Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Note : J'étais toute fière, lorsque j'ai répondu à mes reviews sur le chapitre précédent, d'annoncer la publication prochaine de la suite de cette histoire. Ca, c'était il y a deux semaines, en gros, et les lecteurs à qui j'ai fait ces fallacieuses promesses ont dû croire que je me moquais d'eux. A vrai dire, j'ai eu des problèmes de santé et j'ai passé mes deux semaines de congés au fond du lit. Là, je me remets tant bien que mal... pour pouvoir retourner travailler lundi. Je sais pas si vous imaginez à quel point je suis dégoûtée... Bref, du coup, mes beaux projets d'avancer dans l'écriture de mon histoire sont tombés à l'eau et c'est à peine si j'ai eu l'énergie de relire et de corriger ce chapitre 7. J'en appelle à votre indulgence pour les éventuelles coquilles ou lourdeurs de phrases, je n'avais pas vraiment les yeux en face des trous.
Bonne lecture !
Chapitre 7 : Chacun chez soi
« Il… il n'y a qu'une seule chambre ? », constata Iruka, légèrement horrifié
Il s'était décidé, au bout de presque deux heures sur le canapé près de l'entrée, à s'aventurer plus profondément dans l'appartement. Mais ça avait été rapide finalement parce que, comme l'avait signalé Kakashi, le logement était loin d'être immense.
« On a jamais eu besoin d'une autre chambre jusqu'à maintenant, expliqua calmement Kakashi depuis le couloir. Mais je vais m'installer sur le canapé si c'est ce qui t'inquiète. »
Évidemment que c'était ce qui l'inquiétait ! Ils n'allaient tout de même pas dormir ensemble par-dessus le marché…
« Mais…, poursuivit Iruka qui était entré dans la pièce, on ne peut accéder à la salle de bains que par la chambre… »
« Ouais, c'est une salle de bain privative. Ça nous avait bien plu quand on avait visité. »
« Bien plu ? répéta l'autre. Je ne vois vraiment pas quel avantage ça peut avoir ! »
Kakashi resta silencieux une seconde puis se contenta de hausser les épaules.
« Bof, comme ça, quoi. On avait trouvé ça… original. »
Iruka fronça les sourcils, ne comprenant clairement pas la logique de ce choix mais renonçant à percer ce mystère. Il partit inspecter la fameuse salle de bains.
Le jounin expira discrètement : Iruka n'était pas prêt à entendre qu'une salle de bain privative était plus pratique juste après le sexe. A l'époque, il avait une conversation avec Iruka là-dessus. Ça lui paraissait tellement improbable maintenant.
S'en retournant au présent, il entendit son invité farfouiller dans les placards de la salle de bain.
« Qu'en penses-tu ? », lui demanda-t-il en haussant la voix pour être entendu à une pièce de distance.
Iruka émergea de la chambre au bout de quelques secondes, il n'avait pas lâché son sac à dos qu'il tenait par une de ses bretelles.
« C'est… propre. », répondit-il sans enthousiasme.
« Ouais, j'ai fait le ménage avant que t'arrives. », précisa le jounin.
Ils se turent tous deux.
Voilà, il avait visité. Que faire de lui, maintenant ?
Kakashi admira le sac à dos du jeune homme et Iruka contempla le plafond une bonne trentaine de secondes.
« Tu… , se força Kakashi pour que le malaise ne s'éternise pas, tu veux que je t'aide pour ranger tes affaires ? »
Il avait fait un geste vers le précieux sac à dos mais Iruka, dans le même mouvement, s'était reculé contre le mur pour éviter tout contact entre eux.
« Trop tôt. », avait commenté Kakashi pour lui-même et il avait sagement remis sa main dans sa poche.
Iruka, encore sur la défensive, observait le moindre de ses gestes.
« Je vais me débrouiller tout seul. », annonça-t-il, les doigts crispés sur son sac.
Le jounin tenta de rester rationnel : il était un étranger pour Iruka et ce dernier se retrouvait seul avec lui dans un lieu inconnu. Il était normal qu'il ait la trouille.
