Chapitre 4 : Un Batème de souffrances.
"C'est l'heure."
Cette phrase résonne encore dans ma tête... Elle m'envahit... La folie... J'étouffe. Et je me réveille enfin. Je me réveille haletante et en sueur. Je passe ma main sur le visage. Il faut vraiment que j'évacue ces idées noires... Mais cette phrase... Je hais les Grands plus que tout !
D'ailleurs... J'entends leurs pas résonner dans l'immense couloir blanc... Je vais devenir folle. À moins que je ne le sois déjà ? Je le pense. La mort tragique de ma mère a été un vrai choc. Je ne dors plus, je ne mangeais plus et je ne voulais pas quitter ma chambre. Malgré moi, ils m'ont quand même obligé à assister aux cérémonies de prélèvements de sang. Il y a eu deux ou trois morts et d'autres sont sur le point de connaître la même délivrance... Mon peuple est sur le point de mourir. Nous sommes de moins en moins nombreux, mais les Grands ont l'air de s'en ficher comme de leur première couche ! Ils continuent de nous vider de notre sang un par un jusqu'à ce qu'on meure misérablement sur la table en pierre...
Bref. Aujourd'hui, c'est mon anniversaire, j'ai 5 ans et je dois assister à une cérémonie toute spéciale. J'ai revêtu une robe blanche qui se fondait parmi mes longs cheveux blancs. Seules de petites cornes trônaient sur ma tête, caractérisant ma race avec mes petites ailes blanches... J'ai essayé de voler, mais je n'y arrive que sur quelques secondes... Puis, ici, c'est interdit de voler. Sinon, on se fait massacrer par les Saigneurs...
J'entends les pas se rapprocher. Puis finalement, ma porte coulisse dans un silence morne...
"C'est l'heure."
Encore cette phrase... Puis je me souviens les moments avec ma mère et eux l'emmenant vers sa mort. Une terrible rage me revient encore... Et une immense tristesse. Cette même tristesse qui me suit partout depuis que... Qu'elle est... Je ne peux pas me résoudre à le dire où à le penser. Sinon je vais devenir définitivement folle... Revenons en aux Grands qui attendent que je me lève. Je gémis d'un air très enfantin :
"Je ne veux pas y aller... Qui allez-vous tuer cette fois ?
- Suivez-nous sans broncher où nous allons vous porter."
Tiens, cette idée n'est pas mal... Je n'aurais pas besoin de marcher... Je croise les bras et pince les lèvres, boudeuse alors qu'ils me soulèvent, toujours assise en tailleur. Ils me portent jusqu'à la porte tandis que je reste dans la même position et m'emmène vers La Salle... D'un coup, tous les souvenirs me submergent et je hurle. Je hurle à n'en plus finir... Et d'un coup, une douleur vive m'empare pendant 1 fraction de secondes... Je touche ma joue, rougie par la claque. Des larmes montent aux yeux, mais ne coulent pas... Je lève le regard vers les Grands qui me portent et à ma grande surprise... Me positionne sur la table de pierre, devant la foule qui commençait à remplir les sièges. Ils murmurent tous... Des choses bizarres... Je les entends parfaitement :
"La pauvre... Comme d'habitude, à 5 ans leurs batème..."
Batème ? À 5 ans ? Je ne comprends pas...
"Déjà qu'ils ont tué sa mère il n'y a pas longtemps... Maintenant, il faut qu'ils la tatouent..."
Et là, le déclic. C'est... C'est de moi qu'ils parlent. C'est à mon tour ! Seulement, je viens de réaliser que maintenant ! Ils m'ont déjà attaché à une pierre remplie de reliure, mais qui me mets dans une position presque debout. J'essaye de me débattre, mais les chaînes se resserrent, je suffoque... Je cesse de me débattre tandis que de longues larmes coulent... Je ne savais pas que je pouvais encore pleurer. Je vois un Saigneur, tout de blanc vêtu s'approcher de moi avec une dague rouge. Non... Elle n'est pas rouge, cette dague... La lame a été chauffée. Si bien que de la fumée s'échappe de celle-ci. Il s'approche doucement de moi et se met vers mon épaule. Puis je commence à hurler, comprenant ce qui va m'arriver...
La lame chauffée se plante d'un coup dans mon épaule et je pousse un cri suraigu...
"ARRÊTEZ ! PITIÉ! ARRÊ... KYAAAAAAAH !"
La lame découpe un cercle dans ma chair meurtrie, le sang coulant à flots. Puis elle forme des symboles au milieu de ce cercle, des gravures complexes qui me déchiraient la peau à chaque mouvement de la lame...
À un moment, un Grand s'est mis devant moi et à fait face à la foule. Je relevais mollement la tête, le teint pâle à cause du manque de sang, je lui souris doucement. Je pensais qu'il me protégeait. J'avais tort. Il annonça solennellement, avec sa voix grave :
"Mikomi Sora, ici présente, est à présent notre propriété. Elle est marquée à vie par le Mejirushi de notre Grand Dieu, Bougyaku. Il tourna sa tête le ciel, Ô, mon Grand Seigneur, prend son sang, je te l'offre !"
Et d'un coup, il me releva la tête et un Saigneur qui s'était mis derrière moi et que je n'avais pas vu... Me trancha les poignets. Et j'ai hurlé.
