Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Chapitre 8 : Manque de repères
« Tu as oublié quelque chose ? »
C'était à peine si Kakashi avait eu le temps de remettre son masque. Iruka avait déboulé dans l'appartement qu'il venait pourtant de quitter. Le jounin reposa sa tasse de thé.
Iruka ne le regarda pas vraiment, mal à l'aise. Il préféra fixer le petit croquis placé dans le creux de sa main. Kakashi quitta le comptoir, s'approcha et toucha délicatement l'épaule du jeune homme. L'autre sursauta mais pas de peur comme à son habitude.
« Il est pas clair, mon dessin ? », demanda gentiment le jounin.
L'autre opina anxieusement.
« Si ! Si… Je crois que si, balbutia-t-il. Mais… j'ai du mal à me souvenir… Tu m'as dit tout droit et à gauche, c'est ça ? »
« Au bout du troisième embranchement. », précisa le jounin.
« Le troisième embranchement, répéta Iruka. Je savais bien que j'oubliais quelque chose... »
Il se retourna, confus, déboussolé. Il rouvrit la porte, Kakashi le suivit.
« Tu sors de la cour, reprit le jounin, puis tout droit… »
Il faisait des signes avec ses bras.
« Ca va, ça va, râla Iruka. Tu m'as déjà expliqué. Et tu m'as fait un dessin… Mais c'est quand je le regarde, j'y comprends rien… Je sais pas dans quel sens je dois le prendre… Et là, à cette heure, je devrais être arrivé… »
« C'est une simple séance de rééducation, minimisa Kakashi, c'est pas si grave si tu es un peu en retard. »
« Si, c'est grave ! explosa l'autre. C'est grave parce que c'est la première fois que je sors tout seul et que je suis même pas foutu de comprendre un putain de dessin ! »
Kakashi fronça les sourcils : Iruka était rarement vulgaire.
« Si ça t'embête vraiment d'être en retard, je peux t'emmener si tu veux… », proposa timidement le jounin.
« Je devrais déjà y être, fit remarquer l'autre. Je sais que tu es fort mais, là, je ne vois vraiment pas comment tu peux faire. Tu comptes me téléporter, peut-être ? »
L'œil de Kakashi se leva au ciel.
« Bah, ouais, en fait, ça peut être une idée. »
L'autre resta figé, persuadé d'avoir mal entendu.
« Va falloir que je te touche un minimum, par contre, prévint le jounin. Ne t'angoisse pas. »
Mais Iruka, stupéfait, était incapable de bouger. Les bras de Kakashi l'entourèrent bientôt et il sentit une force nouvelle, étrange, l'envahir. Ca se mit à voler autour de lui. C'était comme… des feuilles. Oui, il y avait des feuilles partout autour de lui.
Il ferma les yeux une seconde et quand il les rouvrit, il reconnut la silhouette rassurante de l'hôpital de Konoha.
Kakashi recula prestement, cherchant à ne pas toucher Iruka plus que nécessaire.
« Tu es arrivé, proclama-t-il. Et tu ne dois pas avoir plus de cinq minutes de retard. »
L'autre retrouvait doucement ses esprits.
« Comment… balbutia-t-il, comment est-ce possible ? »
« Bof, répondit le jounin en haussant les épaules. C'est trois fois rien, une vieille ruse ninja. »
Iruka n'en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles et il regardait alternativement l'hôpital et Kakashi sans y croire.
« Ca va aller pour rentrer ? », interrogea Kakashi pour sortir Iruka de sa torpeur.
Le jeune homme le fixa, se concentrant, après un effort, sur la question.
« Je crois pas, non. »
« Je peux passer te chercher, proposa le jounin. Si tu fais plusieurs fois le chemin, tu finiras par le mémoriser. »
L'autre hésita, un peu gêné.
« Si ça ne te dérange pas trop… »
« Tu finis à quelle heure ? », enchaîna l'autre, trop content d'être utile.
« J'en sais trop rien : la rééducation, ça dépend un peu de moi. On arrête quand je suis trop fatigué. Pas plus de deux heures. »
« J'arriverais vers onze heures trente, alors, pour être sûr. »
« Non, reprit Iruka, viens plus tard. Après la rééducation, tu sais, j'ai… j'ai un entretien avec Shizune. »
Ah oui, mademoiselle s'improvisait psychologue. Kakashi avait presque oublié.