« Les placards de la cuisine sont vides, annonça-t-il, dissimulant comme il pouvait son amertume. Je voulais qu'on aille faire les courses ensemble pour que je te montre un peu où sont les choses mais… Mais je ne m'attendais pas à ce qu'il nous faille autant de temps pour… rentrer. »
Il se racla la gorge avant de continuer.
« Je pense que je vais y aller seul à moins que tu tiennes absolument à m'accompagner. »
Il avait tenté de refréner le sarcasme mais il était resté perceptible dans sa voix.
Iruka secoua timidement la tête.
« Je vais rester là, je crois. »
« Fort bien. », répondit négligemment le jounin.
Il s'était déjà décollé du mur et essayait de ne pas adopter une allure trop pressée pour sortir de l'appartement. Il avait besoin d'air.
Il devina qu'Iruka le suivait à bonne distance mais ce dernier ne dépassa pas le couloir.
Le jounin sortit en claquant un peu trop fort la porte d'entrée derrière lui. Il allait prendre tout son temps pour faire les courses.
~/~/~
Il était presque quatorze heures quand Kakashi revint à l'appartement. Iruka l'attendait, sagement assis sur le canapé, les yeux dans le vague et son sac à dos toujours près de lui. Le jounin évita soigneusement de l'approcher, contournant le canapé pour aller déposer ses courses sur le comptoir de la cuisine, ouverte sur le salon.
Il sortit hâtivement un emballage d'un des sacs qu'il avait ramenés et tâta s'il était encore suffisamment chaud.
Comme Iruka ne s'était pas retourné à son passage, Kakashi ne discernait que son crâne qui dépassait des coussins du canapé. Les cheveux d'Iruka avaient poussé pendant son hospitalisation et étaient devenus plus longs qu'à l'accoutumée. Ils étaient négligemment noués en une queue de cheval qui reposait, éparpillée, sur le dessus du canapé.
Clairement, Iruka ne comptait pas engager une quelconque conversation alors Kakashi se décida à entrouvrir l'emballage qu'il venait de sortir et alla le déposer sur la table basse devant lui.
« Ce sont des râmens, expliqua-t-il en tendant une paire de baguettes à son acolyte. Tu adores ça. »
L'autre le fixa tout en récupérant machinalement ses couverts et fronça un peu suspicieusement ses sourcils.
« Tu veux dire que j'aimais ça. », rectifia-t-il.
Le jounin s'accroupit pour le détailler à son tour.
« Il n'y a qu'un moyen de découvrir si c'est toujours le cas. »
Il approcha un peu plus la boîte de nourriture du jeune homme.
« Je les ai achetés à l'Ichiraku, en passant. C'est ton resto préféré. »
Iruka se garda de corriger une nouvelle fois son hôte et se contenta de goûter sans conviction au repas apporté.
La révélation fut immédiate et la nourriture qu'il avait appréciée jusqu'à maintenant, celle donnée à l'hôpital et dont il ne s'était jamais plaint lui parut d'une fadeur terrifiante à côté de ce plat de nouilles pourtant sans prétention.
Kakashi eut un pauvre sourire de victoire alors qu'il s'asseyait sur l'accoudoir du canapé.
« Si je ne m'abuse, ça fait un point pour moi… », signala-t-il.
« Ravi de constater que mon amnésie est un jeu pour toi… », répartit l'autre, la bouche pleine.
Les mains de Kakashi se crispèrent légèrement sur ses cuisses et il se releva, un peu raide sur ses jambes.
« C'est vrai, commenta-t-il en retournant ranger les courses, qu'est-ce qu'on se marre depuis que tu as la mémoire qui déconne... »
Un silence tendu s'instaura entre eux, uniquement couvert par le bruit des placards qu'on ouvre et qu'on referme.
Iruka, après avoir goulûment avalé la moitié de sa boîte de nouilles et réalisé qu'il n'avait rien mangé depuis six heures ce matin, se décida à se lever et à s'approcher du comptoir de la cuisine d'un pas anxieux.
Kakashi l'entendit arriver, releva les yeux de ses courses pour les poser sur lui mais comme l'autre resta silencieux, il se remit aussitôt à l'ouvrage.
