Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort

Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.


Chapitre 12 : Service actif

« Lee est venu m'apporter les courses. J'ai déjeuné. J'ai lu un peu puis je me suis endormi. Pas longtemps. Après, j'ai fait mes exercices de mémorisation… »

« Pourquoi Lee vous fait-il les courses ? », l'interrompit Shizune, réalisant qu'un événement nouveau s'était glissé dans la routine de son patient.

Iruka hésita avant de répondre :

« Parce que je n'aime pas sortir. Je croise trop de gens qui me reconnaissent. »

« Et personne d'autre que Lee ne peut s'en charger ? »

Iruka se pinça les lèvres, un brin agacé. Il voyait bien qui Shizune pointait du doigt avec sa question.

« Kakashi le lui a demandé. Il le fait lui-même, normalement, mais il est absent actuellement. »

Le stylo de Shizune resta figé dans l'air et elle prit une mine affectée.

« Kakashi est absent ? »

« Parti en mission. Je sais même pas quand il revient. »

Elle opina, notant quelque chose d'enfin un peu intéressant dans son carnet.

« Mais vous devez le savoir, reprit froidement Iruka, puisque vous êtes le bras droit de l'actuel Hokage. Quel intérêt de me poser des questions dont vous avez déjà la réponse et de feindre la surprise ? »

Elle resta mutique le temps de se composer une face plus professionnelle.

« Je vous pose très souvent des questions dont j'ai déjà la réponse, précisa-t-elle, c'est une technique courante en matière d'analyse. »

« Si vous le dîtes... »

Ils se jaugèrent une seconde et elle comprit qu'une fois encore, ça allait être à elle de relancer leur conversation.

« Or, donc, Kakashi est absent. »

Elle aurait vraiment préféré que ce soit Iruka qui mette lui-même ce sujet sur le tapis.

« Oui. »

Décidément, il ne voulait pas l'aider. Elle allait devoir le guider. Mais ça n'avait pas la même valeur si c'était elle qui initiait cette discussion.

« Et quels changements cette absence provoque-t-elle dans votre environnement ? »

« C'est plus silencieux. »

Elle écrivit une nouvelle ligne dans son carnet pour se donner une contenance mais elle ne put s'empêcher de donner son avis, ce qu'elle n'était pas censée faire…

« Plus silencieux ? C'est tout ? »

Il haussa les épaules.

« Je dois m'occuper de la maison tout seul, aussi, et je n'ai pas à attendre pour aller dans la salle de bain. »

Elle fut incapable de se retenir.

« Iruka, vous ne me parlez que de fonctionnement, là. Moi, je vous parle de sentiments, d'émotions. Qu'est-ce que ça vous fait que Kakashi soit absent ? »

« Pas grand-chose. J'ai un peu moins de temps libre… »

Il répondait encore à côté. Elle se demanda s'il ne le faisait pas exprès.

« Mais vous ne ressentez rien ? Je sais pas, moi ! Du manque ? Ou de l'inquiétude ? »

Il secoua négativement de la tête.

« C'est juste un homme avec lequel je dois cohabiter le temps de ma convalescence. Voilà, c'est comme ça que je le prends. A dire vrai, j'éprouve plus de contentement à vous voir, vous, deux fois par semaine qu'à le voir, lui, tous les matins. »

Elle n'aima pas le tour que prenait la conversation mais elle n'eut pas le temps de tenter un changement de sujet.

« D'ailleurs, poursuivit-il, j'aimerais assez vous voir plus souvent. »

« Deux séances par semaine, c'est déjà conséquent. », répondit-elle, trop rapidement.

« Non, rectifia-t-il. Je voulais dire : en dehors de ce bureau. Mais vous aviez très bien compris. »

Elle avait compris, oui. Et elle avait vu, aussi, cette manière un peu intime qu'il avait de lui parler et ces quelques sourires que, parfois, il lui adressait. Il cherchait une complicité qu'elle n'arrivait pas totalement à lui refuser. Parce que c'était Iruka-sensei. Et qu'elle, comme tous les autres, ne rêvait que de l'aider à aller mieux.

Elle était parvenue à se convaincre qu'elle devait imaginer le comportement parfois « charmeur » qu'il adoptait parce qu'il n'allait jamais réellement loin. Il se contentait de faire un compliment de temps en temps. Mais là…

Là, ils avaient un problème.

