Chapitre 2


-Vous êtes certain de vous ? insista Rose pour la énième fois.

-Rose, fais-lui confiance, intervint Jack en voyant la fumée menacer de sortir des narines de James. S'il dit que c'est ce chemin, je le crois !

-Désolée, mais pour moi tout se ressemble !

-C'est la différence entre une civile et nous, grommela James. Dans ce genre de situation, on sait s'en sortir.

-La ferme! Je n'ai pas besoin d'être mercenaire pour me débrouiller! Je n'ai jamais eu à me repérer dans une forêt alien, c'est tout !

-Alors laisse faire les pros, tu veux? grogna James.

Rose lui décocha un coup de poing, furieuse.

-C'est quoi qui te rend si con? Qu'on ait perdu Ariane ? On a aussi perdu le Docteur, je te signale, et on fait pas chier tout le monde !

-Ok, ok, doucement! s'exclama Jack en s'interposant. On est tous tendu, on est tous énervé, mais on veut tous la même chose : les retrouver et partir. Ça sera plus simple si vous évitez de vous écharper.

Rose décocha un regard noir à James, mais recula néanmoins, avant de se détourner, ses bras serrés autour d'elle. Cela faisait bientôt deux heures qu'ils étaient à la recherche de leurs amis, sans succès.

Les choses étaient devenues un peu confuses après que Ariane ait été assommée. Il y avait eu des cris, au moins un coup de feu, et une branche tombée soudainement, au milieu d'un sifflement familier. La poussière qui était résultée de cette chute lui avait permis de s'enfuir : lorsqu'elle avait repris connaissance, toussant et crachant, cela avait été pour découvrir la disparition du Docteur et d'Ariane. Depuis lors, ils s'étaient lancés à leur recherche, se fiant aux sens de James. Ou plutôt, Jack faisait confiance à James et Rose suivait.

Le capitaine lança un regard sévère à James, qui haussa les épaules, avant de se diriger vers Rose et la prendre dans ses bras. La blonde se laissa faire, fermant les yeux et inspirant son odeur rassurante.

-C'est ma faute..

-Ne dis pas de bêtises, pesta Jack. Personne ne pouvait prévoir que les autochtones allaient vouloir nous faire un remake de King Kong.

-Celui de 1933 ou Peter Jackson? sourit-elle faiblement.

-Tu as vu celui de Jackson ? Il n'est pas encore sorti à ton époque.

-Tardis, tu te souviens ? Ses épaules s'affaissèrent. Qu'est-ce qu'on va faire quand on va les retrouver, Jack? Je suis une démone pour eux, et même à deux, vous ne serez pas assez forts.

-J'ai une petite idée.. Mais d'abord, on va les retrouver, fit-il en lui prenant la main avant de l'entrainer à la suite de James qui se plaça à la gauche de la jeune femme.

Rose secoua la tête devant l'attitude du mercenaire. Elle n'arrivait pas à comprendre son attitude. Une minute ils se disputaient comme deux charretiers, la seconde suivante il virait mode protecteur à son égard. Décidant qu'elle n'avait pas le temps de s'interroger sur le fonctionnement interne du nouveau venu, Rose serra la main de Jack, avant de se remettre résolument en marche.


-Quand on me dit que je vais randonner, ce n'est pas à ça que je m'attends, grommela Rose en repoussant une énième branche.

-Sers les dents Rosie, on y est presque, l'encouragea Jack.

-Sssssh, siffla James en s'accroupissant derrière un buisson.

-On y est? murmura Jack en le rejoignant, tous ses sens également en éveil.

Rose les regarda analyser le village en contrebas en silence : encore une fois, elle fut frappée par leurs similitudes. Accroupis côte à côte, leurs épaules se frôlant alors qu'ils murmuraient, échangeant des indications sur les alentours, ils étaient l'image même de partenaires.

La jeune femme déglutit en réalisant combien il serait simple pour Jack de replonger dans son ancienne vie. Malgré les mois passés à vivre avec elle et le Docteur, son ami avait clairement conservé tous ses anciens réflexes. Ni lui ni James ne semblait déphasés dans cet environnement, contrairement à elle. La blonde regarda avec dépit ses vêtements déchirés, avant d'hausser les épaules et s'accroupir à côté de Jack.

Elle haussa les sourcils en découvrant un petit village typique composé de huttes formant un large cercle. Entre ça, les vêtements de ses habitants et l'enlèvement, elle avait atteint son quota de clichés du jour.

