Deux mois sans écrire! ;w;
Wow, il faut avouer qu'à chaque fois que je ne peux pas y toucher, c'est difficile de reprendre... xD Un peu d'action bientôt, promis ! 3 (En attendant il faut supporter ça... Rendez-moi mes chapitres sexy!)
Chapitre 101
Depuis le matin, elle n'était pas redescendue. Elle connaissait le cachot, elle avait déjà fait les tours de garde. L'odeur de moisissure prenait au nez, les relents d'urine donnaient des nausées. La gamine qui s'était laissée enfermer au sous-sol ne savait pas à quoi elle s'exposait. Elle ne verrait pas la lumière pendant un moment. Deux semaines. Pendant deux semaines, cette fille serait confinée là, dans ce cachot qui sentait la mort. Elle ne parvenait pas à oublier le regard sombre, décidé, de l'asiatique qu'elle avait enfermée.
Deux semaines, ce n'était rien. Et c'était encore beaucoup pour quelqu'un d'innocent qui se sacrifiait. Etait-elle seulement consciente de cela ? Comment vivrait-elle le séjour ?
Petra se souvenait du visage du garçon quand il était remonté. Pâle, effaré, l'obscurité du cachot ne lui avait pas réussi le moins du monde. Il était pitoyable, avait amusé une grande partie des soldats qui s'étaient relayés pour la surveillance. C'était un enfant un peu effronté, mais terriblement innocent dès qu'il se relâchait.
Elle soupira profondément. Que faisait cette gamine, à l'heure actuelle ? Attendait-elle patiemment, sans dire un mot ? Faisait-elle preuve de virulence, insultait les gardes malgré l'acceptation de sa punition ?
Que faisait-elledonc ?
-Eh, Petra !
Elle sursauta, levant les yeux sur Gunther qui la fixait. La cuisine était vide, silencieuse. La tasse entre ses mains ne lui brûlait même plus les doigts, presque froide.
-Tu devrais boire, continua Gunther.
-Tu as raison.
Le liquide sombre n'était plus aussi attrayant qu'il le paraissait de longues minutes auparavant. L'homme fronça les sourcils quand un nouveau soupir résonna –il doutait qu'elle eut remarqué le nombre croissant de soupirs qu'elle avait laissé échapper depuis le début du dernier quart d'heure.
-Inquiète ?
Elle haussa les sourcils, un peu surprise. « Hum ? Non, pas vraiment…enfin, je suppose…
-Tes suppositions ne sont jamais très convaincantes, marmonna-t-il.
Petra eut un petit rire. Il la connaissait bien, et savait déjà ce qui lui pesait. S'accoudant au plan de travail mal nettoyé, il tendit une main vers elle, récupérant gentiment la tasse à peine tiède des mains de la jeune femme pour la poser sur la surface de bois. Elle le laissa faire en silence, réagissant à peine, ses mains gardant presque la même position.
-Tu as le droit d'aller voir, ajouta-t-il doucement.
-Ce n'est pas une bonne idée, marmonna-t-elle. Les traitements de faveur…
Il eut un petit rire.
-Tu ne disais pas la même chose ce matin, dis donc. Ce n'est pas toi qui l'as défendue bec et ongles pour diminuer la peine qui devait être infligée ? T'es rarement aussi…Aussi…Merde, c'est qui cette gamine ? Ta frangine ?
Calmement, il l'observa cligner des yeux. Elle ne cachait pas une certaine surprise, son cerveau retournant visiblement les questions dans tous les sens pour trouver une réponse. Sans succès.
-T'es stupide ? grommela-t-elle finalement. Je suis fille unique…
-Je sais bien. Mais avoue que ce n'est pas dans tes habitudes.
Soupirant derechef, les épaules de Petra s'affaissèrent un peu, et elle balança la tête légèrement en arrière, laissant ses yeux s'égarer sur les lattes qui couvraient le plafond haut de la pièce. Elles étaient encore plus noircies que lorsqu'eux-mêmes étaient en entraînement à l'époque où ils avaient le même âge que ces enfants.
-Peut-être…Mais…Enfin, je ne sais pas…
-Tu deviens vieille, ricana-t-il.
-Eh !
Gunther se redressa légèrement, avant de reprendre la tasse qu'il lui avait prise. C'était froid, et il grimaça un peu. A ses côtés, Petra était repartie dans ses pensées. Ses sourcils étaient légèrement froncés, dans une expression soucieuse.
