Nirana008 : Ahah, c'est dur pour tout le monde les histoires longues ! XD

Kyoko : Je comprends ta douleur, et je compatis atrocement, tu ne sais pas quels sévices je subis en me retenant de tout transformer en baisodrome parce que je suis une histoire... 8')

En tout cas, ca fait juste sérieusement bizarre. C'est la centième et y'a encore des gens qui tiennent le coup? x'D (Vous arrivez encore à suivre vous?)

Un énorme merci pour votre présence et votre lecture et les petites reviews qui mettent du baume au cœur et incite à continuer! (En plus j'ai rencontré des gens cool grâce à cette fic XD )

Chapitre 100

Il sentait les soubresauts, presque violents, qui le secouaient. Sous ses doigts encore tremblant se décrispaient lentement, la veste sous ses phalanges était un peu raide, et le cuir glissait à cause de l'eau qui peinait à sécher. L'air était encore humide. Sa cape dégoulinait sur eux. A leurs côtés, Jean pestait contre leur lenteur. Ils n'avaient pas le choix. Parfois, il lui posait une question. S'il allait bien, ou juste mieux. S'il pouvait ne serait-ce que parler.

Il hochait ou secouait la tête, à peine.

L'air froid de l'extérieur avait disparu, pur l'air glacé des couloirs de bois du camp d'entraînement. Il avait l'impression de respirer de nouveau. Pas beaucoup plus posément pour autant. Mais il respirait, cette fois-ci sans avoir à réveiller la douleur aiguë qui l'avait terrassé.

Sous ses cuisses, il sentait les mains tendues qui le maintenaient, le plus fermement possible. Parfois, sa prise s'était un peu desserrée Connie s'était crispé par réflexe, redoutant la chute. La prise s'était raffermie presque aussitôt, à chaque fois, comme un sursaut.

Le menton presque posé dans l'épaule du brun, il était assez proche pour entendre sa respiration irrégulière, voire saccadée. La ligne de la mâchoire frôlait son oreille, parfois la heurtait. Alors il s'accrochait de plus belle, essayant de se concentrer sur la chaleur de la peau qui le touchait parfois –même brutalement- plutôt que sur la douleur qui le vrillait et lui faisait tourner de l'œil.

Une sensation un peu bizarre derrière la nuque le fit grimacer, jusqu'à ce qu'il se rendît compte que sa capuche avait glissé de son crâne. Ou plutôt, Jean avait tiré sur le tissu, le dégageant autant que possible à présent qu'ils étaient à l'intérieur.

-Enlève-lui !

C'était Eren. Mais les mains agitées qui glissèrent entre le torse de Connie et le dos du brun n'appartenaient ni à l'un ni à l'autre, et Jean peinait à avancer au même rythme tout en défaisant le bouton de l'épaisse cape de son camarade.

-Ah, put…Putain, arrête-toi Eren !

-Tu perds du temps, abruti !

-Comment ça ab…Eh ! C'est toi qui m'en fais perdre !

Recroquevillé sur le dos d'Eren, Connie retint difficilement un petit soupir. Par chance, les deux garçons avaient été suffisamment occupés à s'inquiéter pour lui –même si ça lui faisait mal au cœur de l'admettre- pour se prendre la tête pendant le trajet du retour.

Eren était un impatient, tous trois le savaient, et Connie leva finalement une main, ses doigts quittant la chaleur, ô combien la bienvenue, du col d'Eren où ils s'étaient camouflés depuis un moment. Et il donna une petite tape, récoltant un petit cri de surprise de la part de sa monture humaine.

-Connie ?

-Ecoute-le un peu, des fois…, marmonna le garçon.

Sous ses bras, il sentit les épaules s'affaisser légèrement. Il savait que le sujet était délicat. Comme d'habitude, il s'agissait de Jean. Ce serait toujours ainsi, quand bien même ils étaient capables de se déplacer sur une distance comme celle-ci sans trop de problème. Ou en tout cas quand ils avaient quelque chose à accomplir.

-M-mais tu…Enfin, l'infirmerie…

-N'est plus très loin, soupira Jean.

Le blond avait profité de l'arrêt de son camarade, qui ne semblait même plus s'en être rendu compte, pour enfin défaire la cape lourde d'eau. La situation était juste…Bizarre, grimaça-t-il. Il aurait pu ne pas être là, cela n'aurait rien changé. Eren aurait été parfaitement capable de ramener Connie seul, s'il était parti en avant de la troupe. Sur l'instant, sous le ton presque implorant du brun, il n'avait pas réfléchi plus que ca : il fallait ramener Connie au plus vite. C'était probablement la seule chose qu'ils avaient eu en tête au même moment.

