Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Note (1) : Apparition de l'enfant de Kurenai dans ce chapitre. Quand j'ai commencé à écrire cette histoire, Kurenai était toujours enceinte dans le manga et j'avais vaguement lu quelque part que ce serait une fille. J'ai fait avec les données que j'avais à ce moment-là !
Note (2) : Désolée pour le temps entre les chapitres, j'ai beau avoir de l'avance, je me relis beaucoup et change pas mal d'éléments avant de publier pour de bon, il faut donc trouver un moment pour cela. En plus, mon ordi portable adoré déconne pas mal ces derniers temps, il va bientôt falloir me résoudre à le changer mais mon porte-monnaie n'est pas d'accord ! Les événements des derniers jours m'ont aussi un peu hébétée mais, finalement, se vider la tête avec une petite romance (qui prend son temps, oui, oui, je sais), ça fait aussi du bien.
Chapitre 3 : En suspens
« Je crois qu'il est temps. », annonça Tsunade avec neutralité.
« Vous croyez ? », répéta Kakashi, dubitatif.
« Ça va faire un mois et demi qu'on l'a retrouvé, avoua-t-elle, j'ai peur qu'il finisse par avoir des séquelles importantes… »
« Plus que celles du charcutage d'Ino ? s'étonna Kakashi. Je me demande comme vous ferez la différence. »
« Kakashi, dois-je te rappeler que tu as signé une autorisation pour cette opération ? C'est trop tard pour ce genre de commentaires… »
Il inspira dans l'espoir de contenir sa mauvaise humeur. En vain.
« Ce serait pour quand ? »
« Je laisse une journée complète de récupération à Ino. Il faut qu'elle soit en forme pour l'opération. Demain matin, je pense. »
« Et ce sera long ? »
« L'opération en elle-même ? Pas plus d'une heure. Pour un hypothétique réveil, seul l'avenir nous le dira. »
« Et…, hésita le jounin, je dois faire quelque chose ? Je sais pas, amener certaines de ses affaires ? »
« Amène-toi toi, déjà, ce sera amplement suffisant. »
Il se leva pour sortir mais elle le retint.
« Tu pourrais aussi te prosterner aux pieds d'Ino pour la remercier de tout ce qu'elle fait pour toi. »
« Je le ferai, rétorqua Kakashi, dès que j'aurais parlé du bon vieux temps avec Iruka… »
Autant dire jamais, ils le pensèrent tous les deux.
~/~/~
Kakashi lut une troisième fois – sans, toutefois, être sûr de bien comprendre – la dernière carte d'encouragement que Gai lui avait envoyée. Depuis le début, ce dernier était coincé sur une mission longue durée qui l'avait même privé de participer aux recherches. Cependant, cela ne l'empêchait pas d'adresser tout son soutien à son éternel rival d'une manière toute personnelle.
Kurenai réajusta sa fille sur un de ses genoux et lut, elle aussi, par-dessus l'épaule de Kakashi. Malgré la situation, elle ne put s'empêcher de sourire. Comme toutes les autres, la carte avait été pliée selon l'art de l'origami. Elle était, de ce qu'ils saisissaient, censée représenter le phénix, oiseau mythologique – métaphore « gaigesque » pour parler d'Iruka - qui, selon les propres termes du jounin, retrouverait « la flamme de sa vigueur masculine » et renaîtrait de « ses cendres chamarrées ». Incompréhensible.
« Tu crois que les sous-entendus sexuels sont voulus ou pas ? » interrogea Kakashi, dubitatif.
« Avec lui, comment savoir ? » répondit Kurenai tout en berçant son enfant qui gigotait.
« C'est pas un endroit pour une gamine. », fit remarquer Kakashi tout en indiquant du regard le lit où reposait le corps inerte d'Iruka.
« La nourrice était occupée et il n'y avait personne d'autre pour te garder. », rétorqua malicieusement sa compagne.
Ce n'était pas tout à fait vrai. On avait laissé un peu de répit à Naruto dans son rythme effréné de missions pour qu'il puisse être présent et Sakura s'était évidemment jointe à lui. Chôgi et Shikamaru étaient là aussi mais moins pour accompagner Kakashi que pour soutenir leur coéquipière dans cette première opération d'envergure.
