SG1 Les Portes de l'Enfer

Épisode 2, chapitre 2

Lantia, planète d'accueil de la base Atlantis, galaxie de Pégase :

_Aucun biosigne humain, monsieur.

Daniel Jackson / le prêtre acquiesça. La base Atlantis avait quitté le système depuis longtemps, et les quelques habitants du cru, qui avaient posé de misérables cahutes sur le continent, s'en étaient également allés.

En dehors des chevreuils et des sangliers, personne ne logeait sur le continent.

_Des biosignes, non humains ? demanda Jackson.

Le technicien pianota sur sa console.

_ Juste des animaux...

Bien, se dit Jackson. Il n'aurait pas aimé rencontrer un Wraith égaré… bien que le bougre n'aurait pas été à la hauteur de l'affrontement, c'est certain…

_Déployez les Warwolfs.

_Bien, monsieur.

Daniel les avait appelé comme ça. Cela sonnait bien. Ceux qui ne supportaient pas la transformation devenaient des loups, de gros loups féroces à moitié humains. Ils étaient aisément manipulables et il en avait fait une petite armée docile et dangereuse.

_En approche. Cinq secondes avant contact, fit un technicien.

Sur l'écran principal de la passerelle, les deux navettes de Warwolfs approchaient la surface de la planète. Elles se posèrent en douceur.

_Contact. Déploiement des Warwolfs.

Sur l'écran, les guerriers-loups s'extirpèrent des navettes et commencèrent à explorer la zone en petits groupes de trois.

_Poursuivez, fit Jackson.

N'était-ce pas en quelque sorte ironique ? Ces Warwolfs n'avaient pas tenu la transformation, et étaient devenus des bêtes sauvages, sanguinaires, mais plutôt simples d'esprits, comme si le côté animal, cruel, de l'homme s'était exprimé ainsi.

_La zone est sûre, monsieur.

Les loups continuaient d'explorer, et progressaient vers une petite construction de pierre.

_Qu'ils se postent autour, ordonna Daniel.

_Oui, monsieur.

_Je ne veux personne à l'intérieur.

_Oui, monsieur.

L'ordre fut transmis, et six Warwolfs se postèrent autour de la construction de pierre.

_Bien.

Daniel se leva, fit craquer son dos (le trône n'était pas vraiment ergonomique. C'était un symbole, pas un de ces confortables fauteuils de commandement que l'on trouvait à bord des vaisseaux terriens), puis s'avança au milieu de la passerelle.

_Téléportez les troupes. Continuez d'explorer la zone. Je ne veux aucune mauvaise surprise, ordonna-t-il avant de disparaître dans un halo lumineux.

Il faisait froid. Ce n'était pas la meilleure saison pour une ballade en forêt, mais pas la pire non plus. Les feuilles des arbres jaunissaient, les épines des sapins se préparaient pour l'hiver. Heureusement, il ne pleuvait pas.

Daniel progressa rapidement vers la construction de pierre, tout en songeant à Atlantis. Comment avaient-ils pu passer à côté de cela ? Pourtant ils possédaient les archives des Anciens, et ils avaient la cité tout juste à côté ! Certes, une partie des archives étaient codées, et l'autre pas forcément compréhensible, raison pour laquelle il fallait suivre la mention « Portes de l'Enfer » et trouver le temple de Hadès. Mais, en y prêtant attention, tout était là. Il fallait assembler le puzzle. Et si l'équipe d'Atlantis l'avait fait… ils auraient eu entre les mains un pouvoir incommensurable. De quoi balayer la menace wraith d'un simple revers de main. Mais au lieu de cela, ils s'étaient agités en tout sens comme des fourmis dans un shaker… Dommage. Ou peut-être pas…

Tout cela avait-il un sens ? Cela faisait longtemps qu'il ne croyait plus au destin et à ces contes pour enfants… Qu'importe après tout… Lorsque l'on connaissait l'immensité de l'univers, cela aidait à relativiser.

Il passa devant les Warwolfs, droits comme des piquets, leurs lourdes armes en main. Ils baissèrent la tête en signe de respect et de soumission. Il leur rendit leur salut.

Il songea également aux équipes SG, et au commandement planétaire. Combien de fois auraient-ils pu trouver ce qu'ils avaient sous le nez depuis longtemps ? L'avant-poste des Anciens, les affaires de Merlin… Et ces bougres d'Oris, eux aussi auraient pu trouver ! Et pourtant, personne ne l'avait fait. À croire que tous étaient de parfaits idiots. Comment manquer une opportunité pareille ? Juste là ! Tout était écrit, consigné !

