Tadam ! Vous avez droit au chapitre avec un jour d'avance !
Plusieurs raisons à cela. La première, c'et que demain, je fais ma rentrée (youpi...) et donc j'ai peur d'oublier x) La deuxième c'est que j'ai fini d'écrire le tome 4 (oui, le tome suivant !), qu'il fait 366 pages, et que je suis tellement fière qu'il fallait que je vous le dise ! xD
Hum. Voilà.
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Et sans plus attendre... Voici les réponses aux reviews !
Bienvenue dans cet univers Kilga ! Tu as lu les deux tomes précédents j'espère x) Oui, Sirius a été très irresponsable (et cruel) quand il a tenté de tuer Rogue. Pas seulement parce que tuer c'est mal, mais parce que Remus aurait été exécuté. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment il a pu faire ça. Pensait-il pouvoir cacher le corps ? C'est ce qui me paraît le plus probable, mais franchement, ça me soulève l'estomac...
Hello Aomine ! Mwahahaha, je ne révèle rien sur la nouvelle résidence de Narcissa et Drago. Mais sois assurée que Dumbledore ne leur proposerai CERTAINEMENT PAS de faire partie de l'Ordre x) Quant à la raison pour laquelle Elisa n'a pas de "love interest"... Il y en a plusieurs. Premièrement, elle est concentrée sur ses projets. Deuxièmement, elle se considère comme adulte : si elle était intéressée par quelqu'un, ça serai une personne plus âgée, et donc qu'elle a peu de chances de rencontrer à Poudlard. Et enfin, je la considère comme AroAce, donc n'éprouvant pas d'attraction sexuelle ou romantique. Comme c'est mon cas, c'est plus facile à écrire pour moi.
Salut Mireillelabeille x) J'aime beaucoup ton pseudo ! Oui, JKR n'a pas vraiment expliqué comment on obtenait un métier après Poudlard, alors... Je mets mes headcanon à volonté x) Pour ce qui est de Sirius Black : je suis d'avis que c'était un gamin violent et que personne n'a cherché à corriger ce trait de caractère chez lui (pas ses parents, pas les Marauduers, pas l'Ordre du Phenix). Cela s'est donc aggravé, il est devenu cruel, mais effectivement, il aussi de bonnes qulités, et il se battait du côté des gentils. Cependant, le fait qu'il soit dans le "bon" camp ne fait pas de lui quelqu'un de bien... Enfin bref. Pour Game Of Thrones, je piétine d'impatience pour la prochaine saison x) Et j'ai tellement hâte de voir Jaime et Brienne ! Et de voir Dany et Jon rompre, par pitié u_u
AH AH, DreamerInTheSky, tu imagines une bataille épique... Mais tu vas vraiment être déçue xD Dans ce tome, Elisa va éviter la confrontation. Pour autant, elle va quand même se retrouver au coeur de l'action, mais c'est une autre histoire x)
Yo Imthebest ! Ouais, Hestia et Ginny sont faites pour s'entendre. En fait, dans le tome précédent, Hestia a mis du temps à être répartie parce que le Choixpeau a brièvement hésité avec Gryffondor xD Mais finalement il a cédé à l'insistance de la gamine qui voulait rejoindre sa jumelle à Serpentard ! Hum, bref. Oui, effectivement Drago a une vie de merde en ce moment xD Ca va durer tout l'année...
Tu imagine que trop de trucs vont rester semblables au canon, EveApplefield ! Mais tu n'as pas tort pour la Carte. En effet, Harry va en être privé... Mais pas forcément pour les mêmes raisons que tu as énoncées. Eh oui, il faut aussi prendre en compte le fait que ses relations avec les Weasley (en particulier les jumeaux) ne sont pas les mêmes... C'est révélé dans ce chapitre !
Merci victoria leanansidhe ! Une review n'a pas forcément à être constructive x) Tu peux dire qu'un passage t'a fait rire, que tu es contente de revoir tel ou tel personnage, qu'un certain évènement est bien ou mal amené, qu'une phrase t'a tapé dans l'oeil... Ca fait toujours plaisir à l'auteure !
Yo Elesdei ! Alors, Elisa pourrait effectivement dire innocemment à un prof que Sirius pourrait être Animagus. Le souci, c'est qu'il serai aussitôt arrêté (et Embrassé) par les Détraqueurs, sans avoir une seule chance de prouver son innocence ! Tant que Pettigrew n'est pas capturé pour que le Ministère ait une preuve irréfutable de sa culpabilité, Elisa va donc laisser Sirius se cacher avec son secret. Elle ne l'aime pas en tant que personnage, mais elle ne va pas le tuer non plus ! Quant au rapport entre les différents matières et les différentes facettes de la magie, hum, c'est vrai que ça généralise un peu. En fait, selon moi, c'est comme ça que les Fondateurs ont choisies leurs matières favorites. Seulement environ 50% (ou 75% max) des élèves ont un type de magie qui s'aligne avec la matière symbolique de leur Maison...
Hello SugarBrown ! Oui, le canon a bien dérapé x) Pour ce qui est de Sirius, Harry va faire confiance à Elisa pour les recherches, essentiellement parce qu'il na pas (personnellement) les contacts nécessaires xD Mais il va effectivement finir par apprendre la vérité... Pour ce qui est d'Hermione : oui, elle utilise le Retourneur de temps, mais pour l'instant elle s'en sort bien donc personne ne l'a remarqué. Et oui, Tourmaline va ouvrir l'année prochaine, dans le tome 4 ! x) Le tome 4 sera d'ailleurs riches en rebondissements...
Hiyoru ! T'es pas morte ! /PAN/ Oui, dans la saga Harry ne s'intéresse pas à grand-chose, donc je peux mettre plein de headcanons ou de petits détails x) Pour ce qui est des Maraudeurs : la personne qui dit qu'ils étaient adoré est soit McGonagall, doit Hagrid... Donc leur opinion est assez biaisée x) En effet, je ne doute pas que les Maraudeurs aient été adorables, drôles et honorables en compagnie des professeurs, du garde-chasse, ou même des Gryffondor (qui sont le seul public auprès duquel McGonagall va se forger une opinion). Pour les Serdaigle, on a canoniquement vu qu'ils vont rarement voir un prof les aider, qu'ils règlent leurs problèmes eux-même (ni Luna, ni Marietta, ni Cho ne se sont jamais tourné vers Flitwick). En revanche, les Serpentard raconteraient une toute autre histoire... Mais bref ! J'essaie de ne pas donner dans le bashing, mais j'aime vraiment pas Sirius x)
Yo l'Avadakedavrateur ! Oui, Elisa va repasser en revue ses jalons x) Elle a déjà tellement modifié le canon que ça devenait nécessaire ! Hum, sinon, pour GoT... AAAAAH JAIME ET BRIENNE ET WTF JON ET DANY, ouais, ça résume bien mon état d'esprit xDDD
Salut Debralovelove ! Le chantage d'Elisa a Lucius n'a quasiment aucune conséquence sur Drago x) C'est le divorce qui l'affecte, et Narcissa comptait déjà mettre Lucius à la porte bien avant le rendez-vous avec Elisa ! Le chantage d'Elisa implique uniquement Lucius, et encore, il n'est pas officiellement derrière les révélations sur la parenté de Jedusor (ce serai du suicide, il doit pouvoir nier). Oui, Elisa est très dure avec Lupin, c'est fait exprès. Elle ne l'aime pas, elle méprise ses action passées (et présente)... Mais si elle était à sa place, elle non plus elle n'agirai pas parfaitement x)
Coucou Mayoune ! Mwahahaha, tu vas avoir une surprise pour le match de Quidditch, ça c'est sûr. Quant à la leçon sur les hippogriffes, ben... Elle va tellement bien se passer qu'Elisa n'en prendra même pas note. Eh oui, Gobe-Planche est compétente et ne lésigne pas sur la sécurité, elle ! Mais bref. Pour ce qui est de Sirius, Elisa va l'éviter autant que possible. Mais il va bien apparaitre dans la fic...
Salut Charlieflex ! Le terme d'"héritage" est très vaste, tu sais x) Il ne s'agit pas seulement d'un héritage matériel ! C'est tout le patrimoine qu'une personne laisse à son décès : ses biens, son histoire, son oeuvre. Dans ce tome, Elisa s'intéresse à Sirius et ça va la mener à découvrir des choses sur tous les Maraudeurs... Mais je n'en dit pas plus, ça serai du spoiler x)
C'est marrant que tu adore Helen, Elaia Gurialde, parce qu'elle est inspirée d'Alva du Parfum des Arums. Sa Maison, son apparence, son caractère... Elles sont très semblables x) Pour la thèse : rassure-toi, chez les sorciers c'est plus fun que chez nous autres Moldus xD Et Elisa est vraiment intéressée par ça, alors... Il est trop tard pour la détourner de ce chemin ! Pour ce qui est du match : avec deux Attrapeurs par terre, le match a été suspendu et annulé. Eh oui, aucune des deux équipes n'avait d'Attrapeur remplaçant ! Et pour ce qui est de Rogue : c'est le prof le plus responsable de toute l'école, dans le canon x) Je devais absolument le mentionner !
Yo Streema ! Oui, Drago fait un peu pitié. Il va mettre du temps à se remettre de ce qui lui est arrivé... Et oui, Harry a rencontré Sirius sans le savoir xD Pour ce qui est de Sirius et Elisa travaillant ensemble... Hum, nope, pas possible. Sirius ne ferait JAMAIS confiance à Elisa, et Elisa ne lui ferait pas confiance non plus. Si on rajoute dans le mélange le fait que Sirius soit très instable, le fait qu'Elisa ment très mal, et le fait qu'elle marche sur des oeufs avec Dumbledore, c'est un fiasco assuré. L'un trahirai l'autre, ça finirait par péter au nez de tout le monde, et il y aurait des dommages collatéraux. C'ets pour ça qu'Elisa reste à l'écart : Sirius s'en sort très bien tout seul. La seule chose qu'Elisa compte faire est de pointer par hasard (et complètement par accident) que le rat de Ron est louche. Seulement, il lui faut une opportunité, et elle ne se présente pas...
Hello AndouilleEtSushi x) Non, je ne vais pas tuer Sirius "avant qu'il ait servi à quelque chose", wow, quelle froideur x) Pauvre gars quand même ! Enfin bref, tu va sêtre déçue parce qu'Elisa n'est pas prêt de rencontrer Sirius... Malheureusement. Si tu devine quand elle va le recontrer, je t'offre un cookie !
Tu n'aime pas Ron, Simpson31 ?! Je te l'accorde, il est brusque et impoli, et dans le tome 4 il est affreusement jaloux. Mais il est intensément loyal, protecteur et dévoué. Il a ses défauts, mais globalement c'ets un des persos que j'aime bien. Pour ce qui est d'Elisa : justement, elle n'est pas un génie ou un prodige, elle n'a pas de talent articulier... juste sa créativité (qui lui vient essentiellement de sa réincarnation !). Mon headcanon est que c'est pour ça que Lily (d'origine Moldue et avec donc des idées inspirées par la technologie) et la mère de Luna (qui est... la mère de Luna) sont les seules personnes mentionnées comme ayant un talent en Sortilèges. Elles ne sont pas puissantes : elles ont de l'imagination.
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Voilà voilà =)
Concernant le vote... C'est Rhonda qui a eu le plus de voix !