Quand Ino pénétra dans la pièce, elle fit mine d'être désappointée par leur présence, parce que c'était le jeu, ils se charriaient depuis l'enfance. Mais on pouvait aisément lire la reconnaissance dans ses yeux rougis.
Elle avait beaucoup pleuré, tant qu'on avait failli reporter l'opération. Il avait fallu toute la force de persuasion de Naruto et un petit alcool sorti d'un des tiroirs de Tsunade pour que la jeune fille reprenne ses esprits.
Kakashi savait qu'il était en partie responsable de cette crise de nerfs. Il se montrait dur envers Ino, exigeant, cassant. Il lui faisait bien sentir qu'il ne la jugeait pas à la hauteur. Naruto le lui reprochait, d'ailleurs, lui qui avait tant souffert du même genre de dénigrement. Même s'il n'était pas vraiment proche d'Ino, il avait été pour elle un soutien sans faille, rôle qu'il s'était lui-même imposé. Il était devenu le maillon fort de sa génération, celui sur lequel les autres étaient censés se reposer. Malheureusement, il ne pouvait soulager Ino que par des mots, aussi bien ceux qu'il lui adressait que ceux qu'il échangeait avec Kakashi pour le convaincre de se montrer plus indulgent avec elle.
Ino se sentait déjà suffisamment mal à l'aise, la peur de l'échec la tétanisait. Comme pour tous ceux de son âge, Iruka avait été le premier de ses maîtres, celui qui avait posé les fondations de sa personnalité ninja. Et il fallait en plus ajouter à ça sa relation « particulière » avec Kakashi-sensei, le second maître de Naruto mais aussi le vengeur de son propre mentor, Asuma-sensei. Elle leur devait tant, à tous les deux, et, pourtant, leur liaison l'avait toujours dérangée. C'était une coquette et, depuis son plus jeune âge, elle avait eu une vision très nette des limites entre féminin et masculin. L'homosexualité était une notion floue et, pour elle, anormale puisqu'elle ne rentrait franchement dans aucune de ces deux cases. Les femmes se devaient d'aller avec les hommes et inversement. C'était ce qu'on lui avait appris et ce qu'elle jugeait donc aller de soi. Cela ne signifiait pas qu'elle rejetait Kakashi et Iruka, elle ne se serait jamais permise d'être méprisante ou insultante envers eux, elle était simplement dans la réserve quand ils étaient mentionnés en tant que couple et elle avait toujours, autant que possible, ignoré cet aspect de leur vie.
Et voilà qu'aujourd'hui, elle se retrouvait propulsée au centre d'une histoire qui n'était pas la sienne. Si elle se trompait, elle pouvait tuer Iruka-sensei, cet homme qu'elle voulait tant sauver.
Kakashi ne lui avait pas adressé un seul regard depuis qu'elle était entrée. Ce n'était pas pour être désagréable, il ne voulait simplement pas qu'elle discerne dans ses yeux les doutes qu'il ne pouvait s'empêcher d'éprouver.
Il regarda le corps d'Iruka s'éloigner alors que des infirmiers faisaient rouler son lit. Etait-ce la dernière fois qu'il le voyait ? Et, s'il mourait, serait-ce une véritable perte ou l'homme qu'il aimait n'était-il pas déjà mort, il y a plusieurs semaines de cela, quand tout cela avait commencé ?
S'il ne survivait pas à l'opération, ne considérerait-il pas Ino comme une meurtrière ? Tsunade s'était montré catégorique : Iruka aurait pu vivre des années dans l'état dans lequel il se trouvait. Mais était-ce une vie ? Etait-ce encore Iruka ? Et si la mort devait advenir, dans quelle mesure ne serait-ce pas une libération ?
Il ne pouvait néanmoins se résoudre à être séparé de lui. Cette enveloppe qui avait l'apparence de son amant l'avait aidé, qu'il l'admette ou non, à ne pas perdre pied. Si on lui enlevait même ça, alors, la véritable souffrance débuterait.