« Iruka, je suis votre médecin…. »

« Alors, cessez d'être mon médecin. Je ne suis pas sûr que cette analyse m'aide beaucoup, de toute façon… »

Elle chercha à ne pas se sentir vexée. C'était vrai que cette psychothérapie ne menait nulle part. Avec Iruka, pour le moment, ça ne fonctionnait pas.

« Ce n'est pas aussi simple et vous le savez. »

« Quelles difficultés ça crée ? reprit-il, l'air faussement naïf. Expliquez-moi. »

« Vous le savez bien… »

« Quoi ? Je sais quoi ? »

« Que vous êtes… »

« Je regarde les filles ! l'interrompit-il, criant à moitié. Depuis mon réveil, je ne regarde que les filles ! Je trouve d'ailleurs que l'amie de Kakashi, Kurenai, est vraiment très belle. Et vous, vous aussi, je vous trouve jolie. Pas le même genre mais… Depuis le premier jour, je vous trouve jolie. Alors que Kakashi ou les autres, d'ailleurs, hein, pas que lui, les hommes en général, je ne les regarde pas ! »

Elle chercha à le contredire mais il insista :

« Pourquoi ? Pourquoi je devrais forcément l'être encore ? Ce n'est pas parce que, une fois, dans une autre vie, j'ai été avec un homme… Enfin, c'est vous le médecin ! Ca ne change jamais ce genre de choses ? »

Si, bien sûr que ça pouvait changer. Tout était possible. Mais elle ne pouvait l'admettre, c'était l'encourager.

« C'est sociétal. », expliqua-t-elle.

Il fronça les sourcils. Elle développa :

« Votre connaissance du monde qui vous entoure est encore très incomplète. Or, ce que vous constatez pour le moment, c'est que les hommes vont avec les femmes. Mis à part vous-même, vous n'avez pas d'exemple contraire. Donc vous adoptez un comportement mimétique : vous faites ce que votre observation de la société vous dicte de faire, ce qui explique que vous regardiez des femmes. Cela ne veut pas dire que vous n'êtes pas… »

Elle ne savait pas comment l'annoncer mais ça sortit finalement comme une évidence.

« Iruka, vous aimez les garçons. »

Il la toisa, croisant les bras sur sa poitrine.

« Je crois pas, non. »

Elle s'obstina.

« Et plus que les garçons, vraiment, vous aimez Kakashi. »

« Encore moins. »

Elle soupira, regardant son carnet.

« Peut-être que vous n'en avez plus conscience… »

« Ou que ce n'est plus d'actualité. »

« Quoiqu'il en soit, reprit-elle, tout le monde ici vous considère presque comme 'marié' avec Kakashi. Et personne n'acceptera jamais de vous voir avec quelqu'un d'autre. Tout comme, d'ailleurs, personne n'acceptera jamais d'être ce quelqu'un d'autre… »

« En somme, s'emporta Iruka, aucune femme ne voudra jamais de moi parce que je suis la propriété d'un homme que je connais à peine ? Et mon opinion à moi, hein, elle compte pour rien ? J'ai pas choisi cette vie ! J'ai pas choisi ce type ! Et le seul choix que j'ai fait depuis mon réveil, c'est de vous proposer de sortir avec moi ! Et même ça, ça m'est interdit ? Mais merde, à la fin ! Je suis une vraie personne, avec un vrai cerveau ! Je n'appartiens pas à Kakashi et si je veux fréquenter quelqu'un d'autre, personne ne devrait pouvoir m'en empêcher ! Je ne dois rien à ce gars ! »

Cette dernière phrase tourna dans l'esprit de Shizune. Il ne lui devait rien ? Vraiment ? Elle s'imagina, l'espace d'une seconde, ce que Kakashi devait être en train de faire pendant qu'ils discutaient tranquillement dans son bureau et elle trouva la tirade indignée d'Iruka ridicule et ingrate. Elle réalisa cependant qu'elle était elle-même injuste car Iruka ignorait ce qui se tramait derrière son dos. Il ne voyait les choses que sous son angle à lui, un angle étriqué et un peu égoïste.

