WOW ! Je crois que j'ai été un peu absente ahah... Je m'excuse pour le temps passé entre deux chapitres, j'ai été très prise, le travail m'a un peu fait perdre pied!
Mais je remercie tous ceux qui ont continué à suivre malgré tout, qui envoient de petits messages, ca me fait toujours chaud au coeur, vous n'imaginez pas!
Bon, ne vous attendez pas à quelque chose d'extraordinaire pour la reprise, je n'ai pas écrit en français depuis plusieurs mois alors c'est un peu dur de s'y remettre! x3
Comme d'habitude, n'hésitez pas à commenter et tout et tout... !
Chapitre 106
-Assume un peu, grogna Reiner.
Sous le coup d'œil noir et appuyé de Marco, le blond souriait déjà en imaginant le garçon bouillant d'impatience. La situation prenait une tournure des plus inattendues, et il n'en pouvait déjà plus de l'observer se retourner frénétiquement pour épier la table en retrait des leurs. Les lèvres se pincèrent dans une moue frustrée et le garçon se tourna de nouveau pour s'asseoir correctement entre ses camarades, se frottant la nuque d'une main.
-Assumer quoi ? marmonna Marco. Tes idées tordues ?
Reiner laissa s'échapper un petit rire. Du bout des doigts, il décortiquait consciencieusement son bout de pain, l'émiettant autant que possible sous l'œil perplexe de Berthold.
Marco soupira, avant de détourner finalement le regard des doigts qui s'agitaient sous ses yeux, et posa son menton sur son poing fermé, le coude sur la table de bois.
La situation n'était pas réellement catastrophique : personne n'était mort. Il n'avait certainement pas non plus perdu l'affection de Jean –enfin, il supposait, le garçon était toujours un peu particulier dans ses réactions.
Pinçant les lèvres, il soupira de nouveau. C'était ça, son problème. Il savait pertinemment qu'il ne pourrait pas continuer longtemps ce petit jeu de cache-cache avec Jean, tout simplement à cause de ses réactions. Il revoyait aisément l'expression effarée du garçon dans le dortoir, ses joues écarlates –ses oreilles tout autant, quand il le déshabillait. Il était idiot de lui avoir fait ces reproches : pas besoin d'être medium pour savoir pourquoi Jean ne s'était pas changé, douché, plus tôt.
Ou du moins il pouvait supposer.
Etait-ce à cause de lui ? D'une certaine façon, il se prenait à l'espérer. A espérer qu'il avait une importance suffisante aux yeux du garçon pour le perturber à ce point quand les mots fusaient entre eux et que la distance se faisait, volontaire ou non.
Et en même temps, cette idée était effrayante.
La scène ne datait pas même d'une journée, et Marco avait déjà la sensation qu'il se retenait de voir Jean depuis des jours entiers.
Reiner lui dédiait un sourire amusé –pour ne pas dire moqueur, et portait de temps à autre un morceau de mie de pain à ses lèvres. A ses côtés, Berthold lui lançait parfois un regard en biais, suivant le mouvement des mains, et pour une fois Marco le remarqua : la proximité entre les deux grands garçons s'était approfondie, de manière considérable. Ce n'était peut-être pas quelque chose qui sautait aux yeux, à dire vrai, mais il pouvait le sentir. Le voir même, ils étaient assis proches l'un de l'autre, probablement sans se rendre compte que leurs cuisses se touchaient malgré l'espace qu'il y avait autour d'eux.
Et à cette idée, inexorablement, ses pensées se tournaient évidemment sur le blond dont il entendait les balbutiements à la table trop éloignée pour qu'ils fussent compréhensibles.
Normalement, c'était à lui que Jean dédiait ces propos incohérents, ces syllabes mâchées et hésitantes.
Il n'avait eu pas besoin de longtemps pour comprendre qu'il ne pouvait pas se passer du garçon –quand bien même il le savait déjà pertinemment, le nez perdu dans l'oreiller de Jean encore quelques instants avant que l'intéressé n'entrât dans le dortoir, encore mouillé et gelé de leur journée.