Silencieusement, Iruka s'installa sur un des grands tabourets qui marquaient, avec le comptoir, la limite entre salon et cuisine. Il termina ses râmens et but peu élégamment son bouillon tandis que Kakashi s'agitait dans son rangement. Le jeune homme nota sans toutefois le faire remarquer que Kakashi se montrait parfois hésitant quand il s'agissait d'ouvrir le bon placard. Peut-être bien que ce n'était pas lui qui rangeait les courses, d'habitude.
« J'ai encore faim. », annonça le jeune homme au bout d'un moment alors qu'il contemplait avec tristesse les vestiges de son déjeuner.
Kakashi comprit très bien que c'était une tentative un peu maladroite de reprendre une conversation. Il posa ses coudes sur le comptoir.
« Tu as encore faim ou tu veux encore des râmens ? demanda-t-il. Ce n'est pas tout à fait la même chose… »
Iruka ne répondit pas mais Kakashi sortit tout de même un deuxième emballage d'un des sacs de courses restants. Le visage d'Iruka s'illumina.
« Ça a refroidi, constata le jounin en touchant la boîte, tu veux que je te le réchauffe un peu ? »
« Ça ira ! », répondit l'autre précipitamment en s'emparant aussi bien du carton que de ses baguettes.
Sa dégustation, après un départ tonitruant, se fit cependant plus lente. Kakashi était resté accoudé au comptoir.
« Tu cales ? », interrogea-t-il en voyant l'autre peiner à terminer ses nouilles.
« Non… Non. C'est juste qu'il y a un arrière-goût dans celui-ci qu'il n'y avait pas dans l'autre… »
« Que tu n'aimes pas, tu veux dire ? », interrogea le jounin soudainement tendu.
« Enfin, c'est bon quand même, hein, je vais réussir à finir. »
Kakashi acquiesça, cherchant à garder une apparence décontractée. Il plissa même son œil visible, mais il était en réalité très anxieux : il avait pris les plats préférés d'Iruka, exprès pour lui faire plaisir. Il n'aimait plus l'oursin ?
« C'est censé être un truc que j'aime manger ? », demanda encore le jeune homme, visiblement un peu déçu par la seconde tournée.
Kakashi haussa doucement les épaules, cherchant à minimiser les faits.
« Je sais pas trop, en fait. C'est surtout Naruto que tu amènes à l'Ichiraku. »
Iruka repoussa la boîte, laissant le fond de son bouillon.
« Tu me parles souvent de ce Naruto. Ça a l'air d'être quelqu'un d'important. »
« J'en sais rien, répondit Kakashi, qu'est-ce que tu as noté sur lui dans ton cahier ? »
Iruka réalisa alors qu'il avait laissé son précieux sac à dos sur le canapé. Kakashi ne fit aucune remarque quand il se leva pour aller le chercher. Il en sortit son cahier qu'il feuilleta rapidement.
« J'ai noté : Blond. Très fort. Bruyant. Ancien élève à moi. Et de ce matin : Ancien élève de Kakashi. Coéquipier de Sakura. A fait sa fête à Pain. »
Il releva les yeux et resta pensif une seconde.
« Je vais ajouter qu'il aime manger des râmens. », décida-t-il.
Il se rassit sur le canapé, profitant de la table basse pour prendre quelques notes. Il entendit derrière lui le bruit d'un tiroir qu'on ouvre et bientôt une photo boucha son champ de vision.
Le cliché le représentait, lui, avec son abominable cicatrice, attablé au comptoir d'un restaurant. Les nouilles qui dépassaient de ses lèvres indiquaient clairement qu'il était en train de se goinfrer de râmens et il portait cet uniforme verdâtre que ne quittait jamais Kakashi. A ces côtés se tenait un garçon, petit, blond, débraillé, l'air rieur, pas beau mais assez mignon tout de même avec ses étranges cicatrices. Iruka devina que c'était un enfant qui pouvait être irritant, ce que ne démentait pas l'affreuse tenue orange qu'il portait.