-Arrête ça, murmura-t-il doucement. Tu vas avoir des rides avant l'âge ou tu vas ressembler au caporal…
-Gunther…
-Ce serait con, non ? Pas sûr que le roux irait avec sa tête !
Il y eut un petit silence gêné entre eux, suivi d'un petit rire à cette idée plutôt absurde qui venait d'apparaître dans leurs esprits. Puis elle sursauta quand la main de l'homme s'abattit sur son crâne pour lui ébouriffer gentiment les cheveux.
-Tu t'inquiètes trop, souffla-t-il. Il ne va rien lui arriver. Il n'est pas question de traitement de faveur, mais tu peux aller la voir, tu le sais. Trouve une raison, c'est tout.
Elle pinça les lèvres fermement, détournant le regard, et marmonna un « C'est ça, ouais… » qui voulait tout dire. Plutôt satisfait, Gunther ôta sa main, avant de vider la tasse froide dans le bac le plus proche. Quand c'était ainsi, c'était juste imbuvable.
Et Petra en était là. Pensive, se remémorant les conseils de son camarade. Debout devant la porte de bois qui menait au sous-sol, elle déglutit lentement. Une raison. Quelque chose. N'importe quoi ? Gunther en avait de bonnes, tiens ! Marmonnant, elle serra le poing contre sa cuisse, pinça finement la bouche.
C'était stupide, après tout. Qu'est-ce qui lui était passé par la tête ?
Remontant des cachots, des bruits de voix lui parvenaient. C'était trop bas, trop lointain, pour qu'elle puisse reconnaître les timbres, les mots, ou quoi que ce soit. Juste un grésillement, quelque chose qui signalait des présences humaines, là, en bas des escaliers de pierre que l'humidité rendait dangereusement glissant.
Son autre main était étroitement serrée sur la poignée de fer depuis un moment. Combien de temps ? Elle l'ignorait. Trop.
Elle n'avait rien à y faire.
Elle n'irait pas.
Et ses doigts glissèrent du bout de fer forgé, tandis qu'elle commençait à suivre le chemin que ses jambes la forçaient à prendre.
S'habiller en hâte quand sa peau était encore humide, mal essuyée, et accrochait les vêtements, étaient toujours un enfer. Le temps qu'il se rue hors de la douche, se jette sur sa serviette et se débatte avec son pantalon (il détestait cette situation, ayant prévu de revenir au dortoir en serviette en balançant ses vêtements sales dans une des panières qui partiraient au lavage), et les voix s'étaient tues. Chose plutôt étrange si on considérait le duo qu'il avait entendu passer au pas de course.
Il réagissait peut-être trop violemment, il le savait. Peut-être qu'Eren avait compris, après les avertissements, après son séjour dans les cachots, et après que Mikasa ait endossé pour lui lors de sa dernière erreur. Peut-être. Ou peut-être pas. Marco ne savait jamais comment le garçon pouvait se comporter, étant donné qu'il agissait toujours sur un coup de tête et oubliait de réfléchir.
Il laissa ses affaires sur le banc sans s'en soucier, oubliant sa chemise (s'il la mettait, de toute façon il ne prendrait pas le temps de la boutonner), passant une main rapide dans ses cheveux encore mouillés en se ruant à travers la porte grande ouverte des douches pour hommes.
Là seulement, un bruit mou retentit à ses oreilles, et il étouffa une exclamation de surprise quand un corps rentra tout bonnement dans le sien à peine fut-il dans le couloir glacé. Le petit grognement, plutôt aigu, qui répondit plus bas attire son attention et il baissa les yeux, tombant sur la petite masse de cheveux roux qui commençaient à devenir familiers.
-Ah….P-Petra ! Je suis désolé…, s'exclama-t-il aussitôt.
D'une main vive, il réajusta la veste de la jeune femme qui clignait des yeux, cherchant à reprendre ses esprits pendant qu'elle dévisageait Marco.
-Ce n'est rien, dit-elle finalement.
Du bout des doigts, elle repoussa les mains du garçon, tirant elle-même un peu sur le vêtement. Elle cligna finalement des yeux, visiblement peu sûre de ce qui venait de se passer, et eut une petite moue quand elle réalisa que le garçon se tenait de toute sa hauteur à quelques centimètres d'elle, torse nu. Le repoussant du bout des doigts, elle essaya de reprendre son calme et son sourire habituel, ceux que Marco connaissait. Avec quelques difficultés.
-Vous allez bien ?
Elle eut une petite grimace, avant de laisser échapper un petit rire crispé.