« Ca doit pas te prendre plus d'une heure, ce genre de séance, évalua Kakashi, disons donc midi trente. »
Iruka opina tout en pensant que Kakashi allait probablement poireauter. Le jounin s'éloignait déjà, d'un pas tranquille.
« Merci du coup de main ! » déclara tout de même Iruka en haussant la voix pour qu'il l'entende.
Kakashi leva une main molle, sans se retourner.
Tout le plaisir avait été pour lui.
~/~/~
« Kakashi ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
Tsunade, un énorme dossier sous le bras, fronçait les sourcils. Elle s'était arrêtée dans sa marche pour admirer le jounin accolé à un des murs du couloir de l'hôpital. Il avait levé l'œil de son Paradis du batifolage pour la regarder. Il ne lisait son bouquin que distraitement de toute manière, histoire de passer le temps.
« J'attends Iruka, expliqua-t-il. Il est en pleine séance avec Shizune. »
« Kakashi, râla-t-elle, il me semble pourtant t'avoir expliqué pas plus tard qu'hier qu'il devait être le plus autonome possible. Tu ne l'aides pas en le maternant comme ça… »
Il soupira.
« Il m'a demandé. Je n'allais pas lui dire non ! Je lui ai expliqué le chemin, je lui ai même fait un dessin mais… »
« Mais ? »
« C'était comme s'il ne savait plus le lire… Il ne sait pas se repérer, Tsunade, il se perdrait si je ne l'aidais pas. »
Elle opina doucement, s'adossant elle-même au mur près de lui :
« J'espérais encore me tromper mais ce que tu me racontes conforte mes craintes. »
Il la fixa plus sérieusement. Il était toujours inquiet quand elle prenait sa tête de premier médecin du Pays du Feu.
« L'hippocampe est la partie du cerveau qui gère le repérage spatial, expliqua-t-elle. Les tests qu'Iruka avait faits à ce sujet n'étaient guère concluants et tes explications me laissent penser que sa mémoire spatiale est dégradée… »
« Sa mémoire spatiale ? répéta-t-il. Vous voulez dire : son sens de l'orientation ? »
« On peut dire ça comme ça, oui. Il n'en a plus. »
« Plus de sens de l'orientation ? reprit-il. Un ninja ? »
Il eut un sourire ironique sous le masque.
« C'est de mieux en mieux. »
Il inspira et hésita avant de poser son éternelle question :
« Y a des chances pour que ça lui revienne ? »
« Il peut suivre une rééducation, ça l'aidera pour la vie de tous les jours. Les lieux très familiers, il pourra probablement – avec de l'entraînement – s'y déplacer seul mais… Il sera incapable de se débrouiller dans une ville ou un pays inconnu. »
« Génial, lâcha-t-il, énervé. Je vous préviens : c'est pas moi qui lui annonce. »
Elle resta près de lui, silencieuse. Kakashi avait beau être en colère, il n'avait pas envie qu'elle reparte. Tsunade lui paraissait être sa seule alliée dans cette histoire, la seule à parfois lui fournir quelques réponses.
« Et ça a été, votre première soirée tous les deux ? », s'enquit-elle au bout d'un moment.
Il haussa les épaules.
« Bof, il s'est enfermé dans sa chambre juste après le dîner. Le reste du temps, c'est à peine s'il me parle. »
« Il ne te pose pas de questions ? »
« Quelques-unes, admit Kakashi, j'y réponds du mieux que je peux mais… il est vraiment différent, vous savez. »
« C'est-à-dire ? »
« Ce matin, il a dit des gros mots. Et il veut absolument s'habiller en civil. Il n'aurait jamais fait ça avant. »
« Stress post-traumatique, décréta Tsunade, rien d'étonnant à ça. Ne t'en fais pas. »
« Et il n'aime plus l'oursin… », reprit Kakashi.
Ella haussa un sourcil.
« Il aimait beaucoup ça, l'oursin ? »
« C'était un de ses plats préférés, précisa Kakashi. Et maintenant, maintenant… Il a du mal à en manger. »
Une main se posa sur son épaule.
