SG1 Les Portes de l'Enfer

Épisode 2 chapitre 3

Équipe d'exploration à bord du Destinée. Secteur inconnu.

Les enseignes Toko et Vetrill ne se connaissaient pas. Et ils ne pouvaient pas être plus différents l'un de l'autre. Hiro Toko venait d'une famille modeste de Tokyo. Une enfance heureuse bien que faite de privations, à l'âge de onze ans il était déjà passionné d'électronique, d'informatique, et de toutes les technologies d'avant-garde qu'il trouvait. En grandissant, il intégra des programmes d'enseignement des sciences, se défendait bien au jeu de Go, et pensa un jour se spécialiser en robotique. Puis, lors d'un voyage en Amérique, il visita un chantier de construction pour vaisseaux spatiaux. On n'y faisait que des navettes, mais, à ce moment, le regard de Hiro s'était irrémédiablement tourné vers les étoiles. Dès lors, il étudia avec fougue la technologie des moteurs à distorsion, décrocha son diplôme d'ingénieur, et intégra l'académie de Starfleet. De l'avis de tous ses instructeurs, c'était un esprit brillant, méticuleux et zélé. Il eut sa première affectation sur le Jacksonville, un classe Galaxy dévolu à la recherche scientifique. Deux ans après, il intégrait l'équipage de l'Enterprise. Et vivait l'aventure qu'il avait toujours rêvé de vivre.

Dinesh Vetrill descendait d'une longue lignée de soldats, remontant aux troupes indiennes dans l'armée britannique, tel que le 16th Punjab regiment. Ses ancêtres ayant émigrés en Angleterre, ils avaient servi par la suite dans des régiments royaux, et des corps d'armée aussi différents que la Royal Navy, la Royal Air Force, ou encore le Special Air Service (pour son arrière-arrière-grand-père). Dinesh avait passé son enfance à admirer les uniformes et les faits d'armes de toute sa famille, ainsi que d'un père ayant fini sa carrière comme colonel d'active des services de renseignements militaires de la Fédération. Se sachant destiné à une carrière militaire, il avait d'abord étudié à l'université de Londres, l'Histoire, se spécialisant en stratégies militaires du 22ème siècle. Puis, au hasard de ses rencontres, il se fit une idée plus nette de ce qu'il voulait. Certes, il aimait la discipline militaire, mais le combat traditionnel lui apparaissait comme désuet. L'avenir était sur les vaisseaux d'exploration de la Fédération. Partir rencontrer de nouvelles espèces, se défendre contre des ennemis inconnus, tout cela était un véritable challenge. Alors, il intégra l'académie de Starfleet, et fut diplômé, spécialité : sécurité. Vetrill était un homme coriace, aimant l'ordre et les choses simples. Il avait entendu quelque fois le capitaine Picard philosopher, discuter d'éthique, mais cela ne lui parlait pas. Travailler sous les ordres de Worf, un guerrier klingon de premier ordre, s'avérait être, pour Dinesh, bien plus gratifiant.

_Ça donne quoi ? demanda celui-ci.

_Rien sur le détecteur, répondit Toko.

_On continue.

_Oui. On continue. C'est tout droit. Il devrait y avoir des compartiments techniques, un peu plus loin.

Ils avançaient dans le vaisseau, seuls.

_On n'y voit rien, se plaignit Vetrill.

_Oui. Et il fait froid.

_Ça vaudrait le coup d'activer les systèmes du vaisseau…

_C'est pas certain…

_Comment ça ?

_On ne sait rien des réserves d'énergie. Si elles sont au plus bas, activer tous les systèmes inutiles va consommer…

_J'ai saisi…

_À n'en point douter.

Toko scrutait l'écran de son tricordeur, tandis que Vetrill avançait, son phaseur pointé devant lui.

_Alors ?

Toko ne leva pas le nez.

_Il n'y a vraiment rien ici… On dirait que c'est mort…

_Mort ?

_Façon de parler. Là, un espace plus grand.

_Une soute ?

_Non, je ne sais pas… Nous y sommes, allons voir.

Ils débouchèrent dans une grande pièce meublée de tables et de bancs rudimentaires.

_Un réfectoire, affirma Toko.

_Forcément, il y en a plusieurs… C'est qu'il faut nourrir tout un équipage.

_On continue.

_On continue.

Toko, imperturbable, lisait les données de ses détections, tandis que Vetrill, jetant nerveusement des coups d'œil un peu partout, restait sur ses gardes.

_C'est immense… Je ne pensais pas que la proue serait si vaste…

_Il est aussi grand que l'Enterprise…

_On peut se cacher sans problème…

_Oui. Il ne serait pas impossible que des intrus puissent vivre dans une partie du vaisseau, sans que les autres sections en soient affectées…

_Des intrus, ou des ennemis…

Toko ne releva pas, poursuivant son exploration.

Ils empruntèrent à nouveau des couloirs, éclairés de leurs seules lampes torches.

_On n'y voit rien, déclara Vetrill.

_Vous l'avez déjà dit, remarqua Toko.

_Je sais, c'est que s'il faut réagir, ce serait mieux avec de la lumière…

_Réagir à quoi ?

_Je ne sais pas.

_Attendez.

Toko s'arrêta brusquement.

