Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Chapitre 11 : Préparatifs
« Plus petits, les champignons. Plus petits, j'ai dit ! »
« Tu me laisses faire comme je veux, oui ? Si on les coupe trop fin, ça n'aura plus aucun goût ! »
La main pale de Kakashi vint se poser sur le dessus de la lame du couteau tenu par Iruka.
« Ma recette dit qu'il faut des lamelles, insista-t-il. Toi, tu fais des tranches ! »
« Ta recette est stupide, répliqua l'autre, et on est pas obligé de la suivre à la lettre ! »
Le couteau tomba à terre quand Kakashi tordit le poignet d'Iruka et le poussa en arrière, loin du plan de travail. Il le lâcha dès qu'il s'aperçut de ce qu'il était en train de faire.
« T'as vraiment un problème ! hurla Iruka en se tenant la main. Mais qu'est-ce qui va pas chez toi ? »
Kakashi alla jusqu'au salon ouvert sur la cuisine et s'assit sur un des fauteuils. Il resta prostré une seconde, le temps de reprendre ses esprits.
« Elle n'est pas du tout stupide, cette recette, maugréa-t-il. J'ai déjà préparé ce plat pour toi et tu avais trouvé ça très bon. »
« J'ai jamais dit le contraire ! Mais tu me donnes des ordres sans m'expliquer ! C'est comme tout à l'heure, quand tu as insisté pour qu'on laisse à feu doux. On a perdu quinze minutes avec ton histoire, c'était débile. »
« Ce n'était pas débile ! s'emporta de nouveau Kakashi. Tu as toujours fait comme ça ! »
Il s'était relevé dans un mouvement d'énervement. Et maintenant, il trépignait.
« J'ai toujours fait comme ça ? répéta Iruka qui s'était figé. Tu veux dire… avant ? »
Il resta silencieux une seconde, le temps de rassembler les morceaux :
« Tu es en train de m'apprendre mes propres recettes ? »
« Ouais. », admit Kakashi.
Il tournait en rond, maintenant, les mains sur les hanches.
« Elles ne sont pas débiles, ces recettes, ni stupides. Et tu as toujours été très pointilleux sur le fait que les champignons devaient être coupés très fins. Tu m'engueulais toujours là-dessus quand c'était moi qui préparais. »
« Si je comprends bien, tu m'apprends des recettes que je t'ai moi-même apprises ? Et, en fait, tu ne sais pas du tout pourquoi il faut couper les champignons de cette façon… C'est juste que c'est comme ça que lui faisait… »
Il réalisa juste après qu'il venait de parler de lui-même à la troisième personne.
« Je crois qu'on va s'arrêter pour aujourd'hui, éluda Kakashi. Tu as appris l'essentiel, de toute façon. On reprendra demain, quand on se sera calmé tous les deux. »
« Ah, ça, certainement pas ! lança Iruka en retirant son tablier. Déjà qu'on a passé la journée à faire ça ! Et je peux savoir ce qui te prend, d'un coup, de vouloir m'apprendre à cuisiner ? C'est pour que je lui ressemble davantage, c'est ça ? »
Kakashi se tourna vers lui et le regard qui lui lança était à glacer le sang. Iruka avait tendance à oublier, parfois, que Kakashi était un ninja et que son métier consistait par conséquent à tuer des gens.
Ca ne dura qu'une seconde : l'œil redevint terne et la paupière lourde.
« Je vais devoir m'absenter quelque temps. », annonça finalement le jounin d'une voix tout de même empreinte d'une certaine irritation.
« T'absenter ? répéta Iruka. T'absenter pour quoi faire ? Et pour combien de temps ? »
Kakashi chercha vainement à ignorer la pointe d'intérêt qu'il discernait dans le timbre d'Iruka et avec neutralité il reprit :
« Tsunade m'avait donné deux mois de congés. Le délai est écoulé. Je dois reprendre le service. »
« C'est ce que Naruto est venu te dire hier ? », comprit Iruka.
« En partie. », admit Kakashi.
Iruka opina et fit quelques pas timides en direction de Kakashi.
« En fait, tu as décidé de m'apprendre à cuisiner pour que je puisse me débrouiller quand tu ne seras plus là ? »
Kakashi acquiesça sans le regarder et Iruka réalisa à quel point il venait d'être injuste et méchant.
