Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort

Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.


Chapitre 4 : Dehors

C'était comme s'il était écrasé et en même temps protégé par un chaos noir et épais et il lui fallut un temps qui lui parut infini pour comprendre qu'il lui fallait sortir de là.

Et à mesure qu'il assimilait cette information, le chaos autour de lui se dissipait, se mélangeant à un blanc aveuglant qui traversait de temps à autre l'obscurité dans laquelle il était. Parfois, aussi, un son s'immisçait dans les ténèbres. Strident et agressif, il l'angoissait et le poussait à rester toujours là, en sécurité, dans ce cocon de noirceur.

Il était partagé entre ces deux envies – celle de sortir et celle de rester - mais il lui semblait que le monde du dehors faisait de plus en plus pression sur lui. Il se sentait agressé par tout un tas de sensations nouvelles, venant de l'extérieur, et qui lui étaient inconnues.

Il prenait progressivement conscience qu'il avait un corps et des membres et une tête mais tout son être était encore trop abruti par cette torpeur lourde dont il n'arrivait pas à sortir. Il essayait parfois d'accéder au dehors mais ses efforts l'épuisaient et le ramenaient immanquablement dans un écrasant sommeil.

L'extérieur se faisait de plus en plus impatient : des sons – toujours les mêmes - envahissaient fréquemment son espace. Il eut même l'impression d'entendre quelque chose de nouveau, de plus chaleureux, qu'il finit par identifier comme une voix humaine. Et juste après, il y eut cette gêne au milieu de lui-même à laquelle il tenta comme il put d'échapper.

Il était temps, il le sentit. Il accéda à la lumière.

Furtivement, d'abord, car le dehors l'aveuglait, l'oppressait, le saturait de blanc mais aussi de bruits stridents et de sensations douloureuses sur toute la surface de son corps. Il pensa bien à rebrousser chemin mais il comprit qu'il lui était impossible de revenir en arrière. Alors, il eut droit à une longue série d'aveuglements où s'alternaient devant lui le noir et le blanc jusqu' à ce qu'il comprenne qu'il papillonnait en fait des yeux et qu'il possédait donc des yeux capables de voir au dehors. Il essayait de se concentrer sur le blanc, la lumière, de la vaincre, de parvenir à la repousser pour voir au-delà car il était certain que quelque chose l'attendait de l'autre côté.

Tandis qu'il se concentrait, des sons suraigus lui vrillaient les oreilles. Il reconnut ces sons qui lui avaient tant fait peur pendant son sommeil mais ils étaient plus rapides maintenant. Il trouva ce nouveau rythme angoissant et plus il le trouvait angoissant, plus le rythme accélérait.

Derrière ces bruits, il finit par discerner autre chose, cette voix qui lui était parvenue jusqu'à son sommeil mais il n'arrivait pas à comprendre ce qu'elle lui disait. Il tourna la tête vers elle alors que ses doigts s'agrippaient à la matière sur laquelle ils reposaient : c'était doux et mou et ça lui inspira confiance. La voix parlait toujours et au-delà de la lumière, il distingua une forme ovale rose et marron qui s'avéra, après moult examens, être une tête. Une tête avec de longs cils et qui souriait.

Il comprit soudain certaines choses qui jusque-là ne semblaient n'avoir aucun sens pour lui : il était à l'hôpital, dans une chambre, sur un lit, ce qui expliquait les sensations douloureuses qu'il expérimentait. Et il avait la désagréable impression d'être ignorant : il savait qu'il était à l'hôpital, il comprenait. Mais pour le reste… Pour le reste, rien. Il avait dû lui arriver quelque chose.

Il se focalisa de nouveau sur la tête et il remarqua le cou et le buste qui l'accompagnaient et le vêtement qu'elle portait. Il fit un effort et retrouva le mot : une blouse. Et la blouse s'associait à un médecin. Ça, il le savait. La tête était donc médecin. Un médecin dans un hôpital, c'était logique. Rien d'alarmant.

Tout à coup, ses oreilles furent comme débouchées et il entendit distinctement ce que la tête lui disait.

« Est-ce que vous pouvez serrer ma main ? interrogeait-elle. Serrez ma main ! »

Il plissa légèrement les yeux et prit conscience de ses bras et que oui, il y avait bien quelque chose, maintenant, dans une de ses mains, quelque chose de chaud et à tout hasard, il essaya de faire ce qu'on lui disait. Il n'eut pas l'impression de bouger beaucoup, à peine en fait, mais la voix se tut immédiatement.

« Vous me comprenez ? s'excita-t-elle. Refaites-le si vous m'entendez ! »

Il réitéra. Un peu plus fort. Peut-être.