« Kakashi ou non, je ne pourrais de toute façon pas sortir avec vous. Cela ternirait ma réputation. Les médecins ne fréquentent pas leurs patients, surtout ceux qu'ils ont en thérapie… »

« Et pourquoi ça ? »

« C'est un cas d'école : vous nous faites un transfert. »

« Un transfert ? »

« Vous confondez la relation médecin-patient à celle d'amant-amante. Vous avez l'impression que nous sommes proches parce que nous parlons beaucoup tous les deux mais c'est en fait mon travail de vous écouter… »

« Sauf que j'étais attiré par vous bien avant que nous ne commencions nos séances. »

« Oui, c'est pour cette raison que je parlerai d'un double transfert : je suis la première personne que vous avez vue à votre réveil. De nombreuses études tendent à montrer qu'il se tisse une relation privilégiée entre les victimes de coma et la personne qui est présente au moment de leur réveil. Je suis un peu comme une seconde mère. »

« Je vous assure que non. »

« Et je vous assure que si. Une éventuelle relation entre nous ne pourrait pas fonctionner car elle se fonderait sur des bases malsaines. Je suis désolée. »

Iruka resta silencieux une seconde, un peu pris au dépourvu.

« Vous, vous avez l'art et la manière de rembarrer les gens… »

Elle se leva subitement et il se sentit obligé de faire de même.

« Je crois que nous pouvons dire que cette séance est arrivée à son terme. Nous nous revoyons la semaine prochaine ? »

Elle eut un sourire forcé et il sortit de son bureau sans lui répondre.

~/~/~

Il voulut s'aider de ses cartes plastifiées pour retrouver le chemin de son appartement mais l'énervement l'empêcha de se concentrer correctement.

De son point de vue, ces séances d'analyse avec Shizune n'avaient jamais eu une grande utilité. Mais c'était un bon moyen de prendre l'air et ça lui permettait de discuter en toute tranquillité avec une jolie fille. Kakashi absent pour un moment, il avait pensé que c'était le bon moment pour l'inviter à sortir. Bien sûr, il s'attendait à un refus mais plus que le rejet, c'était surtout les raisons invoquées par la jeune femme qui l'exaspéraient.

Shizune avait sorti tous les prétextes possibles et imaginables pour lui dire non alors qu'il aurait préféré qu'elle lui explique simplement qu'il ne lui plaisait pas. Il se trouvait laid et c'était une jolie fille : ça lui aurait paru plus logique.

Qu'elle remette Kakashi et sa supposée homosexualité sur le tapis l'avaient beaucoup dérangé. Pourquoi tout le monde s'obstinait-il à lui dire comment se comporter et surtout qui aimer ? Qui ça regardait, mis à part lui ?

Il longeait la rue principale, sa carte sous les yeux et il arriva à un embranchement. Il vérifia que la boutique de masques étaient bien présente à sa gauche et constata que s'il tournait de ce côté, il atteindrait les sources d'eau chaude sans trop de difficultés. Il avait besoin de se détendre, ça pouvait être une solution. Il hésita : pour rentrer chez lui, c'était tout droit. Et s'il croisait des gens qui le connaissaient aux bains ? Nu, ce serait encore plus embarrassant que d'habitude.

La perspective de simplement rentrer à l'appartement et de s'ennuyer le reste de l'après-midi ne lui paraissait néanmoins pas plus attirante. Il soupira, poursuivant finalement tout droit. Les changements dans son emploi du temps lui faisaient trop peur. Il continua d'avancer tout en se reprochant sa faiblesse et remarqua une grande échoppe sur son côté droit.

De quoi lui avait parlé Shizune, déjà ? D'une histoire de « transfert » ? Il s'était demandé si elle n'avait pas inventé le terme pour trouver une bonne excuse supplémentaire…

Il vérifia sur sa carte : oui, le bâtiment était bien une librairie. Il respira un grand coup et se décida à entrer dans le magasin. Il avait noté, parce que Kakashi le lui avait dit, qu'il affectionnait beaucoup les livres. Il était donc sûr d'être déjà venu ici. Il lui semblait même se rappeler que c'était à cet endroit que ses élèves venaient acheter leurs manuels.

Il se mit sur le côté, pénétrant dans un rayon sans y prendre garde, il voulait simplement ne pas être remarqué. Il leva le nez et lut ce qui était inscrit sur le panneau : « géographie ». C'était pas franchement un domaine qui l'intéressait...

