Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort

Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.

Note : Voici un long chapitre qui répondra, je pense, à certaines de vos attentes et j'en profite pour vous souhaiter à tous de merveilleuses fêtes de fin d'année.


Chapitre 5 : Rendez-vous arrangés

Iruka connut une période de deux-trois jours où il ne se réveilla que par intermittence et très brièvement. Et quand il était conscient, il était le plus souvent trop fatigué pour parler à qui que ce soit.

« Il dort beaucoup, non ? », s'était inquiété Kakashi lors d'une de ses visites quotidiennes dans le bureau de la Cinquième.

« Et ça va durer un moment comme ça, lui avait-elle répondu. Le cerveau a besoin de se régénérer et il ne peut le faire que quand Iruka est inconscient. Il dormira probablement entre dix et douze heures par jour quand il sera rentré chez vous, il ne faudra pas t'en inquiéter. »

« Chez nous… », avait murmuré Kakashi.

Il lui arrivait souvent d'admirer leurs deux noms toujours inscrits sur leur boîte-aux-lettres. Était-ce encore réel tout ça ou cette étiquette ne représentait-elle qu'un passé révolu ?

« Des nouvelles de Naruto ? », s'informa Tsunade.

« Il a bien reçu le message mais sa mission n'est pas terminée. »

La porte s'ouvrit et Shizune s'inclina devant son Hokage.

« Alors ? », interrogea cette dernière.

« Ça va faire une demi-heure qu'il est réveillé. Je lui ai envoyé une infirmière et il lui a dit qu'il avait faim. Il est en train de terminer son plateau-repas et il semble lucide. Nette amélioration motrice au niveau des bras, plus difficile à définir pour les jambes. Je peux m'occuper des tests préliminaires si vous le souhaitez. »

« Non, décida la Cinquième. Je vais m'en charger moi-même mais accompagne-nous. C'est important qu'il voie un visage connu. »

Tsunade se leva, suivi de près par Kakashi.

« A ce propos, osa rappeler Shizune, le risque d'amnésie antérograde n'a toujours pas été écarté... »

« Je sais, c'est bien pour ça que tu dois nous accompagner. »

« Si je comprends bien, intervint Kakashi, vous voulez vérifier qu'il reconnaît Shizune. Parce que s'il ne la reconnait pas, ça voudra dire qu'en plus de ne se souvenir de rien, il ne serait plus capable, non plus, de stocker de nouveaux souvenirs… »

« C'est ça mais ce ne sera pas un diagnostic fixe, les patients opérés au cerveau retiennent parfois difficilement de nouvelles informations au début mais ça peut s'arranger avec le temps. »

Kakashi cherchait à s'occuper l'esprit par des questions d'ordre médical pour ne pas se focaliser sur le fait qu'il allait bientôt se retrouver confronté à Iruka ou, du moins, un être de chair et de sang qui possédait l'apparence de son ancien amant. Il inspira profondément au moment où ils pénétrèrent à trois dans la chambre du malade.

Ce dernier, encore en train de manger, regardait une de ces boulettes de riz comme s'il s'agissait d'un animal exotique. C'est à peine s'il leva les yeux de son plateau quand ils arrivèrent.

Tsunade s'empara de la chaise près du lit du malade et intima l'ordre aux deux autres de rester en retrait.

« Bonjour, fit-elle doucement, je suis Tsunade, le médecin en chef de cet hôpital. »

Iruka la fixa avec neutralité mais au bout d'un long moment, il demanda :

« Juste Tsunade ? Vous n'avez pas de nom de famille ? »

Elle eut un sourire.

« Si, bien sûr, comme tout le monde. Mais personne ne l'utilise jamais. Et toi quel est ton nom de famille ? »

Il plissa légèrement les paupières.

« C'est une sorte de test, c'est ça ? »

« Réponds simplement à la question. »

Il ferma les yeux, semblant se concentrer.

« Je ne sais plus, s'agaça-t-il, après un silence. Je crois bien que ça a un rapport avec l'eau... ».

« C'est Umino, précisa Tsunade. Umino Iruka. »

« Voilà ! se rappela-t-il. Je me doutais bien que c'était quelque chose de ridicule dans ce goût-là… »

Tsunade se releva et s'empara du dossier accroché au bout du lit. Elle y ajouta quelques notes.

Iruka la fixait, arborant un air sévère. Et puis, il sembla réaliser quelque chose :

« On se connait, non ? », demanda-t-il.

Elle se figea, tout comme les deux autres.

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? », répondit-elle prudemment.

« Vous m'avez tutoyé. On tutoie rarement les gens qu'on ne connaît pas. Du moins, je crois. »

« C'est exact, approuva-t-elle, sans montrer le moindre signe de déception. A vrai dire, je suis ton médecin depuis des années. On se connaît très bien tous les deux. »

« Pour ce que ça change. », souffla Iruka avec indifférence.

