Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort

Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.


Chapitre 9 : Un petit tour et puis s'en va

« Aujourd'hui, on sort. », avait décrété Kakashi en déposant énergiquement une tasse de thé sous les yeux ensommeillés d'Iruka.

Ce dernier était grognon : Kakashi était venu le réveiller, le harcelant jusqu'à ce qu'il se lève alors qu'il n'était même pas neuf heures.

« Sortir ? répéta-t-il. Mais sortir où ? Et pourquoi ? »

« Tu ne peux pas passer ta vie à te reposer sur moi pour te repérer. Alors, on va faire tout le village. Je te montrerai plus en détails les endroits importants et on créera des itinéraires par rapport aux boutiques et aux monuments. »

« Et tu crois vraiment que ça va marcher ? interrogea le jeune homme, dubitatif. Je ne suis pas naïf, je sais bien que je ne suis plus le même depuis mon réveil. Certaines parties de mon cerveau sont mortes et je ne vois vraiment pas ce qu'on peut faire contre ça. »

« Le cerveau est un muscle qui se rééduque comme tous les autres. Ce n'est pas en le laissant au repos qu'on arrivera à quelque chose. »

Iruka avala son thé sans plus discourir. Il n'avait rien de mieux à faire de sa journée, de toute façon.

Depuis qu'il était sorti de l'hôpital une semaine auparavant, il se sentait vide. Rien n'éveillait son intérêt. Alors, pourquoi pas sortir ?

« Et on passera par le quartier civil pour compléter ta garde-robe, j'ai prévu de l'argent cette fois-ci. », ajouta le jounin.

Iruka haussa les épaules : oui, pourquoi pas sortir ?

~/~/~

Du point de vue de Kakashi, la journée avait plutôt été une réussite. Iruka s'était docilement laissé guider à travers le village : ils avaient visité l'académie, la salle des missions et le terrain d'entraînement. Ils n'avaient croisé personne, ce qui pour des endroits si hautement fréquentés était assez étonnant. Iruka soupçonnait Kakashi de s'être débrouillé pour faire déserter les lieux, il ne savait comment, aux éventuels importuns.

Ensuite, ils étaient allés acheter des vêtements. Kakashi avait donné une liasse de billets à Iruka et l'avait laissé entrer seul dans la première boutique.

Au bout de trente minutes, le jeune homme ressortait, un pull violet sur le dos.

« Ca me va ou pas ?, demanda-t-il. Le vendeur me complimente à chaque fois que je sors de la cabine et ça m'agace. J'ai besoin d'honnêteté. »

Kakashi cala ses mains dans ses poches et jeta à peine un œil sur l'accoutrement d'Iruka.

« Ce truc est hideux, marmonna-t-il, tu ne comptes pas vraiment acheter ça ?. »

Le visage d'Iruka se figea. Il chercha à s'en foutre mais se sentit intérieurement blessé. Il le trouvait plutôt joli, lui, ce pull. Il avait juste eu l'impression qu'il était un peu trop grand pour lui. Face à la rudesse de Kakashi, il se demanda comment cet énergumène avait pu le séduire un jour.

« C'était idiot de te demander conseil. Je sais pas ce qui m'a pris… »

« Le violet ne te va pas au teint, reprit le jounin, c'est une couleur trop vive. Tu n'aimes pas attirer l'attention sur toi. Enfin… tu n'aimais pas. »

L'autre hésita une seconde avant de finalement demander :

« Et qu'est-ce que j'aimais, avant, comme couleur ? »

C'était une question sans conséquence, posée par simple curiosité.

L'autre soupira.

« J'en sais trop rien. La plupart du temps, tu portais ton uniforme. Je crois que tu aimes le noir, le kaki, le marron… Peut-être le bleu-marine. »

Iruka hocha la tête et s'en retourna dans la boutique. Il prit deux fois le même T-shirt dans des couleurs différentes : l'un était kaki, l'autre rouge. Il se convainquit qu'il choisirait plus tard celui qu'il préférait quand il saurait exactement quel genre d'homme il était.