Rhonda Doraleen Flatbury est une Sang-Pure de Poufsouffle. Elle est assez grande, et a un physique qui se remarque de loin : elle a la peau mate, mais les cheveux blonds et les yeux gris clair. Elle est plutôt flegmatique en général, sauf lorsqu'on aborde un sujet qui l'intéresse vraiment : elle se montre alors étonnamment énergique.
Les Flatbury sont une famille de Sang-Purs assez ancienne, très digne, mais pas forcément très fortunée. Rhonda est vraisemblablement la dernière de la lignée, et le nom s'éteindra avec elle. Elle a cependant hérité du talent familial pour les Potions : elle est la meilleure élève des Poufsouffle dans cette matière.
Son père Titus Flatbury était employé au Département des Mystères, et a été capturé et tué par des Mangemorts quand Rhonda n'avait qu'un an (il fut plus tard révélé qu'il avait surpris Augustus Rookwood en train de recopier des informations confidentielles, et que les Mangemorts l'ont ciblé afin de protéger leur espion). Quelques mois plus tard, ce fut au tour de ses deux sœurs (Jocelind et Isobel, qui avaient quatre et sept ans) d'être victime d'une attaque de Mangemorts alors qu'elles se trouvaient chez des amis. La mère de Rhonda, Flavia Flatbury (née Shafiq), aurait pu survivre : mais elle se rua chez ses voisins en entendant les bruits d'une attaque, et prit un Avada en pleine poitrine. La guerre prit fin à peine deux semaines plus tard. Rhonda n'a guère de souvenir de sa famille, et elle n'en parle jamais. Aucun d'entre eux n'avait de raison de mourir. Ils ont tous été au mauvais endroit au mauvais moment, et c'est une injustice qui, même après quinze ans, a toujours un goût amer.
Rhonda est élevée par son oncle paternel, Tristan Flatbury, apothicaire, qui a lui-même perdu son épouse enceinte au cours de la guerre. Ils s'entendent bien, mais ils ne sont pas proches : l'absence de tous ceux qu'ils ont perdu pèse comme un poids physique sur leur relation. Ils se tolèrent avec courtoisie, mais ça s'arrête là.
Rhonda est quelqu'un d'enjoué, de dynamique, et qui a beaucoup d'humour. Elle est joyeuse et désinvolte, peu portée sur la mode et l'élégance, ou même sur les ragots de la bonne société. Elle n'a pas de bonnes manières à table, elle bâcle la plupart de ses devoirs, elle ne prend guère soin de ses cheveux qui ressemblent à une crinière de lion, et elle fait occasionnellement des concours de rots avec les garçons. Elle a beau descendre de deux familles très renommées (les Flatbury dont elle tient les cheveux blonds, et les Shafiq qui lui ont donné sa peau sombre), elle se moque complètement du standing qui est attendu d'elle. Elle ne fait pas des efforts pour défier les attentes de sa famille : c'est juste qu'elle s'en moque complètement, que ça l'indiffère. Ses amis sont surtout des Sang-Purs, mais c'est essentiellement un hasard. Il y a quelques Puristes qui, dans son dos, la traitent de traîtresse à son sang. En effet, Rhonda a beau avoir le pedigree de Drago Malefoy, son comportement est quand même beaucoup plus proche de celui de Ron Weasley !
Pour une Poufsoufle, Rhonda est également remarquablement peu travailleuse. Elle aime faire la grasse matinée et procrastiner ses devoirs. Elle est cependant très douée en Potions, mais aussi en Défense. C'est un talent qui court dans la famille. Ce sont aussi les deux seules matières qui l'intéressent vraiment et pour lesquelles elle fait des efforts. Comme sa meilleure amie Helen, Rhonda est passionnée par les compétitions de duel, et suit avidement les championnats internationaux (la Grande-Bretagne n'organise plus de championnats nationaux depuis la guerre, faute d'effectifs).
Finalement, Rhonda est aussi plus observatrice et plus subtile qu'elle n'en a l'air. Elle devine très vite si une relation va tourner au vinaigre, si deux personnes vont s'adorer ou se haïr, ou si quelqu'un s'apprête à dire le mot de trop. Elle n'intervient quasiment jamais dans les disputes entre ses camarades, mais à chaque fois qu'elle le fait, elle empêche remarquablement bien la situation de s'envenimer.
Rhonda est la meilleure amie d'Helen Dawlish depuis leur enfance : sa mère était la marraine d'Helen, et les deux fillettes ont grandis ensemble. Rhonda s'est faite d'autres amis chez les Poufsouffle, mais personne d'aussi proche qu'Helen. C'est aussi elle qui a présenté à son amie Serdaigle la plupart de ses autres amis, notamment Elisabeth Bishop. En effet, Rhonda a vite deviné que ces deux-là allaient soit s'entendre à merveille, soit devenir rivales mortelles : en gérant elle-même leur première rencontre, Rhonda a donc évité le scénario le plus défavorable !
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Et voilà !
Sinon, vous allez adorer ce chapitre. Tom Jedusor ! Drago Malefoy ! Des infos sur les Maraudeurs ! La totale. On en apprend également plus sur les inventions d'Elisa (enfin, son invention du moment), et elle a une prise de conscience que je voulais écrire depuis des lustres. Bref, je me suis bien amusée à écrire ce chapitre et j'espère qu'il vous plaira !
Enjoy !
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Le reflet du miroir
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Le match de Quidditch opposant Serpentard à Gryffondor avait lieu durant la deuxième semaine de novembre. C'était un évènement très attendu, qui donnait le ton pour le reste de la saison. Elisa ne se rendait généralement pas à ce match : elle n'allait assister qu'à ceux où Poufsouffle jouait, pour encourager ses camarades. Mais cette année, elle prétexta céder aux demandes de Trisha, et suivit son amie dans les tribunes.
Elle gardait les yeux vers le parc, en direction des grilles du domaine. Ce n'était pas pour voir les joueurs qu'elle était venue. C'était parce qu'elle était l'une des rares personnes à pouvoir jeter un Patronus.
Ce match était celui qui était attaqué dans le canon, et elle n'allait pas laisser ça arriver dans son univers.
L'idée de se mettre délibérément sur le chemin des Détraqueurs lui nouait l'estomac, mais elle ne se le serait jamais pardonné si elle était restée cachée dans sa salle commune au lieu de protéger les élèves. C'était comme pour le troll, deux ans plus tôt. Dans le canon, il n'y avait eu aucune victime : mais ce n'était pas une raison pour se cacher. Et puis, elle avait malheureusement compris qu'il suffisait d'un rien pour faire dérailler le canon…
– Quel temps de chien, pesta la petite Ambre qui s'était assis juste derrière Elisa et Trisha. J'espère que ce fameux « Quidditch » en vaut la peine !
Il pleuvait des cordes, et les élèves les plus âgés jetèrent des Impervius sur toute leur tribune pour éviter que le public soit trempé. Même les joueurs semblaient ne pas vouloir faire traîner l'affaire : dès que Mrs Bibine siffla coup d'envoi, ils se précipitèrent vers les buts avec détermination. Elisa les perdit presque aussitôt de vue. La tempête faisait rage. Entre la pluie, le vent, les éclairs et les épais nuages noirs, on ne voyait quasiment rien du déroulement. Elle devait se fier uniquement au commentaire de Lee Jordan pour suivre le score.
Elisa ne regardait pas les joueurs, de toute façon. Elle regardait l'entrée du stade.
Elle fut sans doute la première à voir arriver. Une centaine de silhouettes noires qui paraissaient flotter au-dessus du sol, leurs visages avidement levés vers les joueurs. Ils n'étaient pas encore entrés dans le stade qu'un grand froid sembla tomber sur les tribunes, un froid qui n'avait rien à voir avec la pluie et le vent. Soudain, tout semblait incroyablement silencieux, comme si le rugissement de la tempête venait de très loin. Elisa inspira une grande goulée d'air glacé, les doigts crispés sur sa baguette. Elle avait l'impression que tout bougeait au ralenti.
– Bonjour, Elisa.
Cette fois, elle ne sursauta pas, même si sa gorge se serra d'angoisse. Elle tourna la tête. Il lui semblait que le monde entier était sur pause, figé. Il n'y avait plus qu'elle, le froid qui la pénétrait jusqu'aux os… Et Tom, debout à côté d'elle.
Il était exactement semblable au garçon qu'elle avait rencontré dans la Chambre. Beau, bien coiffé, son badge de Préfet épinglé sur sa robe, un sourire chaleureux aux lèvres, mais le regard froid.
Lance le sort ! hurlait une petite voix dans sa tête. Lance-le ! Les Détraqueurs s'en iront, et Tom disparaitra. Lance le Patronus !
Elisa ne bougea pas. Elle n'était pas trop sûre de pourquoi. L'engourdissement ? Le froid ? Le découragement ? Ou bien était-ce la curiosité ?
Elle avait tellement de choses à demander à Tom. Il avait été si brillant, si intelligent. La seule personne avec qui elle avait collaboré pour ses inventions, la seule personne qui s'enthousiasmait autant qu'elle pour les sortilèges. Elle avait adoré avoir Tom comme partenaire… et l'avoir comme ami.
– Pourquoi toi ? lui demanda-t-elle d'une voix qui lui sembla venir de très loin. Pourquoi c'est toi que je vois ?
Tom rit, de ce rire aigu qui ne lui allait pas.
– Pourquoi moi ? répéta-t-il. Tu te demandes pourquoi tu ne vois pas le corps du Basilic, où la forme figée de la petite Sally-Anne, ou bien le cadavre encore chaud de ce pauvre Quirrell ? C'est vrai que tous ces évènements étaient tellement plus graphiques que notre petite aventure… On pourrait se poser la question. Mais réfléchi, Elisa. Je sais que tu es maligne.
Elisa garda les yeux rivés sur lui, le cœur battant à grands coups, la peur lui nouant l'estomac comme de la glace. Elle avait beau se dire que ce n'était qu'une hallucination… Il avait l'air tellement réel. En tendant le bras, elle aurait pu le toucher. Mais elle n'arrivait pas à bouger : elle avait l'impression que ses membres étaient devenus lourds comme du plomb.
– Je ne comprends pas.
Tom écarta les bras :
– Pourquoi suis-je ton cauchemar, Elisa ? Pourquoi pas Quirrell, qui était destiné à mourir ? Ou Sally-Anne, qui était certaine de s'en sortir ? Ou encore le Basilic, qu'Harry Potter tuerait à coup sûr ? Pourquoi moi, Elisa ?
Il baissa les bras et avança d'un pas, un large sourire étirant son visage :
– Parce que je suis le produit de ton interférence. Je suis le jalon que tu as volé, et qui t'as possédé en retour. Tu pensais vraiment pouvoir contenir l'âme de Lord Voldemort ? Tu pensais vraiment que garder le journal pour toi protégerait l'école ? Ou n'agissais-tu que par un désir égoïste de garder mon génie pour toi toute seule ?
Il avança encore d'un pas. Elisa recula, les yeux écarquillés. Elle avait l'impression que son cerveau tournait à vide. Il lui semblait que le monde entier se réduisait à Tom Jedusor et à son sourire carnassier.