« Ce n'est parce que son goût pour les aliments a changé, qu'il en est de même dans d'autres domaines… Ne désespère pas, d'accord ? »
Elle réajusta péniblement son énorme dossier sous son aisselle alors que de son autre bras, elle tapota encore un peu l'épaule de Kakashi.
Elle allait repartir. Déjà, elle le dépassait mais une idée lui traversa l'esprit et elle se tourna de nouveau vers lui.
« Tu as pensé, bien sûr, qu'Iruka avait perdu l'odorat ? »
L'autre fronça son sourcil visible : ça lui était complètement sorti de l'esprit.
« Ca change quelque chose à la situation ? », interrogea-t-il.
« L'odorat et le goût sont des sens liés. Sans l'odorat, le goût de certains aliments est altéré. Et du coup, on peut se mettre à détester quelque chose qu'on adorait auparavant… Et inversement. »
Kakashi se sentit soudain soulagé d'un grand poids : ça lui paraissait être une explication plausible… et tellement rassurante.
Il ne put s'en empêcher, ce fut à lui de poser une main sur l'épaule de son hokage.
« Merci, lui souffla-t-il. Vous n'imaginez pas à quel point ce que vous me dîtes me soulage. »
« C'est une explication logique, minimisa-t-elle, je ne dis pas que c'est forcément ce qui s'est passé. Tu comprends, n'est-ce-pas ? »
Il opina au moment où un bruit de porte retentit juste derrière eux. Iruka, un sourire discret sur les lèvres, se laissait raccompagner par Shizune. Il s'arrêta net quand il aperçut Kakashi et son hokage.
« Comment te sens-tu, aujourd'hui ? », lui demanda la Cinquième, d'une voix forte.
« Bien, madame. », répondit Iruka tout en la fuyant du regard. Il n'était pas très à l'aise avec elle, il ignorait pourquoi.
Tsunade détestait ce nom de « madame » dont Iruka l'affublait mais les titres ninja semblaient lui passer complètement au-dessus de la tête. Elle préféra les saluer et partir. Elle n'était pas sûre d'apprécier la nouvelle personne qu'était devenu Iruka mais elle ne pouvait se permettre d'afficher ses doutes devant Kakashi.
« Tu attends depuis longtemps ? », demanda Iruka, gêné, alors qu'il restait à une distance raisonnable du jounin.
L'autre plissa son œil visible.
« Je viens d'arriver. », mentit-il.
~/~/~
Kakashi ne savait pas s'y prendre avec Iruka. Il essayait de l'aider du mieux qu'il pouvait mais il avait souvent l'impression d'irriter son compagnon plus qu'autre chose. Là, par exemple, il lui réexpliquait le chemin. Il le faisait calmement, avec un vocabulaire simple et clair mais Iruka semblait de plus en plus agacé par ses tentatives.
« Je sais tout ça ! maugréa-t-il. Tu peux m'expliquer autant de fois que tu veux qu'il faut tourner à droite. Ca ne rentre pas ! Que veux-tu que j'y fasse ? »
Kakashi se tut, remit ses mains dans ses poches. Alors quoi, il devait le laisser se perdre sans rien faire ? Il ne comprenait pas.
« Tu veux qu'on aille à l'Ichiraku ? proposa-t-il pour changer de sujet. Il est presque une heure, tu dois avoir faim. »
L'autre ne répondit pas, continuant de regarder le sol.
« L'Ichiraku, c'est le restaurant de râmen que tu aimes bien… », précisa le jounin.
« Je sais ce que c'est que l'Ichiraku ! fulmina Iruka. Pourrais-tu, s'il te plaît, arrêter de me traiter comme un débile ? »
« J'en conclus que tu n'as pas faim… », fit le jounin pour lui-même.
Iruka, à ses côtés, ralentit le pas et se prit l'arrête du nez entre le pouce et l'index.
« Excuse-moi, marmonna-t-il, je suis sur les nerfs. Ca me rend injuste : tu n'y es pour rien. »
Kakashi s'arrêta à son tour, enfonça un peu plus ses mains dans ses poches et fixa son compagnon.
« C'est une grande réussite, on dirait, tes séances chez le psy. »
L'autre ne put s'empêcher d'émettre un petit rire discret.
« Si, c'est bien, affirma Iruka. Mais ça fait aussi remonter pas mal de choses, en particulier la frustration. On m'a dit… on m'a dit que j'avais vingt-huit ans. On sait se repérer dans une ville, normalement, quand on a vingt-huit ans. »
« Tu ne veux pas qu'on en parle en mangeant un truc ? », retenta Kakashi.