D'un geste brusque, il attrapa le bras d'Ino.
« Si tu le sens vraiment pas, ne fais rien. »
Elle opina mais il sentit que c'était comme s'il venait de lui donner une gifle.
« Tu n'es donc pas capable de te montrer encourageant. », pesta Tsunade.
Il haussa les épaules : il n'avait plus aucun courage à offrir.
~/~/~
Ils s'étaient tous levés en même temps mais ils avaient laissé la primeur de la question à Kakashi.
« Alors ? », demanda le jounin.
Ino, très pâle, regardait le sol. Ça ne le lui inspira rien de bon.
« Il vit encore, annonça Tsunade, c'est tout ce qu'on peut dire pour le moment. »
Le regard de Kakashi alterna de l'une à l'autre et il eut une envie folle de bombarder Ino de questions. Après tout, c'était simple de leur dire si elle le sentait bien ou pas. C'était tout ce qu'il voulait savoir.
Au moment où il allait débuter son interrogatoire, son bras fut attrapé par une main bronzée et il se retourna pour croiser le regard de Naruto. Avec les années, ils avaient appris à lire dans les yeux l'un de l'autre et là, clairement, son disciple lui disait qu'il fallait arrêter les frais, qu'Ino avait suffisamment donné comme ça.
Kakashi céda, ayant l'intime conviction qu'il aurait eu les mêmes réactions que Naruto si cette histoire ne le touchait pas de si près.
« Qu'est-ce qu'on doit faire, maintenant ? », demanda-t-il finalement à Tsunade, évitant soigneusement de s'adresser à Ino.
« Attendre. C'est une opération lourde, il lui faudra probablement plusieurs jours pour se réveiller. Rentre chez toi, Kakashi, prends une douche, essaye de dormir. Iruka est branché à tout un tas de machines qui nous préviendront à la moindre évolution de son état. »
« J'irai nulle part, répliqua le jounin, et vous le savez très bien. »
Elle soupira, sentant qu'elle allait s'énerver. Elle était fatiguée, elle aussi.
« Tsunade-sama, intervint doucement Sakura, peut-être bien qu'on pourrait trouver un lit à Kakashi-sensei ici. Iruka-sensei mis à part, l'hôpital est plutôt vide ces temps-ci. »
La Cinquième oscilla de la tête, agacée.
« D'accord, céda-t-elle, mais il rentre se doucher d'abord ! L'hygiène, c'est important. »
Kakashi accepta cette unique condition et eut un regard de reconnaissance à l'égard de Sakura.
Elle eut un sourire. Les fleurs et les boulettes, c'était sûr que ça ne fonctionnait pas avec Kakashi-sensei mais elle savait tout de même lui être utile.
~/~/~
Il aurait dû se douter qu'être redevable à Sakura impliquerait quelques fâcheuses conséquences.
« Sensei, vous avez mangé ? »
Il avait l'étrange impression d'avoir une mère de dix-neuf ans. Et aux cheveux roses, en prime.
« Sensei, ne laissez pas traîner vos affaires partout, on peut avoir besoin de cette chambre à tout moment. »
Mais il comprenait bien que, dans le fond, elle cherchait juste à l'occuper…
« Sensei, ne restez pas tout seul comme ça. »
Pour tenter de lui faire oublier le fait qu'Iruka ne se réveillait toujours pas.
« Sensei, dîtes quelque chose, parlez-moi. »
Il avait interrogé Tsunade, il ne comprenait pas pourquoi il ne se réveillait pas. Selon elle, c'était pourtant simple : le cerveau venait d'être opéré, il avait besoin de temps pour récupérer et pour trouver, aussi, comment compenser ce qui lui avait été ôté.
Elle avait essayé de convaincre Kakashi de retourner lui parler. Iruka n'était plus dans un état traumatique mais bien dans un coma post-opératoire. Ses yeux n'étaient plus ouverts et fixes mais s'étaient spontanément fermés. Kakashi avait cependant trop peur de relire ce qu'il avait vu dans le jeune homme la dernière fois qu'il l'avait regardé : le néant. Ca aurait été comme tuer les derniers espoirs qu'il portait encore.