« Et tu m'as tordu le poignet parce que j'étais en train de me manquer de respect à moi-même ? »
« Je n'aurais pas dû, s'accusa immédiatement le jounin, pardonne-moi d'avoir faire ça. »
« Ce n'est pas à toi de demander pardon. »
Kakashi, surpris, osa enfin regarder Iruka. Ils se dévisagèrent une seconde. Iruka tenait contre sa poitrine le tablier qu'il avait grossièrement plié.
« On reprendra demain si tu veux, accepta-t-il pour faire la paix. Tu pars quand ? »
« J'en sais trop rien. Un peu moins d'une semaine, je dirai. Mais ne t'inquiète pas : pour toi, j'ai déjà tout planifié. »
Iruka fronça légèrement les sourcils pour signifier son incompréhension et afin de mieux lui expliquer, Kakashi alla jusqu'à une des étagères du salon et prit une enveloppe posée sur sa collection des Paradis du Batifolage.
Ils s'installèrent sur le comptoir et Kakashi sortit de son enveloppe différents papiers.
« Je t'ai préparé des itinéraires pour tout : l'hôpital bien sûr, mais aussi le parc si tu veux te balader, les différents magasins, le quartier civil, les restaurants de râmen et de viandes grillées… »
Il montrait en même temps de belles cartes plastifiées avec des gros points rouges pour les destinations et des photos des différents points de repères à trouver pour y arriver.
Tout en reconnaissant intérieurement que Kakashi avait bien fait les choses, Iruka ne put s'empêcher de penser qu'il était infantilisé au dernier point. Il avait l'impression d'être un enfant de cinq ans auquel on mettrait un collier avec son adresse au cas où il se perdrait.
« Et c'est quoi, le point huit ? », interrogea-t-il pour évacuer son indignation.
« Le pont huit, expliqua Kakashi, ce sont les bains publics. C'est un endroit où tu aimais bien aller avant. Je me suis dit que, peut-être, un jour, si tu t'ennuyais, tu pourrais y retourner… Ce sont des sources d'eau chaude naturelles. »
« Oui, c'est une bonne idée, approuva Iruka. Pourquoi tu ne m'y as pas amené quand on a visité le village ? »
Kakashi baissa la tête, un peu gêné.
« C'est un endroit traditionnel, expliqua-t-il après s'être raclé la gorge, on s'y baigne tout nu. »
« Oh. », lâcha Iruka en se raidissant.
« J'ai pensé que tu serais mal à l'aise, du coup, d'y aller avec moi. »
« Oui, oui. Tu as eu raison. »
« Ce qui est bizarre, c'est que… hum… avant qu'on soit ensemble, il nous arrivait de nous croiser là-bas. Et on discutait examen chuunin et connerie de Naruto à poil dans le bain… Ca nous dérangeait pas... »
« Oui, bon, coupa Iruka, tu pourrais me parler d'autre chose que de toi et moi, 'à poil, dans le bain' ? »
« Bien sûr, se reprit Kakashi. Bref. »
Il sortit une nouvelle feuille de son enveloppe.
« Je sais que ce qui t'embête le plus au quotidien, c'est de devoir sortir pour faire les courses. A cause des gens qui te reconnaissent et tout ça. »
Iruka acquiesça même si son esprit n'était pas tout à fait revenu des bains publics.
« J'ai donc demandé à quelqu'un d'y aller à ta place pendant mon absence… », poursuivit le jounin.
Il tendit la feuille qu'il avait dans la main à Iruka, c'était en fait une photo. Le cliché représentait un garçon avec une coupe au bol atroce et un regard halluciné.
« Il s'appelle Lee, précisa Kakashi. Ancien élève à toi. Très, très gentil même si un peu bizarre. C'est quelqu'un de très serviable et qui a besoin de se dépenser. Il est coincé au village à cause d'une vilaine blessure qui prend son temps pour guérir. Il était ravi qu'on lui donne quelque chose à faire… »
« Ce garçon va me faire les courses ? »
« Il passera tous les matins. Je lui ai dit dix heures et il est excessivement ponctuel. Il te demandera si tu as besoin de quelque chose. Ca peut être les courses mais aussi autre chose, tu ne dois pas hésiter, surtout. Tu lui donnes ta liste et il reviendra avec ce qu'il te faut. Pour ce qui est du ménage, tu sais faire, je pense. Je m'occuperai du linge à mon retour. Si vraiment, tu es en panne de vêtements, donne ton linge sale à Lee, il ira au lavoir pour toi. Voilà, je crois que c'est tout. Des questions ? »
Iruka secoua négativement la tête. C'en était fait, il était officiellement devenu un assisté.