« Non merci, je crois que je n'ai pas très faim. »
Kakashi opina, dissimulant sa déception.
« Par contre, reprit Iruka, j'aurais un service à te demander… »
Le jounin sauta sur l'occasion.
« Qu'est-ce qu'on peut faire pour toi ? », interrogea-t-il.
« Je crois… enfin, il me semble me souvenir qu'hier, quand tu m'as montré le village, on est passé devant un magasin de vêtements… »
« N'en dis pas plus. », le coupa Kakashi.
Ils passaient effectivement devant une boutique pour rentrer chez eux mais Kakashi n'y avait jamais mis les pieds. Il se faisait quasi-intégralement habiller par l'administration de Konoha.
C'était à deux pas, une vitrine un peu racoleuse qui ne l'avait jamais tenté. Quand il voulut entrer, Iruka l'arrêta.
« Je ne veux pas être grossier, annonça-t-il, mais j'aimerais bien faire ça tout seul. »
« Oh, lâcha Kakashi, pas de problème. »
« C'est juste que je ne veux pas que tu m'influences… Tu dois savoir ce que j'aimais porter avant et moi je veux faire mes propres choix. »
« Bien sûr, concéda immédiatement le jounin, je comprends tout à fait. »
Et c'était vrai, ça lui faisait mal mais il comprenait. Il l'encouragea de l'œil mais Iruka ne bougea pas. Le jeune homme finit par se passer la main sur la nuque et annonça, gêné :
« Je crois que, là, j'ai besoin d'argent… Et… Enfin, j'en ai pas. »
« Oh ! réalisa Kakashi. Bien sûr. »
Il fouilla dans ses poches comme un idiot mais il savait déjà qu'il n'avait pas d'argent sur lui. Il n'en prenait jamais.
Un peu agacé, il ouvrit brutalement la porte du magasin au point qu'il en fit sursauter le gérant.
« Hey, lui demanda-t-il, vous savez qui je suis ? »
Le vendeur prit une mine contrite.
« Bien sûr, Kakashi-san, c'est un grand honneur de… »
« Ouais, ouais, coupa l'autre, vous fatiguez pas. »
Il pointa Iruka du doigt.
« Cet homme est mon ami, expliqua-t-il, alors vous lui donnez tout ce qu'il veut et je viendrai plus tard pour payer la note. »
Le gérant opina, beaucoup trop intimidé pour protester.
« Merci. », souffla Iruka.
« C'est rien, répondit Kakashi. Tu veux que je t'attende dehors ? Ou tu vas savoir rentrer ? L'appart est juste au coin, normalement tu ne peux pas te tromper. »
« Il va bien falloir que je me débrouille tout seul. », fit observer Iruka mais Kakashi le sentit peu convaincu.
« Okay, alors… A tout à l'heure… »
Le jounin s'éloigna mollement, les mains dans les poches alors qu'Iruka pénétrait dans la boutique.
« Que peut-on faire pour vous aujourd'hui ? », demanda immédiatement le gérant.
Iruka balbutia et sentit qu'il rougissait. C'était la première fois que quelqu'un s'adressait à lui de la sorte. Il ne connaissait pas cet homme mais cet homme ne le connaissait pas non plus. Et c'était un vrai soulagement de retomber un peu dans l'anonymat.
« Il me faudrait des vêtements », expliqua-t-il finalement tout en se rendant compte que sa réponse tombait sous le sens.
« Bien sûr, répondit très poliment le vendeur, quel genre de vêtements ? Nous avons de tout ici, vous savez. »
Iruka balaya la pièce du regard. Il ne savait pas, à vrai dire, ce qu'il désirait mais ce qu'il vit de la boutique lui fit hausser un sourcil. Il n'avait pas bien fait attention aux vêtements exposés dans la vitrine mais là, les sandales, les pantalons, les vestes… Tout lui semblait étrangement similaire à des habits qu'il connaissait déjà.
Il se tourna de nouveau vers le vendeur, intérieurement courroucé.
« Vous vendez des uniformes ninjas ? », interrogea-t-il froidement.