« Il faut qu'on passe acheter de l'encens. », lui annonça Kakashi quand il ressortit du magasin.

Le jeune homme approuva sans comprendre.

Il resta stoïque quand ils arrivèrent devant la stèle des héros. Kakashi lui expliqua qu'on y gravait les noms de tous les ninjas morts au combat et il observa donc un peu distraitement tous ces noms qui ne lui évoquaient rien.

« C'était quoi le nom du Quatrième ? », demanda-t-il après un moment juste pour voir combien de temps il lui faudrait pour le trouver.

« Namikaze, répondit Kakashi un peu durement, mais on est pas là pour lui. »

Comme Iruka semblait ne pas comprendre, le jounin avait pointé du doigt, presque sans regarder, des noms gravés dans la pierre. Iruka s'était approché pour déchiffrer son propre nom : Umino.

« Oh, avait-il compris, mes parents. »

Kakashi lui tendit un bâton d'encens.

« Rends-leur honneur. Cela fait des mois que tu ne l'as pas fait. »

Iruka s'exécuta : il brûla l'encens, le planta dans la coupelle prévue à cet effet et s'inclina légèrement tout en fermant les yeux. Il ne ressentait rien et ne savait pas à quoi penser, il ne trouva rien à dire ou à faire et resta simplement dans cette posture un temps qu'il supposa suffisant pour ne pas se montrer irrespectueux. Quand il se redressa et rouvrit les paupières, il constata que Kakashi n'avait pas cessé de l'observer, le seul sourcil visible un peu froncé.

« Tu ne sais pas ce que tu fais là, hein ? », souffla-t-il.

Iruka se demanda une seconde s'il devait mentir, dire qu'il ressentait une certaine émotion mais son instinct lui dictait que Kakashi le connaissait mieux que lui-même et qu'il saurait tout de suite s'il ne disait pas la vérité.

« Je suis désolé, énonça-t-il doucement, mais je ne connais pas ces personnes. »

Kakashi acquiesça de la tête.

« Je sais, reprit-il, résigné. Mais il me semble important que tu te rappelles aux morts malgré tout. »

« Je suis d'accord, apprécia Iruka, ne serait-ce que pour mon ancien moi qui, je suppose, devait souvent se recueillir ici. »

« Effectivement, confirma Kakashi, c'est une habitude que nous avions en commun toi et moi et qui nous a rapprochés. »

A cette nouvelle, Iruka repassa la stèle en revue pour s'ôter d'un doute.

« Je me suis peut-être trompé mais il ne me semble pas avoir vu le nom d'Hatake sur la pierre. »

« Ce ne sont pas mes parents que je viens honorer ici mais un bon ami ainsi que d'anciens coéquipiers et mon sensei, évidemment. »

Kakashi jeta un dernier regard sur le nom d'Obito que personne n'avait eu le cran de retirer après la guerre.

« Tes parents sont donc encore en vie ? », conclut Iruka, un sourire de politesse aux lèvres.

Le jounin lui jeta un regard distrait.

« Mes parents sont morts depuis des années. D'ailleurs, je ne pense pas que tu les aies jamais rencontrés. »

« Mais, reprit Iruka, surpris, je croyais que tous les ninjas du village voyaient leur nom gravé sur cette pierre après leur mort. »

« Uniquement les héros morts au combat, précisa Kakashi. Ma mère n'était pas d'ici et c'était une civile. Aucune chance pour qu'on mette son nom. Quant à mon père, il s'est couvert de déshonneur et sa mort a été inqualifiable. Il n'a même pas eu le droit à de vraies funérailles. »

Iruka resta muet, la bouche légèrement entrouverte.

Kakashi ne voyait pas quoi ajouter, il se remit en route. Iruka le suivit en silence, concentré.

