Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort

Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.

Note : Désolée pour le temps de parution. J'ai été "happée", comme tout le monde, par la rentrée. Une nouvelle année fatigante s'annonce ! Je pense publier fréquemment les mardi et jeudi, cette année, journées particulièrement chargées au travail (oui, oui, publier et recevoir des reviews, ça me remonte le moral quand je rentre du boulot !).

Bonne lecture et à bientôt !


Chapitre 14 : Le devoir accompli

« Kakashi m'a dit qu'il m'aimait. »

Shizune crut s'étouffer tant la nouvelle l'interloqua. Pour une fois qu'Iruka évoquait un événement personnel.

« Je ne comprends pas pourquoi il a dit ça, poursuivait-il, c'est absurde. »

« Ah ? Vous ne comprenez pas pourquoi l'homme qui partage votre vie depuis plus de trois ans vous dit qu'il vous aime ? Vraiment ? »

« Vous jouez sur les mots, soupira-t-il. Primo, je ne vis avec Kakashi que depuis quelques mois. Secundo, on ne fait que cohabiter ensemble. Tertio, ça fait belle lurette qu'il ne vit plus véritablement avec moi. »

« De votre point de vue. »

« De mon point de vue, si vous voulez, mais ça ne change rien à l'affaire. En plus, il m'annonce qu'il m'aime de but en blanc, comme ça, sans prévenir, et il repart en mission tout de suite après alors que Naruto lui proposait de prendre trois jours… Vous trouvez ça logique, vous ? »

« Il vous l'a dit à quel moment, qu'il vous aimait ? »

« Quand le village a été attaqué et que j'ai été évacué. »

« Quand votre vie était en danger et qu'il risquait de vous perdre, vous voulez dire ? Effectivement, c'est complètement incohérent. »

« Je ne risquais pas grand-chose. », tempéra-t-il.

« Ca, il ne pouvait pas le savoir. »

« De toute manière, continua Iruka, s'il m'aimait autant qu'il le prétend, il ne serait pas tout le temps en vadrouille comme maintenant. »

« C'est un ninja : il ne fait que son travail. »

« Alors là, non, je suis désolé : il ne fait pas juste son travail. Il pourrait être plus souvent au village s'il le voulait mais il préfère casser du soldat ennemi au péril de sa santé. Il est névrosé, ce type. »

« Ou il a simplement le sens du devoir. »

« Et son sens du devoir ne lui dicte pas plutôt de rester avec l'homme qu'il est censé aimer, hm ? »

« Tout dépend de la mission qu'il a à effectuer. »

« C'est bien ce que je dis : il fait passer son travail avant moi. »

« Ou tout dépend de la mission qu'il a à effectuer. »

Il s'arrêta dans son raisonnement, la fixant.

« Ca fait deux fois que vous dîtes la même chose. Qu'est-ce que vous essayez de me faire comprendre ? »

« Rien du tout, se défendit Shizune. Je dis simplement que ce n'est pas parce que Kakashi n'est pas au village qu'il ne veille pas sur vous. »

« C'est-à-dire ? s'énerva-t-il. Elle consiste en quoi, sa mission, au juste ? Depuis des mois qu'il part, il fait toujours la même chose ? »

Elle leva les mains comme pour se préserver de ses questions.

« Iruka, voyons, vous savez très bien que je ne peux rien vous dire sur les missions en cours. C'est confidentiel. »

« C'est confidentiel mais c'est vous qui lancez le sujet. Déjà, la dernière fois, quand le village a été attaqué… Il a été question de 'représailles' et j'ai eu le sentiment que j'étais concerné par tout ça. Cette mission sur laquelle il est, j'ai quelque chose à y voir ? »

Elle fit l'ignorante.

« Je ne vois pas de quelle manière vous pourriez être lié à une mission ninja… »

Il ne voyait pas non plus mais il cherchait et alors que Shizune lui posait des questions sur d'autres sujets, il y pensait encore.

« Il pourrait chercher les coupables. », réalisa-t-il alors que la conversation avait été déviée sur autre chose.

« Chercher les coupables de quoi ? », interrogea négligemment Shizune.

« Eh bien, de mon état. Les coupables de mon état. »

Elle secoua la tête comme si c'était absurde et changea définitivement de sujet :

« Et votre examen, ça en est où ? »

~/~/~

Après avoir fait une halte chez Aryuu, Iruka arriva chez lui aux environs de dix-sept heures. Il posa dans l'entrée les quelques emplettes qu'il avait faites et se dirigea vers la cuisine pour faire chauffer l'eau pour son thé. Il était en train d'examiner le courrier trouvé dans la boîte aux lettres quand il entendit un bruit provenant de la chambre.

L'espace d'une seconde, il fut pris d'une angoisse terrible jusqu'à ce qu'il aperçoive le sac à dos crotté à l'entrée du couloir.

« Kakashi ? », appela-t-il, soulagé de savoir que ce n'était que lui.

Le temps qu'il traverse le couloir, il eut l'impression de bruits plus rapides dans la chambre. Il poussa la porte sans frapper Kakashi était sagement assis sur le lit.

« Tu es rentré depuis quand ? », demanda Iruka après les salutations d'usage.