L'autre opina tout en nuançant :
« Je ne suis pas autorisé à vendre les uniformes ninja de Konoha car ces uniformes sont offerts par le village à ses combattants. »
Iruka regarda les portants un peu plus attentivement. Effectivement, il ne reconnut nulle part l'uniforme verdâtre qu'appréciait tant Kakashi. Mais pourtant, il retrouvait des vêtements qui en imitaient parfaitement les formes.
« Cependant, poursuivit le vendeur, de nombreux ninjas – surtout les jeunes – souffrent d'être perpétuellement habillés comme tout le monde et le règlement ninja autorise à prendre quelques libertés dans sa tenue. Beaucoup de personnes viennent ici pour personnaliser leur équipement. »
Iruka fit quelques pas et considéra des bottines ninja probablement très appréciées des kunoïchis. Plus loin, il remarqua des bandanas, des jupes-shorts, des tenues plus près du corps. Il alla même examiner une longue veste rouge sur laquelle courraient des flammes orangées.
« Je suppose que c'est la tenue idéale pour les missions d'infiltration, commenta-t-il, ironique. Comment peut-on porter ce truc et ne pas être repéré ? »
« C'est une de mes meilleures ventes, expliqua le vendeur. Vous pensez, la tenue préférée du Quatrième... Les gamins adorent. »
Le Quatrième se répéta mentalement Iruka. Kakashi lui en avait déjà parlé… Il faudrait qu'il relise son carnet, une fois rentré.
« Quelque chose vous tente ? », continua le vendeur.
« Non, décréta le jeune homme, ce que je voudrais, moi, ce sont des vêtements civils. »
« Des vêtements civils, répéta l'autre, quelle drôle d'idée… »
« Il y a pourtant des civils qui vivent dans ce village, s'agaça Iruka, et ils doivent bien s'habiller… »
« Eh, bien, il existe plusieurs magasins pour ça… dans le quartier civil. », formula l'autre tout en jetant un regard perplexe sur son client.
Un quartier civil. Bien sûr. Comment avait-il fait pour ne pas y penser ?
« Et il est situé où, ce quartier ? », demanda-t-il, las.
« A l'est, répartit le vendeur, mais vous savez, sensei, il n'a pas changé de place depuis la reconstruction. »
Iruka s'était figé à l'entente du « sensei ».
« Vous… hésita-t-il. Vous me connaissez ? »
« Evidemment, continua l'autre, tout le monde vous connait. Et vous êtes venu plusieurs fois, déjà. Vous ne vous souvenez pas ? Il est vrai que j'ai fait pas mal de changements dans le magasin ces derniers temps et ça fait un bail que vous n'êtes pas passé. »
Le regard scrutateur du gérant l'irrita et il se détourna.
« Je suis déjà venu ici ? »
« Pour acheter des vêtements pour Uzumaki-san, précisa le vendeur, ainsi que pour… hum… votre ami. »
Iruka le fixa de nouveau.
« Je suis venu pour acheter des vêtements à Kakashi ? »
« Pour son anniversaire, affirma le vendeur. Un T-shirt avec une inscription rigolote mais on ne fait plus ce genre d'articles, maintenant. Je me suis spécialisé dans la personnalisation ninja. »
Iruka ferma les yeux. Il ne voulait pas en savoir plus.
« Vous n'avez pas de vêtements civils, donc… », conclut-il, acerbe.
« Si, quelques-uns. Mais c'est vraiment basique. »
« Ça me va, lâcha Iruka. Où sont-ils ? »
Le vendeur le dirigea vers le fond de la boutique. Il y avait surtout des T-Shirt, quelques pantacourts, des sandales. Le tout dans des couleurs unies, le plus souvent sombres.
Iruka regarda quelques étiquettes. Les prix ne lui évoquaient rien. Il ignorait si c'était cher ou non. Il y avait d'autres informations de noté et il comprit au bout d'un moment qu'il s'agissait des tailles des différents vêtements.
Et là, il réalisa. Ça lui sauta au visage. Il ne connaissait même pas sa propre taille.
Il hésita à rappeler le vendeur. C'était son métier, il aurait su l'évaluer. Mais il s'était déjà senti suffisamment stupide, comme ça. L'autre l'avait regardé comme une bête de foire.