Ils étaient déjà à mi-parcours quand il se décida à dire quelque chose.

« Est-ce que ça arrive que des gens meurent dans leur lit ici ? », interrogea-t-il.

Kakashi décéléra juste le temps d'y réfléchir.

« Pas à ma connaissance, avoua-t-il, mais, franchement, qui voudrait mourir comme ça ? »

« Trop ennuyeux. », commenta Iruka dans un sourire.

Il commençait à comprendre la logique ninja.

« On mange un morceau ? », proposa brusquement Kakashi.

Ils venaient de débouler devant l'Ichiraku.

Iruka resta pensif. Il était tard, il avait faim. Et en toute honnêteté, cette journée avec Kakashi n'avait pas été aussi bizarre qu'il ne l'avait craint. Le jounin n'avait rien fait de déplacé, Iruka ne s'était senti forcé de rien et l'idée de déguster des râmens tout chauds n'avait rien pour lui déplaire.

Il leva les yeux vers Kakashi mais fut interrompu par une voix juvénile et enthousiaste qui venait de sa gauche.

« Bonjour sensei, il me semblait bien que c'était vous. »

Iruka se tourna vers le nouvel arrivant : un adolescent souriant, au visage couvert de taches de rousseur.

« Euh… balbutia-t-il, bonjour. »

« On nous a dit que vous étiez à l'hôpital, enchaîna le garçon. Je suis content de voir que vous êtes sorti. »

« Oui, je suis sorti la semaine dernière. », répondit platement Iruka en forçant un sourire.

« Notre clan vous a envoyé des fleurs, vous les avez reçues ? »

Iruka ne voyait pas de quel clan il pouvait bien s'agir mais il s'était escrimé à déchiffrer toutes les cartes qu'on lui avait envoyées. Les chances pour qu'il n'ait pas admiré le bouquet de ce garçon étaient infimes.

« Oui, bien sûr. Il plissa les yeux et découvrit les dents. Tu remercieras ton clan de ma part, les fleurs étaient très belles. »

Il sentait le sang battre à ses tempes et ses lèvres se crisper sur ses gencives. Pourquoi cet adolescent ne disparaissait-il pas ? Pourquoi lui rappelait-il amèrement l'état dans lequel il se trouvait ? Qu'il parte, bon sang ! Qu'il s'en aille !

Mais le garçon n'eut aucune pitié.

« Vous allez revenir à l'académie bientôt ? poursuivit-il. Vous manquez beaucoup à Tomoko. »

Iruka ouvrit la bouche mais ne sut quoi répondre. Il ne connaissait pas ce Tomoko, il ne connaissait pas non plus ce garçon qui lui faisait face… Il ne voyait pas comment se montrer suffisamment évasif pour ne pas répondre à la question sans se trahir et il n'avait aucune envie d'expliquer, de voir la pitié et la déception dans l'œil de son interlocuteur.

Une main un peu ferme se posa sur l'épaule du garçon.

« Ecoute, petit, lança Kakashi acerbe, Iruka-sensei a besoin de repos et tes questions le fatiguent. N'as-tu donc aucune considération pour ton ancien maître ? Pourquoi le harcèles-tu ainsi ? C'est très impoli, à la fin ! »

Le ton de Kakashi ne laissait place à aucune répartie. Le visage du garçon devint aussi écarlate que ses cheveux roux. Il s'inclina, honteux.

« Veuillez m'excuser, Iruka-sensei, je ne m'étais pas rendu compte de mon manque de tact. J'espère ne pas avoir retardé votre prompt rétablissement. »

« C'est rien, abrégea Iruka, transmets mes amitiés à… Tomoko. »

« Je n'y manquerai pas. », affirma le garçon alors qu'il s'éloignait déjà le regard plaqué au sol.

« Qui était-ce ? », interrogea Iruka dès que l'adolescent fut hors de vue.