Il lança un regard neutre sur les autres occupants de la pièce.

« Les deux autres, ils sont médecins aussi ? », s'informa-t-il.

Depuis son entrée dans la chambre, Kakashi était au supplice. Il était si difficile de se maîtriser.

Tsunade leur fit finalement signe d'approcher tout en s'adressant de nouveau à Iruka.

« Je voudrais que tu me dises si tu reconnais une de ces deux personnes. »

« Y en a un qui est masqué. », fit remarquer le malade.

« Il est toujours masqué. Ne t'occupe pas de ça. »

Iruka détailla avec détachement les deux personnes devant lui mais s'attarda rapidement sur Shizune.

« Elle, répondit-il en la pointant du doigt. Je me souviens de ses longs cils. »

« Tu sais où tu l'as déjà vue ? »

Il hésita avant de répondre.

« Ici. Elle m'a dit que j'avais eu un accident. J'ai bon ? »

« Oui, tu as tout bon. », le complimenta la Hokage.

« Et l'autre, c'est qui ? »

Tsunade resta silencieuse, cherchant ses mots avec soin. Elle admirait l'endurance de Kakashi qui supportait cet entretien sans broncher. Sa paupière lourde sur son seul œil visible restait parfaitement impassible.

« Shizune, tu peux nous laisser. », déclara la Hokage.

La jeune fille s'inclina avec respect avant de quitter la pièce. Elle laissa un porte-documents sur la table de chevet près du malade.

« Shizune ? répéta ce dernier. C'est comme ça qu'elle s'appelle ? »

La Cinquième s'était relevée. Elle acquiesça avant de s'adresser à Kakashi.

« Va t'asseoir près de lui. »

Kakashi obéit malgré la douleur que provoquait en lui l'indifférence d'Iruka. Ce mépris involontaire lui donnait envie de fuir cette chambre à toutes jambes.

« Je voudrais que tu te concentres, reprit Tsunade tout en s'appuyant sur les épaules de Kakashi, es-tu bien sûr de n'avoir jamais vu cet homme ? Il ne t'évoque vraiment rien ? »

Iruka regarda Kakashi comme l'aurait fait un bon élève qui ne veut pas décevoir trop vite son professeur préféré mais ses yeux restèrent mornes et inintéressés.

« Je suppose que nous devons nous connaître sinon vous n'insisteriez pas comme ça. »

Il resta perplexe une seconde et face au silence de Tsunade, il s'adressa finalement directement à Kakashi :

« Vous travaillez pour cet hôpital ?, demanda-t-il, sans conviction. Votre uniforme ne ressemble pas à ceux des autres personnes que j'ai pu voir. »

L'œil de Kakashi bougea en direction de Tsunade. Il ne savait pas quoi répondre ; ils avaient convenu de ne pas annoncer trop brutalement la vérité à Iruka et, maintenant, elle le laissait dans la mouise ?

« Kakashi est ton plus proche ami, expliqua finalement la Cinquième, je dirais même que c'est un intime. Tu en as d'ailleurs fait ton responsable légal quelques mois avant ton accident. Ce qui explique sa présence ici, il est la seule personne extérieure habilitée à venir te rendre visite pendant ta convalescence. »

« Mon responsable légal ne devrait pas être un membre de ma famille ? », s'informa le jeune homme.

« Tu n'en as aucune, annonça abruptement Tsunade, tu es fils unique et tes parents sont décédés quand tu étais petit. »

Iruka s'immobilisa une seconde.

« Je devrais ressentir du chagrin, non ? Là, je ne ressens rien du tout. C'est… anormal ? »

« Tu ne te souviens pas d'eux. Il n'y a donc aucune raison pour que tu sois malheureux. »

Iruka se tourna de nouveau vers Kakashi et d'un air un peu las il demanda :

« C'est quoi votre nom, déjà ? »

Le jounin sentait son sang avancer plus vite vers sa poitrine et ses tempes palpiter : enfin une question à laquelle il pouvait répondre sans tout faire foirer.

« Hatake, répondit-il, la bouche pâteuse. Hatake Kakashi. »

« Eh bien, vous pouvez enlever votre masque, Hatake Kakashi. Je ne suis pas contagieux, vous savez. »

« Je porte toujours un masque, ça n'a rien à voir avec toi. »

Cette réponse n'inspira pas du tout confiance à Iruka dont la mine se fit plus suspicieuse.

« On se connaît d'où, exactement ? » interrogea-t-il comme s'il doutait qu'il ait pu volontairement fréquenter un tel personnage.