« Je peux vous aider ? »

Un vendeur au sourire hystérique lui faisait face. La vache, il avait un troisième œil, ce type, ou quoi ? Comment avait-il fait pour le voir arriver ?

« Oh, Iruka-sensei ! Je ne vous avais pas reconnu ! »

Iruka eut une mimique figée. Il ne savait toujours pas comment réagir dans ce genre de cas.

« Ah, bien sûr, repartit le jeune homme, vous ne devez pas vous souvenir de moi… Je n'ai pas été dans votre classe très longtemps. »

Iruka écarquilla les yeux, mi-étonné, mi-soulagé. Il observa d'un peu plus près son vis-à-vis : il ne devait pas avoir plus de vingt ans.

« Tu es un ancien élève à moi ? », tenta-t-il.

« Oui ! Enfin, juste pour le stage pratique auquel on doit participer avant l'examen genin. Vous étiez mon instructeur. Ca n'a malheureusement pas suffi… »

« Tu n'as pas eu ton examen si je comprends bien ? »

Il haussa les épaules.

« Bah, on ne peut pas tous passer genin, c'est la vie. J'étais nul, de toute façon, je m'en rends bien compte maintenant. »

« Et ton prénom, c'est quoi déjà ? »

« Oh oui, pardon : Aryuu. »

« Aryuu, mentit Iruka, bien sûr. Je suis désolé, j'ai eu tellement d'élèves… »

« Je comprends bien, sensei, faut pas vous faire de la bile pour ça. »

« Et alors, maintenant, tu travailles ici ? »

« Oui, comme tout apprenti qui ne peut terminer sa formation, l'administration de Konoha m'a fait rentrer dans une classe civile. Il s'est avéré que j'avais un faible pour la littérature alors, je me suis retrouvé à être apprenti-libraire ! Enfin, ça ne fait que deux mois que je suis là et je suis encore en période d'essai. Avant, j'étais à Hinanjo. C'est sûr que dans les grandes villes, les librairies sont plus nombreuses et importantes mais j'avais vraiment envie de revenir à Konoha… Alors, quand j'ai appris qu'un poste se libérait, j'ai sauté sur l'occasion ! Le choix de livres n'est pas aussi varié ici mais comme j'ai une petite formation académique, je peux aussi bien renseigner les civils que les ninjas. En plus, j'ai de la famille originaire du Pays de la Foudre, je connais les coutumes de là-bas et les ninjas de Kumo ont tellement d'argent qu'ils ne savent plus quoi en faire… Autant vous dire que je leur donne des conseils quand ils se pointent ici ! »

« Oui, oui, interrompit Iruka, cernant assez facilement le personnage, je constate que tu aimes toujours autant parler, Aryuu… »

« Ah, ça y'est ! Vous vous rappelez ! Oui, bah, désolé, on se refait pas ! Mais, vous savez, c'est plutôt une qualité dans le commerce. Alors, qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Vous venez réserver des manuels pour vos élèves ? Vous vous y prenez drôlement en avance. »

« Non, ça n'a rien à voir… C'est pour moi. J'avais envie de me cultiver un peu. Vous avez des livres sur la psychologie, ici ? »

Le jeune homme lui demanda plus de précisions, l'emmena au bon endroit, feuilleta avec lui quelques ouvrages. Iruka se décida pour quelques titres. Personne d'autre n'était dans la boutique, Iruka se retrouvait à être le seul client d'Aryuu et il fut surpris de prendre du plaisir à être en sa compagnie. Le jeune homme était parti longtemps, ne savait rien de son histoire, ne s'étonnait pas de sa piètre mémoire.

Il fut presque déçu quand il se retrouva dans la rue, son petit sac à la main. Il se promit de revenir à l'occasion, à la même heure, quand il n'y avait personne.

De retour à l'appartement, il se jeta sur les livres qu'il venait d'acheter. Cette histoire de « transfert » n'était apparemment pas une invention et il comprit mieux certaines questions que Shizune lui posait parfois.

Il lut tout l'après-midi jusqu'à ce que le manque de luminosité ne finisse par le gêner.