Il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir…

La construction était rudimentaire. Il n'y avait qu'une seule grande salle. Un autel de pierre, circulaire, se trouvait au centre, mangé par la végétation, et des bancs de pierre étaient éparpillés contre les murs. Il n'y avait aucune statue, aucun glyphe, aucune inscription, ni bas relief. Pour peu, on aurait pu croire qu'il ne s'agissait là que d'un abri de chasse, rien de plus. Un coin où se réchauffer en cas d'averse un peu trop violente.

Daniel s'approcha de l'autel. Là encore, il n'y avait aucune inscription, pas un sillon dans la pierre. Cela aurait pu être une simple petite table où poser n'importe quoi. Il la poussa, et elle glissa sur le sol. La pierre n'était pas si lourde. Il la poussa comme s'il bougeait un meuble.

L'autel cachait l'entrée d'un sous-terrain. Des marches en pierre s'enfonçaient dans le sol.

Daniel activa une lampe torche, et descendit.

Les murs étaient, ici aussi, nus. La construction n'avait pas été faite pour s'intégrer dans une culture, prendre le symbolisme d'une religion afin d'attirer l'œil et tromper l'esprit. Daniel atteignit le bas de l'escalier. Il y avait un long couloir, sombre, qu'il emprunta. La construction n'avait jamais été visitée, ni trouvée, et elle n'était pas conçue comme un de ces temples mayas ou aztèques, avec des pièges secrets dans les murs, dans le sol… une boule énorme qui roulait derrière l'imprudent… Ce n'était pas comme dans l'imaginaire des cinéastes. Parce que cette construction n'avait pas pour vocation d'attirer les convoitises. Il n'y avait rien de précieux, pas un morceau d'or, pas une poterie, pas même un petit bout de verre. Juste des pierres et de la poussière.

Comment n'avaient-ils pas trouvé cela ? pensa Daniel. Sheppard et son équipe avait dû explorer les environs. La bâtisse, un peu en ruine, était plutôt facile à trouver… Il était même fort à parier qu'ils s'étaient abrités dedans pour manger un morceau, ou échapper à une petite averse. Voilà ce qui arrive lorsque l'on confie aux militaires le boulot d'un érudit…

Le couloir débouchait sur une petite salle, basse de plafond. Daniel pencha légèrement la tête pour ne pas se cogner. Là encore, pas de décorum lourd, il n'y avait quasiment rien à voir si ce n'était un siège tout en pierre. Un siège… En fait cela tenait un peu plus du trône que du fauteuil de salon, mais il n'y avait pas une inscription dessus. Par contre il fallait arracher les mousses de lichen qui s'étaient solidement installées un peu partout.

Un trône… Pour n'importe quel benêt, ce n'était là rien de franchement intéressant. C'était même sûr, celui qui venait ici en ignorant, s'asseyait dessus, et ne voyait là qu'un objet fonctionnel et rien de plus. Peut-être faisait-il partie d'un ensemble ? se dirait-il, table et fauteuils en pierre pour des banquets cossus !

Mais Daniel savait ce qu'il était, ce qu'il y avait dedans…

Il ne s'assit pas dessus. Il fit glisser ses mains sur la pierre, sentant la moindre sinuosité, la moindre saillie de la roche. Il commença par les accoudoirs. Rien. Puis le dossier. Rien. Les paquets de mousse n'aidaient pas à coller à la surface rugueuse de la pierre. Il devait, par endroits, se débarrasser du lichen, frotter, brosser un peu, pour sentir les aspérités.

Il se rabattit sur l'assise, fit glisser ses mains, ôta quelques lichens, et trouva. C'était là, sous ses doigts !

Daniel sourit, notant l'ironie : on s'asseyait littéralement sur le mécanisme ! Autrement dit, celui qui prenait ce trône pour un repose fesse, passait totalement à côté de sa véritable fonction.

Daniel appuya sur les aspérités qu'il avait senties, et un petit morceau circulaire s'enfonça dans l'assise. Il le glissa dans un renfoncement et pu voir ce qu'il cachait : un mécanisme d'ouverture avec une poignée en fer. Il saisit la poignée, tourna et la pierre fit un bruit de raclement.

Daniel fit le tour du fauteuil. Un compartiment secret était ouvert au pied du dossier. Il écarta quelques toiles d'araignée, épousseta le sable, et plongea la main dans le compartiment. Il saisit un objet enroulé dans un linge, puis l'extirpa de sa cachette. Une fois en main, Daniel s'empressa de retirer le linge pour examiner l'objet. C'était un pad de données ancien. Il l'activa, et le pad réagit aussitôt.

Parfait ! se dit-il. Il fonctionne…

Daniel fit défiler les données, avant de trouver ce qui l'intéressait. Il sourit.