« Aucune idée, répondit laconiquement Kakashi en haussant les épaules, j'ai supposé que c'était un ancien élève à toi quand il t'a appelé 'sensei'. Il était trop vieux pour que tu l'aies encore en classe. »

« Et… Ce Tomoko ? Ou cette, d'ailleurs… Je n'ai pas compris si c'était une fille ou un garçon… »

« J'en sais rien, tenta d'évacuer Kakashi, sûrement un élève dont tu t'occupes en ce moment. Bon, on va manger ? J'ai faim. »

Il fit un geste vers l'Ichiraku mais Iruka resta enraciné dans le sol.

« Ce sera toujours comme ça. », murmura-t-il.

Kakashi se figea à son tour et jeta un coup d'œil inquiet sur son compagnon.

« Comme quoi ? », demanda-t-il.

« Le vendeur… Il me l'a dit la dernière fois mais j'ai espéré que ce ne soit pas vrai… Il a dit que tout le monde ici me connaissait… »

« Iruka, ça peut arriver à n'importe qui de croiser quelqu'un qu'il connait, surtout dans un village comme le nôtre... »

« Mais je ne suis pas n'importe qui, répliqua immédiatement le jeune homme, je suis professeur ! Tu m'as dit toi-même que j'enseignais depuis dix ans. Tous les enfants de ce village doivent me connaître… C'est même étonnant qu'ils ne m'accostent pas davantage. »

Kakashi se contenta de secouer la tête avec impuissance.

« Et ce matin, continua le jeune homme. Tu m'as expliqué que je réceptionnais aussi les rapports et que j'aidais le Hokage quand j'avais du temps… Alors, je te pose la question : qui dans ce fichu village ne me connait pas ? »

« C'est vrai, admit Kakashi, tout le monde te connait. Mais c'est quelque chose que tu as toujours apprécié. Tu aimes être utile, qu'on puisse compter sur toi. Ca ne te dérange pas de sortir faire une course et d'être arrêté par trois parents en chemin. Tu es comme ça. »

« J'aimais peut-être ça, avant. Mais maintenant, c'est insupportable. Chaque personne dont je croise le regard est peut-être quelqu'un qui me connaît. Tu sais ce que ça me renvoie au visage quand un inconnu m'accoste dans la rue ? Ca n'aura jamais de fin… »

Iruka était énervé, résigné. Kakashi ne put s'empêcher de poser une main sur son épaule.

« C'est pas si grave, tenta-t-il, je t'aiderai. Je t'expliquerai qui est qui, je me renseignerai. Dans un an ou deux, ce sera comme si tu ne les avais jamais oubliés… »

Iruka se dégagea, ne supportant ni le contact, ni le discours.

« Ca ne va pas s'arranger parce que tu le décides. Je ne connaitrai jamais ces gens. Ils vont rester des noms sur un cahier. Au mieux, je mémoriserai leur grade et leur plat préféré ! Mais je ne m'attacherai jamais à eux ! »

« Comme tu ne t'attacheras jamais à moi ? »

La question avait surgi de la gorge de Kakashi sans qu'il ait pu la contrôler.

« Exactement ! », répondit l'autre, sous le coup de la colère.

Il se tut, baissa les yeux et, plus calme, il reprit :

« Il faut que tu voies la vérité en face, Kakashi : ça ne s'arrangera jamais. C'est tout, répéta-t-il, ça ne s'arrangera jamais. »

Et Iruka s'éloigna. Il partit dans la direction opposée à celle de Kakashi, se perdant dans la foule. Le jounin ne chercha pas à le retenir.

~/~/~

Kakashi rentra seul à la maison.

Il fit mine de ne pas s'inquiéter. Il s'installa sur le canapé, bascula la tête en arrière et attendit.