– Je t'ai battue, asséna Tom. Tu pensais changer le destin et je t'ai battue. Tu pensais me contrôler et je t'ai battue. Tu pensais garder tes distances avec moi, et je t'ai battue aussi. Tu as déversé ton âme dans ce journal, Elisa. Je n'ai jamais eu besoin que tu me racontes ta journée pour savoir qui tu étais et me glisser dans tes pensées. Tu m'as révélé ta passion pour la magie, le fonctionnement de ton esprit, ta peur dévorante de l'échec. Tu m'as ouvert ton âme, Elisa !
Parce qu'elle lui avait écrit. Parce qu'elle lui avait fait confiance. Parce que, aveuglée par son arrogance, elle avait cru maîtriser la situation. Avec un coup au cœur, Elisa comprit que le Tom Jedusor que les Détraqueurs lui évoquaient, ce n'était pas le souvenir de ce qui s'était passé dans la Chambre. C'était le souvenir du garçon avec qui elle avait discuté durant des mois : c'était le souvenir de l'ami qui l'aidait à préparer ses duels, qui réfléchissait avec elle à comment créer de nouveaux sorts, qui lui glissait des conseils pour ses examens de Métamorphose.
Ce que les Détraqueurs lui évoquaient, ce n'était pas l'angoisse de sa confrontation avec Tom Jedusor dans la Chambre. C'était l'épouvante qu'elle avait ressentie un matin de décembre dans la Grande Salle en réalisant que Tom Jedusor avait injecté son venin dans son esprit.
Le sourire de Tom s'élargit.
– Je suis ta honte, je suis ta culpabilité. Je suis le souvenir de ton échec. Tu as cru que tu pouvais garder le contrôle, et tu as échoué. C'est de ta faute. Tu m'as laissé entrer. Et je suis toujours là.
Les doigts engourdis d'Elisa se resserrèrent sur sa baguette. Trisha, pensa-t-elle désespérément. Sa mère, son père, Trisha, Sun-Min, Tracey, Harry, Cédric. Elle pensa à eux de toutes ses forces, et inspira un grand coup.
– Spero Patronum !
Tom disparut. Le monde sembla se remettre en marche : le bruit revint, la gifle du vent et de la pluie aussi. Elisa eut l'impression de respirer à nouveau, tandis que son putois argenté filait vers les Détraqueurs au milieu du stade, qui reculèrent devant lui en masse.
Partout dans le public, l'incantation fut reprise, et des nuages argentés surgirent de la foule. Au niveau des Serdaigle, un cheval apparut, chargeant les Détraqueurs. Chez les Poufsouffle, au moins trois animaux surgirent d'un coup. L'un d'eux était une orque d'au moins six mètres de long, qui apparut juste à droite d'Elisa et la prit tellement par surprise qu'elle trébucha sur sa cape et tomba sur les fesses. C'était une vraie déferlante argentée qui fusait sur les Détraqueurs. Ceux-ci n'étaient pas tous entrés dans le stade, mais ils battaient déjà en retraite.
Et puis quelqu'un hurla, pointant vers le ciel.
Elisa leva les yeux, et elle eut l'impression que ses entrailles dégringolaient d'un coup quand elle vit une petite silhouette qui tombait en chute libre, ses robes rouges battant au vent. Harry ! Paniquée, Elisa leva sa baguette, et jeta le Sortilège de Lévitation. Elle le manqua. Elle le manqua et il continua à tomber… !
Tout se passa presque trop vite. Tout le stade se mit à hurler. Le joueur le plus bas était un Serpentard, en vol stationnaire et qui tanguait dangereusement sur son balai, sans doute sous le choc des Détraqueurs. Il entendit la clameur horrifiée du public, ou peut-être que la fuite des Détraqueurs lui permit enfin de se remettre à bouger. Le Gryffondor évanoui venait de passer à son niveau quand le Serpentard dévia sa course d'un mouvement erratique, plongeant sur le Survivant et tendant désespérément le bras. Il l'intercepta à trois mètres à peine du sol, le choc envoyant son balais tourner sur lui-même comme une toupie folle : et ils s'écrasèrent tous les deux par terre dans la boue, au milieu des Patronus qui avaient envahi le stade.
– Doux Merlin, fit Trisha d'une voix étranglée en se cramponnant à Elisa. Tu crois qu'ils sont… ?
Rogue et McGonagall se précipitèrent sur le terrain. Elisa secoua la tête, et se rassit lourdement sur son banc. Avec un temps de retard, elle réalisa qu'elle tremblait de tout son corps.
– Je ne te laisserai plus jamais me convaincre d'aller voir un match de Quidditch.
Trisha émit un rire étranglé. Elisa ne parvint même pas à sourire : elle était encore sous le choc. Pourquoi est-ce que ça lui explosait à la figure dès qu'elle voulait jouer les héros ?
Le match fut suspendu. Puis tous les élèves se virent ordonnés de rentrer au château : le match était annulé pour cause d'équipes incomplètes. Elisa apprit avec un certain choc que le Serpentard qui avait intercepté Harry n'était autre que Drago Malefoy.
Evidemment. Qui d'autre que l'Attrapeur se serait trouvé aussi bas, scrutant la zone de jeu où les Poursuiveurs ne s'aventuraient généralement pas ?
Normalement, l'équipe de Quidditch aurait été autorisée à rendre visite à son joueur hospitalisé, mais les professeurs avaient appris depuis longtemps que laisser les joueurs de Gryffondor et ceux de Serpentard ensemble dans un espace clos était une très mauvaise idée. Aussi, seuls Ron et Hermione allèrent au chevet d'Harry, tandis que Pansy et Blaise Zabini allaient à celui de Drago.
Elisa aurait pu aller à l'infirmerie elle aussi, ne serait-ce que pour demander une Potion de Sommeil Sans-Rêve. Elle savait qu'elle en aurait besoin. Mais elle se sentait trop épuisée, tant mentalement que physiquement. Elle rentra avec le reste des Poufsouffle, appela Olly et lui ordonna d'apporter du chocolat pour tout le monde, puis alla s'écroula sur son lit. Elle se sentait complètement vidée. Dracarys vint se lover contre elle pour la réconforter, ronronnant doucement. Elisa s'endormit en serrant contre elle son chat comme une peluche.
Elle rêva du craquement qu'avait fait son crâne contre le lavabo de la salle de bain de Mimi, du visage horrifié de Trisha, et du rire aigu de Tom Jedusor. Elle se réveilla en sursauta à quatre heures du matin, et attendit l'aurore en fixant le plafond, incapable de retrouver le sommeil.
Elle se jura que, si elle pouvait, elle n'affronterait jamais plus de Détraqueurs.
Mais les choses s'arrangèrent durant les jours suivants. Elisa avait survécu à Quirrell, Lockhart, Tom, au Basilic… Ce n'était pas une petite hallucination qui allait l'abattre. Elle se força à aller au Challenge (même si elle se fit rapidement battre), ne serait-ce que pour discuter avec tout le monde. Elle félicita tous ceux qui avaient réussi à produire un Patronus corporel. Ils étaient une demi-douzaine dans sa promotion, tous immensément fiers d'eux. Cédric avait fait apparaitre l'orque de six mètres, Raashid Hussain avait obtenu un écureuil gris, Rhonda avait un chat sauvage tacheté, et Helen possédait un mustang à l'air sauvage. Fred Weasley avait obtenu un chien sauvage (un dingo, d'après l'encyclopédie des Serdaigle), et son frère George un jeune coyote à l'air pataud. Plusieurs élèves plus âgés avaient aussi réussi leur coup, dont trois Poufsouffle de septième année.
Bref, pour un sort qui n'était pas au programme et pour lequel aucun cours n'avait été dispensé… C'était une réussite.
Elisa s'efforça d'en ressentir de la satisfaction, mais elle se sentait toujours comme anesthésiée, sous le choc. Il lui fallut un certain temps pour que tout redevienne normal. Elle n'avait guère d'appétit : son ventre se nouait dès qu'elle repensait à Tom. Mais elle fit un effort pour passer du temps avec ses amis, simplement pour écouter Trisha plaisanter et les autres Poufsouffle bavarder joyeusement. Elle se mit à emporter Malta partout avec elle, comme si le serpent était une sorte de doudou rassurant.
Et elle travaillait à fond pour s'occuper le cerveau, jusqu'à ce que, petit à petit, le souvenir de Tom Jedusor soit repoussé au fond de son esprit.
Maintenant qu'elle avait appris l'Aguamenti, elle se mit à l'analyser, et à étudier les autres sorts liés à l'eau. Elle voulait voir si elle pouvait inventer un sort permettant de manipuler les liquides. Elle n'en avait pas spécialement besoin, mais c'était une idée sur laquelle Flitwick la laissait travailler durant ses heures de cours. Il considérait que c'était un projet scolaire. Il n'aurait sans doute pas été aussi tolérant si Elisa avait ramené ses projets sur les miroirs communicants, cela dit. Le business de B&B devait se faire uniquement sur le temps libre de la jeune fille.
Une semaine passa. Puis une autre.
Elisa arrêta de faire des cauchemars, tout doucement.
Harry s'était rapidement remis de sa chute. Drago Malefoy lui avait sans doute sauvé la vie, ce qui semblait lui rester en travers de la gorge. En fait, Harry avait eu environ trente secondes de panique à l'idée d'avoir contracté une Dette du Sorcier envers son rival, mais Hermione avait vérifié la chose à la bibliothèque et l'avait rapidement rassuré. Sauver la vie d'une personne au cours d'un jeu ne pouvait pas donner lieu à une Dette, même si les deux joueurs étaient membres d'équipes opposées. En jouant, les gens acceptaient de se mettre en danger et cela nullifiait toute possibilité de créer une Dette. Du coup, secourir un autre joueur était considéré simplement comme un geste chevaleresque dans l'esprit du sport.
– Drago est tout aussi grognon, glissa Tracey à Elisa durant une des leçons du CEM. Il passe son temps à protester qu'il croyait qu'Harry fonçait vers le bas parce qu'il avait vu le Vif.
– Ah bon ? s'intéressa Hermione.
Elisa, qui était chargée de superviser la classe de troisième année du CEM, se pencha également en avant avec curiosité. Tracey hocha la tête, abandonnant complètement son questionnaire sur la réfraction de la lumière, et continua :
– Il l'a suivi par réflexe, et il s'est rendu compte après-coup qu'il tombait. A ce moment-là il l'avait déjà presque rattrapé… Alors il s'est dit qu'il n'avait qu'à continuer sur sa lancé, et il l'a attrapé. Il n'avait pas prévu que l'impact lui ferait perdre le contrôle de son balai. Il t'en veut pour ça, d'ailleurs !
– Bien sûr, marmonna Harry. Comptez sur Malefoy pour me sauver la peau non seulement par accident, mais à contrecœur, et en plus en disant que c'est de ma faute.
– C'était quand même bien de sa part, tenta Justin Finch-Fletchey. Je veux dire, son balai est endommagé…
– Mon balai est réduit en miettes à cause de ce fichu Saule Cogneur !
– … Et il s'est cassé le bras, lui.
– Mais Pomfresh a réparé ça en une heure à peine. Et je l'ai aidé dans la Chambre des Secrets !
– Par accident, pointa Lisa Turpin de Serdaigle. Tu y es allé pour sauver Elisa. Tandis que là, Malefoy t'a sauvé volontairement.
Harry se mura dans un silence boudeur. Il avait remercié Drago, Drago avait accepté ses remerciements, et depuis les deux garçons s'évitaient comme deux collégiens ayant rompu par texto et n'osant plus se regarder en face. Ils avaient tous les deux l'air de marcher sur des œufs dès qu'ils étaient dans la même pièce. Elisa trouvait ça complètement hilarant.