Tout ça était tellement…Stupide ? Il savait que Jean n'oserait pas faire le premier pas vers lui –ce n'était pas son genre, outre le manque de confiance en lui-même. Et d'un autre côté, Marco avait un peu envie que le garçon sache enfin ce qu'il voulait.
-Et y'a rien à assumer, marmonna-t-il enfin après un long silence à contempler le contenu froid de son bol.
-Rien ?
La voix de Reiner était un peu surprise, et Berthold haussa un sourcil en regardant les deux garçons.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il.
-Il s'est engueulé avec Jean, répondit Reiner du tac-au-tac, sans même laisser le temps à Marco d'en placer une, la bouche à peine ouverte.
-Oh ?
Même Berthold haussa un sourcil, nageant en plein incompréhension.
-On s'est pas vraiment engueulé…, marmonna Marco en détournant le regard.
-C'est ça. Qu'est-ce que ce sera le jour où ça arrivera…
Reiner ricana un peu, et du bout du pied vint tapoter le tibia de leur camarade face à eux, lequel pinçait les lèvres dans une moue agaçée.
-Qu'est-ce que tu comptes faire, alors ?
Après un nouveau coup d'œil vers la table des veilleurs où Jean semblait être le sujet de conversation principal –son expression gênée, la rougeur qui s'étalait sur ses joues, ses gestes saccadés, tout le laisse penser, Marco se leva et passa une jambe par-dessus le banc pour s'extirper de la table. Reiner fronça les sourcils en le voyant faire (s'enfuir serait le terme le plus adéquat à dire vrai).
-Eh, Mar—
-Je vais prendre l'air, coupa le garçon.
Récupérant son morceau de pain encore intact, il adressa un petit signe aux deux garçons avant de quitter la grande salle, non sans glisser un œil vers Jean, qui s'était levé un peu brusquement. Dieu seul savait pourquoi. Il était entouré de sourires, plus ou moins large. Et même l'homme qui les dirigeait parlait.
Quand la porte claqua derrière lui, ce fut un peu comme si le bruit résonnait dans le couloir. Il savait que ce n'était que le fruit de son imagination, le brouhaha de la grande salle rendu plus sourd de l'autre côté du grand panneau de bois.
-Et moi, qu'est-ce que je veux, hein… ? marmonna-t-il finalement.
Passer la journée sans l'éventualité de voir Jean, lui parler, en se tenant à distance de lui-même –en quelque sorte après tout, était pesant et à l'opposé de ce qu'il désirait. Ce qu'il désirait ?
Le froid du couloir était le bienvenu et lui refroidissait les idées. Un brin d'air lui titilla la nuque et il s'arrêta, s'accoudant au rebord de la fenêtre qu'il allait dépasser. Le morceau de vitre cassée laissait toujours passer l'air glacé de l'extérieur. Les carreaux encore accrochés étaient sales, la crasse ne laissant passer qu'un simulacre de lumière nocturne. Au-dehors, les veilleuses du camp étaient déjà allumées.
Du bout du doigt, Marco traçait le bord du carreau brisé. Les pointes semblaient plus ou moins tranchantes, les bords plats un peu acérés. Personne n'avait jamais pensé à arranger cette fenêtre, il y avait bien des mois qu'elle était dans cet état-là, le froid pénétrant dans le couloir dès que possible, et s'installant de manière permanente.
S'il n'appuyait pas, la surface était juste lisse, son doigt glissait sans problème dessus.
Leur relation était-elle ainsi faite elle-aussi ? Il était conscient d'avoir poussé Jean, plus d'une fois, de l'avoir provoqué. Il l'avait touché, l'avait fait tourner en rond. Il y avait l'histoire avec Eren, celle avec Mikasa. Il y avait leur histoire. Si c'en était une, mais au final rien n'était moins sûr. Une histoire concernait deux personnes. Peut-être n'y avait-il que lui dans tout ça ? Peut-être se faisait-il des idées depuis le début ? Après tout, la gentillesse de Jean n'était pas une nouveauté –il n'avait pas même été capable de repousser Eren, et ceci à deux reprises.
Du bout du doigt, il tapota la pointe fine et translucide qui passait sur le trajet de son index, soupirant. Il n'aimait pas les situations frustrantes. Il n'aimait pas ne pas savoir.