« Du travail. », osa répondre Kakashi après une hésitation et alors qu'il avait jeté un œil sur Tsunade pour quémander des instructions qui n'étaient pas venues.

« Du travail ? répéta Iruka, soudainement plus intéressé. Quel travail ? »

« On est soldat. », eut le temps de résumer Kakashi mais la main de Tsunade tomba alors sur son épaule et se resserra avec force sur ses chairs.

« Je crois qu'il est encore un peu tôt, Kakashi, pour parler de tout ça. »

« C'est vous le médecin… », fit remarquer le jounin tout en sifflant de douleur entre ses dents.

« Laisse-moi la place, veux-tu ? »

Kakashi se leva, redevenant un simple spectateur de la scène.

Tsunade, de nouveau assise, sortit quelques feuilles du porte-documents que Shizune lui avait laissé.

« Je vais te montrer des photos, expliqua-t-elle. Je voudrais que tu m'indiques si l'une d'entre elles te dit quelque chose. »

Iruka regarda attentivement les différents clichés : il vit défiler des portraits de son père et de sa mère, de Naruto, du Troisième et du Quatrième. Il n'en reconnut aucun.

« C'est mauvais, hein ? », en déduisit le jeune homme.

« Quel est ton souvenir le plus ancien ? », poursuivit la Hokage sans l'écouter.

« Je me réveille et la fille aux longs cils – Shizune, c'est ça ? – m'annonce que j'ai eu un accident. »

Tsunade fit passer une longue série de tests à Iruka. Il en résulta qu'il savait toujours lire et écrire et que sa syntaxe était restée excellente. Il était cependant incapable d'expliquer certaines règles grammaticales qu'il respectait pourtant lorsqu'il écrivait. Il avait perdu toute capacité en langues étrangères et il était devenu très mauvais lorsqu'il s'agissait de se repérer dans l'espace. Enfin, on découvrit qu'il avait perdu tout odorat.

« Il a perdu l'odorat ? », s'était insurgé Kakashi quand on lui avait signifié les résultats trois jours plus tard.

« L'odorat est contrôlé par l'hippocampe, lui expliqua Tsunade, il y avait des risques pour que ça arrive. »

« Mais comment peut-on être un bon ninja sans odorat ? »

Elle souffla.

« Kakashi, combien de fois vais-je devoir te le répéter : il ne pourra probablement plus être ninja. »

« Il n'est même pas encore au courant qu'il en est un… », rétorqua-t-il sur un ton de reproche.

« On en a déjà discuté : il faut disperser les informations pour ne pas créer de nouveaux traumatismes chez lui. »

Il croisa les bras sur sa poitrine, fixant un peu trop rudement Tsunade.

« J'ai pas l'impression qu'il y ait grand-chose qui puisse encore le traumatiser… »

Elle se figea. Elle croulait littéralement sous le travail et à chaque pause qu'elle faisait, il lui fallait gérer les crises de Kakashi.

« Viens t'asseoir près de moi. », murmura-t-elle.

Le jounin vint s'installer sur ce petit banc, dans cette cour intérieure, là où Tsunade lui avait expliqué son grand projet pour Iruka quelques semaines auparavant. Il avait l'impression que tout cela faisait une éternité.

« Tu l'as trouvé froid et distant, c'est ça ? »

« Il était cynique et démotivé. Iruka n'est pas comme ça. »

« C'est normal que tout lui soit indifférent il n'a aucune prise sur le monde qui l'entoure. Toi, par exemple, tu as perdu tes deux parents. Mais il est indéniable que tu as été plus touché par la mort de ton père que par le décès de ta mère. »

« Faut dire que j'étais tout petit… »

« …Et que tu ne l'as donc jamais vraiment connue… Le chagrin est une émotion. Or les émotions se développent par les interactions que nous avons avec le monde extérieur. Iruka est devenu une page blanche et sa capacité à ressentir ne reviendra qu'avec sa découverte de ce monde extérieur. »

« Et il redeviendra comme avant ? »

« Certains amnésiques développent des personnalités tout à fait différentes de celles qu'ils possédaient avant. D'autres ne changent quasiment pas. »

« Ouais, je vois, le cerveau, tout ça, on peut pas savoir… Je commence à connaître la chanson. »

« Toutefois, reprit Tsunade, j'ai noté qu'il était plutôt perspicace pour quelqu'un qui vient de sortir du coma. Et il a participé à tous les tests sans broncher, ni se plaindre. Il a envie d'avancer. »

« Il ne pose quasiment aucune question sur lui, fit cependant remarquer Kakashi. On dirait que ça ne l'intéresse pas. »

« Ou peut-être qu'il a envie de se découvrir par lui-même et pas par les paroles des autres. Tu devrais passer le voir aujourd'hui et lui parler. Il est en pleine séance de rééducation. »

« Comment ça se passe de ce côté-là ? »

« Il est très motivé. Et mine de rien, il a une musculature de ninja. Il devrait remarcher très vite. Pour ses bras et ses mains, c'est presque déjà réglé. »

« C'est toujours ça de pris… », fit-il en se relevant.