« Là-dessus, il avait dix ans, expliqua Kakashi derrière lui. Il n'était pas encore genin. »
Iruka opina.
« Il a quel âge maintenant ? »
« Dix-neuf. Comme tous ceux de sa génération. »
Iruka s'empara de la photo et la fixa encore un moment avant de dire, presque avec regret :
« On avait l'air heureux tous les deux. »
« Ouais, tu as toujours adoré Naruto… »
Iruka se tourna vers Kakashi.
« Pourquoi… enfin… Si je suis si important pour lui… Pourquoi n'est-il jamais venu me voir ? »
« Il est venu plusieurs fois. Mais tu étais inconscient ou dans le coma ou tu ne voulais voir personne… Et Naruto a beaucoup de travail ces temps-ci, il est rarement au village. »
Iruka, toujours tourné vers Kakashi, croisa les bras sur le dossier du canapé y laissant reposer sa tête.
« Parce qu'il est très fort ? », demanda-t-il.
« Oui, parce qu'il est très fort mais aussi… Aussi parce que moi, je suis en congé, et qu'il me remplace pas mal sur le terrain. »
« Parce que tu restes au village pour t'occuper de moi ? »
Kakashi acquiesça et Iruka se retourna pour contempler une nouvelle fois la photo, songeur.
« Tu veux que j'organise un repas avec lui à son prochain retour de mission ? », proposa le jounin.
Iruka sembla hésiter mais secoua finalement la tête.
« Pour quoi faire ? Qu'est-ce que je pourrais bien lui raconter ? »
Il reposa l'image sur la table basse, continuant à la regarder de loin.
« Je dois aimer les enfants, non ? Avec le métier que je fais… »
« Ouais, tu adores les enfants. »
Iruka, pensif, continua plusieurs minutes à fixer la photo. Il avait beaucoup de mal avec sa propre image. Il se reconnaissait sur le cliché, bien sûr, mais ça ne l'empêchait pas d'avoir l'impression qu'il s'agissait de quelqu'un d'autre.
Et cette foutue cicatrice… Il tâta machinalement son nez à sa recherche. C'était étrange comme elle lui paraissait toujours plus épaisse au toucher, c'était comme si les photos et le miroir gommaient une partie de la désastreuse réalité.
Il tenta de ne plus penser à son physique repoussant en se focalisant de nouveau sur Naruto.
Alors comme ça, ce gamin aux joues rondes avait maintenant dix-neuf ans ? Cela lui semblait incroyable.
Il fronça soudainement les sourcils et se retourna une nouvelle fois vers Kakashi.
« Mais… Elle a presque dix ans, cette photo. », réalisa-t-il.
« Oui, environ, mais je dois en avoir des plus récentes si tu veux… »
« Ce n'est pas la question, répondit l'autre un peu sèchement. Tu ne m'as pas dit, ce matin, que le village avait été détruit il y a trois ans ? Comment cette photo peut-elle encore exister ? »
Kakashi eut un temps d'arrêt avant d'arquer son œil.
« Ça fait plaisir de constater que tu es toujours aussi perspicace. »
Mais Iruka n'était pas d'humeur à se sentir flatté. Depuis qu'on lui avait appris qu'il avait une liaison homosexuelle, il avait tendance à douter de tout, en fait, et en particulier de ce que pouvait lui raconter Kakashi.
Le jounin traversa le salon et alla entrouvrir les rideaux d'une des deux fenêtres près de l'entrée.
« Viens, demanda Kakashi en faisant un geste vers Iruka, que je t'explique. »
Le jeune homme s'exécuta même s'il était vraiment rebuté par l'idée d'une éventuelle proximité avec Kakashi.
Le jounin, tout en tenant le rideau légèrement écarté, demanda muettement à Iruka de se placer juste devant lui, face à la vitre.
« Tu vois cette montagne ? », interrogea Kakashi en pointant le relief de sa main libre.
Iruka sentait surtout le bras de l'autre qui lui frôlait la joue mais il fit un effort sur lui-même pour ne pas s'écarter.
« Celle avec les bonshommes gravés dessus ? », murmura-t-il.