Iruka était un grand garçon, du moins c'est ce qu'il ne cessait de répéter. Un grand garçon savait retrouver son chemin, n'est-ce pas ? Aucune raison, donc, de se faire de la bile…

Il attendit une heure, puis deux. Iruka ne rentrait pas mais Iruka était un grand garçon… Un grand garçon qui ne l'aimait plus, n'avait plus besoin de lui. Il lui avait suffisamment fait comprendre. Pourquoi s'obstinerait-il à aider quelqu'un qui passait son temps à le repousser ? Vraiment, il n'allait pas bouger le petit doigt.

L'œil morne fixait parfois la pendule. Uniquement pour savoir combien de temps il faudrait au grand garçon pour retrouver son chemin. C'était pure curiosité. Rien d'autre. Une de ses cuisses remuait toute seule, ses doigts tambourinaient sur la table basse. L'œil morne retourna sur la pendule : ça allait bientôt faire quatre heures.

Il ferma les yeux, exténué. Il passa sa main sur son front puis dans un geste de défaite, il se leva.

« Qu'est-ce qu'il te faut ? », interrogea Pakkun dès qu'il fut invoqué.

« Il n'est pas rentré, expliqua Kakashi. Ramène-le-moi. »

Le chien soupira, hésitant à faire un commentaire. Son maître allait droit dans le mur et il n'aimait pas devoir assister à ça. Sans compter qu'il lui confiait des missions de plus en plus débiles et qu'il n'avait pas signé pour faire chien d'aveugle.

« Je sais, souffla Kakashi, je te promets une bonne petite bataille épique pour rattraper ce coup-là. »

Le chien sortit : il ne lui fallut pas plus de quelques minutes pour flairer la piste d'Iruka et le retrouver assis sur un banc, les yeux dans le vague.

Le jeune homme ne chercha pas à lutter, il suivit le quadrupède sans plus discuter et pénétra seul dans l'appartement. Kakashi s'était de nouveau installé sur le canapé. Iruka alla s'asseoir près de lui et ils restèrent longtemps silencieux à regarder la porte d'entrée.

Pour se donner contenance, Kakashi s'empara de son Paradis du batifolage, fit semblant de le lire et en tourna les pages un peu trop bruyamment. Il s'écoula ainsi un long moment.

« Je me demande si Tomoko est une fille. », déclara subitement Iruka, sans le regarder.

« Tu as passé quatre heures dans la nature à te demander si un gamin que tu n'as jamais vu est une fille ou un garçon ? », répartit Kakashi, l'œil toujours rivé sur son livre.

« Et pourquoi pas ? J'ai pas grand-chose d'autre auquel je peux penser. »

Kakashi ferma son livre, le posa sur la table basse et se leva sans dire un mot. Iruka jeta un œil intrigué sur Le Paradis du batifolage mais résista à la tentation de le parcourir. Il entendit des bruits indistincts provenant de la chambre et, bientôt, un carton fut posé devant lui.

« Qu'est-ce que c'est ? », interrogea-t-il en se redressant.

« Tes affaires de travail. », répondit Kakashi d'une voix neutre.

Le jounin vida le carton brutalement, cherchant certains documents bien particuliers.

« C'est ton cahier de notes. », expliqua-t-il quand il trouva enfin l'objet souhaité.

Iruka s'en saisit et le feuilleta jusqu'à trouver la page la plus récente.

« Alors ? Fille ou garçon ? », interrogea Kakashi que ça n'intéressait pourtant pas vraiment.

« Ce n'est pas marqué, répondit l'autre, déçu. Je vois juste qu'il ou elle accumule les mauvaises notes...»

Kakashi, refusant de s'avouer vaincu, recommença à fouiller le carton et l'examina jusqu'à trouver différentes feuilles enveloppées dans du plastique.

« Décale-toi. », ordonna-t-il à Iruka

Ce dernier obéit sans remarquer la distance minime entre eux

« Heureusement que tu es maniaque, décrétait Kakashi. Tu as apparemment gardé toutes tes photos de classes… »

Le jounin examina les différents clichés jusqu'à isoler celui de l'année en cours et regarda au dos pour trouver le nom recherché.