« C'est bien, c'est très bien. »

Elle fit une pause avant de crier :

« Il comprend ce qu'on lui dit ! »

Il fronça les sourcils avant de réaliser que ce n'était pas à lui qu'on devait s'adresser.

« Est-ce que vous savez où vous êtes ? »

Ah, c'était de nouveau pour lui, la question. Il pouvait répondre, il avait compris où il était mais il se demanda s'il était capable de parler. Il essaya. C'était un peu râpeux à l'intérieur de sa gorge mais ça sortit quand même et il s'étonna du son de sa propre voix.

« L'hôpital. »

Sa voix était vraiment très faible. La tête dut tendre l'oreille pour l'entendre.

« Oui, c'est ça, on est à l'hôpital ! s'extasia-t-elle après un silence. C'est très bien, c'est vraiment très bien ! »

Elle lui faisait peur à être aussi contente. Il ne fallait pourtant pas être bien malin pour faire une telle déduction.

« Et dans quel hôpital êtes-vous ? »

Là, il ne comprenait plus. Comment aurait-il bien pu le savoir ?

« J'sais pas. »

Il y eut un autre silence. Un silence qui n'avait rien à voir avec le premier.

Il demanda :

« Qu'est-ce qui m'est arrivé ? »

Il sentit une pression sur sa main, c'était la tête qui la lui serrait.

« Il… Il vous est arrivé quelque chose de très grave, un… accident. Vous étiez très mal en point quand vous êtes arrivé à l'hôpital et vous avez dû subir une opération au cerveau. Après ça, vous avez passé six jours dans le coma. On est vraiment très contents que vous vous soyez réveillé ! »

Elle avait parlé longtemps. Et vite. Il n'avait pas tout compris. Les informations refusaient de s'imprimer dans sa tête.

« Je suis où ? »

« Vous êtes à l'hôpital de Konoha, un village du Pays du Feu. »

Le Pays du Feu, se répéta-t-il, c'était facile à retenir. Mais ça ne lui disait rien. Il demanda encore :

« C'est loin de chez moi ? »

Elle resta plus longtemps sans répondre et elle regarda ailleurs pendant un moment, comme si elle communiquait du regard avec quelqu'un d'autre.

« Konoha est le village où vous êtes né et où vous avez grandi. », énonça-t-elle, finalement, la voix légèrement étranglée.

L'espace d'une seconde, il eut presque envie de sourire. Le médecin se trompait. Si c'était son village, il s'en souviendrait. Du moins, même dans le cirage, ça lui dirait quelque chose. Or, il n'avait jamais entendu ce nom de « Konoha » et il se sentit supérieur à elle, juste le temps de comprendre. De comprendre qu'il ne visualisait pas du tout son chez lui, ni son pays, ni… lui. Ses yeux se perdirent, fuyant dans les différents coins de la pièce et il manqua d'air, subitement. La panique l'envahit, excitée par les sons stridents de ce qu'il comprenait maintenant être des machines et dont le rythme avait de nouveau accéléré.

Le médecin s'était remis à parler au-dessus de lui mais il resta sourd à ses paroles. Sa tête était vide, noire, il n'arrivait pas à y accéder et il chercha à remuer dans tous les sens comme pour compenser le terrible silence de son esprit. Mais ça non plus, ça ne fonctionnait pas. Ses bras, ses jambes : tout était lourd et inerte comme des poids morts attachés à son corps. Et il ne savait même plus pourquoi il devait s'inquiéter. Pour sa tête ? Ou bien son corps ? Rien ne marchait correctement et il lutta pour trouver de l'air.

Le médecin se rapprocha de lui, parla plus fort et il chercha – sans y parvenir vraiment – à s'agripper maladroitement à son bras.

« Je me souviens pas ! », hoqueta-t-il.

« Iruka, le rassura calmement le médecin, c'est normal. Vous avez subi une opération au cerveau et vous êtes resté dans le coma plusieurs jours. Tout ceci est parfaitement normal. »

Elle avait parlé plus vite mais elle répéta les mêmes phrases jusqu'à ce que ça rentre, jusqu'à ce qu'il s'apaise.

Il se recoucha totalement au bout d'un long moment mais il resta terrifié, et surtout, il avait la pénible sensation de penser au ralenti.

« Mes jambes ? », s'inquiéta-t-il.

« Elles ont été cassées durant… l'accident. Tout comme d'autres endroits de votre corps d'ailleurs. Mais comme vous êtes resté inconscient presque deux mois, la plupart de vos fractures se sont déjà remises. Avec un peu de rééducation, vous remarcherez sans problème. »

Là encore, elle avait parlé trop vite et trop longtemps et il n'arriva pas à mémoriser la moitié de ce qu'elle lui avait dit. Il se contenta de garder en tête que son état n'était apparemment que temporaire.