-Je suppose, dit-elle.
-Vous…vous êtes sûre ?
Ah bon sang. Si même les gamins n'y croyaient pas…
Petra haussa brièvement les épaules, passa une main dans ses cheveux. Bah, Marco était un gentil garçon. Du bout des doigts, elle le repoussa gentiment, récupérant une certaine distance de sécurité.
-Mais oui, mais oui, assura-t-elle finalement.
L'inquiétude soudaine du garçon était, malheureusement, agréable. C'était quelque chose de spontané, pas une réaction imposée par un train de vie ou une hiérarchie quelconque. Il s'inquiétait parce qu'il était inquiet, réellement, et non pas parce qu'il y était obligé.
Lorsqu'ils étaient entre eux dans le bataillon des Eclaireurs, ils agissaient de même entre eux, librement. Ils étaient eux-mêmes, se respectaient suffisamment, s'appréciaient ou non. Mais dès qu'ils revenaient au sein de la société qui les régissait, tout changeait. Les faux-semblants étaient là, les mensonges les prenaient à la gorge.
Alors ces enfants qui ne connaissaient encore rien du monde des adultes étaient parfois une bénédiction.
Elle esquissa un petit sourire en coin.
-Tu es seul encore ? demanda-t-elle. Ton ami s'est encore enfui en courant ?
-P-Petra…, geignit le garçon, un peu hésitant.
Elle dut retenir un petit gloussement. Il était tellement…Innocent ? La jeune femme avait vite remarqué comment le petit duo d'adolescents fonctionnait : jamais l'un sans l'autre, ou il s'était passé quelque chose. Et à voir l'expression gêné de Marco, ils étaient sur la deuxième phase. Les grands yeux sombres du garçon hésitaient à la regarder, visiblement conscients qu'elle concentrait son attention sur lui. Ca lui changeait les idées, quand bien même elle ne pouvait pas totalement faire abstraction de ce qui la minait depuis le début de la journée. Gunther avait beau avoir tenté de la distraire, c'était peine perdue. C'était une de ces journées où elle ne pouvait se focaliser que sur des choses absurdes qui ne la regardaient pas et ne l'avanceraient en rien.
Comme cette fille.
Les cris qui avaient attiré l'attention de Marco résonnèrent de nouveau au bout du couloir, quoiqu'un peu différemment encore. Soulagé de voir l'attention de la jeune femme se porter sur les bruits, le garçon leva les yeux au plafond avant de tendre le cou vers la nouvelle source de distraction, pinçant légèrement les lèvres.
-Tu sais qui est là-bas ?
Marco haussa légèrement les épaules, un peu gêné aux noms qu'il allait devoir dire. Après l'esclandre du matin, c'était un peu délicat à son goût. Elle haussa cependant un sourcil, légèrement insistante, et il déglutit.
-J…Jean et Eren…, marmonna-t-il. Au moins eux, en tout cas…
Pris d'un élan soudain, ignorant le petit nez qui se retroussait dans une grimace, Marco reprit son idée première : partir à la suite du duo infernal. Derrière lui, un petit grognement lui indiqua que Petra le suivait avec curiosité (au moins), à petits pas rapides lui permettant de suivre le rythme des grandes enjambées du brun.
Une voix menait. Mais, remarqua-t-il, elle n'appartenait ni à Eren, ni à Jean. Ni à aucune recrue de l'unité 104. Derrière lui, il entendit Petra soupirer après leur caporal, ce qui laissait envisager un bout d'explication. Un bout seulement.
Une exclamation, brève, retentit. Vite étouffée par la voix de l'homme.
C'était Connie.
Et fronçant les sourcils, Marco hâta le pas jusqu'à l'intersection suivante avant de s'arrêter brusquement. Dans son dos, il sentit le cuir froid de la veste de Petra s'enfoncer contre sa peau alors qu'elle n'avait pas eu le temps de comprendre ce qui se passait.
-Qu'est-ce que t…
-R…Rien…
Rien. Si ce n'était, au bout du couloir qui suivait la bifurcation, Jean. Nonchalamment appuyé contre la fenêtre, les bras croisés, le garçon suivait les échanges qui avaient lieu devant lui, et l'altercation entre le caporal et Connie semblait être des plus intéressantes. Les lèvres pincées, les sourcils froncés, Jean semblait hésiter fréquemment, tiquait à certaines phrases de l'homme, détournait les yeux pour se déresponsabiliser de la situation.