Secouant le vêtement sombre qui gouttait déjà sur le sol, Jean glissa un œil vers Connie. Le garçon avait repris quelques couleurs, quand bien même il restait les bras crispés autour d'Eren.

-Ca va aller, toi ? demanda-t-il brusquement.

Connie redressa la tête, pour glisser un œil vers Jean. Il regrettait chaque mouvement qui le poussait à rompre le contact avec la peau d'Eren –son visage en l'occurrence. Le froid mordant du couloir le faisait frissonner. Désagréablement.

-C'est passé, murmura-t-il. Enfin, je crois…

-Il faut que tu vois Petra, continua Jean, ou…Mince, y'en a un qui s'y connait mieux dans ces trucs-là, avec ses remèdes de grand-mère…Ou…

-Laisse, c'est bon…Eren, lâche-moi…

Sous son corps, il sentait les muscles d'Eren se tendre, visiblement en total désaccord avec sa demande, et Jean émit un grognement qui allait –étrangement, pour une fois- dans le sens du brun.

-Eh, soupira-t-il. Eren, pose-moi…

Il y eut un silence, pendant lequel l'interpellé réajusta seulement le poids du garçon sur son dos tout en continuant à avancer, marmonnant un « hors de question » qui ne laissait pas de place à la moindre réplique.

Voir les deux garçons n'en faire qu'à leur tête le remettait un peu d'aplomb, se rendit-il compte, et il desserra l'étreinte solide qu'il avait sur Eren depuis le début.

-Arrête, j'ai dit…, gromela-t-il.

-Va te faire voir ! récolta-t-il le plus simplement du monde.

Boudeur, mais malgré tout épuisé autant par la journée qu'ils avaient eu que par la douleur qui l'avait littéralement terrassé, Connie pinça les lèvres, avant de jeter un regard en coin à Jean. Si Eren ne l'avait pas lâché, il avait en revanche ralenti le pas, un peu plus serein.

-Evidemment, grogna finalement Connie, quand vous vous entendez faut que ce soit pour m'emmerder, hein… ?

Sous ses cuisses, il sentit les doigts bouger, le bout des phalanges glissant entre le tissu de son pantalon et les lanières de cuir serrées autour de sa jambe. Sous ses bras, les épaules se haussèrent. Si Eren n'avait visiblement pas l'envie d'aborder le sujet qui concernait indubitablement Jean, ce dernier en revanche n'en avait cure, agitant une main agacée.

-On s'inquiète ! siffla-t-il. Même si c'est un con, c'est un humain !

-Eh, qui tu traites de… !

Une petite tape de la part de son paquet, juste à l'arrière du crâne, arrêta Eren qui rentra aussitôt la tête dans les épaules, contrit. Chassez le naturel, il revient au galop, soupira Connie intérieurement. Le brun faisait visiblement un effort pour se comporter correctement devant Jean. Ca sautait aux yeux. Et il agissait ainsi, s'il ne se trompait pas, depuis qu'Armin et lui les avaient débusqués dans la forêt. A essayer de se montrer…Fort ? Connie grimaça légèrement. Eren n'avait pas vraiment besoin de ça : Jean s'en foutait royalement et préférait même probablement une jouxte verbale bien sentie à une tentative étrange pour l'impressionner ou le prendre de haut.

Les mains le réajustèrent de nouveau, et Connie se rendit compte cette fois qu'il attendait le mouvement des mains sous ses cuisses. Les doigts qui glissaient, d'à peine un centimètre, sur le tissu serré, contre les coutures, ou le long des sangles étroitement serrées.

Connie s'en souvenait quand il était remonté le long de la botte qui écrasait le visage de Jean dans la boue, il savait d'avance qui il allait trouver. D'une certaine façon, il s'était senti palpiter à l'idée de le voir. Là, imposant et déterminé. 'Mâle'.

Ah, bon sang.

C'était stupide. Il le voyait tout le temps. Trop, même. Etait-ce là le problème ?

-T'as encore mal ?

La voix soudainement inquiète de Jean sortit le garçon de ses pensées, le faisant presque sursauter. Il secoua la tête, clignant des yeux, perplexe.

-Ah, hum, non…Je dois être fatigué…

-Raison de plus pour aller à l'infirmerie, lança Eren.

-Mais je… !

-Eren a raison, soupira Jean en levant les yeux au plafond. D'habitude t'es une pile électrique, mais ce truc te pompe ton énergie depuis un moment !