Il valait mieux revenir à l'essentiel.

« Je m'appelle comment ? »

Elle lui avait dit, déjà, mais il n'avait pas stocké l'information.

« Vous vous nommez Umino Iruka et vous avez vingt-huit ans. »

Il respira fort, cherchant à retrouver son calme. Il leva péniblement ses mains et les observa : elles étaient effectivement celles d'un jeune homme.

« Comment vous avez dit ? »

« Umino Iruka. », répéta-t-elle.

Il fit tourner ce nom dans sa tête. Ça ne lui disait rien.

« La mémoire, ça va revenir quand ? »

Elle inspira, regardant de nouveau au-dessus de lui. S'il en avait eu la force, il se serait redressé pour voir à qui elle pouvait bien s'adresser comme ça.

« Pour la mémoire, expliqua-t-elle, c'est plus complexe. Il va falloir vous faire de nombreux tests pour juger de l'étendue du problème. »

Pourquoi fallait-il que ses réponses soient toujours aussi compliquées ? Il avait mal au crâne.

« J'ai sommeil. », avoua-t-il.

« Bien sûr, c'est normal, je vais rester avec vous jusqu'à ce que vous vous rendormiez. »

Elle lui serra de nouveau la main et il perdit conscience en quelques secondes.

~/~/~

« C'est un échec, hurla Kakashi, un putain d'échec ! »

« Je ne dirais pas ça… »

« Ah ? Parce que pour vous, qu'il ne se souvienne même pas de son nom, c'est une réussite, peut-être ? »

Tsunade haussa les épaules.

« Il m'a paru cohérent dans ses choix de questions et dans ses réponses. Et il a pu tenir une conversation avec Shizune. Après ce qui lui est arrivé, son opération et son coma de six jours, je trouve que son état est plutôt miraculeux. »

« Rassurez-moi : vous plaisantez, là ? »

« Kakashi, ce n'est ni un légume, ni un idiot. Franchement, le pire a été évité, je peux te l'assurer. »

Le jounin se rassit, canalisant sa frustration comme il pouvait.

« Sakura ? », appela-t-il.

La jeune fille fut à ses côtés dans la seconde.

« Tu veux bien envoyer un message pour moi à Naruto, s'il te plait ? Sa mission doit encore durer plusieurs jours mais c'est important, je pense, qu'il sache qu'Iruka s'est réveillé. »

« Je m'en charge tout de suite, sensei. »

Elle sortit de la pièce en un instant, ravie de pouvoir être utile à son ancien professeur.

Tsunade s'assit auprès du jounin.

« Maintenant qu'elle est sortie, dis-moi ce que tu as à me dire. »

Kakashi jeta une œillade surprise vers son Hokage. Elle n'était tout de même pas née de la dernière pluie.

« Je sais que vous montez une équipe pour les retrouver et je veux en être. »

« Tu sais qu'on ne confie jamais ce genre de mission à des ninjas personnellement concernés par les actes de leurs cibles… »

Il croisa les bras, la fixant froidement.

« Regardez-moi dans les yeux et dites-moi qu'il va se souvenir de moi un jour. »

« Tu sais bien que je ne peux pas faire ça. »

« Alors, c'est comme s'ils me l'avaient tué ! Ils me l'ont tué ! Laissez-moi les faire payer ! »

« Il nous les faudrait vivants… »

« Vivant ne veut pas dire bien portant, n'est-ce-pas ? Vous n'avez qu'à mettre un ninja médecin dans l'équipe, pour qu'il passe après moi… Et Ibiki, aussi. Il pourra servir. »

Elle soupira. La haine, dans une traque, pouvait être utile. Et elle avait peur que Kakashi n'explose si elle ne trouvait pas un moyen d'évacuer toute la rage qu'il accumulait. Autant que ce soit les responsables qui paient.

« J'ai des conditions, lâcha-t-elle. Iruka va avoir besoin de toi. Tu es probablement la personne encore vivante qui le connaît le mieux. Si son amnésie est totale comme ça se profile, c'est toi qui va devenir sa mémoire. Pour l'instant, en ce qui concerne la traque, on est encore dans la phase d'enquête, tu n'interviendras donc que s'ils trouvent quelque chose… En attendant, tu joues les garde-malade. »

« Pour l'enquête, les Nara sont sur le coup ? »

« Evidemment. Tu penses bien qu'après ce que tu as fait pour venger Asuma, Shikamaru a à cœur de t'aider… »

« Quels sont les premiers éléments ? Je suppose que vous avez passé l'endroit où vous l'avez retrouvé au peigne fin. »

« Oui, mais cela ne nous a pas vraiment avancé. Tu sais, on l'a retrouvé peu loin du lieu où il avait disparu. Et s'ils l'ont laissé en vie… »

« …C'était pour nous montrer de quoi ils sont capables. », termina Kakashi.