Et les prunelles brunes finirent par tomber sur Marco. Un frisson le parcourut, plus probablement dû à sa tenue trop légère pour la température ambiante. Mais d'une certaine façon, il aurait voulu que ce soit à cause du regard qui se posait sur lui. D'aussi loin, il lui était impossible de définir exactement l'expression de Jean. C'était frustrant. Le garçon alternait entre lui et la scène qui se jouait devant lui. Il pouvait discerner certains tics sur ses traits, et imaginer le reste par habitude. Ses lèvres qui se tordaient dans une petite moue quand ses yeux se détournaient brièvement, ses incisives qui venaient glisser sur sa lèvre inférieure. Son air renfrogné et hésitant.
-Va t'habiller, idiot…, entendit-il brusquement derrière lui.
La main fraîche sur son avant-bras avait brusquement sorti Marco de ses pensées –et de son observation à peine discrète- et Petra s'était avancée. Sa petite taille ne parvenait pas à obstruer son champ de vision, quand bien même il ne doutait pas que ce fût l'idée première de la jeune femme, et il se permit une esquisse de sourire en baissant les yeux sur elle.
-Je vous les laisse, murmura-t-il.
Une petite tape amical d'abord, puis de deux mains étonnamment puissantes pour son gabarit, elle le fit tourner sur lui-même et le poussa –un brin plus gentiment.
-Allez ! Pas le moment d'attraper la mort, avec ce temps !
Marco grimaça légèrement, et glissa un dernier coup d'œil derrière lui sans pouvoir s'en empêcher. A ce moment-là, Jean détournait les yeux, revenant aux garçons devant lui pour mettre son grain de sel dans une pique.
Il n'y aurait rien de plus pour l'heure, songea-t-il. Ca promettait pour la suite. Et Marco soupira, frissonnant sous un nouveau coup de froid. Ah, bon sang. Pourquoi diable avait-il était aussi pressé, au point de ne pas s'habiller convenablement, déjà ?
Derrière lui, les voix continuaient, les pieds foulaient le sol.
-Caporal ! Tout va bien ?
Le seul qui n'avait pas sursauté au son de sa voix était Jean. Petra avait bien remarqué le jeu de regards qui avait eu lieu, même à cette distance, entre Marco et lui. Dans le genre discret, on faisait bien mieux que ces deux-là, et visiblement dès que leur relation devenait un peu bancal, ils devenaient intenables dès qu'ils étaient en présence l'un de l'autre.
Des gamins.
Quand Eren rencontra son regard, elle fit en sorte de se durcir ostensiblement. La scène du matin était suffisamment fraîche pour chacun, et le jeune garçon rentra discrètement la tête dans les épaules.
-A l'infirmerie, Petra.
La voix de Levi grondait légèrement, rauque et basse, et elle haussa légèrement un sourcil. D'une main gantée, il désigna le garçon, à peine plus petit que lui, qui lui faisait encore face. La mine déconfite, un peu pâle et chétif, elle reconnaissait sans difficulté le garçon qui avait donné de sa personne pour immobiliser Eren lors du petit déjeuner. Il en avait encore les marques sur le visage –ou peut-être était-ce simplement le souvenir du poing du caporal.
-Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle, la curiosité pointant malgré tout.
-Le gamin est malade, essaie de voir ce qu'il a.
-Mais je n'ai… !
A la tentative de Connie pour couper court à l'idée de l'homme, tous les regards se tournèrent vers lui, le faisant presque sursauter. Le regard noir de Levi, le regard incrédule de Jean, leregard surpris de Petra, et…Le regard attristé d'Eren.
Attristé.
Autant il se moquait éperdument des autres, autant cette expression qui avait traversé le visage de son camarade ne le laissait pas de marbre. Il déglutit, de plus en plus difficilement. Il n'aimait pas le regard qu'Eren posait sur lui en cet instant. Il pouvait y lire sans problème sa déception face à son comportement.
C'était déroutant.
Ce n'était pas ce qu'il souhaitait.
Connie soupira lentement, baissant les yeux, ses épaules s'affaissant.
-Faites ça vite…, murmura-t-il.
L'instant d'après, il sentait la main, plus délicate que celle du caporal, se poser sur son épaule et le pousser gentiment dans le couloir, avec quelques mots rassurants.
Le regard rivé sur le sol abîmé, Connie essaya d'ignorer l'attention particulière qui se portait sur lui. Surtout celle d'Eren, qui le dérangeait tout particulièrement.
Il préféra l'éviter.
Et Eren ne le suivit pas.