Brusquement Connie eut l'impression qu'il allait basculer et tomber du dos de Jean : Eren s'était arrêté sans crier gare, sans douceur, pour se tourner violemment vers le blond.

-Aaaaah, fais gaffe… !

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

Connie n'aurait pas été là que c'eut été la même chose et Eren restait les yeux rivés sur Jean, qui n'était plus très sûr de la situation. Et finalement, il croisa les bras, fronçant les sourcils en lançant un coup d'œil sur le plus petit d'entre eux. Qui commença à se sentir légèrement mal à l'aise.

-T'es pas au courant ? lança-t-il à l'adresse d'Eren.

Le brun pinça les lèvres, essaya de tourner la tête vers Connie, mais le garçon se cacha aisément derrière sa nuque, évitant la confrontation.

Jean continua.

-Tu ne t'es jamais demandé pourquoi il dort n'importe où, n'importe quand ?

-J-Jean… ! couina Connie.

Eren frissonna. A l'arrière de son oreille, il sentait le souffle du garçon le chatouiller. Les mains fines qui glissaient et s'extirpaient tour à tour du col de son tee-shirt l'avaient perturbé un long moment, mais à présent la conversation était effroyablement intrigante.

Et quelque part, horripilante.

Pourquoi diable Jean pouvait-il savoir quelque chose à ce sujet-là ? Pourquoi Jean, entre tous ?

D'un coup de menton, il l'encouragea à continuer et le blond s'adossa au mur.

-T'as le sommeil lourd, mais t'aurais au moins pu remarquer, t'es tout le temps collé à ses basques !

Contre sa nuque, Eren sentit les lèvres bouger alors que Connie marmonnait quelque chose d'indistinct, grognant presque.

-Je sais pas depuis combien de temps cet abruti a mal à ce point, continua Jean avec une œillade très probablement adressée à Connie, mais ca doit faire un moment qu'il a ces douleurs et que ca l'empêche de dormir !

Un couinement. Connie couinait littéralement dans son cou, et ses mains s'étaient enroulées dans le col de son haut, tirant nerveusement sur le lacet qui en rétrécissait l'ouverture.

-Sois plus clair, merde !

-Mais bordel, c'est clair pourtant ! Ca fait un moment qu'il ne ferme pas l'œil de la nuit, il passe son temps à rattraper son sommeil à droite à gauche ! Parce qu'il a mal, putain ! Mal, tu comprends ca ? Et toi tu vois rien, mais qu'est-ce que tu branles, hein ?

Les voix se haussaient, le ton montait. Et le temps qu'Eren se reprenne sous l'agression volontaire que Jean lui faisait subir, et Connie s'agita de nouveau avant qu'un nouvel éclat de voix se fasse entendre.

-Mais foutez-moi la paix, merde ! Eren, pose-moi ! Et Jean, ta gueule !

-Ah non, toi tu… !

-Qu'est-ce que c'est que ce tapage ?

Le silence qui se fit fut immédiat. La voix qui s'était glissée à leurs oreilles ne leur était pas familière, mais ils la connaissaient. Tous. La silhouette appuyée nonchalamment contre le mur, les bras croisés, ils la reconnaissaient pour l'avoir croisé maintes et maintes fois dans les couloirs durant le dernier mois.

Le regard sombre, les sourcils froncés dans une expression dont personne ne savait plus dire s'il s'agissait d'un agacement perpétuel ou de son faciès naturel, le caporal de l'unité des Eclaireurs allait de l'un à l'autre d'un coup d'œil rapide.

-C'était calme avant que vous ne reveniez de votre foutu entraînement, reprit la voix, un brin traînante, de l'homme. Si vous voulez gueuler, faites-le chez vos mères.

Ils déglutirent. Discrètement, Connie donna de petites tapes sur l'épaule d'Eren, se faisant un peu insistant malgré la présence de Levi qui les dévisageait.

Jean se décolla du mur, raide et au garde-à-vous devant l'homme en une seconde.

-N-nous sommes désolés, monsieur ! lança-t-il brusquement.

Profitant du fait que leur camarade attirait l'attention de l'homme, Eren se baissa au sol lentement jusqu'à ce que la semelle des bottes de Connie touchât le sol. Ses doigts glissèrent de sous les lanières où ils s'étaient emmêlés à force de s'agripper. La poigne du garçon disparaissait déjà de ses épaules et son cou, laissant une sensation de vide plutôt désagréable. Il avait déjà froid aux mains. Sa chaleur était agréable il l'avait déjà constaté auparavant.

-Qu'est-ce qu'il a, celui-là ?