« C'est le Mont Hokage, expliqua l'autre, et les 'bonshommes', comme tu dis, ce sont tous les Hokage qui ont été à la tête de Konoha. Tu reconnaîs peut-être Tsunade, à droite ? »
« Et alors ? » s'impatienta le jeune homme.
« Eh bien, le Mont Hokage est le seul endroit du village qui n'a pas été détruit lors de l'attaque de Pain. »
« Et ? », insista Iruka.
« Et, il est fait pour, poursuivit Kakashi. C'est creusé à l'intérieur, blindé, on s'en sert de bibliothèque. C'est l'endroit le plus sûr de Konoha. On a tous un casier là-bas pour mettre nos affaires de valeur. »
« Et j'y ai mis la photo, c'est ça ? »
« Plusieurs copies, en fait. Tu as toujours été un brin paranoïaque… »
Kakashi avait arqué son œil. Iruka ne comprenait pas pourquoi il faisait tout le temps ça. Ce n'était pas du tout rassurant de savoir qu'un homme souriait sans pouvoir le vérifier.
Il se recula, la démonstration lui semblant terminée.
« Je vais résumer tout ça dans mon carnet. », affirma-t-il pour justifier sa mise en retrait.
Kakashi opina légèrement avant de se gratter le crâne.
« J'ai un cadeau pour toi. », répartit-il, la voix souriante.
Iruka n'était pas certain du tout de vouloir un cadeau de la part de cet homme mais il aurait été indélicat de sa part de refuser. Il espérait simplement que ce ne soit pas une tentative peu subtile de séduction.
Kakashi traversa de nouveau le salon pour récupérer le dernier sac de courses encore sur le comptoir et le tendit à Iruka. L'autre, un peu gêné, entrouvrit l'emballage et discerna un carton cubique.
« C'est un appareil photo, détailla Kakashi tout en aidant Iruka à déballer son cadeau, c'est un modèle particulier qui permet de faire des photos instantanées. Je me suis dit que ça pourrait t'être utile pour ton carnet. »
C'était plutôt une bonne idée, en effet. Rien de trop romantique, là-dedans.
« Merci. », fit Iruka sans sourire pour autant.
Kakashi se recula un peu, sentant qu'il mettait l'autre mal à l'aise. Il retourna finalement derrière le comptoir de la cuisine. Il n'avait jamais dû passer autant de temps dans cette pièce depuis leur installation. Il prit un livre de cuisine au pif, le posa sur le comptoir et fit semblant de le lire. Son poste d'observation était idéal.
Iruka s'était rassis sur le canapé et resta de longues minutes à étudier son cadeau. Kakashi devina qu'il devait lire la notice en entier, c'était ce que son Iruka faisait toujours.
Au bout d'un long moment, Iruka se releva. L'appareil était doté d'une sangle et trônait donc autour de son cou. Le jeune homme alla jusqu'à la fenêtre, l'examina, trouva comment l'ouvrir et s'installa à son rebord. Il fixa un peu l'horizon avant de se décider à prendre sa première photo, probablement le Mont Hokage – Kakashi ne pouvait pas le vérifier de là où il était.
Une photo sortit après quelques secondes et Iruka la secoua pour qu'elle sèche avant de la lancer sur la table basse.
Il releva mollement les yeux et remarqua que Kakashi l'observait. Le jounin ne sut s'il devait continuer à le détailler ou se remettre à sa lecture, il baissa finalement les yeux mais il sentit que le regard d'Iruka était toujours sur lui.
« Kakashi ? », appela-t-il d'une voix neutre.
Le jounin releva immédiatement les yeux et se retrouva confronté à la détente de l'appareil photo. Iruka s'empara du clicha qui s'échappa du réservoir quelques instants plus tard.
Kakashi l'observait toujours, légèrement interloqué. Iruka haussa les épaules.
« C'est pour mon cahier. », expliqua-t-il simplement.
Il hésita un peu avant d'ajouter d'un air las :
« C'est toi qui avais raison : tu fais indéniablement partie des gens importants. »
~/~/~
Le canapé était défoncé, comment était-il censé dormir là-dessus ?