Elle l'attrapa par le bras avant qu'il ait pu terminer son mouvement.

« Avant que tu partes, j'ai une mission à te confier. »

Il fronça les sourcils.

« Une mission ? »

~/~/~

Iruka ne bronchait pas. A chaque fois que le médecin étirait une de ses jambes, il avait mal, certes, mais pas suffisamment pour gémir ou se plaindre. C'était comme si son corps était habitué à la douleur.

« Je crois que ça ira pour aujourd'hui. », décida Shizune.

Tsunade l'avait chargée de veiller médicalement sur Iruka. Elle assistait donc à toutes ses séances de rééducation.

Iruka se rassit sans aide sur le banc sur lequel on l'avait allongé.

« C'est possible d'avoir une serviette ? », demanda-t-il.

Shizune en sortit une d'une armoire et vint la lui donner. Iruka lui fit signe de s'asseoir près de lui.

« Comment ça se présente ? », interrogea-t-il.

« C'est très bien, Iruka. Vous faites d'énormes progrès. »

« Et pour la tête ? », poursuivit-il.

« La tête, c'est plus compliqué. », avoua-t-elle.

« Ça ne reviendra pas, hein ? »

Elle lui adressa un regard gêné.

« Probablement pas, non. »

Il eut un sourire.

« Je vous remercie d'être honnête avec moi. J'ai l'impression que tout le monde prend des gants quand il s'agit de me parler et ça m'exaspère. Si je dois rester simplet, je préfère le savoir. »

« Vous n'êtes pas du tout simplet. »

« Vous trouvez ? »

« Avant votre accident, précisa-t-elle, vous étiez considéré comme très intelligent. Et je crois que vous n'avez rien perdu de ce côté-là. »

Il se pencha un peu sur le côté, pour se rapprocher d'elle.

« On se connaissait bien, nous-deux, avant mon accident ? J'ai l'impression que tout le monde me connaît ici… »

« Nous-deux ? s'étonna-t-elle. Pas vraiment. On ne travaillait pas dans la même branche. »

« Et c'est quoi, exactement, ma 'branche' ? »

Elle hésita mais puisque c'était lui qui posait la question…

« Je crois qu'on peut dire que vous étiez professeur. »

Son regard resta fixe, le temps d'assimiler cette information.

« Professeur, hein ? D'accord. Pourquoi pas. »

Il garda le silence quelques secondes avant de reprendre.

« Y a ce type qui est venu me voir, une fois. Il porte un masque. »

« Kakashi ? »

« Oui, reprit-il, c'est ça : Kakashi. Je crois… je crois qu'il a dit que j'étais soldat. J'ai deux métiers ou il m'a raconté n'importe quoi ? »

Elle se redressa un peu.

« En fait, avoua-t-elle, vous êtes professeur… pour futurs soldats… »

« Oh ? Je leur apprends à se battre ou des trucs du même genre ? »

« Oui, ça faisait partie de vos enseignements. »

« Alors, je sais me battre ? »

« Oui, vous saviez vous battre. »

« J'ai oublié ça aussi ? »

« On ne peut pas en être sûr. Quand vous serez parfaitement rétabli, on fera des tests à ce propos. »

« Quel propos ? »

Ils se retournèrent tous deux pour voir Kakashi, un fauteuil roulant dans les mains.

« Rien d'important. », répondit immédiatement Shizune.

Kakashi fixa Iruka une seconde.

« Tsunade m'a demandé de le ramener dans sa chambre, indiqua-t-il. Il a fini ? »

« Oui, oui, reprit-elle très vite en se relevant, il a fini. Je vous souhaite une bonne fin de journée, Iruka. »

Elle disparut après avoir fait un signe de tête au jounin.

« Vous parliez de quoi tous les deux ? », interrogea tout de même Kakashi.

« Elle vous l'a dit, il me semble : rien d'important. »

« Okay, renonça immédiatement le jounin, je dois te ramener. Tu veux que je t'aide pour le fauteuil ? »

« C'est bon, je vais me débrouiller. »

Le trajet jusqu'à la chambre se fit dans un silence presque hostile et Iruka refusa tout de go que Kakashi l'aide à remonter sur son lit. Le fauteuil fut plié dans un coin et Kakashi vint se rasseoir près du lit.

« Comment vas-tu, aujourd'hui ? », demanda le jounin.