~/~/~
« Tu crois que ça suffit comme quantité de riz ou c'est trop ? »
Comme Kakashi allait bientôt partir, il avait été décidé qu'Iruka préparerait tous les repas jusqu'à son départ.
« C'est beaucoup trop, répondit le jounin, je ne dîne pas là ce soir. »
« Ah oui ? réagit Iruka en se détournant de sa casserole. Tu manges encore chez Kurenai ? C'est la troisième fois cette semaine… »
La mission qui s'annonçait avait besoin d'être bien préparée, ils se retrouvaient tous chez la kunoïchi pour revoir les derniers détails.
« Vous allez l'air d'être bons amis tous les deux, continua Iruka, vous n'arrêtez pas de vous voir. »
« On est de la même promo, prétexta Kakashi, on se connait depuis qu'on est gosse. »
« De la même promo ? répéta Iruka en remettant un peu de riz dans le pot. Ca veut dire que vous étiez dans la même classe à l'académie, c'est ça ? »
« C'est ça. »
« Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer, reprit le jeune homme après un silence, qu'elle était vraiment très belle. Bien sûr, à toi, ça n'a pas dû sauter aux yeux… »
« Et pourquoi ça ne me sauterait pas aux yeux ? », rétorqua abruptement Kakashi.
« Eh bien, bredouilla Iruka tout en triturant le sachet d'épices qu'il venait de prendre entre ses doigts, tu sais bien… Parce que tu es… »
« Une pédale ? », compléta l'autre sans le laisser finir.
« Quoi ? Non ! J'allais dire : homosexuel. »
Il se retourna, posant le sachet récalcitrant sur le plan de travail.
« Quel besoin as-tu d'être vulgaire, tout de suite ? »
« Je suis passé de 'monstre' à 'homosexuel', insista l'autre. Y a du progrès ! »
« Mais tu vas arrêter avec ça ! Je sortais du coma, je te rappelle ! Tu pourrais admettre que c'était une nouvelle difficile à avaler à ce moment-là ! Mais je me suis fait à l'idée, je te ferai dire. Est-ce que j'ai fait la moindre remarque à ce sujet depuis ma sortie ? Non ! Alors, lâche-moi, maintenant ! »
Kakashi, toujours renfrogné, croisa les bras contre sa poitrine.
« J'ai toujours trouvé que Kurenai était très belle, reprit-il. Et je ne suis pas vraiment 'homosexuel' : je joue des deux côtés de la barrière au cas où ça t'intéresserait… »
Iruka s'accroupit, cherchant un accessoire dans un placard sous l'évier. Il ne savait pas vraiment si ça l'intéressait.
« Alors, poursuivit-il en farfouillant entre les poêles, si tu aimes les filles aussi… Avec Kurenai… Tu as dit que tu la trouvais belle… Il ne s'est jamais rien passé ? »
Kakashi eut un léger mouvement de recul : un truc avec Kurenai ? Quelle idée bizarre !
« Kurenai a toujours été réservée. », expliqua-t-il.
« Réservée ? répéta Iruka. Qu'est-ce que ça veut dire ? Elle était timide ?»
« Non, pas timide, réservée. D'aussi longtemps que je me souvienne, on n'a jamais eu le droit d'approcher Kurenai. Asuma nous aurait tués, rien que pour avoir jeté un regard sur elle… »
« Asuma ? »
« Un bon ami, il a aimé Kurenai dès qu'il l'a vue. On devait être en élémentaire… », se rappela le jounin.
« Oh, donc, si je comprends bien, en fait, Kurenai est prise. Elle est en couple avec cet Asuma, c'est ça ? »
Kakashi haussa les épaules.
« Il est mort, y'a plus de quatre ans de ça. »
Iruka se redressa subitement, sans avoir trouvé ce qu'il cherchait.
« Je suis désolé, je t'embête avec mes questions… »
« Ca va. En plus, ils ont eu le temps de faire un gosse. C'est pas si souvent que ça arrive… »
Iruka hésita. Mais il osa finalement reprendre le cours de sa pensée.
« Tu as dit que ça faisait quatre ans mais elle est encore jeune… et belle… Elle pourrait refaire sa vie. Et vous vous entendez bien, tu passes tes soirées chez elle et… enfin… tu viens de me dire que tu aimais aussi les filles… »
Kakashi laissa volontairement Iruka s'embrouiller dans ses sous-entendus. Quand il cessa de parler, il attendit encore quelques secondes avant de répondre.