Merde. Niveau discrétion, ce n'était pas encore ça. Jean toussota légèrement, tandis que Connie se redressait enfin, plutôt lentement pour être sûr de son corps.

Levi le pointait du pouce, sans le fixer pour autant, son attention réellement portée sur Jean, qui bafouilla.

-Il…Il est un peu malade, on l'amenait à l'infirmerie…

-S'il est malade, vous devriez être plus calmes. Qu'est-ce que t'as, toi ?

Connie frémit légèrement quand la question lui fut directement adressée. L'homme n'était pas mauvais, mais la réputation qu'il traînait –et qu'il ne s'embêtait pas à démentir visiblement- ne donnait pas vraiment envie de se retrouver dans ses pattes.

-Rien de grave, monsieur.

Il avait fini de se redresser, un peu brusquement à la fin, et le léger début de grimace qu'il avait eu n'était certainement pas passé inaperçu quand la douleur avait un peu tirée de nouveau, le surprenant plus qu'autre chose. Jean fit une moue agacée. Eren baissa les yeux, pinçant les lèvres.

-Tes camarades ont l'air plutôt d'accord, ironisa l'homme.

-Je suis loin d'être à l'agonie ! répliqua le garçon malgré lui.

Il y eut un blanc, pendant quelques secondes durant lesquelles ils se demandèrent tous trois ce qui pouvait arriver. Leur arriver, plus exactement. La bouche subitement close sous la surprise d'avoir répondu comme il l'avait fait, et raide comme un piquet, Connie déglutit quand l'homme se redressa. La veste crissa légèrement en quittant le mur, les mains gantées frottant les avant-bras qui se décroisaient.

Et il s'approcha, d'un pas rapide et qui ne l'était pas assez en même temps, pour saisir Connie par le col de sa propre veste.

Ils étaient de la même taille, et quelque part c'était plutôt particulier de se retrouver nez à nez avec le petit caporal sans avoir à se hisser sur la pointe des pieds. Ne pas être regardé de haut aussi. Enfin, si on omettait le regard noir qu'il recevait de plein fouet.

-Et quand tu seras à l'agonie ? siffla-t-il.

Connie retint son souffle.

Ce n'était pas une menace. Ni un reproche. Il y avait quelque chose d'autre, dans le ton employé, qui le perturbait soudain. Il ne s'attendait, surtout, pas à ça.

-Réponds.

-Je…

-Tu te laisseras crever comme un moins que rien ? Il y a longtemps qu'on ne sauve plus les faibles, ici.

Connie pouvait sentir un relent attristé. C'était admirablement camouflé derrière ce ton froid, cette voix traînante, mais d'aussi près qu'il était, l'homme ne pouvait jouer son jeu parfaitement. Le léger tremblement des lèvres était presque imperceptible.

Il était trop tard pour se rendre compte de son erreur, réalisa-t-il alors. Ils étaient soldats, et l'homme officiait depuis des années déjà dans la branche la plus dangereuse qu'ils connaissent. Il tuait des titans, entouré de ses compagnons.

Il ne devait probablement plus compter les disparus, les malades, les morts qui avaient pu l'entourer.

C'était ce que beaucoup pensaient. C'était ce que lui-même, quelques secondes auparavant, pensait.

-Je ne veux pas mourir, murmura-t-il en baissant les yeux.

Dans son dos, il sentit quelque chose tirer sur le bas de sa veste. Il n'avait pas besoin d'avoir une imagination débordante en ce moment-même pour comprendre qu'il s'agissait d'Eren, probablement sa main agrippée à son vêtement.

Il l'imaginait bien agir ainsi.

Mais pas pour lui.

Un coup d'œil vers le second responsable de ses pensées et il remarqua que Jean avait porté son attention sur l'autre bout du couloir, où des bruits se faisaient entendre sans qu'il soit possible de déterminer exactement de quoi il s'agissait. Son expression était indéchiffrable, sauf peut-être l'assurance que le garçon aurait préféré les quitter en un instant. Mais agir ainsi devant un supérieur n'était décidément pas faisable, aussi restait-il à sa place, le regard indécis, bras croisés.

Connie retint un soupir de soulagement quand la main le relâcha enfin, et il se stabilisa un peu mieux sur ses jambes, appréciant malgré lui la présence de la main dans son dos. Ca avait quelque chose de rassurant.

Même s'il se sentait stupide de penser ainsi alors qu'il fuyait lui-même l'aide que les autres voulaient lui apporter.

-Ne fais pas de conneries, avait murmuré Levi en retirant sa main.