– Malefoy est devenu plus gentil cette année, fit remarquer Hannah Abbot.
– Gentil ?! s'étrangla Hermione.
– Bon d'accord, c'est peut-être un peu exagéré, concéda Hannah. Mais il ne se moque plus des gens, il ne commence plus de bagarres. Il veut juste qu'on lui fiche la paix. Nos cours communs sont beaucoup plus calmes maintenant.
Takashi croisa le regard d'Elisa, quelques tables plus loin, et lui indiqua la pendule du mur d'un geste du menton. La Poufsouffle grimaça puis, à contrecœur, mis fin à cette passionnante discussion sur la possible rédemption de Drago Malefoy.
– Moins de bavardages, plus de boulot !
Tout le monde se remit au travail, même si Harry avait toujours l'air contrarié. Après ce match de Quidditch désastreux, McGonagall avait parlé de le retirer de l'équipe. Olivier Dubois avait apparemment réussi à la faire changer d'avis, mais Harry commençait à en avoir marre de se faire couver par les profs.
Elisa était également pratiquement sûre que la sous-directrice avait révoqué sa permission d'aller à Pré-au-Lard. Evidemment, elle n'en avait aucune preuve : mais dans le canon, tout le personnel de Poudlard s'était mis à surveiller le Survivant comme du lait sur le feu après l'intrusion de Sirius Black à Halloween. L'accident avec les Détraqueurs n'était que la cerise sur le gâteau.
Repenser aux Détraqueurs fit frissonner Elisa. Elle ne savait pas ce qui lui faisait le plus peur : les Détraqueurs eux-mêmes (il s'agissait quand même de créatures obscures capables de dévorer des âmes !), ou bien le genre de révélation que leur présence apportait. Tom Jedusor… Elisa aurait pu se contenter d'halluciner le Seigneur des Ténèbres. Ça lui avait fait un choc, mais elle avait encaissé. Ça aurait été simple, de seulement voir un ennemi. Mais justement, elle n'hallucinait pas Voldemort, son ennemi. Elle hallucinait Tom Jedusor : son ami, son partenaire, son complice, son plus grand échec. Tom était la manifestation de tout ce qu'elle avait raté. Il était l'incarnation même de son arrogance, de son aveuglement, de son égoïsme, de sa stupidité. Et, absurdement, ça le rendait encore plus terrifiant que Voldemort lui-même.
Est-ce que son Epouvantard prendrait la forme de Tom, lui aussi ? Ou est-ce qu'il ne pouvait pas prendre l'apparence d'une peur qui s'était déjà réalisée ? Elle espérait ne jamais avoir à le savoir. Ça lui nouait le ventre d'y penser.
Je vais rendre ce monde meilleur, avait-elle dit au Choixpeau cinq ans plus tôt. Et le Choixpeau, qui avait vu défiler tous les sorciers du pays depuis plus de mille ans, lui avait gravement demandé : et si tu le rends pire ?
Ce jour-là, Elisa n'avait pas vraiment pris son avertissement au sérieux. Elle était si sûre d'elle. Elle avait même clamé que tout changement qu'elle ferait ne pourrait être que positif, et que si le monde brûlait dans le processus, elle rebâtirait quelque chose de meilleur sur ses cendres. En y repensant, elle se sentait affreusement honteuse de son arrogance. Détruire était facile. Construire quelque chose de nouveau, se redresser après une catastrophe… C'était bien plus ardu. Comment avait-elle pu jeter ces mots avec unetelle assurance, elle qui n'était alors qu'une gamine de onze ans n'ayant jamais connu la peur ou la souffrance ?
A présent, elle n'était plus aussi stupide. Toujours arrogante, sans doute : mais davantage consciente de ses limites… Et des risques qu'elle prenait.
Par exemple… Critiquer Dumbledore l'année dernière avait semblé si mineur, sur le moment, si insignifiant. Mais les conséquences de cette action s'étaient multipliées. Dumbledore avait pris ses paroles en compte et avait envoyé Hagrid à l'abri en Roumanie. Le Ministère n'avait pas pu l'emprisonner et, devant l'apparente inaction de Fudge, la presse s'était affolée. Le Trio d'Or n'était jamais allé dans la Forêt Interdite. Plusieurs élèves avaient été retirés de Poudlard par leurs familles. Lorsque l'innocence d'Hagrid avait été démontrée, le garde-chasse avait repris sa scolarité. Gobe-Planche était désormais enseignante. Malefoy n'avait pas été blessé par Buck l'hippogriffe, et avait donc participé au match de Quidditch qui avait été envahi par les Détraqueurs. Tout ça, tous ces évènements complètement aléatoires, pouvaient être retracés jusqu'à un même point d'origine : un coup de colère spontané d'Elisa et quelques mots acerbes adressés à Dumbledore.
Et si tu rends le monde pire ? avait dit le Choixpeau.
Elisa repensait à Tom Jedusor, à son sourire quand il avait dit c'est de ta faute, et elle sentait la question lui peser sur la poitrine comme une chape de plomb. Il serait si facile de rendre le monde pire. Il lui suffirait d'être trop imprudente, ou trop inattentive, ou de ne pas assez calculer les conséquences de ces actes. C'était ce qui s'était passé avec le journal de Jedusor.
Elisa grimaça. C'était dans ce genre de moment qu'elle aurait vraiment aimé parler à quelqu'un. Mais le sort du pays, et le poids écrasant des responsabilités qui pesait sur les gens capables de changer le destin… Ce n'était pas le genre de sujet de conversation qu'on pouvait aborder avec n'importe qui. Elle commençait à réaliser à quel point Dumbledore devait se sentir seul.
Et pour la première fois, elle se demanda si le même sort l'attendait dans l'avenir.
oOoOoOo
Le match Poufsouffle-Serdaigle, à la fin de novembre, se solda par une victoire écrasante de la Maison jaune et noire. Serdaigle avait une bonne Attrapeuse (Cho Chang) mais Poufsouffle avait à la fois un bon Attrapeur (leur Capitaine, Cédric Diggory en personne) et d'excellents Poursuiveurs : Heidi et Tamsin, dans la classe d'Elisa, ainsi que Zacharias Smith, dont c'était le premier match. Leur victoire donna lieu à une soirée mémorable dans la salle commune, et plusieurs élèves de septième année ramenèrent même du whisky. Cédric, qui avait un affreux souvenir de la seule et uniquement fois où il s'était laissé convaincre de picoler à l'école, se hâta de confisquer l'alcool.
Mais passons.
Avec le mois de décembre vinrent les premières neiges, et une réduction bienvenue dans leur quantité de devoirs. Elisa put donc se replonger dans ses bricolages extrascolaires. Se remettre à travailler ses inventions acheva finalement de chasser les dernières bribes d'angoisse et de morosité qui pesaient sur elle. Elle sécha même la séance du Challenge pour pouvoir se consacrer à ses expériences, au grand désespoir d'Helen. Bah, ce n'était pas si grave : Elisa savait que son niveau en duel était plus qu'acceptable.
Et puis, elle devait quand même prendre soin de ses priorités ! Elle avait presque terminé ses miroirs communicants. Oh, elle savait qu'elle ne pourrait pas les vendre avant au moins l'été prochain : il faudrait se constituer un stock, il faudrait apprendre à Gwendolyn à les fabriquer et les réparer, il faudrait réfléchir à personnaliser chaque miroir pour en faire un produit unique (les sorciers détestaient les objets produits en série)…
Mais bref. Faire des miroirs communicants, c'était long et compliqué. Cela dit, Elisa avait presque terminé le projet, et elle en était plutôt fière. Elle se permit même d'échanger quelques idées avec le professeur Flitwick à ce sujet. Désormais, elle restait plus longtemps que ses camarades presque à chaque cours de Sortilèges, que ce soit pour terminer un exercice que lui avait assigné Flitwick (en ce moment, il lui faisait étudier les Charmes Musicaux, un sujet très complexe) ou juste pour discuter de son futur Doctorat.
– Une idée fascinante ! couina le petit professeur lorsqu'elle lui expliqua qu'elle était en train de ressusciter le concept des Miroirs à Double-Sens. Mais les miroirs sont une matière très rétive aux enchantements, ils ont souvent leur propres personnalités…
C'était d'ailleurs la raison pour laquelle les miroirs enchantés donnaient toujours leur avis quand on essayait de se recoiffer dans leur reflet. La magie avait ses propres règles. Le cochon était l'animal le plus difficile à métamorphoser, et le miroir était la surface la plus difficile à enchanter : c'était comme ça.
– C'est vrai, acquiesça Elisa en hochant la tête. Mais si je n'utilise pas des miroirs, mais du verre, c'est beaucoup plus facile.
– Du verre ! s'écria Flitwick avec ahurissement. Comme des vitres ?
– C'est l'idée. Les miroirs sont têtus comme des mules, alors que le verre, c'est neutre. L'image est même plus nette, parce que le verre restitue très bien les sons et les images.
Le petit professeur hocha la tête à toute allure, fasciné :
– Mais bien sûr ! Mais dans ce cas, comment assurer la solidité de l'objet ? Le verre est facile à enchanter, mais il ne peut pas contenir beaucoup de magie…
Elisa sourit de toutes ses dents :
– C'est vrai : le verre seul serait insuffisant. Je pose le verre sur un support, généralement une fine planchette de bois, avec un parchemin intercalé entre les deux.
– Pourquoi un parchemin ? s'étonna Flitwick.
– Parce que c'est l'une des seules matières que je sais métamorphoser sans problème, avoua Elisa d'un air penaud.
Sa plus grosse faiblesse scolaire était sa nullité en Métamorphose. Cependant, quand elle était en deuxième année, elle avait créé des parchemins duplicateurs dont le concept était basé sur le papier-carbone des Moldus. Elle avait travaillé dessus durant des mois, et la métamorphose du parchemin lui était donc relativement aisée désormais.
– Je métamorphose le parchemin en surface réfléchissante, expliqua-t-elle. Et quand je le colle derrière le verre, tadam ! On dirait qu'on a un miroir entre les mains, alors que c'est juste du verre. J'ai donc l'apparence du miroir sans avoir le matériel si difficile à enchanter.
– Merveilleux, s'enthousiasma Flitwick. Et comme les matières organiques sont plus faciles à enchanter, je suppose que tous les charmes de communications se trouvent dans le bois ?
– C'est ça. Le parchemin amplifie les sorts qui sont contenus dans le bois, et le verre est juste une sorte d'interface, avec un Sortilège Protéiforme qui s'active lors de la communication.
Toutes les matières ne régissaient pas de la même manière à la magie. Elisa avait étudié la question en profondeur quand elle faisait ses MagicoGlisseurs. Les matières organiques (le bois, le cuir, le parchemin…) retenaient beaucoup de magie mais pouvaient aussi être complètement désenchantés. Au contraire, les métaux tendaient à verrouiller la magie en eux. C'est pour ça que les Glisseurs étaient bordés de métal : pour verrouiller leurs enchantements. Elisa avait d'ailleurs ajouté une couche de métal, fine comme du papier, sur les contours des miroirs. C'était un encadrement esthétique, mais surtout très utile pour stabiliser les enchantements de l'objet.