Il était tard mais il s'en moquait. Il alluma la lampe près du canapé et reprit sa lecture jusqu'au milieu de la nuit.

~/~/~

A la séance suivante, Shizune se montra très aimable. Elle ne fit aucune mention de l'intérêt un peu dérangeant d'Iruka à son égard et il décida que c'était mieux comme ça. Il répondit aux questions poliment, laconiquement. Il ne resta pas plus d'une demi-heure et s'en trouva satisfait.

Sur le chemin du retour, il n'hésita pas une seconde à l'embranchement : il continua tout droit et s'arrêta sur sa droite, devant la librairie. A l'extérieur du magasin se trouvaient des caisses remplies de vieux livres, un peu usés, qu'on pouvait acheter pour pas cher. Il examina différents titres, farfouilla, lut les quatrièmes de couvertures. Il se demanda quels genres de livres il préférait. Quand il était encore à l'hôpital, Kakashi lui en avait apporté plusieurs mais il comprenait aujourd'hui que son cerveau était encore trop « jeune » à l'époque. Il avait lu sans comprendre, pour s'occuper l'esprit. Maintenant, il avait l'impression d'être « affamé », il avait envie d'apprendre mais il ne désirait rien de ce qui se trouvait déjà sur les étagères de l'appartement. Il voulait faire ses propres choix, en toute innocence.

« Quelque chose vous intéresse ? »

Aryuu l'observait de l'intérieur de la boutique. Il s'approcha.

« Je regarde, c'est tout. Peut-être peux-tu me conseiller quelque chose ? »

« Ca dépend. De quel genre d'histoire avez-vous envie ? »

« Quel genre ? », répéta Iruka.

« Oui, quel genre ? On a de la romance, évidemment. Des histoires de guerres, de ninjas et tout le toutim… Des trucs un peu plus intellos, voyez, du type : « pourquoi le monde est monde ? ». Enfin, je dis ça, parce que vous êtes prof. Hum, on a des histoires d'anticipation, aussi… »

« Anticipation ? »

« Ouais, les auteurs imaginent à quoi ressemblera le monde du futur. C'est pas trop mon truc, à moi, mais parfois y en a qui sont intéressants. »

Iruka fit la moue, ça ne l'attirait pas vraiment.

« On a aussi du théâtre traditionnel, de la poésie… »

« Non, non, l'interrompit Iruka, j'ai envie d'un roman. »

Il voulait une bonne vieille histoire avec une intrigue, des personnages, quelque chose qui lui ferait un peu comprendre quelle était cette vie des autres à laquelle, pour l'instant, il n'avait pas accès.

« Un roman, reprit Aryuu en souriant, on progresse. »

« Quelque chose de contemporain, précisa encore Iruka, sur le quotidien. Je veux pas d'aventures extraordinaires, plutôt une histoire un peu banale -mais belle- sur un monsieur ou une madame tout-le-monde… Ah, je ne sais pas si je suis clair… »

Le regard d'Aryuu s'était allumé à mesure qu'Iruka détaillait sa pensée. Il adorait ce moment où il visualisait la perle que le client ignorait encore désirer.

« Un recueil de nouvelles, ça pourrait vous aller ? »

« Euh… Oui, ça ne me dérange pas. »

Aryuu se mit à fouiller frénétiquement dans les différentes caisses.

« J'espère qu'on l'a encore, siffla-t-il. Je ne sais pas s'ils l'éditent toujours… »

Il sortit finalement un livre assez fin qu'il tendit à Iruka.

« C'est une série de huit nouvelles, toutes sur un même thème : l'emménagement. Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce livre, c'est qu'il y a de tout : l'auteur mélange le monde ninja et le monde civil et les personnages sont variés, ça peut être toute une famille, une collocation ou de jeunes amoureux. Y a même une histoire où c'est un couple de filles. Le livre a été censuré au Pays de l'eau à cause de ça, d'ailleurs… »

Iruka se crispa un peu à cette dernière précision. Est-ce que le jeune homme, lui aussi, le catégorisait ? Son passé homosexuel était-il parvenu jusqu'à lui malgré ses années d'absence ?