C'était horrible, il ne savait vraiment pas de quoi parler. Pour les conversations de salon, il avait toujours été le dernier des derniers. Iruka ne manquait d'ailleurs pas de se moquer de lui quand ils étaient invités quelque part.

« Bien, je suppose. », répondit de mauvaise grâce l'Iruka qui lui faisait face.

Kakashi opina, cherchant quelque chose d'autre à dire.

« Faut pas vous sentir forcé, reprit cependant Iruka. C'est bon. Pas la peine de rester à mon chevet… Je sais bien que vous êtes responsable de moi et tout ça mais, vraiment, c'est pas comme si on était encore amis... »

« Ce n'est pas parce que tu ne te souviens pas de moi que, moi, je ne m'inquiète plus pour toi. »

Une certaine tristesse avait émané de la voix de Kakashi. Ça mit Iruka un peu mal à l'aise.

« Je m'excuse, se reprit-il. C'est juste que comme je ne vous connais pas, j'ai l'impression que c'est réciproque, vous comprenez ? »

« Tsunade m'a chargé d'une mission. », esquiva l'autre.

« Tsunade ? répéta le convalescent. C'est la chef, c'est ça ? Celle qui a des gros seins ? »

« Ouais. », répondit Kakashi, un peu agacé tout de même qu'Iruka ne mémorise les personnes que par la grosseur de leurs seins ou la longueur de leurs cils.

« Quelle mission ? », demanda encore le jeune homme.

Kakashi sortit un petit cahier qu'il avait préalablement rangé dans la table de chevet d'Iruka.

« Voilà, annonça-t-il, je te présente ta mémoire. »

« Ma mémoire, ça ? », interrogea Iruka en regardant le calepin d'un air dubitatif.

« Les tests préliminaires, continua Kakashi, montrent que tu n'as pas d'amnésie antérograde, ce qui est très bien. »

L'autre fronça les sourcils :

« Je n'ai pas quoi ? »

« Tu es toujours capable de stocker de nouvelles informations, précisa le jounin, et c'est très bien. Mais le problème, c'est que comme tu as tout oublié, tout est nouveau pour toi. Ce qui te fait donc énormément d'informations nouvelles à retenir. D'où ce cahier. »

Kakashi l'ouvrit et en feuilleta quelques pages.

« C'est divisé en deux parties : à la fin, tu as un agenda pour noter ce que tu as fait dans la journée, ce que tu dois faire, etc. Ça va ? »

Iruka opina, toujours un peu méfiant.

« Et au début, c'est une partie synthèse pour noter tout ce que tu apprends et en particulier des informations sur des personnes, des lieux, des événements… Tu vois le genre ? »

« Je vois. »

« Tsunade m'a demandé de t'aider à le remplir. Je me suis dit que le plus important c'était les personnes alors je les ai classées par ordre d'importance. A la première page, je t'ai mis toi, et à la deuxième page, je me suis mis moi. Ça te va ? »

« Si vous voulez. », répondit l'autre en haussant les épaules.

« Bien, faisons un essai : qu'est ce que tu peux mettre comme informations sur moi dans ton carnet ? »

Iruka souffla.

« Vous êtes un ami à moi, récapitula-t-il, mollement. Vous êtes toujours masqué et vous avez des cheveux… des cheveux, disons… bizarres. »

« Pour tout ce qui est du physique, reprit Kakashi sans se vexer, on mettra des photos. Je pense que ce sera plus clair… Qu'en dis-tu ? »

« Peut-être. », lâcha l'autre d'un air las.

« Bien, relança Kakashi, passons à toi. Que peux-tu me dire sur toi ? »

Il chercha une seconde dans son esprit avant de répondre :

« Shizune m'a dit qu'avant, j'étais professeur. »

L'œil de Kakashi se releva subitement sur Iruka.

« Shizune t'a dit ça ? »

« Oui. Pourquoi ? C'est pas ça ? »

« Si, si, se reprit Kakashi. Et… qu'est-ce que Shizune t'a dit d'autre ? »

« Que je formais des soldats. »

« Ce n'est pas tout à fait exact, ne put s'empêcher de corriger le jounin. En fait, tu formes des ninjas. »

« Des ninjas ? répéta Iruka. Ceux avec les sabres et tout le bazar ? »

« On n'utilise rarement les sabres en réalité, rectifia encore Kakashi. C'est un truc de frimeur. Mais oui, ninja dans ce sens-là. »

« Et toi, donc… tu serais un ninja ? »

« Oui, on est ninja tous les deux. »

Iruka resta de nouveau silencieux. Kakashi sentait bien qu'il avait du mal à croire à tout ça.