-Ok.. quel est le plan ? Puisque apparemment je suis une démone, grommela-t-elle, toujours dépitée à cette pensée.

Jack sourit devant sa moue.

-Ce sont des gens simples, n'est-ce pas ? Facilement impressionnables si on sait s'y prendre.

-Ça nous a bien aidé tout à l'heure, bougonna-t-elle.

-Sauf que cette fois, on aura quelque chose en plus, répondit Jack avant de sortir le tournevis sonique du Docteur, récupéré après la bagarre sur le sol.

-Oh non, sérieusement ? Tu veux les effrayer avec ?

-Laisse-moi voir si je suis ton raisonnement, intervint James calmement. Tu veux faire de la magie? Nous faire prendre pour des dieux ?

-Des dieux, pas nécessairement, mais les impressionner, oui, répliqua Jack en haussant les épaules.

Rose gémit. Pire plan du siècle.

-On peut pas juste entrer, se cacher, les trouver et repartir ?

-Tu as vu la disposition de leurs maisons? Elles sont faites pour voir arriver des gens de loin. Les guetteurs nous verront venir à des kilomètres.

-Alors quoi, on joue aux dieux? lâcha Rose en roulant des yeux.

-Des dieux très en colère qu'on ait attaqué leurs amis, rétorqua Jack dont les yeux pétillaient.

Rose lança un regard désespéré à James, qui haussa les épaules, avant de se redresser.

-C'est l'heure de se rappeler de tes cours de théâtre, Rosie, sourit le capitaine.


Ariane contint un soupir. Elle détestait attendre. Il n'existait aucun doute dans son esprit qu'elle pourrait se débarrasser de ces types sans peine, alors pourquoi le Docteur refusait-il de la laisser faire ? Ce dernier lui lança un nouveau regard noir, semblant deviner ses pensées.

-On ne s'en prend pas aux locaux, miss Davis. Encore moins à un peuple sans défense.

-Ils n'étaient pas sans défense quand ils nous ont attaqué! protesta-t-elle.

-Ils avaient peur, répliqua-t-il sèchement, ils ont découvert des intrus dans des montagnes clairement sacrées, d'une autre couleur de peau, vêtus étrangement, et l'une d'elle avait des cheveux d'une couleur anormale. Donc oui, ils nous ont attaqués! Je pensais que c'était évident.

Ariane le regarda, ébahie. Est-ce qu'elle venait de se faire remettre en place? Sans attendre de réponse, le Seigneur du temps reprit ses cent pas, ses bras croisés dans le dos alors qu'il faisait encore une fois le tour de la hutte de pierres où ils étaient enfermés.

-Voyez au-delà de votre peur, Ariane. Ce n'est qu'ainsi que vous grandirez.

La brune le fixa, estomaquée, avant de siffler furieusement. Elle n'était pas une enfant, bordel! De quel droit lui parlait-il ainsi? À sa grande surprise, le Docteur secoua la tête, clairement amusé.

-Vous me faîtes penser à Jack quand je l'ai rencontré, murmura-t-il, et un léger sourire affectueux étira ses lèvres. Il était comme vous, perdu, agressif, effrayé.. Loin d'être recommandable. Vous trouvez votre vie sale ? Vous n'êtes rien comparé à ce qu'il était.

Ariane haussa un sourcil, surprise. Qu'est-ce que c'était que cette comparaison? Comment pouvait-il dire que sa vie de mercenaire n'était rien comparée au passé de Jack ? Il ne la connaissait pas! Là encore, néanmoins.. Elle n'était pas contre quelques informations sur le beau capitaine.

-Vous balancez souvent ce genre de vérité aux gens? attaqua-t-elle.

Ok, peut-être pas la meilleure manière de répondre, mais comme elle l'avait dit à Rose, elle était nulle en relations humaines.

Les yeux du Seigneur du temps se mirent à pétiller alors qu'il se souvenait de sa discussion houleuse avec Jack le soir de l'arrivée de celui-ci à bord du Tardis. Rassilon, les murs avaient tremblé ! Ils en avaient parcouru du chemin depuis, tous les deux.

-Quoi? s'irrita Ariane.

Un léger rire.

-Tellement semblables.. Je comprends ce qu'il voit en vous. On dirait que lui et moi avons le même défaut.

-Qui serait ?

-On cherche à sauver toutes les âmes perdues, murmura doucement le Docteur avant de se détourner en entendant la porte s'ouvrir, ne laissant pas le temps à une Ariane estomaquée de répondre.