« Vous pensez que ça pourrait vous plaire ? », poursuivait cependant Aryuu

« J'en sais trop rien mais tu as l'air d'avoir apprécié cette œuvre, alors je vais te faire confiance. »

Il s'empara du titre, le soupesa. C'était bien gentil mais ce bouquin devait faire cent cinquante pages à tout casser. Ca ne l'occuperait même pas jusqu'à la fin de l'après-midi…

A tout hasard, il attrapa un nouveau livre. Il reconnut tout de suite la couverture.

« Et ça, demanda-t-il, c'est bien ? »

Aryuu fit la grimace.

« Le Paradis du Batifolage, sensei ? Je ne suis pas sûr que ce soit votre genre… »

~/~/~

Kakashi revint au bout de deux semaines et demie. Iruka lisait tranquillement dans le salon et, tout à coup, le jounin était là.

« Combien de fois faudra-t-il que je te dise de fermer la porte quand tu es seul ? », avait-il aboyé.

Iruka aurait bien répliqué mais ce qu'il aperçut de la face de Kakashi lui coupa le sifflet. L'œil était cerné, épuisé, vide. Il mesura, ce jour-là, la chance qu'il avait de ne plus être ninja.

Kakashi alla immédiatement se coucher, il ne protesta même pas à l'idée de prendre la chambre. Il dormit plus de dix-huit heures, sans souci.

Quand Lee passa le lendemain matin, Iruka lui demanda d'aller acheter des râmen pour le déjeuner et lui proposa même de rester manger avec eux. Le futur tête-à-tête avec Kakashi l'angoissait. Lee déclina l'offre, cependant : son sensei et mentor était rentré la veille d'une mission difficile et il voulait passer du temps avec lui. Iruka approuva et estima même qu'il pouvait se passer des services de Lee pendant quelques jours. Le jeune homme le remercia chaleureusement et lui assura que la fougue de sa jeunesse serait toujours à son service. Lee parlait toujours comme ça, c'était bizarre.

Il revint avec les râmens demandés et Iruka mit la table sur le comptoir de la cuisine.

A treize heures passées, il se décida à aller frapper à la porte de la chambre. Il entendit tout de suite du mouvement entre les draps et il s'autorisa à entrer, ouvrant lentement la porte.

Kakashi était assis sur le côté, se grattant la tête. Son masque emprisonnait son visage comme à son habitude mais l'œil gauche, lui, était à découvert. Iruka ne put pas voir grand-chose, cependant, car Kakashi lui montrait son mauvais profil. Il crut tout de même discerner une cicatrice sur un œil fermé et il se sentit idiot de ne pas y avoir pensé plus tôt. Bien sûr que Kakashi était borgne, c'était pour ça que son œil était perpétuellement caché. Il imagina un iris devenu d'un blanc laiteux ou peut-être même crevé. Cela lui fit froid dans le dos. Sans son bandeau, Kakashi devait être laid, voire effrayant. Et le reste du visage qui était également caché… Iruka pensa que la peau avait peut-être été brûlée et il visualisa la face défigurée qui pouvait être celle de Kakashi.

« Tu voulais quelque chose ? », interrogea le jounin d'une voix encore ensommeillée.

« Euh… oui. Le déjeuner est prêt. Je me suis dit que tu devais avoir faim, j'ai commandé à l'Ichiraku. »

« C'est très prévenant de ta part… J'arrive dans deux minutes. »

Il retourna dans la cuisine, réchauffa les différents plats et Kakashi émergea du couloir - le bandeau sur l'œil et l'uniforme complet sur le dos - alors qu'il faisait le service.

« Je t'ai pris une soupe à l'aubergine en plus. C'est ce que tu préfères, non ? »

Kakashi approuva.

« Tu t'en ai souvenu ou tu l'avais marqué dans ton cahier ? »

« Mon cahier. », admit Iruka tandis que Kakashi prenait place à côté de lui.

Kakashi opina, reniflant sa soupe miso à travers le masque. Iruka se releva pour leur attraper des serviettes et quand il revint à sa place, Kakashi avait fini son plat. Il faisait toujours ça, il ne comprenait pas comment.