– C'est un projet très ambitieux, Miss Bishop ! déclara le professeur Flitwick en se penchant jusqu'à être en équilibre précaire sur le bord de son fauteuil. Vous savez, vous pourriez le partager avec la classe pour obtenir des points supplémentaires dans ma matière.
– C'est un projet pour Bishop & Bowman, s'excusa Elisa. Il appartient déjà à la boutique, même si je n'ai pas encore remis les prototypes à Gwendolyn. Ce n'est pas comme mon travail sur le sort d'Aguamenti.
– Dommage, vraiment dommage ! soupira Flitwick avec regret. Mais il est vrai que la technicité requise pour la création de miroirs serait sans doute plus appropriée pour une classe d'ASPICS. Davantage de gens s'intéressent aux sorts purs et simples.
Elisa hocha la tête. Les Sortilèges étaient utilisés dans toutes les autres matières, mais surtout, ils étaient la forme de magie la plus fun. Oh, les Potions pouvaient avoir des effets rigolos (il n'y avait qu'à voir les expériences de Fred et George pour le savoir), et la Métamorphose pouvait donner lieu à des situations cocasses… Mais il n'y avait qu'avec les charmes et les sorts qu'on pouvait faire apparaitre de la musique, qu'on pouvait enchanter des foulards pour qu'ils dansent, qu'on pouvait faire des feux d'artifices colorés. C'était la forme de magie qui passionnait le plus Elisa. Quel dommage qu'aucun club n'y soit consacré ! Comme la culture Moldue ou les bouquins de fiction, c'était un truc qu'elle aurait adoré faire partager à tous.
A peine cette pensée l'avait-elle traversée qu'Elisa se figea. Justement, qu'est-ce qui l'empêchait de créer un club de Sortilèges ?
Son emploi du temps surchargé, d'abord. Elle s'affaissa de découragement. Puis elle se rappela qu'elle avait un prof dans sa poche, et lui soumis innocemment l'idée. Flitwick en fut si enthousiasmé qu'il en tomba de sa chaise.
Mais bref.
Elisa continuait donc à bosser sur ses devoirs, ses leçons, mais aussi ses projets extrascolaires. Gwendolyn lui écrivait régulièrement pour lui dire comment allaient les affaires à B&B. Les témoignages sur Sirius Black se faisaient de plus en plus rares : les gens commençaient à passer à autre chose. Elisa écrivait aussi souvent à ses parents, surtout à sa mère.
Mais le grand projet d'Elisa était quand même l'école de Tourmaline. Celle-ci continuait à avancer vers une ouverture prochaine. Romaric Clemens avait apparemment été embauché, mais ce n'était pas la fin de leurs efforts. Il fallait encore recruter plusieurs profs, ainsi qu'un administrateur. Les six fondateurs de l'école n'avaient pas encore discuté de qui serait directeur de Tourmaline. C'était pourtant une question épineuse, qu'il faudrait bien soulever à un moment où à un autre. Elisa pensait personnellement qu'il devrait s'agir de Madeline Hopkrik, la Cracmol qui était enseignante dans une école primaire. Après tout, en plus d'être la plus âgée et mature de leur groupe, Madeline était la seule à avoir une vrai expérience de l'enseignement.
Mais bref. Les vacances approchaient, et pour Elisa, la question ne se posait pas : elle irait forcément à Tourmaline durant ses congés. Normalement, pour elle, cette période lui servait à se reconnecter avec sa famille, à boucler son travail en retard, et à se replonger dans ses inventions. Mais elle avait investi trop de temps et de passion dans Tourmaline pour s'en détourner au profit de ses bricolages. Elle écrivit à Lester pour qu'ils conviennent tous d'une date à laquelle se retrouver. Ça serait l'occasion de faire le point sur l'école, de boire une Bièraubeurre, et de se raconter comment s'étaient passés ces longs mois sans se voir. Avant d'être associés, ils étaient surtout amis.
– Je devrais voir ta fameuse école, un de ces jours, fit Trisha d'un air songeur quand Elisa lui confia ses projets pour les vacances.
– Tu pourrais venir avec moi, lui proposa son amie.
Mais Trisha grimaça :
– Nan. Désolée. J'aurais un peu l'impression d'être cinquième roue du carrosse.
Trisha avaient assez mal vécu le fait qu'Elisa la délaisse au profit de ses nouveaux amis, l'année dernière. Sa relation avec Gwendolyn en particulier était assez tendue. Elisa n'insista pas, et changea plutôt de sujet :
– Et toi, tu feras quoi pendant les vacances de Noël ?
Elles étaient en routes vers la classe de Potions, même si elles avaient presque vingt minutes d'avance. Elles avaient terminé leurs dissertation de Runes plus tôt que les autres et avaient été autorisées à partir largement avant la fin de l'heure par le professeur Babbling.
– La grasse matinée, déjà ! rit Trisha. Et puis, aller au cinéma. C'est vraiment cool. Je devrais sans doute emmener Isaac avec moi, mais pfff, ça vaudra le coup.
– Ton frère n'est pas si terrible…
Elles étaient arrivées devant la porte de la salle de Potions. Trisha haussa les épaules, et s'adossa au mur :
– Non, c'est vrai. Mais il compte inviter des amis, pour un ou deux jours. Oswald Bradley, et puis son ami qui est accro à la caméra, Colin Crivey. Ensemble, ils vont être intenables.
Elisa renifla avec amusement. Puis la porte de la classe de Potions s'ouvrit, libérant un flot d'élèves. Avec un sursaut, Elisa vit qu'il s'agissait des troisièmes années de Gryffondor et Serpentard. Le Trio d'Or salua les deux Poufsouffle, mais ne s'attarda pas. Apparemment, ils avaient un cours de Métamorphose et Rogue les avait déjà retenus presque cinq minutes de plus à la fin du cours. Les Serpentard étaient moins pressés (ils devaient avoir une période libre), et Tracey vint dire bonjour aux deux jeunes filles.
Presque tous les Serpentard étaient sortis lorsque le regard d'Elisa tomba sur une chevelure blond platine parmi les retardataires, et elle lança sans réfléchir :
– Malefoy ! Tu as une seconde ?
Drago eut l'air complètement pris au dépourvu, puis méfiant. Malgré son attitude plus humble cette année, il lui restait toujours un vernis d'arrogance.
– A quel sujet ?
– Ton Patronus, inventa Elisa.
Malefoy hésita, puis murmura quelques mots à Crabbe et Goyle, et s'approcha d'Elisa. Celle-ci l'entraîna un peu plus loin dans le couloir, afin de ne pas être entendue de Trisha et Tracey qui la fixaient avec curiosité. Lorsqu'elle s'arrêta et fit face au jeune Serpentard, cependant, elle eut un moment d'hésitation.
Elle n'était pas proche de Drago. Avant l'incident du journal, ils avaient dû se parler trois fois, quatre au maximum. Mais elle lui avait sauvé la vie dans la Chambre. Il avait une Dette envers elle. Une Dette dont elle s'était servie pour révéler au monde entier les origines de Voldemort. Et, à en juger par le regard prudent qu'il posait sur elle, il ne l'avait pas oublié.
Il ne la regardait plus comme il regarderait une Poufsouffle, comme une sorcière au sang impur, ou comme une potentielle aide aux devoirs. Il la fixait comme si elle était une adulte. Comme si elle était imprévisible, comme si elle était dangereuse.
Elisa n'était pas sûre de comment elle se sentait à ce sujet. Elle décida que c'était, de toute façon, un changement positif par rapport à l'air hautain qu'arborait Drago l'année dernière. Il avait grandi. Et s'il était sur ses gardes avec elle… Eh bien, il n'avait pas tout à fait tort.
– Je n'arrive toujours pas à faire un Patronus corporel, finit par dire Malefoy avec raideur pour briser le silence.
– Je sais, lâcha Elisa. C'est un sort complexe. Je voulais te demander… Qu'est-ce que tu entends et qu'est-ce que tu vois, quand les Détraqueurs sont près de toi ?
Le visage de Malefoy se vida de toute couleur. Elisa ferma brièvement les yeux.
– Donc toi aussi.
– Le Seigneur des Ténèbres, chuchota le Serpentard d'une voix à peine audible.
– Tom, acquiesça Elisa. Je me demandais si c'était juste moi. C'est pour ça que tu as arrêté de bouger, durant le match de Quidditch ?
C'était justement parce que Drago s'était figé sur place qu'il était resté assez bas pour pouvoir rattraper Harry au vol. Lentement, Malefoy hocha la tête. Puis il avoua dans un murmure horrifié :
– C'était comme s'il était juste à côté de moi. Est-ce que c'est pour ça que je n'arrive pas à lancer de Patronus ? Parce qu'il est entré dans mon esprit et… ?
Elisa secoua vivement la tête. Malefoy avait l'air si terrifié qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de le rassurer.
– Non, ça n'a rien à voir ! J'ai vécu la même chose, et je peux faire un Patronus. Quand les Détraqueurs sont arrivés durant le match, je l'ai vu, et… Je lui ai même parlé. Ce n'est pas lui, Malefoy. C'est juste ton souvenir de lui. Tom a disparu.
– Tu es sûre ? fit l'adolescent d'une petite voix.
– Certaine, fit fermement Elisa.
Malefoy baissa les yeux. Elisa réalisa absurdement qu'elle faisait une tête de plus que lui. Certains gamins de treize ans étaient grands, comme Ron Weasley, ou Crabbe et Goyle, ou encore Mandy Brocklehurst de Serdaigle… Mais d'autres avaient encore la taille de gamins. Comme Harry. Ou Drago.
Doux Merlin, il n'avait que treize ans. Dans l'histoire canon, il vénérait toujours son père, à cet âge-là. Il était stupide, et raciste, et haineux, mais il n'était qu'un gamin : un gamin aux idées idiotes, mais heureux et innocent. Pendant une seconde vertigineuse, Elisa se demanda à quel point elle avait détruit le destin de Drago Malefoy.
– Est-ce que tu vas bien ? demanda-t-elle soudain.
Malefoy la fixa, interloqué, et Elisa s'empourpra.
– Je n'ai même pas pensé à te le demander, se justifia-t-elle. Je ne sais même pas combien de temps tu es resté dans la Chambre avant que j'arrive, ou si tu t'es remis de ton épuisement magique, et avec ce qui s'est passé cet été… Tu vas bien ? Est-ce que je peux faire quelque chose ?
– Pourquoi tu t'en inquiètes ? demanda le Serpentard avec méfiance. Je te dois déjà la vie. C'est moi qui devrais essayer de… de…
De se rendre utile. De l'aider. Mais Elisa n'était pas du genre à avoir besoin de l'aide de ses cadets, et ça, même Malefoy le savait. La jeune fille pouvait affirmer sans arrogance qu'elle était bien plus compétente qu'un élève de troisième année.
– Tu peux te contenter de ça, finit-elle par dire en haussant les épaules. Essayer de repayer ta dette à la première occasion et ne jamais m'adresser la parole dans l'intervalle. Mais on sait tous les deux qu'il va se passer un bail avant que tu ne sois en position d'agir. Entretemps, on pourrait faire un effort pour être aimable. J'ai des amis à Serpentard, tu sais.
Bon, elle doutait qu'elle puisse devenir amie avec lui, mais ça ne coutait rien d'en faire l'offre. Le visage de Malefoy passa de la méfiance à la stupéfaction. Puis ce fut l'hésitation, puis la réflexion, et Elisa leva les yeux au ciel. Ce n'était pas un choix si difficile, si ?