« Ca t'arrangerait, hein ? Que je me tape Kurenai ? Ca règlerait tous tes problèmes : tu ne m'aurais plus sur les bras. »
« Je dis simplement que vous êtes encore jeunes, tous les deux, que vous pourriez refaire vos vies et… »
« Kurenai ne refera jamais sa vie, interrompit froidement Kakashi. Et c'est pour ça qu'on aime se voir, tous les deux. Je suis un des seuls types qu'elle peut fréquenter sans avoir à craindre un plan drague foireux. Les autres, elle ne les supporte pas. Parce qu'elle aime toujours Asuma. Tout comme moi, je… ».
Il s'arrêta, secoua la tête.
« Elle m'en veut à mort en ce moment, se reprit-il, elle comprend pas pourquoi on ne s'est pas encore remis ensemble. »
« Comment ça, 'pas encore' ? s'insurgea Iruka. Tu as bien conscience que ça n'arrivera jamais ? »
« Ouais, admit Kakashi. J'ai bien compris. C'est bien pour ça qu'elle est furieuse. Parce que je me fais une raison. Elle trouve que je gâche ma chance, qu'elle se serait mieux débrouillée si c'était Asuma… »
De nouveau, il s'arrêta. Le reste de sa phrase mourut dans sa gorge.
« Je vais être en retard. », poursuivit-il d'une voix faussement neutre.
Il se redressa et s'avança vers le plan de travail en effleurant le bras d'Iruka au passage. Il s'empara du sachet d'épices que son compagnon n'était pas parvenu à ouvrir et le déchira sans même y penser.
« N'oublie pas de rajouter du poivre, conseilla-t-il alors qu'il se dirigeait déjà vers la sortie. Tu as tendance à oublier et ton plat est fade, après. »
La porte claqua et Iruka se retrouva seul dans la cuisine, vaguement nauséeux. Il n'y avait pas que les plats qu'il préparait qui lui paraissaient fades, sa vie entière l'était.
~/~/~
Ca avait sonné à la porte.
Iruka avait immédiatement levé les yeux vers l'horloge murale : il était plus de vingt-et-une heures. C'était tard pour une visite.
Il s'était retourné vers Kakashi qui lui avait fait signe d'aller ouvrir. Il partait en mission le lendemain matin et Iruka devait s'habituer à se débrouiller seul et à ne plus avoir peur des portes qui sonnent.
Dès qu'il eut tourné la poignée, il aperçut le charmant visage de Kurenai. Il ouvrit plus grand et, alors qu'il allait la saluer, il vit qu'elle n'était pas seule. Un enfant gesticulait gentiment sur son flanc alors qu'un sac en tissu, porté en bandoulière, reposait sur la hanche opposée de la kunoïchi.
« Bonsoir Iruka. », débuta-t-elle, souriante.
« Tu viens voir Kakashi ? », abrégea le jeune homme.
« On ne peut rien te cacher. »
Il ouvrit la porte en grand et la laissa passer. Kakashi, de sa cuisine, fronça son sourcil.
« Un problème ? », interrogea-t-il, immédiatement.
Le début officiel de la mission était dans quelques heures. Ils avaient tout passé en revue, pourtant.
« Un détail imprévu plutôt, nuança Kurenai. Il va falloir que tu viennes avec moi. Je t'en dirai plus en chemin. »
« Et la petite ? », demanda le jounin en toisant l'enfant qui babillait.
« La petite, oui, justement. »
Elle se tourna vers Iruka et reprit la parole dans un sourire gêné.
« La nourrice n'est pas disponible à cette heure-ci. Je me demandais… Iruka… Si tu voudrais bien… Elle est très sage, hein, je t'assure. »
Il comprit et se gratta la cicatrice avant de croiser les bras.
« Mais… je ne sais pas m'occuper d'un enfant. »
« Oh, tu l'as déjà fait souvent ! Et il n'y aura pas grand-chose à faire. Elle ne va probablement faire que dormir. Au besoin, je t'ai amené son sac : y a tout ce qu'il faut dedans… S'il te plaît, Iruka, ça me rendrait vraiment service… »
Il se figea une seconde. Il lui semblait bien que c'était la première fois de sa nouvelle vie qu'on lui demandait de l'aide. Lui qui passait son temps à se reposer sur les autres, ça le changeait.
