôt bien, pour quelqu'un de son gabarit. Il l'avait déjà remarqué dans les douches. Sur les côtes, il s'aventura en prenant garde à ne pas appuyer trop fort. Même si la pommade allait aider à apaiser les coups qu'il avait reçus, ce n'était pas un remède miracle et l'application incluait de toucher les endroits douloureux.

-Ca se réchauffe…, fit observer Connie.

Eren étira un petit sourire en coin à la remarque innocente.

-C'est mieux ?

-Ouais, c'est bon.

Il retint un petit ricanement. Si ça n'avait pas été Connie, il aurait pensé à une quelconque provocation, de nature purement sexuelle. Mais de la part du garçon, c'était quelque chose d'impossible. Un peu songeur, il laissa son pouce glisser sur la forme des abdominaux, appréciant les muscles encore mal formés.

-Tu me chatouilles… ! grogna Connie.

La seconde suivante, il gloussait légèrement face à l'insistance du garçon, sans pour autant s'en préoccuper.

-Eh, Connie…

-Mh ?

Eren avait baissé la voix, avant de joindre son autre main donc les doigts avaient trempé rapidement à la surface de la crème dans le petit pot.

-T'as jamais peur ?

Le plus petit fronça les sourcils un instant, autant à cause du froid qui revenait sur son ventre et le lui faisait contracter, qu'à la question.

-…C'est quoi cette question ?

Les doigts palpaient la peau là où elle n'était pas bleuie, caressaient gentiment quand ils passaient sur les hématomes. Frôlant le tee-shirt encore une fois, Eren repoussa un peu plus haut le tissu, sous le regard brusquement plus attentif de Connie. Il avait remarqué, au moins à partir de ce geste.

-Rien, murmura-t-il. Tu ne te méfies jamais quand t'es avec moi…

A cette constatation, Connie laissa échapper un long soupir. Fermant les yeux, il leva un bras qu'il cala en travers de son visage. Son autre main glissa le long d'un bras appartenant à Eren, avant de se refermer dessus.

-Je te fais confiance, c'est tout, marmonna-t-il. Comme je fais confiance aux autres aussi.

-Si on pouvait me faire confiance, tu n'aurais pas eu à me surveiller, tu le sais ?

Connie souleva son bras, juste le temps de lancer un regard curieux vers son camarade. Puis il se cacha de nouveau dessous.

-On sait tous les deux pourquoi, souffla-t-il. Eh, j'ai froid là…

Les mains sur son ventre s'étaient arrêtées. Il y avait ce silence un peu étrange, qui émanait d'eux parfois. Mais Eren ne faisait jamais rien. Ou plutôt, Eren ne faisait plus rien, depuis un moment. Il y avait des jours que le garçon ne l'avait plus taquiné avec ce genre de chose.

Le matelas bougea légèrement à ses côtés, et un poids glissa contre lui. Une main avait glissé un peu plus haut encore. L'autre avait disparu. Elle était probablement à côté de lui, soutenant le poids du brun. Qui était penché quelque part au-dessus de lui. Il le sentait. Il sentait son souffle qui atteignait son visage, tiède.

-Eh…Connie… ?

Il grogna un peu en réponse. Merde.

-F-Fais comme tu veux ! finit-il par lâcher. Si ça peut…Te faire plaisir…

-Idiot.

Son souffle était plus chaud. Il avait dû se pencher un peu plus sur lui, et à l'image que son imagination lui envoyait, il sentit les battements de son cœur s'accélérer légèrement. C'était plutôt incompréhensible. Il savait pertinemment ce qui allait se passer –il l'avait autorisé en connaissance de cause.

Ce fut léger, encore une fois. Délicat. Les lèvres d'Eren étaient incroyablement hésitantes, quand bien même elles osaient malgré tout.

C'était doux.

Ses lèvres, le geste en lui-même.

Connie savait que s'il regardait maintenant, quelque chose disparaîtrait. Peut-être ce côté inconscient qu'ils gardaient encore. Les doigts enroulés dans son tee-shirt s'y enfonçaient fermement, contrastant avec la pression à peine perceptible de sa bouche contre la sienne.

Là, en cet instant, il aurait voulu lever les mains. S'agripper à la mâchoire d'Eren. A sa nuque. A ses épaules. A son col. Glisser ses doigts dans ses cheveux encore en bataille.

Contre sa joue un peu meurtrie par le caporal un peu plus tôt, il sentait celle du garçon. Légèrement humide.

Il ne fallait pas regarder.

Pas maintenant.

Il fallait juste jouer le jeu, un tout petit peu. Ne pas répondre. Se laisser faire.

Imiter un Jean qu'Eren n'obtiendrait jamais.

Et quelque part, cette dernière pensée le rassurait.