« C'est ce qu'on pense, en effet. »

« Alors, c'est que c'est un jeune groupe qui cherche à se faire un nom. Et ils attaquent le Pays du Feu car c'est notre nation qui a vu naître Naruto, le vainqueur de la dernière Guerre. Vous pensez que c'est un hasard qu'ils aient justement enlevé et torturé son tuteur ? »

« On creuse la question. Bien sûr, Naruto ne doit rien connaitre de nos soupçons. Tu imagines s'il apprenait que tout ceci avait pour seul but de l'atteindre ? »

« Iruka est également professeur d'académie, il connaît donc toutes les nouvelles recrues du village et ce sur plusieurs générations. Sans compter qu'il a également des responsabilités au bureau des missions. Quand j'y pense… On n'aurait jamais dû le laisser partir… »

« C'est un ninja, Kakashi, c'est son travail d'accomplir des missions. Tu connais beaucoup plus de secrets que lui, je ne vais pas te garder cloîtré pour autant… »

Le jounin acquiesça. Il avait beau se rejouer la scène dans sa tête, le choix d'Iruka pour cette mission était tout à fait justifiable.

« D'autres pistes ? »

Elle toussota.

« On en a une autre, oui, mais ça ne va pas te faire plaisir… Tu te souviens de ce fameux drap que tu n'avais pas le droit de soulever ? »

Il opina.

« C'était pour te cacher ses blessures mais aussi autre chose… Ils l'ont marqué. »

« Marqué ? »

« A l'ancienne, si tu vois ce que je veux dire : une étoile avec huit branches ondulées sur l'omoplate. On cherche à trouver ce que ça veut dire… C'est peut-être un message ou le futur symbole de leur groupe. Tous nos informateurs sont sur le coup. »

« Et le tatouage, vous lui avez laissé ? »

« C'est une preuve. Je me voyais mal la détruire. Pour ce qui est du reste par contre, on a essayé d'enlever le plus de traces possible… mais il aura tout de même des cicatrices… »

« Et vous comptez lui expliquer ça comment ? Il va forcément vouloir en savoir plus sur son « accident ». »

« A un moment donné, admit-elle, il faudra certainement lui dire la vérité. Mais pas tout de suite, il faut d'abord qu'il se fasse à son état. J'entrerai peut-être dans les détails durant l'une de mes visites. »

« Vous voulez dire que je lui en parlerai durant l'une de mes visites, n'est-ce pas ? »

Elle soupira.

« Kakashi, il vaudrait mieux que tu restes en dehors du tableau encore quelques temps… Ça risque de lui faire un choc quand il apprendra pour toi… »

Il fronça les sourcils.

« Attendez, là, c'est probablement une question stupide mais… il se souvient qu'il est homosexuel, bien sûr ? Ça, ça ne peut pas s'oublier tout de même ? »

« Ca dépend. », répondit-elle gênée.

« Ca dépend de quoi, bordel ? Vous répondez toujours ça ! »

« Ca dépend si c'est quelque chose qu'il a toujours porté en lui ou s'il lui a fallu beaucoup s'interroger avant de se découvrir. »

Kakashi bascula son crâne en arrière, se frappant presque contre le mur.

« Il a mis des années avant de s'assumer… », se lamenta-t-il.

Elle regarda par terre.

« Ouais, c'est ce que j'avais cru comprendre. »

Il releva soudainement la tête et s'empara de l'avant-bras de Tsunade.

« Minute, s'inquiéta-t-il, il l'est toujours, homosexuel, au moins ? »

Elle ouvrit la bouche mais la referma immé il se passa la main sur le visage.

« Ecoute, reprit-elle, hésitante, je ne suis pas la mieux placée pour te répondre mais les orientations sexuelles des gens, c'est très complexe. Certains changent de sexualité au cours de leur vie, parce qu'ils ont subi un traumatisme ou qu'ils veulent essayer autre chose… Ou parce que tout bêtement, ils ont évolué ou rencontré quelqu'un qui les a transformés… Tout dépend de ce qui faisait d'Iruka ce qu'il était avant son enlèvement. »

Après réflexion, Kakashi reprit :

« Je voudrais qu'il s'habitue à ma présence, qu'il me connaisse un peu avant qu'on lui dise la vérité. Vous croyez que ce serait possible ? »

« Peut-être, approuva Tsunade, on va faire comme ça. Tu m'accompagneras à ma première visite. »

Ça allait être le premier d'une longue série de rendez-vous arrangés.