Il se dissimula derrière un portant et enleva son propre T-shirt. La taille était encore indiquée sur l'étiquette. Il ne chercha pas plus loin, il prit tout ce qui était susceptible de lui aller.
« Vous n'essayez pas ? », s'étonna le vendeur à la caisse.
« Ca va, coupa l'autre, un rien m'habille. »
Le gérant haussa les épaules et fit la somme des prix des différents vêtements.
« Ca fera trois cent vingt-neuf ryos, annonça-t-il. Je crée un compte au nom d'Hatake-san ou je mets ça sur votre propre note ? »
« On fait comme Kakashi a dit. », décida Iruka, après une brève hésitation.
« Comme vous voudrez, sensei. Je vous souhaite une bonne fin de journée. »
Le vendeur tendit à Iruka ses différents achats et le jeune homme sortit sans demander son reste.
Il fit quelques pas et s'adossa à un mur pour respirer. Il n'aurait pas pensé que quelques emplettes dans un magasin puissent être aussi éprouvantes. Et une remarque du vendeur tournait plus particulièrement dans son esprit : « tout le monde vous connait ». Il espérait que ce soit une simple exagération car il ne supporterait pas d'être salué à longueur de temps par des inconnus. Ca lui semblait être une situation ingérable.
Reprenant peu à peu ses esprits, des sacs plein les mains, il se demanda comment rentrer. Qu'avait-dit Kakashi, déjà ? Il était sûr que l'appartement était juste à côté…
« Besoin d'un coup de patte, gamin ? »
Iruka fronça les sourcils à l'entente de cette voix grave. Il se tourna, ne vit rien et baissa finalement les yeux. Il croisa alors le regard d'un petit chien, très laid, qui l'observait. Ce n'était tout de même pas cet animal qui…
« Bon, tu réponds ? J'ai pas toute la journée. »
Si. C'était le chien. Le chien lui parlait. Passée la stupeur première, Iruka ressentit une impression de déjà-vu. Et il savoura ce sentiment, rare encore dans sa nouvelle vie. Il avait déjà vu cet animal quelque part, il en était certain. Et il finit par se souvenir : il l'avait rencontré la veille, Kakashi l'avait envoyé chercher Tsunade. Il avait pensé, après coup, que sa crise d'angoisse l'avait fait halluciner.
Le chien prit une mine contrariée devant la face éberluée d'Iruka. Il soupira.
« Bon, je vois. Un chien qui parle, le truc de dingue…, lâcha-t-il, blasé. Mais faudrait te remettre, là. »
« Mais, non, c'est juste impossible. », articula péniblement le jeune homme.
« Je suis un chien ninja, expliqua la bête impatientée, je ne suis pas un simple animal. Kakashi t'expliquera mieux que moi. Perso, j'ai pas la patience. Déjà qu'il me prend pour un baby-sitter… »
Iruka fronça les sourcils, clairement dépassé par les événements.
« Il m'a dit de rester dans le coin pour t'attendre, précisa le chien, au cas où tu ne te souviendrais plus de comment rentrer. Je lui ai dit que c'était inutile mais cet imbécile d'humain a refusé de m'écouter… »
« Et il a bien fait, je crois… »
Un groupe de villageois passa près d'eux, discutant et riant. Personne ne prêta attention aux agissements d'Iruka.
Le jeune homme se baissa.
« C'est moi ou… Tout le monde trouve ça normal que je discute avec un chien ? »
« Bah, t'es quand même dans un village qui a été attaqué par un renard géant… Moi, à côté, je suis un puceron. »
« Un… renard géant ? », répéta Iruka.
« Ouais, un démon, quoi. Personne ne te parle des choses importantes ? »
Iruka regrettait de ne pas avoir son cahier : le quadrupède semblait être une mine inépuisable d'informations.
« C'est quand même ce renard qui a tué tes parents… », rajouta le chien, pour lui-même.
Iruka se redressa.
« Mes parents ont été tués par… un renard ? »
Il y avait quelque chose de vexant dans cette nouvelle. Pakkun sembla le comprendre.
« C'était un très très très gros renard, précisa-t-il, et qui a tué un paquet de monde. Même le Quatrième y est passé… »
Le Quatrième… On n'arrêtait pas de lui parler de cette personne… Il était donc si important ?