« Tu parles que tu dois savourer en mangeant comme ça… »

Kakashi haussa les épaules et ne dit rien de plus de tout le repas. Son mutisme ne fit que rendre Iruka plus mal à l'aise encore et alors qu'ils débarrassaient, il se sentit obligé d'occuper ce silence. Il se mit à résumer ses journées depuis que l'autre était parti. Enfin, il ne parla ni de Shizune, ni d'Aryuu mais évoqua Lee. Il n'avait pas l'impression que Kakashi l'écoutait vraiment. Ce dernier s'était déjà relevé les manches et était en train de remplir l'évier d'eau savonneuse. Il n'y avait pas grand-chose à nettoyer, la plupart des emballages partant directement à la poubelle. En fait, Kakashi nettoya surtout la vaisselle qu'Iruka avait utilisée pour son petit déjeuner et qu'il avait laissée près de l'évier. Durant l'absence de Kakashi, il avait pris ses petites habitudes et ne faisait la vaisselle qu'une fois par jour, le plus souvent après le dîner. Il se sentit gêné de voir Kakashi récurer son bazar et il réalisa autre chose pendant qu'il le regardait.

"J'ai dit à Lee de prendre quelques jours, annonça-t-il. Il voulait passer du temps avec son sensei."

Kakashi ne sembla pas réagir à cette nouvelle.

"Sur le coup, continua le jeune homme, j'ai pensé que tu irais faire les courses puisque tu étais rentré... Mais je peux y aller si tu es fatigué."

Il se trouvait incroyablement égoïste. Il ne faisait rien de ses journées, il était parfaitement logique que ce soit lui qui s'occupe des corvées.

Kakashi fronça le sourcil.

"Fais-moi une liste et j'irai.", se contenta-t-il de répliquer.

"Non, non, reprit Iruka, Lee y est allé avant-hier, on a de quoi tenir jusqu'à la fin de la semaine..."

"Je serai reparti à la fin de la semaine."

Ce fut au tour d'Iruka de froncer les sourcils.

"Quoi ? Mais... enfin, tu viens de rentrer."

"La mission n'est pas terminée. On est juste rentré pour se reposer. On repart demain."

"Mais c'est insensé ! commenta Iruka. Tu as besoin de plus de temps que ça !"

Kakashi le regarda, l'oeil absent.

"Moi, j'étais pour qu'on continue. Ce sont les plus jeunes qui ont insisté. On devrait être sur le terrain. Cette pause est une perte de temps."

"Non mais tu plaisantes ? Tu ne fais que dormir depuis hier !"

"Quand je suis réellement fatigué, je ne dors pas, expliqua tranquillement le jounin, je sombre directement dans le coma."

La vaisselle trônait sur l'égouttoir et Kakashi s'essuya les mains au torchon sous les yeux écarquillés d'Iruka.

Le jounin observa ses doigts blancs et fins et ses ongles que la vaisselle avait laissés impeccables. C'était étrange de ne plus les voir teintés de sang.

~/~/~

"Des blessures à signaler ?"

Kakashi haussa les épaules.

"Rien de grave."

Shizune releva la tête du dossier qu'elle avait sous les yeux et toisa un peu sévèrement son vis-à-vis.

"C'est encore à moi de m'en assurer, non ? Enlève tes fringues."

Il s'exécuta en soupirant. Vraiment, ces visites médicales post-mission étaient une perte de temps monumentale.

"Je dois faire semblant de ne pas remarquer que Tsunade-sama était libre et que tu as préféré attendre pour passer avec moi ?", interrogea la jeune femme en avançant sa chaise à roulettes, le dossier du ninja sur ses genoux.

Il était déjà en sous-vêtement, il se déshabillait toujours à toute vitesse. Pendant longtemps, le corps diaphane du jounin avait fait beaucoup d'effet à Shizune. Et malgré sa blancheur, la peau absorbait parfaitement les cicatrices qui devenaient des traces fines et élégantes qui augmentaient encore le pouvoir d'attraction que Kakashi pouvait avoir sur les gens.

Elle discerna des coupures fraiches, plus au moins profondes. Rien de bien méchant. Quelques flux de chakra et il n'y paraitrait plus.

"Ca se passe comment, la thérapie ?"

Elle leva les yeux sur lui, l'espace d'une seconde, avant de se réintéresser à une égratignure sur l'omoplate.

"Tu sais très bien que je n'ai pas le droit de t'en parler, c'est confidentiel."

"Ca l'aide ou pas ? T'as l'impression qu'il va mieux ?"