« D'accord. », accepta-t-il, tout de même un peu hésitant.
L'enfant lui fut tendue et elle s'agrippa à lui dans un geste reflexe. C'était un poids chaud autour de son épaule et de son torse. Il trouva la sensation étrange : ce petit cœur qui palpitait contre le sien. Il observa les grands yeux de l'enfant penchée sur lui, des yeux marron qui n'étaient pas ceux de Kurenai.
« Tu n'as qu'à la coucher sur le canapé : j'ai mis un coussin et sa couverture dans le sac. »
Elle déposa un baiser rapide sur le front de sa fille et, déjà, elle se dirigeait vers la sortie, Kakashi la suivant d'un pas traînant.
Quand la porte claqua, Iruka se rendit compte qu'il ne connaissait même pas le nom de sa nouvelle petite protégée.
~/~/~
« Un détail imprévu ? s'énervait déjà Kakashi alors qu'ils n'étaient encore qu'à quelques mètre de son appartement. Comment peut-il y avoir un détail imprévu ? Nous avons tout répété ! Nous avons tout planifié ! »
Ils venaient de tourner au coin de la rue. Kurenai s'arrêta, se retourna, eut un maigre sourire.
« Non, pas tout. Mais si ça peut te consoler, c'était parfaitement implanifiable… »
Kakashi fronça le sourcil mais n'eut pas le temps de rétorquer : on venait de l'attraper par l'arrière et des bras le serraient beaucoup trop fort. Il se dégagea, se retourna, prit une position défensive. Il n'eut besoin que d'un coup d'œil, toutefois, pour se relâcher. Une tornade de cheveux mal coupés, de dents éclatantes et de combinaison verte lui faisait face.
Une main tomba sur son épaule.
« Mon cher rival, brailla une voix tonitruante, nous revoilà enfin réunis ! »
Kakashi resta immobile un instant, admirant d'un œil heureux ce cher ami si longtemps éloigné. Il se reprit rapidement, cependant, retrouvant son masque dormeur et calant ses mains dans ses poches.
« Yo Gai, répondit-il avec mollesse. Tu étais parti ? »
La pose grandiloquente de Gai se brisa en même temps que ses espérances. Les yeux subitement baignés de larmes, il se jeta au col de son ami.
« Mais pourquoi tu fais toujours ça ? », se lamenta-t-il.
« Faire quoi ? », interrogea Kakashi d'une voix feignant parfaitement l'innocence.
Gai en tomba à la renverse de dépit alors que Kurenai retenait péniblement un éclat de rire.
« Bon, les comiques, les interrompit-elle, il serait temps de parler boulot. »
« C'est lui, le détail imprévu ? », demanda le jounin comme s'il était un peu déçu.
« Je te signale, Kakashi, que Gai a abandonné sa mission longue durée de rang S pour être des nôtres… »
L'autre acquiesça, reprenant son sérieux. Gai s'était relevé, la face maintenant parfaitement neutre et concentrée.
« Tu ne devais pas protéger un ambassadeur du Pays de l'Herbe durant tout son séjour diplomatique ? », s'enquit Kakashi.
« Si. Mais le congrès de l'Alliance de je-ne-sais-plus-quoi est passé. Le risque d'assassinat sur sa personne est donc retombé au niveau trois. Tsunade-sama m'a autorisé à rentrer et m'a fait remplacer par Tenten et Hinata. Ca devrait bien se passer. »
Kakashi opina mais il savait que Gai détestait au plus haut point abandonner des missions en cours de route. Son professionnalisme sans faille le lui interdisait. Le cœur du jounin se serra.
« Gai, le prévint-il, ça promet d'être une mission… hum… salissante. Et je sais bien que ça va à l'encontre de tes principes. Ne te sens pas obligé, pour une raison obscure, de nous accompagner. Nous sommes déjà nombreux et… »
« Tu sais, l'interrompit Gai, quand Lee est entré à l'académie, tout le monde se moquait de lui. »
Kakashi s'arrêta à son tour, baissa la tête et se passa la main sur la nuque.
« Je sais, oui. »
« Y a eu qu'un seul professeur, un seul, pour accepter dans sa classe un gamin qui ne possédait pas de chakra… »
« Je sais. »
« Alors, tu sais aussi que je vais venir avec toi. Et si je dois les tenir pendant que tu les interroges, je le ferai. Et ça ne m'empêchera pas de dormir. »
Il mentait. Aussi fortes que soient ses motivations, Kakashi savait que Gai désapprouvait toute forme de violence gratuite.