Il soupira, changea une nouvelle fois de position, crut qu'elle valait mieux que la précédente mais constata au bout de quelques secondes que sa douleur à la nuque le reprenait.
Il était pourtant capable de dormir n'importe où, normalement. Il avait même dormi dans un tas de fumier, une fois, pour éviter que les chiens-traqueurs du camp adverse ne le chope. Pakkun s'était foutu de sa gueule pendant des mois.
Il se releva et s'assit sur le bord du canapé.
Iruka, quand ils s'étaient installés, avait voulu qu'ils achètent un convertible. « Au cas où quelqu'un passe à l'improviste », qu'il avait expliqué. Autrement dit : « au cas où Naruto veut taper l'incruste… ». Kakashi avait balayé l'idée d'un revers de la main, déjà qu'ils lui servaient de parents de substitution…
Si Naruto voulait squatter, il se contenterait bien de ce qu'ils avaient, c'était un ninja, bordel, pas une petite fleur fragile.
Il avait donc fait une « affaire », en rachetant un canapé d'occas' dans un des villages proches de Konoha.
Il n'avait jamais envisagé que ça puisse être lui qui se retrouve sur ce foutu canapé. Et l'autre, là, qui avait le lit double pour lui tout seul, qui pouvait se retourner tant qu'il voulait… Il devait marmotter dans son sommeil avec les poings fermés sur l'oreiller et sa petite peau bronzée devait être presque intégralement cachée par un de ces éternels pyjamas trop grands qu'il affectionnait tant.
L'image mentale le fit sourire, il l'avait toujours trouvé mignon quand il dormait…
Enfin, peut-être qu'il dormait d'une manière totalement différente, maintenant, qu'est-ce qu'il en savait ? Cette personne sous son toit était-elle toujours Iruka ou quelqu'un d'autre, quelqu'un de diamétralement différent ?
Iruka avait toujours adoré l'oursin, il en raffolait. En temps normal, il n'aurait jamais laissé la moindre once de bouillon d'oursin se perdre… C'était un goulu, comme Naruto.
S'il n'aimait plus l'oursin… Eh bien, alors, pourquoi l'aimerait-il, lui ?
Il essayait de se contenir du mieux qu'il pouvait mais c'était difficile pour lui de garder ses distances. Parfois, l'espace d'une seconde, il oubliait. Il faisait un geste qu'on aurait pu qualifier d'intime, il s'approchait trop. Heureusement pour lui, Iruka était encore un peu déphasé, il ne remarquait pas tout ce qui se passait.
Et là, savoir qu'il dormait dans leur lit, juste à côté… Alors qu'il avait tant envie de lui…
Il soupira de nouveau, bascula la tête en arrière et d'un geste nonchalant, il releva ses jambes pour les laisser reposer sur la table basse.
~/~/~
« Iruka ? Tu es réveillé ? »
Lui était levé depuis plus de trois heures. Il avait enfilé ses vêtements de la veille, pris son petit déj' en solo, essayé de redonner une forme quelconque au canapé et puis, il avait attendu qu'Iruka sorte de sa chambre.
Il ne faisait que ça, d'attendre Iruka, ces derniers temps…
Il toqua de nouveau à la porte.
« Iruka ? Il est neuf heures passées… Iruka ? »
Il ne voulait pas faire ça… Tsunade avait bien dit qu'il fallait le laisser dormir. Mais Iruka avait parfois des obligations, comme tout le monde. Sans compter que lui aurait bien aimé prendre une douche…
Il se décida donc à baisser doucement la poignée et à ouvrir la porte.
Iruka dormait. A poings fermés, apparemment. Il appela de nouveau, restant bien campé au chambranle de la pièce mais ça n'eut aucun effet notable. Il pensa bien à balancer quelque chose sur lui mais ce n'était pas très délicat…
Il s'avança finalement, tout piteux, en continuant de l'appeler.
A un mètre de lui, il s'arrêta, il ne pouvait pas approcher davantage. Il cria et cria encore si bien que l'autre se mit à bouger d'abord très pesamment. Puis, il sembla réaliser que ce qui le réveillait était une voix, une voix humaine, la voix de Kakashi… Et que donc : Kakashi était dans sa chambre.