« C'était qui, exactement, ce Quatrième ? »
« Tu demanderas à Kakashi, éluda le chien en se mettant à trottiner. En ce monde, je crois que c'est encore lui qui le connait le mieux. »
Iruka ne chercha pas à relancer, préférant suivre le chien. L'animal n'avait pas l'air patient et il ne voulait pas risquer de le perdre de vue. Au premier embranchement, la bête tourna à droite et il reconnut immédiatement le petit immeuble où Kakashi vivait.
« Ca ira, gamin ? », interrogea le chien mais il disparut dans un nuage de fumée avant même qu'Iruka ait pu répondre.
Le jeune homme pénétra seul dans l'appartement. Kakashi était assis sur le canapé, lisant un petit livre à la couverture orange. Il leva son œil morne sur lui et d'une voix molle, il demanda :
« Ca a été ? »
Iruka abandonna ses sacs en plein milieu de la pièce, avisa un fauteuil et le traina jusqu'à la table basse pour le placer en face de Kakashi. Toisant suspicieusement le jounin, il questionna :
« C'est vrai que mes parents ont été tués par un démon-renard géant ? »
Kakashi soupira, fermant son livre. Il faudrait qu'il remercie Pakkun et sa langue bien pendue. Il lui avait pourtant expliqué qu'il fallait échelonner les informations.
« Okay, râla-t-il, reprenons. Qu'est-ce que Pakkun t'a dit, exactement ? »
~/~/~
Tout fut passé en revue : la mort des parents, le chien qui parle, le quartier civil, le démon-renard aujourd'hui scellé dans le ventre de Naruto, le Quatrième… Iruka s'était empressé de sortir son cahier pour trier les nouvelles informations qu'on lui donnait. Au début, il se cassait le dos à écrire sur la table basse mais Kakashi lui avait innocemment désigné le bureau massif et étrangement vide qui était placé près de l'imposante bibliothèque. Iruka s'y était installé sans poser de questions parce qu'il trouvait, qu'en effet, c'était bien plus commode pour écrire. Il n'imagina pas une seconde que c'était l'endroit fétiche où son ancien lui corrigeait ses copies et préparait ses cours. Ca réchauffa le cœur de Kakashi de revoir son homme là où il était habitué à le contempler mais ça l'attrista également car il savait bien que le tableau qu'il avait devant les yeux n'était qu'une pathétique illusion. Iruka s'était enfoncé dans le fauteuil du bureau, foutrement confortable et qui épousait parfaitement les courbes de ses reins. Quand il n'avait rien à écrire, il basculait même légèrement en arrière pour profiter du dossier moelleux. C'est d'ailleurs dans cette position décontractée et alors qu'il relisait ses notes qu'une nouvelle question lui vint à l'esprit :
« Pakkun a aussi dit un truc du genre que c'était toi qui connaissais le mieux le Quatrième… Comment c'est possible, ça ? »
Kakashi était avachi sur un des fauteuils du salon qu'il avait imperceptiblement rapproché à chaque nouvelle interrogation d'Iruka. Il gardait ses distances tout en étant très proche de lui.
« Sa femme est morte en même temps que lui et son fils venait à peine de naître quand il nous a quittés… Jirayia, son maître, est mort il y a quelques années tout comme le Troisième, alors… Ouais, c'est possible que maintenant ce soit encore moi qui le connaisse le mieux. »
« Et ? relança Iruka en consultant son cahier. Tu m'as dit que j'avais dix ans quand mes parents sont morts et, enfin, si j'ai bien tout compris : le démon-renard, la naissance de Naruto, la mort du Quatrième et celle de mes parents, tout ça s'est passé en même temps… »
« C'est exact. »
« Et donc, quoi ? Tu devais avoir quoi ? Quinze ans ? T'étais encore qu'un gosse et tu connaissais déjà le Quatrième ? »
« Le Quatrième était mon sensei. », précisa Kakashi.
Iruka se redressa subitement, devenant plus droit sur sa chaise. Il rejeta un coup d'œil à certaines de ses notes.
« Mais Naruto ? Naruto, c'est bien ton élève ? Tu es en train de me dire que tu es le sensei du fils de ton ancien sensei ? »
« Et le sensei du Quatrième a aussi été celui de Naruto. », ajouta encore Kakashi.
Iruka remua la tête.