« Il restait justement une place dans mon équipe. », accepta-t-il cependant parce qu'il savait bien qu'il serait inutile d'essayer de le raisonner.
Gai sourit. Un sourire inhabituel, à taille humaine. Il tendit la main et Kakashi la serra sans chercher à faire des vannes.
« Alors, c'est réglé ? », conclut Kurenai.
« C'est réglé. », confirma Kakashi.
« Bien, relança-t-elle, allons boire un coup maintenant. »
~/~/~
Au début, elle s'était simplement contentée de dormir et Iruka avait retenu sa respiration de peur de la réveiller. Il était allé se faire un thé dans la cuisine mais était revenu dans le salon observer cet être étrange et miniature. Il n'avait pas encore côtoyé d'enfants depuis sa sortie de l'hôpital et il se demanda comment l'on pouvait manipuler de si petites personnes sans briser à coup sûr leurs membres minuscules.
Au bout d'une heure, elle se mit à marmotter dans son sommeil, puis à gigoter. Bientôt, elle poussa sa couverture, geignit et se frotta les yeux avant de les ouvrir. Elle se redressa et contempla le lieu où elle se trouvait avant de se fixer sur Iruka qui, lui-même, la dévisageait, terrifié. Ils se considérèrent en silence quelques secondes avant que la petite ne se mette à baragouiner dans cette langue étrange qui est celle des bambins. Iruka tenta de comprendre, se rapprochant et s'asseyant par terre, près du canapé. Il ne déchiffrait rien à cet imbroglio de mots mâchés ou mal prononcés.
Cela ne devait pas être une urgence, cependant, car elle ne pleurait pas. Elle était même très calme et comme Iruka était maintenant à sa hauteur près du canapé, elle attrapa sa tête pour jouer avec quelques mèches de ses cheveux devenus longs. Cela sembla lui plaire car elle se mit à sourire. Iruka n'osa pas bouger, il tendit le bras tout en gardant la tête immobile pour récupérer le sac laissé par Kurenai. Il tâta à l'aveugle, sa tête étant trop loin du sac, et sortit finalement une peluche en forme de singe. Quand la petite le vit, elle cessa immédiatement de s'intéresser aux cheveux d'Iruka pour tendre ses bras vers son jouet.
Iruka se tourna vers elle et vint agiter la peluche devant ses yeux, lui faisant faire coucou de la main.
« Salut, commença-t-il en déguisant sa voix, est-ce que tu veux jouer avec moi ? »
Pour toute réponse, l'enfant gazouilla avant d'éclater de rire et continua de tendre ses mains potelées vers le jeune homme.
~/~/~
Assis dans le parc, ils avaient pas mal picolé. Ils avaient tout expliqué à Gai qui, comme à chaque fois qu'il était sur une mission importante, s'était montré sérieux et investi. En moins d'une heure, il était au parfum.
« Et si on parlait d'autre chose ? », avait proposé Kurenai.
Les deux autres l'avaient regardée un peu intrigués. Il y avait belle lurette que Kakashi n'avait pas parlé d'autre chose.
« Comme quoi ? », demanda-t-il.
Elle sourit en regardant Gai.
« D'histoires de cœur, par exemple. Gai a fait une touche pendant sa mission longue durée. Je m'étonne qu'il ne t'en ait pas encore parlé… »
Gai approuva par un sourire intensif mais un peu forcé.
« Oh ? réagit Kakashi, étonné. Une touche ? Et comment il s'appelle ? »
Le sourire de Kurenai s'élargit alors que Gai faisait non de la tête.
« Tu devrais savoir, depuis le temps, mon cher rival, que je ne mange pas de ce pain-là. »
« Et pourquoi le saurais-je, très cher ? », répartit Kakashi, étonné.
« Eh bien, c'est évident. Si, tout comme toi, j'appréciais la gent masculine, tu aurais déjà partagé ma couche depuis longtemps. »
« C'est évident, en effet, apprécia Kakashi. Mais alors, puisque les garçons ne sont pas ta tasse de thé, comment se fait-il que tu n'aies pas encore partagé la couche de Kurenai ? »
« J'ai trop de respect pour Asuma pour tenter de le remplacer auprès de Kurenai, expliqua immédiatement Gai. C'est la seule raison qui m'empêche de faire d'une femme aussi splendide une de mes nouvelles conquêtes… »
« Il est sûr que je te serais tombée dans les bras, Gai, si Asuma n'avait pas existé… », l'encouragea Kurenai tout en échangeant un regard complice avec Kakashi.