"Pas vraiment.", avoua-t-elle alors que le chakra sortait déjà de sa paume.

Elle s'empara de son épaule, le forçant à se tenir droit. Elle fixa la blessure légère et dans un souffle, elle avoua :

"Il m'a invitée à sortir."

Elle sentit la contraction immédiate dans le corps du jounin. Elle s'empressa d'ajouter :

"J'ai dit non, évidemment."

Elle osa un regard. Il acquiesça doucement de la tête en guise de remerciement. Elle referma la plaie délicatement. Kakashi était tellement habitué à ce genre de traitement qu'il ne semblait même plus s'en apercevoir. Son esprit vagabondait vers d'autres sujets.

"Il parle de moi parfois ?"

Elle se redressa et fit non de la tête, la mine désolée.

"C'est comme s'il se l'interdisait... Je ne devrais pas t'interroger là-dessus mais ça lui a pris du temps pour s'accepter, la première fois ?"

"J'étais pas son premier mec si c'est ça la question. Je crois qu'il avait eu une histoire bien pourrie avant, un homme marié peut-être. Il n'a jamais trop voulu en parler. Et encore avant ça, il s'était un peu entêté à fréquenter des filles."

"Le processus d'acceptation avait donc été long. C'est plutôt rassurant."

Elle essaya de prendre un ton convaincu mais les yeux mornes de Kakashi la firent redescendre sur terre.

"Il ne reviendra jamais avec moi, hein ?"

Elle baissa la tête.

"Voyons, c'est impossible à dire."

"Mais tu as une opinion, non ?"

Elle se refusa à répondre. C'était inutile, Kakashi était perspicace.

"Je ne suis même pas sûr que ce soit une mauvaise chose, continua-t-il. Je ne le retrouve pas en lui alors qu'en même temps, c'est toujours lui."

Il soupira :

"Quel bordel, cette histoire."

Elle s'était mise à refermer une plaie sur son bras. Un peu honteuse, elle annonça :

"Tu sais, physiquement, il est presque guéri."

Il se figea, inquiet.

"Et ?"

"Et le marché c'était qu'il vive avec toi jusqu'à ce qu'il soit parfaitement rétabli. En ce moment, tu es absent, et il arrive à se débrouiller tout seul."

"Il va me quitter, c'est ça ?"

"C'est une éventualité à laquelle tu devrais te préparer."

"Et comment on se prépare à ça, dis-moi ?"

Elle se recula un peu, impuissante.

"Je ne sais pas, Kakashi. Je ne sais même pas comment tu fais pour ne pas péter un plomb..."

Il se tut, repensant aux actes épouvantables qu'il avait pratiqués ces deux dernières semaines. Parfois, il y avait presque pris du plaisir. Il était en train de devenir un grand malade.

"J'ai un service à te demander. », reprit-il.

Elle se tourna vers lui, toute ouïe.

« Shôgi est dans la salle d'attente, poursuivit-il. Tu veux bien lui dire qu'il est inapte au service ?"

"C'est trop pour lui ?"

« Il n'aurait jamais dû venir."

"Et Shikamaru ?"

"Il encaisse. Il est plus fort que ce que je pensais. Quant à ceux de Suna, ils ne sourcillent même pas. Mais avec le père et le frère qu'ils ont, ça ne m'étonne pas."

"Et Naruto ?"

"Il serre les dents. Il ne devrait pas être là non plus. Je voulais qu'il devienne un Hokage généreux et clément et au lieu de ça, il torture des mecs dans des grottes... Y a quelque chose qui se brise en lui et c'est de ma faute. J'étais pourtant censé le protéger de ça."

"Tu ne l'as pas forcé à être chef d'équipe et rien ne l'oblige à repartir…"

"Arrête. Il ne lâchera rien et tu le sais très bien. Qu'on le veuille ou non, Iruka a été plus un père pour lui que ne l'a jamais été le Quatrième. »

Il s'empara de son T-shirt qu'il avait jeté en boule sur le sol.

« On a fini ?", s'enquit-il pour la forme.

Elle hocha la tête et il se rhabilla pour de bon.

Elle aperçut Shôgi quand il ouvrit la porte pour sortir et ce qu'elle vit l'effraya. Elle l'aurait probablement déclaré inapte même si Kakashi ne le lui avait pas demandé.