Il se retourna brusquement, en ramenant la couverture sur lui.
« Mais…, bégaya-t-il, mais… Sors d'ici ! »
Pour sûr, il était réveillé.
Kakashi retourna dans le couloir, les mains bien en évidence pour montrer qu'il n'avait rien à cacher.
« Comment oses-tu ? », continuait Iruka, étouffé d'indignation.
« Ça fait dix minutes que je frappe à la porte… et tu as ta séance de rééducation dans moins d'une heure, expliqua Kakashi depuis le couloir. J'ai pensé que tu n'aimerais pas être en retard. »
« Bon sang ! », jura Iruka en avisant le réveil, il allait effectivement avoir du mal à tenir le délai.
Kakashi entendit un bruit de couverture qu'on soulève puis celui d'un placard qu'on ouvre un peu brutalement.
« Tu veux pas que je t'aide ? », interrogea le jounin à travers la porte qu'il avait refermée.
« J'ai pas besoin de ton aide ! », râla l'autre.
« Oh ? Ca ne t'intéresse pas, donc, de savoir quels vêtements sont à toi et lesquels sont à moi ? »
Seul le silence lui répondit mais il manqua de tomber quand la porte de la chambre sur laquelle il s'appuyait se rouvrit brusquement.
« Ne me regarde pas, ordonna Iruka en le pointant du doigt, je suis en pyjama ! »
« En pyjama ? répéta l'autre, sarcastique. Ouh ! C'est chaud ! Je sens que je ne vais plus pouvoir me tenir. »
Iruka croisa les bras, vaguement vexé mais remarqua que Kakashi avait posé ses yeux sur l'armoire pour éviter de les poser sur lui. Et donc, que même s'il trouvait ses ordres idiots, il y obéissait.
« Bon, expliqua Kakashi, le côté où c'est repassé et plié au carré, c'est ton coin. Le côté où c'est un peu plus en vrac, c'est à moi. »
Iruka leva un sourcil.
« Mais… ce sont exactement les mêmes vêtements des deux côtés ! », fit-il remarquer.
« Ouais, la mode n'évolue pas beaucoup chez les ninjas… »
« Mais je dois bien avoir autre chose à me mettre que… ces uniformes pourris ! », fulmina l'autre.
Kakashi baissa l'œil sur son propre uniforme. Comment il parlait de ses fringues, lui ?
« Tu dois avoir un kimono qui traîne quelque part… »
« Un kimono ? reprit l'autre. Pour aller en rééducation ? »
Kakashi écarta les bras.
« Eh ! Tu me demandes… Je te réponds ! Tu trouveras pas plus confortable que les uniformes ninja, de toute façon… »
« Oui, mais je ne veux pas ressembler à un ninja. Je ne suis plus un ninja ! »
Kakashi souffla, Iruka ne risquait pas d'être à l'heure à son rendez-vous en étant aussi capricieux.
« Bon, tu n'es pas obligé d'enfiler toute la panoplie, concéda-t-il. Si tu ne mets ni la veste, ni le bandeau, tu ressembleras presque à un civil. »
Iruka mit les poings sur ses hanches pour signifier son mécontentement mais il réalisa que l'autre ne pouvait pas le voir puisqu'il lui avait interdit de se retourner.
« Si tu n'as pas de meilleure solution à me proposer… », se résigna-t-il.
Kakashi secoua la tête alors qu'il sélectionnait quelques vêtements qu'il jeta sur le lit.
« Quand tu auras fini de faire ta diva… Tu pourras toujours venir au petit déjeuner. Tu veux que je te prépare un truc en particulier ? »
« On n'a pas le temps, grogna l'autre. Tu n'as qu'à me donner ce que je mange d'habitude. »
Et en disant cela, il poussait déjà Kakashi vers la sortie.
Si c'était pas malheureux de se faire virer de sa propre chambre, soupira-t-il. Et pour la douche, il pouvait toujours se brosser, apparemment…