Ils soupçonnaient tous les deux Gai d'être toujours vierge. Il lui arrivait parfois de parler de « rencontres » ou de « conquêtes » qu'il aurait faites mais ils avaient toujours le sentiment que ces événements ne se déroulaient que dans sa tête.
Bien sûr, Gai n'était pas beau. Mais ça n'avait jamais empêché quiconque, surtout chez les ninjas, d'avoir des liaisons. Il était surtout immature sur ce point, pas vraiment fini. Les choses de l'amour avaient pour lui quelque chose d'angoissant, il se refusait à sauter le pas. Si Kakashi avait voulu être méchant, il lui aurait été facile de démontrer l'inexpérience de son ami en la matière mais il respectait cette sorte de naïveté qui émanait de lui. Parce que lui-même avait perdu son innocence trop tôt. Et que le sexe n'avait été pour lui, pendant très longtemps, que jeu de pouvoir et besoin fonctionnel. Il lui avait fallu Iruka pour comprendre que cela pouvait représenter autre chose. Pour Gai, au contraire, le sexe n'était considéré que comme l'aboutissement d'une relation idéale. Or, la femme parfaite que le jounin attendait n'arriverait jamais et Gai s'obstinait donc à vivre dans ses fantasmes.
Il leur avait raconté sa « touche » qui ne consistait, finalement, qu'en une banale conversation autour d'un verre un soir d'ennui. Bien sûr, selon Gai, c'était le début d'une relation passionnée mais impossible car la jeune femme était déjà prise et il avait préféré s'effacer plutôt que de briser un ménage pour une unique nuit de folie.
Kakashi et Kurenai l'avaient félicité pour son sens des responsabilités et Gai s'était mis à parler de Lee.
« Je crois, s'enthousiasma Gai, je crois que mon Lee est devenu un homme pendant mon absence. »
Ca, c'était possible. Lee, pour le coup, était bien moins asexué que son maître.
« Oh, reprit Kakashi, mais c'est super ça ! Et comment s'appelle son petit copain ? »
Gai fronça les sourcils de mécontentement alors que le visage de Kurenai s'orna d'un franc sourire.
~/~/~
Ils avaient joué plus d'une heure dans des gazouillements et des éclats de rire qui avaient tué le silence habituel de cet appartement sinistre. Iruka avait presque été déçu quand les mouvements de la petite avaient perdu de leur entrain et qu'elle s'était remise à se frotter les yeux.
Il l'avait couchée de nouveau, plaçant son singe en peluche dans ses bras. Il avait relevé la couverture, l'avait bordée et, imitant Kurenai, avait déposé un baiser sur son front. Il n'en avait pas fallu plus à la petite pour s'endormir instantanément. Iruka s'était rassis par terre, appuyant son dos contre le bas du canapé. Il pouvait parfaitement voir l'enfant dormir et était prêt à intervenir au moindre problème.
Ses paupières, à lui aussi, devinrent lourdes.
~/~/~
Ce fut un éclat de rire étouffé provenant du dehors qui le sortit de sa torpeur. Il papillonna péniblement des yeux. Son sommeil se faisait moins lourd ces derniers temps mais il lui était tout de même très difficile de se réveiller.
La porte s'ouvrit et il comprit que plusieurs personnes venaient d'entrer dans l'appartement. Il se hissa lourdement sur le canapé, les yeux encore à demi-fermés.
« Ca s'est bien passé ? », chuchota Kurenai, les yeux un peu plus pétillants que quand elle était sortie.
Iruka acquiesça tout en se frottant les paupières.
« Elle a été très sage. », apprécia-t-il.
« Oui, elle est toujours très sage avec toi. »
Il ne répondit rien mais fut intérieurement piqué qu'on le compare encore et toujours à son autre lui.
La jeune femme s'avança vers le canapé et admira sa progéniture une seconde. Iruka en profita pour remettre les quelques jouets qui trainaient dans le sac laissé par Kurenai.
« C'était une chouette soirée. », résuma cette dernière, les yeux toujours rivés sur son enfant.
« C'est vrai. », apprécia Kakashi qui était resté en retrait près de la porte.