« Mais, reprit Iruka comme s'il venait de trouver un argument imparable, c'est pas censé être un truc secret, les ninjas ? »

« Si, rétorqua Kakashi, et c'est bien pour ça que Konoha est un village caché. »

« Un village caché, reprit Iruka en affichant un petit air de conspirateur, ça veut dire qu'il n'apparaît pas sur les cartes, c'est ça ? »

« Et ça veut aussi dire que la majorité des gens qui y vivent sont des ninjas… »

« Oh ? Et je suppose que Shizune, par exemple, est une ninja. », continua Iruka avec une incrédulité qu'il ne cherchait même plus à dissimuler.

« Pour les femmes, on dit 'kunoichi', expliqua cependant Kakashi sans se démonter. Et, oui, Shizune est une kunoichi. Une très douée, d'ailleurs. »

Iruka hocha la tête et fronça finalement les sourcils.

« C'est pas parce que je suis amnésique qu'il faut me prendre pour un con. Je n'en suis pas encore à gober n'importe quoi... »

Kakashi s'approcha du malade, la main en avant, et d'un ton impérieux, il annonça :

« D'une : tu apprendras que je mens rarement. De deux : si les ninjas n'existent pas, comment tu expliques ça ? »

A la seconde où il posa la question, quelque chose jaillit de sa main. Quelque chose de bleuté qui surprit si fort Iruka qu'il en sursauta.

« Qu'est-ce que c'était que ce truc ? », cria-t-il.

« Ça, reprit Kakashi avec autorité, c'était du chakra : l'énergie vitale de tout ninja. Tu me crois maintenant ? »

Le jeune homme, abasourdi, opina doucement de la tête.

« Et moi aussi, avant, j'avais du…, de ce… chakra ? »

« Tu en as toujours, arrêta le jounin. Tu réapprendras à t'en servir et tu redeviendras ninja. Tout ceci n'est qu'une question de temps… »

« Shizune a dit que je ne serai peut-être plus capable de faire ce que je faisais avant… »

« Shizune, répéta Kakashi, ne te connait pas comme moi je te connais. Je sais de quoi tu es capable. »

Iruka eut finalement un faible sourire et prit le carnet de la main de Kakashi.

« Comment tu écris 'chakra' ? », demanda-t-il.

~/~/~

Le lendemain, Kakashi revint moins angoissé. Le cahier qu'Iruka devait remplir était un bon moyen d'entamer différentes conversations et ça leur permettait de réapprendre à se connaître en douceur. Le jounin soupçonnait évidemment Tsunade de l'avoir fait exprès.

« Tu as appris des choses nouvelles, aujourd'hui ? », demanda Kakashi en s'asseyant.

« Pas vraiment, répondit l'autre, mais j'ai bien observé mes poils de bras : je dois être brun. »

« Évidemment que tu es brun, quelle question ! Tu ne sais toujours pas à quoi tu ressembles ? », réalisa le jounin.

« J'ai demandé un miroir, il y a quelques jours. Ils m'ont dit que c'était trop tôt. »

« Trop tôt ? Ils attendent quoi ? Que tu sois un vieillard ? Tu n'es pas en sucre, à la fin ! »

Le jounin réfléchit deux secondes et se releva :

« Bouge-pas. Sakura est une coquette, je suis sûr qu'elle doit avoir un miroir dans son casier. »

Iruka le regarda partir, intrigué. Il n'était pas spécialement à l'aise avec cet homme mais il lui arrivait de le trouver distrayant et il appréciait cette manière qu'il avait de ne pas le ménager. En plus, il avait franchement envie de savoir à quoi il ressemblait. Qui ne le voudrait pas ? Il savait que sa tête était encore bandée et Shizune lui avait dit qu'il était plus prudent d'attendre qu'il ait complètement cicatrisé de ses blessures mais lui, il en avait marre d'attendre.

Kakashi revint, victorieux, et sortit de sous sa veste un miroir doré en forme de cœur.

« Tu es sûr de toi ? », interrogea-t-il.

Le jeune homme acquiesça fermement et attrapa le miroir que lui tendait le jounin.

Il s'observa de longues secondes devant la glace, les sourcils froncés tâtant ses joues et surtout sa cicatrice.

« C'est bien ce que je craignais. », conclut-il.

Il se tourna vers Kakashi.

« Quel genre d'accident peut créer une cicatrice pareille ? Tu m'expliques ? »

Kakashi haussa les sourcils, perturbé par la question.

« Mais… la cicatrice n'a rien à voir avec ton accident. Tu l'as depuis que tu es tout petit. »

« Tout petit ? Une horreur pareille ? C'était pas possible de l'atténuer plus que ça ? »

« Tu sais, les cicatrices sur le visage, chez les ninjas, c'est monnaie courante. Moi-même, j'en ai une. »

« Ah oui ? »

Même si Iruka avait évité de poser des questions à ce propos, le pourquoi du masque de Kakashi le travaillait. Il était peut-être défiguré par cette fameuse cicatrice. Quoiqu'il lui paraissait impossible d'être plus défiguré que lui. Comment pouvait-on se balader avec une cicatrice si visible sur le visage ?