« C'est elle. », indiqua-t-il en pointant une grande maigrichonne aux cheveux écarlates.

« Une fille. », résuma Iruka en souriant.

« Une fille. », confirma Kakashi.

Iruka prit lui-même les différentes photos de classe, les scruta. Il était heureux d'avoir pu répondre à au moins une des nombreuses questions qu'il se posait. Etrangement, il se sentait soulagé d'un poids.

« Et alors, relança-t-il en s'adressant à Kakashi avec une certaine légèreté, lequel était mon chouchou de cette année ? »

« Un chouchou ? répéta Kakashi. C'est pas trop ton genre, en fait, tu es trop honnête pour ça. Enfin… »

Le jounin s'interrompit, considéra les différentes photos et en isola une en particulier. En la regardant, il ne put s'empêcher d'arborer un sourire attendri sous son masque.

« Enfin, reprit-il, il y en a bien eu un, tout de même… »

Il tendit l'image à son voisin qui sourit à son tour en reconnaissant la tignasse blonde et le sourire éclatant.

« Naruto, comprit-il, évidemment. »

Le jeune homme considéra toutes les affaires maintenant éparpillées sur la table basse.

« Pourquoi tu ne m'as pas montré tout ça plus tôt ? »

Ce n'était pas un reproche, juste de la curiosité.

« Je n'avais pas l'impression que ton passé professoral t'intéressait plus que ça. »

Iruka eut un sourire.

« En fait, je suis surpris moi-même que ça m'intéresse… Comme quoi, je ne me connais pas encore très bien… »

Cette remarque frappa le jounin qui préféra se lever. Il mit ses mains dans ses poches pour feindre la décontraction.

Remarquant sa mise en retrait, Iruka enchaîna très vite :

« Je suis désolé de t'avoir mal parlé tout à l'heure. C'était une journée intéressante, je te remercie de me l'avoir organisée. »

« On peut remettre ça demain, si tu veux. Y a des tas d'endroits que je ne t'ai pas encore montrés et… »

« Non merci, coupa immédiatement Iruka. Je suis content de l'avoir fait mais je ne suis pas certain d'avoir envie de le refaire. C'était… éprouvant. »

Kakashi opina de la tête, comprenant parfaitement que ce qui avait gêné Iruka c'était cette rencontre inopinée avec un ancien élève mais s'il évitait de sortir pour ne pas croiser d'anciennes connaissances, et bien, il ne sortirait plus jamais.

Le jounin tenta de masquer ses craintes en changeant de sujet.

« Puisque ton passé de professeur semble t'intéresser, je te conseille la lecture de cet ouvrage. »

Il sortit du même coup un livre usé du fond du carton. Iruka réceptionna l'objet sans comprendre.

« C'est le manuel qu'utilisent tes élèves pour apprendre l'art ninja. », l'informa le jounin.

« Oh. », lâcha Iruka soudainement intrigué.

Il ouvrit la couverture et consulta la première page.

« Pourquoi mon nom est-il marqué ? », demanda-t-il.

« Parce que tu es l'auteur de ce manuel. Tu ne trouvais pas ce que tu cherchais dans ceux qui existaient déjà alors tu en as fait un par toi-même. Si tu veux en savoir plus sur l'art ninja, tu peux lire tes propres explications sur le sujet. »

D'un geste sec, Iruka referma l'ouvrage.

« J'ai pas envie, pas tout de suite. », déclara-t-il.

Il tendit le manuel à Kakashi.

« Tu veux bien me le remettre au placard ? Je te demanderai si je veux le consulter. »

« Comme tu voudras. », accepta Kakashi en rangeant le livre dans le carton.

Mais il eut l'impression amère que c'était un peu lui qu'Iruka mettait au placard.