Il passait donc le plus clair de ses journées dans une pièce adjacente à la chambre d'Iruka. Ce dernier continuait à guérir du corps alors que son esprit, au contraire, semblait s'enliser de plus en plus. De nombreuses machines s'entassaient dans cette pièce et les sons qui en émanaient étaient d'une imperturbable régularité. Et plus les jours passaient, plus cette régularité devenait angoissante. Est-ce qu'Iruka allait finir par se réveiller ? Et dans quel état ? Chaque jour de coma supplémentaire semblait ajouter du poids sur les épaules de Tsunade. Elle n'arrêtait pas de parler « rééducation » avec Shizune.
Souvent, Kakashi restait seul au poste de surveillance, à écouter la respiration artificielle de son amant. Une simple vitre le séparait de sa chambre mais il osait rarement regarder à travers. A mesure qu'Iruka guérissait, il redevenait l'homme qu'il avait aimé et la situation lui paraissait encore plus intolérable. Il supportait déjà très mal de voir ce corps adoré mais maintenant inerte se faire manipuler par des mains étrangères, celles des médecins qui s'occupaient chaque jour d'éviter tout dysfonctionnement musculaire.
Un midi où il était resté seul dans le local de surveillance à observer refroidir le thé qu'une infirmière – sur les consignes de Sakura – lui avait apporté, il perçut quelque chose : un changement. Un ninja était formé à détecter la moindre variation dans son environnement car toute variation pouvait constituer un danger potentiel. Kakashi ressentit cette variation, il ne sut dire d'où elle venait mais ça ne l'empêcha pas d'appuyer sur la sonnette d'alarme.
Tsunade débarqua en quelques instants, suivie de près par Sakura.
« Il se passe quelque chose. », expliqua-t-il pour répondre à leurs regards interrogateurs. Il écouta de nouveau le rythme des différentes machines et Tsunade vint se joindre à lui. Elle aussi, sentit ce changement et, au bout d'un long moment, ils se regardèrent.
« C'est plus rapide. », comprit finalement Kakashi.
« Très légèrement. », tempéra Tsunade.
« Mais ça veut dire qu'il est en train de se réveiller, non ? »
« Peut-être. », admit la Cinquième et elle hurla très fort le nom de Shizune.
Cette dernière débarqua dans la seconde.
« Réveil éventuel, annonça Tsunade, occupe-t-en. »
La jeune femme acquiesça et disparut.
« Mais pourquoi elle ? s'insurgea Kakashi. S'il se réveille, c'est moi qui dois être à ses côtés ! »
« Tu es médecin, toi, maintenant ? rétorqua le Hokage. On ignore tout de son état neurologique, il aura peut-être le QI d'un enfant de cinq ans. Tu veux vraiment que les premières choses qu'il voie, ce soit toi, ton masque et ta tête des mauvais jours ? »
« Mais s'il se souvient, osa prononcer Kakashi, s'il se souvient, ça lui fera du bien de me voir… »
« Désolée, lâcha Tsunade, mais les statistiques jouent contre toi. Et s'il ne se souvient de rien, il n'y aura rien de plus rassurant pour lui que la vue d'un médecin. »
Sakura ne disait rien mais elle opinait dès que son mentor expliquait quelque chose. L'argumentation de Kakashi tomba de toute manière à l'eau quand il entendit Shizune entrer dans la chambre, derrière lui, et il ne fut plus capable que d'observer ce qu'il se passait à travers la vitre.
Shizune commença par vérifier les yeux du malade avec une lampe-torche puis prit une de ses mains et lui demanda de la serrer. Rien ne se produisit. Elle lui parla plus fort contre l'oreille et frotta énergiquement son thorax de son poing fermé sans qu'il n'y ait aucune réaction. Alors, elle sortit un fin bâton et lui en donna de légers coups sur le flanc. Au bout d'un long moment et alors que Shizune avait réitéré de nombreuses fois l'opération, le corps d'Iruka se décala légèrement pour éviter un nouveau choc.
Shizune eut un sourire faible alors qu'elle levait son pouce vers Tsunade.
Effectivement, Iruka se réveillait.