Gai n'avait pas voulu passer. Il n'était pas prêt à se confronter à cet Iruka qui ne le connaissait pas. Il préférait se concentrer sur l'ancien Iruka, celui qu'ils allaient bientôt venger.
Le retour de son ami avait fait beaucoup de bien au moral de Kakashi. Si leurs rapports étaient toujours empreints d'une certaine comédie, il n'en restait pas moins vrai qu'ils s'admiraient beaucoup. Gai s'avérait, en outre, être un soutien sans faille à chaque fois que Kakashi avait une tuile. Et Kakashi en avait eu beaucoup.
Il jeta un nouveau coup d'œil à Kurenai qui venait de prendre sa petite dans ses bras. Cette dernière ne se réveilla que le temps de s'agripper au cou de sa mère. Iruka avait rangé couverture et coussin dans le sac en tissu et était en train de passer la bandoulière par-dessus la tête de la jeune femme.
Kurenai allait pour la première fois quitter son enfant pour une mission longue et dangereuse et elle n'avait pas passé sa dernière soirée à la cajoler mais à les distraire Gai et lui, à les convaincre de parler d'autre chose que de l'impasse sentimentale dans laquelle il se trouvait. L'espace d'une heure ou deux, Kakashi avait un peu oublié à quel point sa situation personnelle était à chier et il s'était senti plus léger.
Iruka était en train de caresser la raide chevelure de la petite. Il avait les yeux fatigués mais contents. Lui aussi avait eu une bonne soirée.
Le jeune homme raccompagna Kurenai jusqu'à la porte, se rapprochant du même coup de Kakashi. La kunoïchi les salua une dernière fois, jetant un regard appuyé à Kakashi, son futur chef d'équipe. Alors qu'elle allait sortir, Iruka la retint timidement.
« En fait, osa-t-il, si tu as besoin… Une autre fois… Pour ta fille... Je veux bien. »
Elle eut un sourire.
« Ne t'inquiète pas, si j'ai besoin, tu seras mon premier choix. J'étais sûre que vous continueriez à vous entendre à merveille. »
Il acquiesça mais ne manqua pas le nouveau regard, plus ferme, qu'elle posa sur Kakashi. Ce dernier fit mine de rien remarquer mais la petite démonstration de Kurenai le touchait. Il ne l'avait pas vue venir, en plus, mais c'était vrai qu'Iruka avait toujours adoré cette gamine… Et apparemment, ça continuait.
Quand ils furent de nouveau seuls, ils semblèrent se rendre compte de leur proximité. Elle ne leur avait pas semblé aussi gênante en présence d'une tierce personne. Ils se reculèrent imperceptiblement et au bout de quelques secondes d'un silence inconfortable, Kakashi se dirigea finalement vers le fauteuil de bureau où il déposait à la va vite, tous les matins, sa couette et son oreiller. Il allait installer le tout sur le canapé quand Iruka s'interposa.
« J'ai réfléchi, annonça-t-il abruptement, et je crois que ce soir, tu devrais prendre la chambre. »
« Tu as besoin de repos, rétorqua immédiatement Kakashi, c'est hors de question. »
Il avança son oreiller vers le canapé mais Iruka s'en empara.
« Tu pars en mission demain, insista-t-il, et tu vas risquer ta vie. Moi, je vais passer une journée à ne rien faire et je pourrais même piquer un petit roupillon dans l'après-midi, si je veux. Donc, tu prends la chambre. S'il te plait. »
Kakashi soupira. C'était à lui de veiller sur Iruka. Pas l'inverse.
« C'est ta soirée garde d'enfant qui t'a fait virer mère-poule ? »
« Pas du tout. J'y pensais déjà avant. En fait, c'est simplement logique… »
Le jounin acquiesça.
« Si tu insistes… »
« J'insiste. »
Il abdiqua, tendant sa couette à Iruka.
« Je vais la mettre sur le lit, reprit ce dernier. Avec ton oreiller. En attendant, tu peux prendre la salle de bain, si tu veux. J'irai après. Laisse-moi simplement cinq minutes, le temps que je te change les draps… »
Il disparaissait déjà dans le couloir menant à la chambre. Kakashi le suivit de l'œil.
Bien sûr, c'était une pensée qu'il ne pouvait pas se permettre d'énoncer à voix haute mais il aurait franchement préféré qu'Iruka ne lui change pas les draps.