– Est-ce que c'est si terrible que je sois une Sang-Mêlée ? demanda-t-elle carrément. Ou que je sois une Poufsouffle ?
Elle n'y allait pas par quatre chemins, et Malefoy devint cramoisi. A cause de son manque de tact ou bien parce qu'elle avait tapé dans le mille, c'était difficile à dire…
– C'est compliqué, d'accord ? finit-il rageusement.
Elisa le toisa. Elle aurait pu lui demander pourquoi la pureté du sang était si importante, maintenant qu'il savait que son propre père s'était agenouillé devant un fils de Moldu. Elle aurait pu lui rappeler qu'elle lui avait sauvé la vie, qu'il devrait être reconnaissant qu'elle cherche à sympathiser plutôt qu'à le tourmenter. Elle aurait pu lui asséner qu'il était grand temps qu'il se remette les yeux en face des trous, qu'il avait une cousine Poufsouffle, pour l'amour du ciel !
Mais elle vit du coin de l'œil le reste de sa classe qui arrivait, et resta impassible. Ça serait une bataille pour un autre jour.
– Réfléchis-y, se contenta-t-elle de dire.
Puis elle s'éloigna, rejoignant Trisha juste au moment où la porte de la classe s'ouvrait pour laisser entrer les élèves de cinquième année. Aussitôt, sa meilleure amie se pencha vers elle avec curiosité :
– Qu'est-ce que tu lui as dit ?
– Je lui ai suggéré d'être plus aimable envers les gens et envers moi en particulier, répondit Elisa avec un sourire en coin.
– T'es optimiste, ricana Trisha. Quand il n'est pas hautain comme un hippogriffe, il est agréable comme une porte d'Azkaban !
Elisa haussa les épaules :
– On peut espérer. Tu sais qu'il est le cousin de Tonks ?
– Nymphadora Tonks ?!
– Yep. Leurs mères sont sœurs. Quoique, la mère de Tonks doit être déshéritée depuis un bail…
Trisha secoua la tête avec ahurissement tandis qu'elles entraient dans la salle de classe. Imaginer que le pompeux Drago Malefoy était apparenté à la maladroite Nymphadora Tonks, ça demandait pas mal d'imagination.
– C'est pour ça que tu es allée lui parler ? reprit Trisha lorsqu'elles s'assirent sur leur banc habituel. Parce qu'il est le cousin de Tonks ?
– Non, répondit Elisa en haussant les épaules. C'est juste qu'il m'évite depuis la rentrée, et que là, j'ai vu une opportunité. Je n'ai pas vraiment réfléchi.
– Ça semble habituel, la taquina son amie.
Elisa ouvrit la bouche pour répliquer, mais la porte de la classe se referma juste à ce moment-là avec un claquement sourd qui fit sursauter tout le monde. Debout à côté de son bureau, Rogue parcourut la classe du regard. Comme à chaque cours de potions, un silence absolu tomba sur les élèves. Elisa avala de travers. Rogue l'avait toujours affreusement intimidée. Elle n'en devenait pas maladroite et terrifiée (comme Neville, par exemple), mais elle devait admettre qu'elle avait le trac avant le début de chaque leçon.
– Nous préparerons aujourd'hui les ingrédients nécessaires à la composition d'une Potion de Régénération Sanguine, qui sera ensuite composée par les élèves de sixième année ayant cours juste après vous. Il s'agit d'une potion particulière, en cela que sa préparation nécessite entre autres l'élaboration préliminaire de deux solutions concentrées. La préparation est donc presque plus précise que celui de la création de la potion elle-même. C'est un travail qui nécessite des ingrédients rares, et le moindre gaspillage provoquera mon… mécontentement.
Plusieurs élèves, dont Elisa, se tassèrent sur leurs sièges. Rogue plissa les yeux, puis reprit :
– Ouvrez vos livres à la page 342. Commencez par la préparation de la solution de Sanguinole, puis la préparation de la solution d'herbaçaline. Vous terminerez par la préparation des ingrédients solides, en commençant par le broyage des ailes de fée.
C'était très rare qu'ils utilisent leurs livres, remarqua mentalement Elisa en sortant son manuel. D'habitude, Rogue écrivait ses instructions au tableau, sans doute pour utiliser une version améliorée des instructions préconisées par les livres. A vrai dire, sur ses quatre ans de scolarité, Elisa n'avait eu à utiliser son livre en cours que deux fois, et uniquement pour avoir des informations sur les ingrédients. La préparation qu'ils devaient faire aujourd'hui ne devait pas être très compliquée, s'ils pouvaient utiliser leurs manuels…
– C'est un travail individuel, continuait Rogue de sa voix doucereuse. Je ne veux pas entendre le moindre bavardage. Mr Balaji, une remarque ?
Elisa tourna la tête juste à temps pour voir le Préfet des Serdaigle, qui avait levé la main, déglutir nerveusement :
– Professeur, le livre d'Aaron a été, euh, détruit.
Aaron Woodbridge, un Serdaigle très discret et aux longs cheveux châtain frisés, sembla se ratatiner sur sa chaise. Il était relativement doué en cours, mais ses sorts tendaient parfois à avoir des résultats inattendus. Il avait un jour transformé une pantoufle en truc mordeur qui avait terrorisé le dortoir des Serdaigle pendant un mois entier. A tous les coups, son manuel de Potions avait été la victime malheureuse d'un incident du même genre.
Rogue toisa Aaron une seconde, puis émit un reniflement dédaigneux :
– Cinq points en moins pour Serdaigle. Prenez un livre dans l'armoire.
D'un geste de baguette, il ouvrit une armoire au fond de la classe. Depuis son banc, Elisa pouvait voir plusieurs manuels de Potions, d'éditions différentes, vaguement empilés au-dessus de plusieurs bocaux vides. Elle fronça les sourcils, essayant de se rappeler pourquoi elle avait une sensation de déjà-vu, tandis qu'Aaron Woodbridge se hâtait d'aller chercher le livre promis.
Ce ne fut que quarante minutes plus tard, plongée dans le filtrage de ses graines de Sanguinole, qu'Elisa réalisa pourquoi cette scène lui avait paru si familière : et elle sursauta si brusquement qu'elle fit tomber son bouquin par terre avec son geste.
Le livre manquant… L'armoire contenant des manuels de seconde main… Voilà pourquoi ça lui avait paru si familier. C'était une scène du canon. C'était une scène qui avait lieu dans le tome 6, quand Harry mettait la main sur le manuel du Prince de Sang-Mêlé ! Un manuel plein de conseils de potions, de sortilèges, de maléfices, de sorts que Rogue avait lui-même décortiqué ou inventés…
Les yeux d'Elisa revinrent sur l'armoire. Et, à ce moment-là, elle sut avec certitude qu'il fallait qu'elle trouve un moyen d'y pénétrer.
Elle n'allait tout de même pas y laisser le livre du Prince prendre la poussière, non ?
oOoOoOo
Une sortie à Pré-au-Lard était prévue le dernier samedi avant les vacances. Elisa était presque sûre que, dans le canon, c'était à cette occasion qu'Harry récupérait la Carte des Maraudeurs et se glissait dans le village sous sa cape d'invisibilité. Elle hésitait encore à interférer (elle n'avait pas envie qu'Harry apprenne l'amitié de Sirius et James en espionnant McGonagall), mais finalement, elle n'en eut même pas besoin. Elle croisa Hermione et Ron au village, et ceux-ci l'informèrent lugubrement qu'Harry était privé de sortie. McGonagall avait révoqué son autorisation, et le Survivant s'était résigné à passer la journée à travailler. Lorsqu'Elisa revint, elle trouva effectivement Harry à la bibliothèque, l'air déprimé, en train de prendre de l'avance sur ses devoirs de vacances.
C'était… imprévu.
C'était même un changement qu'elle n'avait absolument pas anticipé, et Elisa ne savait pas du tout ce qui avait pu le provoquer. Est-ce que McGonagall avait gardé Harry davantage à l'œil, puisque c'était techniquement la première sortie à Pré-au-Lard dont il était privé ? Est-ce que Fred et George avaient décidé de garder la Carte pour réaliser d'autres projets ? Ou bien est-ce qu'ils n'étaient tout simplement pas aussi proches de Harry que dans le canon ? Après tout, dans cet univers, Harry était plus posé et plus studieux. Il n'avait jamais volé de voiture volante, il n'était pas l'unique élève à parler Fourchelang, il ne se battait plus contre Malefoy, et son sujet de conversation favori n'était pas le Quidditch mais les sorts et la magie.
Et puis… Les Weasley n'étaient pas sa famille d'adoption. Avec un coup au cœur, Elisa réalisa que c'était les Bishop qui remplissaient ce rôle. Harry passait toujours une partie de ses vacances chez les Weasley, mais c'était chez Elisa qu'il se rendait en premier. C'était elle qui lui avait offert une alternative aux Dursley.
Et du coup, elle avait flingué la seule chance d'Harry d'hériter de la Carte !
Bon, il fallait relativiser. Elisa ne regrettait pas une seule seconde d'avoir soustrait Harry au traitement de ses gardiens légaux. Il fallait juste qu'elle réajuste ses calculs. Sans la Carte… Les choses risquaient d'être plus compliquées. Harry avait besoin de connaitre les passages secrets du château. Et surtout, l'année prochaine, Elisa comptait sur la Carte pour détecter d'éventuels imposteurs !
– On dirait bien que je vais devoir voler un deuxième objet, marmonna-t-elle.
Son chat Dracarys remua une oreille, roulé en boule sur son lit, mais ne réagit pas davantage. Elisa, qui faisait ses bagages pour le départ en vacances imminent, émit un reniflement amusé. Voler la Carte, et voler le livre du Prince. Tu parles d'un projet !
Elisa n'avait toujours pas trouvé comment récupérer le livre du Prince de Sang-Mêlé. A plusieurs occasions, elle s'était approchée de l'armoire durant ses cours de Potions : mais il lui était impossible de chopper un manuel tant que Rogue était dans la pièce, à surveiller le moindre mouvement des élèves. C'était frustrant.
Elle s'était juré de récupérer ce bouquin avant février. Elle s'y mettrait dès la rentrée de janvier. Mais durant les vacances, elle devrait mettre ces projets de cambriolage de côté. Elle avait tellement de trucs à faire ! Elle maîtrisait presque les sortilèges informulés, mais elle devait encore s'y entraîner. McGonagall leur avait ordonné de réviser la Métamorphose des vertébrés, Rogue leur avait donné deux dissertations à faire, et Babbling leur avait laissé entendre qu'un contrôle sur les runes proto-germaniques les attendait à la rentrée. Heureusement que le seul devoir que leur avait donné Lupin était de réviser les règles du duel, parce qu'ils étaient déjà surchargés de boulot.
– Et encore, râla Trisha quand Elisa s'en plaignit le long du chemin qui menait à la gare. Toi, t'as été dispensée de devoirs par Flitwick ! Nous, on doit faire une dissertation sur les Sortilèges d'Attraction et de Répulsion…
– J'ai des exercices à faire moi aussi ! protesta Elisa. Je maîtrise presque complètement les informulés, alors maintenant je dois lui montrer que j'ai fait des progrès avec mon analyse des Sortilèges de l'Eau. J'ai réussi à complètement analyser les charmes sur la manipulation du liquide, mais pour l'impressionner, je crois que je vais devoir en inventer un.