« Je vais demander à Shizune si on ne peut pas faire quelque chose pour arranger ça. Je suis franchement vilain. »

« Tu n'es pas vilain du tout, s'énerva le jounin. Et tu adores cette cicatrice. Elle te rappelle un truc de ton enfance, tu ne m'as jamais dit quoi. »

« Elle me rappelait, tu veux dire. »

« Oui, si tu veux. Ne l'enlève pas. Tu risques de le regretter plus tard. Et tu es très bien avec ! Tout le monde te connaît comme ça. »

L'autre soupira :

« Peut-être. Je ne sais pas. »

Il y eut un silence que Kakashi voulut à tout prix éviter de faire durer.

« J'ai eu une idée pour aujourd'hui. Pour qu'on remplisse ton carnet. Tu veux bien m'attendre quelques minutes ? »

Kakashi disparut de nouveau et revint les bras chargés de bouquets de fleurs, de cadeaux, de ballons. Iruka écarquilla les yeux.

« Après ton opération, on a déplacé tout ça dans une autre chambre. Au cas où tu aurais eu des séquelles. »

« Comme une amnésie, par exemple ? »

« Tout à fait. »

Kakashi se rassit, déposant son fardeau sur la tablette du malade.

« Moi aussi, j'ai eu une idée pour le cahier, expliqua Iruka. Je crois qu'on devrait changer de mode de classement. »

« C'est-à-dire ? »

« Ça va être le bazar, pour moi, l'ordre d'importance. Vous êtes tous d'égale importance pour moi. »

« Bien sûr. », apprécia Kakashi en masquant le chagrin que cette déclaration provoquait.

« On devrait plutôt tout mettre par ordre alphabétique. »

« C'est toi qui décides. »

Kakashi tira une carte de vœux au hasard.

« Ça vient des Inuzuka. », commenta-t-il.

« Inuzuka ? répéta Iruka en ouvrant son calepin. Avec un 'I' ? »

~/~/~

Iruka s'habitua peu à peu à la présence de Kakashi à ses côtés. Le jounin venait tous les jours, amenant parfois quelques photos. Il évitait cependant soigneusement tout ce qui concernait leur relation amoureuse. Il espérait trouver le bon moment pour ça.

Il avait coincé Shizune dans un coin et l'avait informé un peu durement que ce n'était pas à elle de dévoiler les détails de sa vie personnelle à Iruka. La jounin n'avait pas bronché mais Kakashi ne s'en trouva pas tranquillisé pour autant. Pour une raison qu'il ignorait, il avait le sentiment qu'Iruka avait davantage confiance en elle qu'en lui.

Il cherchait des moyens pour éveiller la sympathie du jeune homme à son égard. Il lui avait rapporté quelques livres qu'il savait être dans ses préférés et était présent à ses côtés dès que les heures de visite étaient ouvertes. Iruka n'était pas spécialement enthousiaste quand il le voyait arriver mais comme il s'ennuyait beaucoup à l'hôpital, il ne crachait pas sur un peu de lecture ou de conversation, même avec un type bizarre.

La rééducation touchait à son terme. Comme prévu, les résultats d'Iruka étaient excellents mais au niveau de la tête rien n'avait changé. Bien sûr, Kakashi était content que l'état de son amant s'améliore mais plus la sortie de l'hôpital approchait, plus il était nerveux. Iruka s'était inquiété du lieu où il allait aller quand sa rééducation serait finie, on lui avait répondu qu'il ne fallait pas qu'il se soucie de ça, qu'il était propriétaire d'un appartement. C'était vrai, bien sûr, mais c'était un bien qu'ils avaient acheté à deux.

« Il y a une question que je veux te poser depuis longtemps. », lui annonça Iruka, un matin.

Kakashi releva doucement la tête de son bouquin. Il avait l'œil aussi endormi que d'habitude mais le ton sérieux du malade l'inquiétait.

« Je t'écoute. », accepta-t-il, d'une voix morne.

« Je me demandais, commença Iruka mais on sentait qu'il était un peu gêné par le sujet qu'il allait aborder, je me demandais pourquoi c'était toi mon responsable légal. »

« Tsunade te l'a expliqué, déjà… »

« Oui, bien sûr, je suis orphelin, ça, d'accord mais… Mais je n'ai pas de femme ou de petite amie ? Je n'en ai jamais eu ? J'ai bien lu toute les cartes qu'on m'a envoyées et il n'y a que des collègues, des élèves et leurs parents qui m'ont écrit. Il n'y a donc personne pour qui je compte plus que ça ? »

« Il y a moi. », lâcha Kakashi.