_Quoi ?

_Il y a un truc…

Toko pianota sur son tricordeur.

_Non, rien…

_Allez-y, soyez pas timide, lâchez le morceau…

Toko scruta le couloir, plissant les yeux comme s'il voyait quelque chose.

_J'ai cru… enfin, je ne sais pas, pendant une seconde je pensais avoir détecté quelque chose…

_Quoi ?

_Une forme de vie… un truc bougeait…

_Où ça ?

_Non, c'était une erreur… Je n'ai plus rien…

_Comment ça ?

_Je ne détecte plus rien…

_Sûr ?

_Je pense que c'était un écho, ou bien un problème du détecteur… Peut-être le calibrage, ou le programme…

Ils traversèrent un couloir sombre, puis un local technique avant d'atteindre un espace beaucoup plus grand.

_Je ne vois pas grand chose, mais là je crois qu'on est dans une soute, nota Vetrill, tenant son phaseur devant lui, menaçant.

_Il semblerait, oui, confirma Toko, toujours à ses analyses.

_Eh !

Vetrill tira une salve de phaseur, qui fit sursauter Toko.

_Ça va pas non ? Vous tirez sur quoi ? La soute est vide…

_J'ai vu un truc bouger…

_Où ça ?

_Dans le coin, là bas…

Vetrill désigna un angle de la soute. Toko leva son tricordeur et balaya la zone.

_Rien.

_Comment ça rien ?

_Rien, c'est rien… Aucun biosigne, aucune détection…

_Votre machin est en panne.

_Je ne crois pas. Je me fie bien plus à mon tricordeur qu'à mes sens… et aux vôtres…

_Pas moi…

_Vous n'avez peut-être vu qu'une ombre… Ne perdons pas de temps pour rien…

Vetrill fronça les sourcils.

_Ou alors ce n'est pas rien. Je vais voir… Vous, attendez là.

Toko n'eut pas le temps de répliquer que l'enseigne Vetrill, phaseur en avant, partait déjà vers le coin de la soute où il n'y avait peut-être rien.

_Bon, ben je vous attends là, fit Toko à part lui.

Vetrill avançait tout en grommelant, les dents serrées.

_Quelle idée de se taper une exploration d'un vaisseau comme ça… Moi j'aurais déployé plusieurs équipes de sécurité…

_Qu'est-ce que vous dites ? s'enquit Toko, inquiet.

_Rien ! lança Vetrill, concentré sur sa tâche.

Il scruta l'obscurité, balaya toute la zone de sa torche à la puissance trop faible pour éclairer les recoins. Rien. Pas un mouvement. Il fit volte-face et commença à rejoindre l'ingénieur.

_Il n'y a rien…, déclara Vetrill, satisfait. À moins qu'il n'y ait des fantômes…

Il n'était pas mécontent de son trait d'humour, mais Toko ne riait pas. Il ne bougeait pas, il était pâle et semblait comme pétrifié…

_Qu'est-ce qu'il y a ?

_Le… le… c'est…, bredouilla l'ingénieur, incapable d'aligner deux mots.

_Enfin, vous crachez le morceau ?

Derrière Vetrill, une silhouette sombre, énorme et monstrueuse, était soudainement apparue. La bête faisait bien deux, peut-être trois fois la taille de l'homme, un corps couvert d'une sorte de carapace noire, une longue queue terminée par un dard gigantesque, un crâne allongé, des crocs puissants qu'elle dévoilait en retroussant ses lèvres, et des griffes aussi longues que des dagues.

_Le… le…

Toko ne bougeait pas, cloué sur place par une terreur incontrôlable.

_Quoi ?! s'impatienta Vetrill.

La bête saisit dans l'une de ses pattes (ou main ? Toko n'aurait su le dire…) la tête de Vetrill, et son buste dans l'autre, puis, d'un coup sec sépara les deux parties du corps. Le craquement des vertèbres fit un bruit épouvantable, accentué par le silence sépulcral du vaisseau. Il y eut du sang partout, les carotides expulsant le liquide comme des geysers ininterrompus. Toko en fut recouvert de la tête aux pieds.

La créature jeta négligemment la tête dans un coin, et le corps dans un autre. Vetrill avait une expression de surprise mêlée d'horreur figée sur le visage.

Brusquement, Toko, poussé par une montée d'adrénaline, fit volte-face et se mit à courir comme un fou. Il ne savait pas très bien où aller, mais il devait fuir le plus loin possible de cette soute.

Seulement, il n'avait pas fait deux pas, que la bête était sur lui, plus rapide, plus agile. D'un seul geste, elle lui lacéra le bras gauche et le déséquilibra.

Toko fit un roulé boulé qui se finit contre une cloison, puis tenta de se saisir de son phaseur. Peut-être pourrait-il assommer la créature suffisamment longtemps pour lui laisser le temps de fuir.

Mais il ne put même pas se retourner, cette dernière ayant bondi dans sa direction, venait de lui arracher, d'un coup de griffes, le bras droit.

Toko hurla de douleur, et prit conscience d'une terrible évidence : il n'avait aucune chance d'en réchapper…

La dernière chose qu'il vit fut le filet de bave qui coulait de la mâchoire inférieure de la bête, avant qu'elle n'ouvre la gueule en grand…