– Inventer un sort ? sourcilla Trisha.
– Ça ne serait pas la première fois, commenta Cédric avec un sourire en coin.
L'année dernière, Elisa s'était hissée au rang de championne du Challenge grâce aux sorts qu'elle inventait, et qui était inspirés d'armes moldues comme le taser ou la grenade aveuglante. Mais à l'époque, elle était aidée (et largement influencée) par l'Horcruxe du journal…
Elisa esquissa un sourire un peu figé. Le sort de manipulation de l'eau qu'elle était en train de mettre au point serait le premier sort qu'elle créerait depuis qu'elle avait été libérée de l'influence de Tom. Rien que d'y penser, elle avait les mains moites.
– Comment tu vas faire ? s'intéressa Trisha.
– Ça dépend, commença Elisa. Aguamenti matérialise un jet d'eau, car il invoque de l'eau sous sa forme mouvante. Moi, je voudrais invoquer de l'eau sous forme immobile, comme une grosse boule liquide qui flotte dans les airs, et ensuite lui donner une autre forme. Donc je vais devoir amputer le sortilège d'Aguamenti d'une partie de ses propriétés, et y rajouter les éléments que je veux.
– … Je crois que je vais arrêter de me plaindre de ma dissertation, fit Trisha à personne en particulier. Si c'est le genre de récompense que rapporte le fait d'être le chouchou de Flitwick, je passe mon tour !
Elisa roula des yeux, mais ne protesta pas. Elle avait déjà quelques idées pour invoquer de l'eau en suspension. Ensuite, pour sculpter la masse en suspens… Bah. Elle se débrouillerait. Et elle n'allait pas gâcher ses dernières heures avec ses amis à discuter de devoirs !
Ils passèrent donc tous le trajet du Poudlard Express à discuter de choses triviales, comme ce qu'ils espéraient recevoir comme cadeaux… Et de choses plus sérieuses, comme quels étaient leurs choix de carrière et comment Sirius Black était entré au château. Elisa en profita pour glisser innocemment un mot au sujet des elfes de maison, et du manque de considération que les sorciers avaient pour eux. La plupart des gens ne semblaient pas très intéressés, mais Cédric eut l'air profondément troublé. Elisa espéra très fort qu'il pensait à l'elfe des Diggory, maigre et terrifié.
Le train arriva à Londres en milieu d'après-midi, et ils se séparèrent sur le quai. Isabelle arriva en retard, comme d'habitude, pour ne pas avoir à affronter la foule. Mais cette fois, elle n'était pas venue seule, et le visage d'Elisa s'illumina :
– Papa ! Tu as pris un congé ?
– Yep ! sourit son père en lui ébouriffant les cheveux. On a presque une semaine à passer ensemble. Mais je dois repartir juste après Noël, ils ont besoin de moi pour un vol long-courrier.
Michael Bishop essayait toujours d'être là pour Noël avec sa famille, mais il n'était pas rare qu'il ne puisse se libérer que la veille, ou qu'il doive repartir avant le Nouvel An. C'était la contrepartie des longs congés qu'il prenait parfois pour partir à l'étranger avec Isabelle quand Elisa était à Poudlard, et des semaines de vacances qu'il prenait durant l'été (alors que juillet et août étaient la période la plus chargée pour les aéroports).
– Un vol aux Etats-Unis, non ? vérifia Isabelle en lançant un regard affectueux à son époux.
– Exact, sourit Michael. Mais j'irai à Haïti d'ici mars. Tu veux que je te prenne un billet ? Tu n'as jamais visité les Caraïbes, non ? On pourrait explorer les îles ensemble…
Isabelle sembla considérer l'idée d'un air pensif. Elisa roula des yeux. Sans aucun doute, sa mère allait accepter. Elle n'aimait pas la foule, mais en mars, il n'y aurait pas beaucoup de touristes… Et puis, les époux Bishop adoraient explorer de vastes étendues sauvages et se perdre dans des coins reculés du monde.
– On y va ? lança-t-elle. Je veux finir mon devoir de Potions ce soir pour m'en débarrasser.
– Tu es toujours si consciencieuse ! s'amusa son père. Tu finiras ta dissertation demain. Viens, on dépose tes affaires à la maison, et on va choisir un sapin au centre-ville de Londres, qu'est-ce que tu en dis ? Ils vendent des arbres sur l'une des places.
Isabelle grimaça en pensant à la foule qu'il risquait d'avoir, mais finit par acquiescer en souriant. Elisa haussa les épaules, amusée.
– D'accord. Mais si Rogue m'utilise comme ingrédients de Potions, ça sera de votre faute.
Et puis, elle tenait à profiter de tous le temps qu'elle pourrait passer avec ses parents.
La famille Bishop était vraiment étrange, que ce soit pour les standards moldus ou sorciers. Elisa en avait bien conscience. Elisa elle-même ne tendait pas à se considérer comme normale, avec ses connaissances du futur qu'elle gardait secrètes, et son ambition dévorante de changer le monde. Mais elle n'était certainement pas la plus bizarre du lot !
Son père était un drôle d'oiseau, déjà. Il ne passait guère plus d'une semaine au même endroit avant d'avoir à nouveau la bougeotte. Elisa ne l'avait jamais vu rester plus d'un mois entier au Cottage. C'était comme si Michael se concentrait si intensément sur ce qu'il faisait qu'il s'en lassait très vite. Ça faisait de lui un pilote exemplaire, totalement focalisé sur son travail et ravi de changer de pays presque tous les jours. Ça faisait aussi de lui un père très absent. Il passait sa vie à voyager, à explorer, marcher, découvrir, comme s'il contenait trop d'énergie et qu'il risquait d'exploser s'il s'arrêtait trop longtemps.
Et puis il y avait sa mère, Isabelle. Sa particularité à elle était de vivre en ermite les trois quarts de l'année, et de régulièrement se transformer en exploratrice sans prévenir. Isabelle ne parlait pratiquement à personne, angoissait terriblement quand elle devait se mêler à la foule, et gagnait sa vie par correspondance. Elle était l'image même de la recluse terrifiée par le monde extérieur. Et pourtant, elle vivait entourée de livres d'aventure et d'artefacts exotiques. Plusieurs semaines par an, elle claquait tout pour aller explorer un pays étranger, se perdait en route, vivait en totale autonomie, et revenait inévitablement chez elle les bras chargés de souvenirs.
Mais ils étaient ses parents, et Elisa les adorait. Et, d'accord, parfois ça la faisait grincer des dents que son père se fasse la malle au lieu de passer les fêtes en familles. Parfois, ça l'agaçait que sa mère ne veuille jamais venir sur le Chemin de Traverse ou que ses souvenirs de voyages encombrent la maison. Mais si Isabelle et Michael acceptaient inconditionnellement leur fille bizarre, qui avait parlé trop tôt, avait inventé une forme de magie sans baguette avant même de recevoir sa lettre pour Poudlard, et qui prévoyait de changer le monde avant même de passer ses BUSES… Eh bien, Elisa ne pouvait que les aimer, ces deux adultes géniaux qui s'étaient retrouvés avec une gamine excentrique comme elle sur les bras. C'était bien la moindre des choses.
Alors les Bishop retombèrent dans la routine des vacances de Noël. Acheter un sapin, le décorer, recouvrir la maison de neige enchantée, et poser sur toutes les surfaces verticales des sculptures de glace rapportées de Finlande. Elisa se plongea avec réticence dans ses devoirs, et consacra plusieurs heures par jour à élaborer son Sortilège d'Eau modifié. Elle rendit fréquemment visite à son atelier dans la forêt derrière la maison, et s'enquit de la santé des elfes. Elle enchanta plusieurs MagicoGlisseurs qu'elle comptait vendre à Poudlard.
Et puis, maintenant qu'elle avait terminé ses miroirs communicants, elle pouvait se pencher sur une autre invention. Plus précisément, celle du dictaphone. Maintenant qu'elle avait étudié les Charmes Musicaux avec Flitwick, elle avait beaucoup progressé sur la question de l'enregistrement des sons sur un support magique.
Bien sûr, elle ne faisait pas que travailler. Elle faisait la grasse matinée, bouquinait, et… sortait faire du shopping. Car il était aussi temps pour Elisa d'acheter des cadeaux. Elle envoyait des bonbons à toutes ses connaissances, et cette année cela comptait plus d'une centaine de personnes. Il y avait les membres de sa promotion, mais aussi les membres du CEM, les amis des membres du CEM, les gens à qui elle avait appris le Patronus, tous les petits premières années de Poufsouffle, Luna Lovegood et les jumelles Carrow… Seules quelques personnes avaient droit à un cadeau personnalisé. Ses meilleurs amis Trisha et Cédric, le Trio d'Or, Tracey Davies, Takashi, et ses quatre amis de Serpentard.
Mais passons.
Noël n'était jamais une grande fête chez les Bishop. C'était surtout une occasion de se réunir. Pour Elisa, c'était aussi l'occasion de travailler ses inventions… Et de revoir ses amis fondateurs de Tourmaline. Ils se donnèrent rendez-vous à l'école la veille de Noël, pour passer l'après-midi ensemble avant de retourner dans leurs familles pour le réveillon. Pour Elisa, c'était l'occasion d'admirer les travaux finis, et de se reconnecter avec ses amis.
– Alors, comment se passe Poudlard ? s'enquit joyeusement Lester en passant une Bièraubeurre à Elisa.
Ils s'étaient installés dans la salle des profs, s'affalant dans les fauteuils dépareillés qui meublaient la pièce. La jeune Poufsouffle leva sa canette comme pour porter un toast :
– Les cours se passent bien et les Détraqueurs n'ont tué personne, je ne me plains pas. Je maîtrise même les sortilèges informulés ! Et vous, quoi de neuf ?
– La routine, sourit Madeline la Cracmol. Je pense à démissionner de mon poste pour administrer Tourmaline quand elle aura ouvert.
– Madeline ferait une excellente directrice, déclara fermement Lester.
Il avait presque l'air de s'attendre à ce qu'Elisa proteste, et la jeune fille en fut un peu vexé. Elle se contenter de hausser les sourcils :
– C'est aussi mon avis.
Lester eut l'air de se dégonfler comme un ballon percé. Myriam le prit en pitié, et changea de sujet en racontant les difficultés des universités moldues, et l'échec cuisant qu'elle avait subi en passant ses partiels d'Economie Internationale. Gwendolyn, qui était assise dans le fauteuil à côté de celui d'Elisa, se pencha pour lui souffler :
– La famille Hopkrik est totalement contre cette idée, ils pensent qu'une directrice Cracmol ne sera jamais acceptée.
– Mais c'est une école pour Cracmols, justement ! protesta Elisa.
Gwendolyn haussa les épaules :
– Ce n'est pas parce que les sorciers acceptent que les Cracmols aient droit à une éducation qu'ils vont pour autant voir d'un bon œil qu'on leur donne une position d'autorité. Regarde ma famille. Ils adorent Brian, mais ils le laissent à peine quitter la maison parce qu'ils ne pensent pas qu'il peut se débrouiller tout seul. L'idée que quelqu'un comme lui distribue leur salaire à des employés sorciers, ça les mettrait super mal à l'aise.