Tout y était… Tout était soigneusement répertorié… Un jeu d'enfant… Si la mission Atlantis l'avait trouvé…

Soudain, un bruit que Daniel reconnut entre mille, même étouffé par les murs en pierre, emplit la pièce. C'était un bruit aigu, agaçant. Le son que faisait un dart en vol… Les Wraiths…

Merde ! pensa Daniel, il ne manquait plus que ça !

Il fourra le pad dans son linge et le mit dans la besace en toile qu'il avait sur l'épaule, puis il s'empressa de quitter la salle.

Il traversa le couloir, gravit les marches de l'escalier, et se retrouva à l'entrée de la bâtisse.

Là, le spectacle qu'il eut sous les yeux n'était pas rassurant. Il compta cinq darts en vol, tournant et bourdonnant comme des guêpes surexcitées. Régulièrement l'un d'entre eux se détachait du groupe pour téléporter des soldats wraiths au sol. Les autres faisaient du rase motte et tiraient sur les groupes ennemis. Et ces ennemis étaient précisément les Warwolfs que Daniel avait dépêché sur place.

À les voir, rageurs, brutaux, ils ne déméritaient pas. Ils combattaient les soldats wraiths avec fougue, et adroitement. Il faut dire qu'un Warwolf seul faisait une bonne tête de plus qu'un Wraith. En fait, s'ils avaient été en nombre équivalent, les Warwolfs auraient largement eu le dessus. Mais les darts ne cessaient de téléporter des soldats, et ils furent bientôt beaucoup plus nombreux que les Warwolfs. De plus, les soldats tiraient avec leurs armes à énergie tandis que les loups ne disposaient que d'armes blanches. Ces derniers furent rapidement isolés en petits groupes et débordés, puis encerclés.

Daniel fulminait. Il n'avait vraiment pas besoin de perdre son temps ainsi…

D'autant plus que, ne prévoyant de rencontrer aucune résistance, il avait laissé son bâton à bord du vaisseau, et sans lui, ses pouvoirs étaient bien plus faibles.

Faibles, mais pas inopérants. Il avait encore quelques tours dans son sac, et gardait en dernière extrémité le dispositif personnel de téléportation qu'il portait sur son poignet gauche. Si la situation devenait incontrôlable, il se téléporterait et lancerait une attaque générale depuis le vaisseau. De toute façon, aucun vaisseau wraith ne pourrait rivaliser avec son… D'ailleurs, où était le vaisseau wraith ? Comment se faisait-il que son équipage ne l'ait pas détecté… parce que si tel avait été le cas, on l'aurait immédiatement prévenu…

C'était certain, les Wraiths ne dominaient plus dans la galaxie de Pégase, et leurs vaisseaux vieillissaient. Toutefois, ils étaient taillés pour supporter le travail du temps, des siècles même… Les Wraiths étaient demeurés en hibernation pendant un long moment avant que l'équipe d'exploration Atlantis ne vienne tout réactiver… donc, il ne fallait pas considérer cet ennemi à la légère… Probablement, le vaisseau wraith s'était-il planqué derrière une petite lune, toute proche de la planète.

Daniel s'avança dans la petite clairière qui bordait la forêt, puis se mit à arroser les soldats wraiths de décharges d'énergie. La plupart d'entre eux ne surent pas comment réagir à cet intrus qui paraissait si puissant. Les Warwolfs reprirent un instant l'avantage, mais le balai aérien des darts continuait sans cesse.

Daniel se dit qu'il devrait peut-être éliminer les darts plutôt que les soldats, ou bien encore fuir, plutôt que de soutenir ses loups, mais il avait comme une envie de donner une petite leçon à ces maudites tronches de cadavre. Après tout, il était bien plus fort aujourd'hui qu'une armée de Wraiths, et il le savait. Ce n'était pas de l'arrogance que de penser cela, juste un fait…

Il continua d'éliminer un maximum de soldats. Deux d'entre eux tentèrent de l'empêcher de nuire, ils le chargèrent en grognant, toutes dents dehors, leurs armes en avant, et, d'un revers de la main, Daniel les balaya comme s'ils n'étaient que des moucherons au bourdonnement désagréable.

C'était un fait… oui… Peu importe la situation, peu importe les armes, peu importe la technologie, Daniel était beaucoup plus puissant… invincible… pour ces créatures vampiriques, un Dieu, en somme…

Daniel ne vit pas le coup venir, et ne sentit qu'une vive douleur sur le crâne. Un Wraith, pas un soldat, mais un commandant, venait de l'assommer avec la crosse de son arme.

Daniel tomba comme une masse, inconscient, et certain de sa supériorité.