« Bien sûr qu'il y a toi, évacua Iruka. Tu es un très fidèle ami et je t'en remercie mais ce n'est pas de ce genre de relation dont je suis en train de te parler… Je n'ai jamais eu… d'amante ? »

« Je crois que tu en as eu une, il y a plusieurs années… »

Kakashi cherchait. Mais il ne voyait pas comment éviter l'inévitable.

« D'accord, nota Iruka. Mais depuis ? J'ai fait vœu de chasteté ou quoi ? »

Kakashi ferma les yeux une petite seconde : c'était le moment.

Il posa son Paradis du batifolage sur un coin de table et essaya de trouver un moyen pas trop abrupt de lâcher le morceau.

« A vrai dire, débuta-t-il, ça va faire trois ans que tu fréquentes quelqu'un. »

Iruka écarquilla les yeux.

« Trois ans ? Et elle ne vient pas me voir ? On est fâché ou quoi ? Je ne comprends pas. »

« En fait, la personne en question vient te voir tous les jours. », continua le jounin en le fixant dans les yeux.

« Je comprends pas, répéta Iruka, il n'y a que toi qui viennes me voir tous les jours. »

« Oui, en effet, parce que c'est moi la personne en question. On vit même ensemble, Iruka. »

Le jeune homme resta muet plusieurs secondes, observant Kakashi d'une manière circonspecte.

« On est colocataire ? », tenta-t-il.

« Non, Iruka, s'emporta le jounin, on n'est pas colocataire. On est juste… ensemble. On est amoureux, si tu préfères. »

« Non, non, non, débita Iruka en agitant son index. Sûrement pas. »

Il gesticula pour finalement sortir de son lit, laissant le matelas entre eux.

« Tu me racontes n'importe quoi, continua-t-il. Je savais bien que t'étais pas net. »

« Je ne te dis que la vérité ! »

« Certainement pas, espèce de malade ! »

« Je suis pas un malade ! s'énerva un peu plus le jounin. Tu crois qu'ils auraient laissé un simple « ami » être ton responsable légal ? Toi-même tu trouvais ça bizarre ! »

« Je ne t'écoute pas, contra Iruka. Je ne t'écoute plus. Je veux que tu sortes de ma chambre. »

Et ce faisant, il appuya sur sa sonnette d'urgence.

« Je vais pas sortir de ta chambre parce que tu refuses de voir la vérité en face. », fulmina le jounin.

« Si ! cria Iruka. Je veux que tu sortes ! Et que tu ne reviennes plus ! »

Il gesticulait toujours, les nerfs de plus en plus à vif.

« Calme-toi, tenta de l'apaiser Kakashi. Arrête de faire l'enfant. »

« Je ne t'écoute pas, sale pervers ! Tu mens, tu mens, je ne suis pas comme ça ! »

« Mais bien sûr que si ! Tu l'es ! »

« Qu'est-ce qui passe ici ? », intervint Tsunade de sa voix impérieuse, deux infirmiers costauds derrière elle.

« Je veux qu'il sorte, répétait Iruka de manière hystérique, je veux qu'il sorte ! Il me raconte des horreurs ! »

« 'Des horreurs' ? hurla Kakashi. Tu veux que je t'en montre 'des horreurs', moi ? J'ai une photo de nous-deux dans ma poche ! Ça fait trois semaines que je me la trimballe parce que j'ai pas les couilles de te la montrer ! »

« Kakashi, coupa Tsunade, Iruka t'a demandé de sortir ! »

« Sortir ? Vous plaisantez ? J'ai le droit d'être là, putain ! Pourquoi vous ne lui dîtes pas, vous, que je ne lui raconte que la vérité ? »

« Je ne le répéterais pas, Kakashi, tu vas sortir. Ou j'emploie la force. »

« Ah ! railla Iruka, sur le ton de la démence. Elle non plus, elle ne te croit pas ! »

« Envoyez-les, vos gorilles, répliquait déjà le jounin qui ne se contrôlait plus. Je vais les éclater de toute manière ! »

« Ce ne sont pas eux qui vont employer la force. », fit-elle en faisant craquer ses poings mais Kakashi s'adressait de nouveau à Iruka.

« Tu veux pas la voir cette putain de photo, hein ? Parce que tu sais que je dis vrai ! Tu veux voir comme tu as l'air malheureux dessus ? »

Il n'eut pas le temps de poursuivre : Tsunade venait de l'attraper par le col de sa veste. Il fut projeté dans le couloir sans avoir rien pu ajouter.