Mais quand bien même ils seraient deux, qu'adviendrait-il ? Les mots n'étaient pas de ceux qu'ils pouvaient dire facilement, pas de ceux qu'ils avaient le droit de dire. Pas ici, pas dans ce camp. Pas maintenant.
Ce n'était…
-M…Marco !
Le garçon sursauta à la voix –il la connaissait tellement. Son doigt glissa un peu, le rebord tranchant entaillant la peau de sa main et il la retira de la fenêtre avec un juron, serrant aussitôt les doigts légèrement coupés par réflexe. Il y avait plus important.
-Jean ?
Le blond n'était pas exactement ce que l'on pouvait appeler essoufflé, mais il arrêta son trot près de lui, le souffle court néanmoins. Malgré la pénombre du couloir, Marco pouvait voir son visage hésitant, sa bouche parée de cette moue –si irrésistible, qui indiquait son état d'esprit.
-On…On peut…Parler… ? murmura-t-il.
Marco déglutit. D'ordinaire, Jean ne parlait pas. Du moins, pas des conversations grandement philosophiques, pas des discours réfléchis, Jean était plutôt spontané, totalement irréfléchi. Un peu comme le matin même.
Marco hocha la tête, avant de baisser les yeux sur sa main, mais Jean continua avant qu'il n'ait eu le temps de penser plus loin.
-On peut…Aller à l'infirmerie…, proposa-t-il.
Un instant, Marco se demanda si Jean l'avait vu sortir de la salle, s'il lui avait couru après, s'il… Mais non. La distance qu'il s'était obligé à suivre toute la journée durant devait l'en avoir dissuadé.
Alors pourquoi était-il là, en cet instant précisément ?
-Petra ne nous importunera pas, ajouta Jean avec une petite hésitation. Ils sont tous là-bas. On…Sera tranquille…
Ses phrases un peu hachées sonnaient étrangement, mais Marco se contenta de hocher la tête, emboitant le pas au garçon. Pour une fois que Jean agissait de son propre chef, il ne comprenait plus grand-chose à ce qui se passait. Parfait.
Dans le silence qui les entourait, Marco fixait la silhouette mince qui le devançait de peu. Jean n'avait pas les épaules basses comme il aurait dû en temps normal. Sa démarche était un peu tendue, parfois ses mains se crispaient avant de se détendre, ses poings s'enfonçaient dans les poches de son pantalon, en ressortaient. Il portait une main à son visage, frottait un bout de sa joue ou Dieu seul savait quoi –un œil peut-être. Et le manège se répétait, jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'infirmerie déserte.
Il y faisait sombre. C'était bien probablement la première fois qu'ils y entraient à la nuit tombée, et Jean chercha à tâtons la lampe, parvenant tant bien que mal à faire brûler la mèche dans le globe de verre.
Là, la petite pièce s'imprégna de la lumière jaunâtre, les contours des meubles et divers objets apparaissant plus sûrement. Marco s'assit sur le bord du petit lit, le matelas et les vieilles lattes crissant sous son poids et il pinça les lèvres en repensant à ce qui s'était passé auparavant au même endroit.
Pendant quelques instants encore, le silence ne fut rompu que par Jean qui fouillait, sortant coton et produits.
-J'aurais jamais pensé que tu jouerais avec du verre, dit-il finalement.
-Tu m'as surpris…
Jean eut un petit souffle qui ressemblait à un petit pouffement stoppé net, mais il ne s'arrêta pas si bon compte, délogeant de lui-même la main de Marco.
-Ca a pas mal saigné, souffla-t-il.
-C'est le bout des doigts, c'est normal.
Ils murmuraient, comme si l'air s'emplissait de chacun de leur mot et que l'espace à combler leur était compté. Marco frissonnait quand les doigts glissaient sur les siens, le coton semblant plus lourd que les phalanges de Jean.
Les picotements du produit étaient inévitables.
-Dis, Marco…
Agenouillé devant lui, Jean fixait seulement sa main, lissant par moment la peau de sa paume, de ses doigts. Sans raison.
Il retenait son souffle, peu sûr de ce qu'il allait entendre, de ce qu'il voulait entendre.
-Qu'est-ce qu'on est, tous les deux… ?