« C'est presque… C'est presque consanguin, votre histoire… »
Kakashi émit un léger rire. Iruka fixait son cahier en mâchonnant nerveusement son stylo tout comme le faisait l'ancien Iruka quand il recomptait les points de ses copies.
« C'est une vieille tradition ninja quand un sensei meurt sans avoir pu voir son enfant grandir, il arrive souvent que ce soit l'élève du maître qui reprenne l'éducation du gamin. »
Iruka resta muet une seconde, réfléchissant à la question :
« Parce que, finalement, le sensei est un peu comme un second père ? »
« Ouais… D'où ta relation très fusionnelle avec Naruto. »
Iruka réfléchit encore une seconde.
« On en revient toujours à ce Naruto, non ? »
« J'y suis pour rien, moi, si même maintenant, ça reste ton sujet de conversation préféré. »
« Et… Ca n'a jamais posé de problème que Naruto se trimballe avec un démon renard responsable de la mort de la moitié du village ? »
« Si, ça en a posé beaucoup. Personne n'a voulu adopter Naruto après la mort de ses parents et il a grandi seul et détesté de tous. »
Iruka tourna quelques pages pour en revenir à celle dédiée à Naruto, il commençait à manquer de place.
« Mais, réagit-il en relisant ses notes, mais toi ? Tu savais qu'il était le fils du Quatrième ! Pourquoi tu ne l'as pas aidé ? »
« J'étais… occupé. », répondit sybilement le jounin en repensant à son entrée chez les ANBU, au massacre des Uchiha, à son apprentissage de la maîtrise du sharingan, à ses tendances suicidaires…
« Tu étais occupé ? », répéta Iruka, outré.
Kakashi reposa son œil sur lui, un œil glacial. Il n'appréciait pas d'être jugé par quelqu'un qui ignorait tout de la situation de l'époque.
« Crois-moi, lâcha-t-il froidement, il valait mieux que je reste loin de Naruto durant cette période. Je n'aurai pas été un bon exemple pour lui. Mais, quand il a été en âge, je l'ai pris dans mon équipe… Alors même qu'il était dernier de sa promotion et qu'il déshonorait son père par son comportement… J'ai tenu ma promesse. Et, aujourd'hui, je peux dire sans rougir qu'il est ma plus grande réussite et le digne représentant de son clan. »
Iruka dut sentir que l'atmosphère se rafraichissait car fixant ses yeux sur un point précis du bureau, il chercha à changer de sujet :
« Il y avait quelque chose ici avant, non ? interrogea-t-il en touchant du doigt une marque longue et fine. Le bois est plus clair à cet endroit-là. »
Kakashi baissa la tête. Iruka avait toujours été observateur.
« Hey, relança le jeune homme, qu'est-ce qu'il y avait ? »
« Un cadre. », répondit finalement le jounin de mauvaise grâce.
Iruka sembla comprendre et regretta d'avoir initié cette conversation. Il se devait de la poursuivre, maintenant.
« Avec une photo de… »
« De nous-deux, oui, coupa abruptement Kakashi. Mais, tu vois, je l'ai enlevée. Alors, y a pas de raison qu'on en fasse tout un plat… »
Il ne regardait plus Iruka depuis un petit moment. Il n'avait pas envie de voir sa face pincée ou dégoûtée. Il n'aimait pas entendre son propre amant couvrir de boue ce qui avait été sa seule véritable histoire d'amour et les plus belles années de sa vie.
« Quand tu es parti faire les courses hier, j'ai un peu fouillé par ci, par là et j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de photos… », avoua Iruka après un silence.
« Je les ai toutes enlevées, reconnut immédiatement Kakashi. Je veux que tu te sentes bien ici et ces photos… Certaines t'auraient probablement rendu mal à l'aise. Je les ai mises dans un carton si tu veux les voir… »
« Y en a de mes parents ? »
Kakashi hocha la tête, regardant toujours au sol. Pendant une seconde, il avait cru que peut-être… Que peut-être qu'Iruka aurait envie de voir à quoi leur couple pouvait ressembler.
« Je vais te chercher ça et, après, je sortirai acheter de quoi manger pour ce soir. »
Il se dirigea dans son ancienne chambre, décala une latte du parquet et récupéra dans un carton les photos demandées.
Il cacha de sa main les quelques clichés où Iruka souriait entre ses bras.