Le petit frère de Gwendolyn et Neal était un Cracmol qui avait l'âge d'Elisa. Il était gentil, mais ses parents l'avaient surprotégé dès qu'ils avaient découvert que leur fils serait « handicapé ». Le jeune Brian était devenu un garçon timide qui se pétrifiait dès qu'il sortait dans la rue. Tout l'inverse de Gwendolyn et Neal, qui étaient assurés et ambitieux…. Elisa grimaça. Effectivement. Il y avait un pas entre reconnaitre l'injustice d'une situation, et accepter qu'il y ait un changement dans sa vie quotidienne.
– Au fait ! s'exclama Gwendolyn. Tu m'as promis des miroirs, si je n'abuse ?
– T'as raison, se rappela Elisa en se levant pour attraper le sac Extensible glissé dans la poche de son manteau. Voilà, j'ai fait trois formes différentes pour offrir plus de choix aux clients, mais le mécanisme est le même. Qu'est-ce que tu en penses ?
Le premier miroir était rectangulaire, de la taille d'une main, et glissé dans un étui de cuir qui s'ouvrait et se rabattait comme la couverture d'un livre pour le protéger. Le deuxième était un miroir à main ovale, avec une poignée et un cadre de porcelaine ornée de motifs de fleur : le design était un peu vieillot, mais il plairait aux sorciers (et sorcières) traditionnels. Le troisième miroir était plus petit, et se présentait sous la forme d'un poudrier rond en métal, de la taille d'une paume. Lorsqu'on l'ouvrait, l'une des faces contenait le miroir communicant.
– Joli, admira Gwendolyn. Et comment on appelle quelqu'un ?
– Chaque miroir est identifié par un numéro au dos, expliqua Elisa en sortant le miroir rectangulaire de son étui.
Les bords de miroir ainsi que son dos étaient recouverts d'une couche de métal fine comme du papier, mais qui permettait de cacher la superposition verre-parchemin-bois. Au dos du miroir, dans le métal cuivré, une série de trois runes (Perthro, Anzuz, et Raidho) puis de sept chiffres était gravée.
– Pour appeler un miroir, il suffit de prononcer les runes, puis les chiffres.
– Mémoriser les numéros de tous les contacts, ça sera beaucoup de boulot ! pointa Neal qui écoutait leur conversation.
– Yep. C'est pour ça que chaque miroir peut enregistrer des contacts. Tu tape ta baguette dessus en disant « enregistrer un contact », puis tu dis son nom, puis son numéro d'identification avec les runes et les chiffres. Et voilà, c'est enregistré.
Gwendolyn prit les trois miroirs avec révérence. Elisa se rengorgea : il lui avait fallu presque deux ans de travail pour parvenir à ce résultat. C'était son projet le plus long. Même les MagicoGlisseurs lui avaient pris moins longtemps.
– J'ai mis toutes les instructions dans un carnet, rajouta-t-elle en fouillant dans le sac. Les instructions pour la fabrication, le démontage, les modifications… Ce n'est pas si compliqué, en fait. La fonction d'appel à distance est basée sur un Sortilège Protéiforme qui combine le parchemin et le verre, et tout s'articule autour de ça.
– Un Sortilège Protéiforme modifié à quinze ans, murmura Gwendolyn avec amusement en secouant la tête. Rappelle-moi pourquoi tu n'es pas à Serdaigle, Magister ?
– … Beaucoup d'obstination ?
– Et nous en sommes tous reconnaissants, les coupa Lester avec amusement. Et maintenant, si on passait aux choses sérieuses ? Magister, on va avoir besoin de toi pour la question du budget.
Tout le monde grogna. Puis Elisa se redressa sur son siège, résignée. Elle avait eu l'idée de Tourmaline, et elle avait rassemblé la majeure partie du pognon. Elle ne pouvait pas se permettre de tirer au flanc.
– Allez, envoie. Mais je veux une deuxième Bièraubeurre !
Il y eut quelques rires, une deuxième boisson lui fut passée, et ils se mirent au travail. Il fallait vérifier leurs plans de budget et évaluer leurs réserves. Il fallait aussi permettre à Elisa de voir quel genre de programme scolaire ils avaient prévus, puisque la plupart de leur planification avait eu lieu pendant qu'elle était à Poudlard. Après tout, en tant que fondatrice, Elisa avait tout autant que les autres le droit de poser son veto ou de donner son avis.
Elle n'avait cependant aucune critique à faire. Eugène Edgecombe avait proposé un programme de maths qui ressemblait à celui du CEM (cette similitude n'était sans doute pas fortuite, puisque sa fille Marietta en faisait partie). Christopher Wise avait un programme d'Histoire moldue et de littérature qui semblait dense, mais réalisable. Romaric Clemens avait également établi un programme de Runes et de Divination calqué sur celui de Poudlard.
– Il nous manque toujours plusieurs profs, fit anxieusement Elisa.
– Eugène Edgecombe est d'accord pour enseigner la physique-chimie jusqu'à ce qu'on trouve un autre prof, l'assura Lester. Et si on ne trouve personne pour enseigner la Théorie magique ou l'Astronomie, je m'en chargerai. Madeline est d'accord pour prendre en charge l'Etude des Moldus si personne ne se présente.
– Et on a quelqu'un pour les Botanique et la Potions, rajouta Neal. Ce n'est pas encore officiel, mais c'est pour bientôt. Je l'avais mentionné cet été, non ?
– Tu avais juste dit qu'on avait un volontaire…
– Ah ? Au temps pour moi. C'est Heremon Odran, un Médicomage qui prend sa retraite pour élever sa petite-fille. Les deux parents ont choppé la dragoncelle au printemps dernier. Odran a pris en charge sa petite-fille à ce moment-là, et au bout de trois mois, il a pris sa retraite et s'est mis à chercher un travail avec des horaires plus souple. Du coup je l'ai orienté vers Lester, et ils en ont discuté cet été et au début de l'automne.
Lester acquiesça gravement :
– Mr Odran est quasiment engagé. Mais comme les parents de la petite fille sont morts tous les deux il y a quelques semaines, je n'ai pas osé l'assommer avec des formalités à remplir. Il faut lui laisser le temps de faire le deuil de sa fille et son gendre.
Elisa grimaça, gênée d'avoir posée la question. Puis Madeline changea de sujet en pointant qu'il leur manquait encore un prof de Défense et un prof d'Histoire de la Magie, et le débat se relança sur le sujet, chacun soumettant le nom d'amis ou de connaissances qu'ils pouvaient contacter.
L'heure tournait, et ils finirent par se séparer. Madeline et Lester furent les premiers à partir : les Hopkrik commençaient tôt leur réveillon. Les autres restèrent un peu plus longtemps pour ranger la paperasse et faire disparaitre la Bièraubeurre. Profitant que Gwendolyn et Myriam discutaient avec animation d'une nouvelle boutique du Chemin de Traverse, Neal s'approcha d'Elisa, l'air étrangement gêné. Elisa haussa un sourcil interrogatif, et le jeune homme, après avoir jeté un regard aux deux jeunes femmes, grimaça :
– Tu te souviens que tu nous avais tous demandé de rassembler des infos sur Sirius Black ?
Oh merde, murmura une petite voix dans la tête d'Elisa.
Elle hocha la tête, muette. Neal grimaça de nouveau, ayant l'air de ne pas trop savoir comment aborder le sujet. Finalement, il lâcha précipitamment :
– Il y a un Guérisseur dans mon service, un ancien Serpentard. Il est de Sang-Mêlé, et il était à l'école au moment où Jedusor recrutait, et… Bref, il n'a pas eu une bonne scolarité. Et il avait des tas de trucs à dire sur Black et ses amis. Au départ, je lui ai payé une bière et j'essayais de retenir tout ce qu'il disait… Mais au final j'ai juste posé un bloc-notes sur mes genoux avec une Plume à Notes et je l'ai laissé vider son sac pendant que la plume écrivait tout ce qu'il disait. Il y a des noms et des dates et c'est vérifiable, mais c'est juste… Il y avait des trucs assez glauques là-dedans, et des histoires qui m'ont vraiment mis mal-à-l'aise. C'est comme…
Il inspira, secoua la tête. Il avait du mal à trouver ses mots.
– C'est comme quand tu nous as fait réaliser que Dumbledore avait trahi notre confiance avec cette histoire de pierre, finit-il par dire. Il était supposé être un modèle, quelqu'un a qui on pouvait faire confiance, et il nous a tous mis en danger. C'était… C'était un choc, voilà, parce que les gens biens sont supposés être vraiment biens, tu vois ?
Elisa déglutit. Oui, elle voyait très bien ce qu'il voulait dire.
– Le monde n'est pas noir et blanc, fit-elle d'une petite voix.
Neal poussa un profond soupir :
– Non, je suppose qu'il ne l'est pas. C'est juste… Une grosse désillusion.
Il tira de sa poche une épaisse enveloppe qui devait contenir plusieurs feuilles, et la lui tendit. Elisa la prit d'un geste automatique.
– Tout le témoignage du gars est là-dedans, l'informa Neal. Il y a beaucoup de passages où il se plaint des profs et pas mal d'endroits où il insulte son Préfet, un certain Mulciber, mais… Y a pas mal d'infos sur Sirius Black et le genre de trucs qu'il faisait à l'école avec ses amis. Fais-moi juste une faveur, d'accord ? Ne parles pas de ça au petit Harry. Ça parle de son père de façon pas très flatteuse, et… Même si c'est vrai, Harry ne mérite pas ça.
Elisa avait la gorge si serrée qu'elle ne pensait pas qu'elle pourrait parler, alors elle se contenta de hocher la tête. Neal parut satisfait, et se détourna pour continuer à ranger le désordre de la pièce avec Myriam et Gwendolyn. Elisa glissa l'enveloppe dans sa poche. Elle n'avait pas besoin de l'ouvrir pour savoir ce qu'il y avait dedans.
Quelqu'un avait finalement avoué l'identité des amis de Sirius Black. Et ce n'était définitivement pas dans un contexte favorable.
Yep. Même si Neal ne le lui avait pas demandé, Elisa n'avait absolument aucune intention de laisser Harry poser les yeux sur ce texte, ou même de lui permettre d'entendre ce qu'il racontait. Honnêtement, elle se fichait que James Potter ait été un petit con qui plongeait la tête des gens dans les toilettes. James Potter était mort, et Harry méritait de garder de son père une image positive. Même si ce n'était qu'un mensonge, à qui est-ce que ça pourrait faire du mal ? Et est-ce que le Survivant n'avait pas déjà assez souffert comme ça ?
Elle enfouit l'enveloppe au fond de sa poche. Plus tard, songea-t-elle avec lassitude. Elle la lirait plus tard. Elle n'avait pas envie que ça lui gâche les fêtes. Est-ce qu'elle ne pouvait pas prétendre être ignorante, juste un moment ?
Mais Elisa n'avait jamais eu ce luxe, et ce depuis sa naissance. Et, alors même qu'elle souhaitait un joyeux Noël à ses amis et riait à une dernière plaisanterie avant de rentrer, elle savait déjà comment tout ça allait finir.
Et la réponse était : mal. Forcément.
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Ah, l'optimisme d'Elisa. Que c'est rafraîchissant x)
Pas de vote pour cette semaine, car je sais déjà de qui je vais vous parler (eh, la fiche de Raashid Hussain est prête depuis quasiment un mois, je désespère de vous parler de lui !). Alors... A jeudi prochain ! =)
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