« J'arrive à peine. », répondit le jounin.

Iruka le trouvait un peu raide sur son matelas, comme s'il avait été surpris en pleine mauvaise action. Ce n'était pas la première fois qu'il avait ce sentiment quand il rentrait à l'improviste.

« Qu'est-ce que tu faisais ? relança-t-il, suspicieux. Je t'ai interrompu ? »

« Oh, tu sais, j'allais juste… dormir un peu. »

Iruka acquiesça sans croire un mot de ce qui lui était raconté.

« Tu restes longtemps ? »

« Comme d'hab'. »

Ca, ça voulait dire non. Iruka hésita mais ses dernières conversations avec Shizune n'arrêtaient pas de lui revenir en tête. Il s'adossa au chambranle de la porte.

« Tu sais, commença-t-il, à chaque fois que tu rentres, Lee demande à prendre sa journée. C'est parce que son sensei est en ville… Et je sais que Kurenai et Naruto sont également absents en même temps que toi… Vous êtes tous les quatre sur la même mission, n'est-ce-pas ? »

Kakashi s'affaissa sur le lit.

« Tu sais bien que je ne peux pas parler de ça avec toi, refusa-t-il de répondre, et j'aimerais bien dormir, là… »

« Je me suis renseigné, poursuivit Iruka sans l'écouter, le sensei de Lee se nomme Gai et c'est un excellent ninja. Tout comme Kurenai et Naruto et… toi. Pourquoi mettrait-on quatre aussi bons ninjas sur une même mission ? »

« J'en sais rien, éluda encore Kakashi. Et je m'en fous. »

« Ca doit être une mission sacrément importante. Ou difficile. Ou bien les deux. »

« Peut-être. Et alors ? »

« Et alors ? Eh bien, je… Tu… Tu me le dirais ? Si cette mission, cette mission importante et difficile, avait un quelconque rapport avec moi… Tu me le dirais ? »

Kakashi s'était redressé sur ses coudes, l'œil cerné oscillant entre surprise et mécontentement. Il répondit d'une voix très calme :

« Non, Iruka, je ne te le dirais pas. »

Iruka se recula légèrement.

« Tu ne me le dirais pas ? Tu me le dirais pas ! Mais alors là c'est trop fort ! Comment oses-tu ? Comment… Comment est-ce que je peux avoir confiance en toi dans ces conditions ? »

Le jounin se redressa pour de bon, mettant ses jambes en tailleur.

« Tu peux me faire confiance justement parce que je ne te dis pas tout parce que je te préserve. Et que je ne cherche pas à te mentir. »

Cette dernière assertion rendit Iruka fou de rage.

« Toi ? Toi, tu ne me mens pas ? Monsieur-mon-meilleur-ami ! Monsieur-j'allais-me-coucher ! Tu n'étais pas du tout en train de te coucher ! Je sais bien que tu mens ! »

« Je ne faisais rien de mal. », se défendit Kakashi d'une voix éteinte qui contrastait avec le ton accusateur de son vis-à-vis.

« Pourquoi tu ne me dis rien, alors ? Pourquoi ? »

Kakashi allait répondre mais Iruka le devança.

« Non, non, laisse-moi deviner : ça doit être pour mon bien. C'est toujours pour mon bien ! »

L'énervement l'avait fait avancer dans la chambre.

« J'en ai ma claque de tous ces gens qui pensent agir pour mon bien ! J'en ai ma claque de toi et de tes grands mystères ! »

A ces hauts cris, Kakashi n'eut pas de véritable réaction si ce n'est un soupir de lassitude et de résignation. Il se leva très doucement du lit, comme si chaque mouvement lui demandait un effort, et passa juste devant Iruka qui en perdit le fil de ses remontrances.

« Qu'est-ce que tu fais ? », se décida-t-il à demander alors que l'autre était déjà à l'autre bout du couloir.

La porte d'entrée s'ouvrit et une voix résignée lui répondit :

« Je vais dormir ailleurs. »

~/~/~

« C'est de ma faute, se désolait Shizune. Vraiment, Kakashi, je suis navrée. »

Le jounin haussa les épaules tout en se tendant un peu plus en arrière pour que la large coupure sur son ventre soit accessible à sa soigneuse.

« Ce n'est en rien ta faute, la dédouana-t-il. Il n'a besoin de personne pour me détester. »

« Il ne te déteste pas, chercha-t-elle à le détromper, il est simplement soupe au lait. C'est normal d'être un peu parano dans sa situation… Non, la seule fautive, c'est moi. Je n'aurai pas dû mettre ta mission sur le tapis. Mais il n'arrête pas de retourner ton absence contre toi comme si c'était une preuve de ton manque de dévouement à son égard alors que c'est tout le contraire ! »

« Laisse-le croire ce qu'il veut, Shizune, c'est pas grave. »

Il coupa sa respiration pour que la surface de son ventre soit parfaitement plane. Il ne fallut que quelques secondes pour que la plaie soit refermée.

« Mais si c'est grave ! reprit-elle. Je sais que tu cherches à le protéger mais là, il est injuste avec toi ! Tu aurais le droit d'être en colère contre lui. »

« Pas du tout, c'est lui qui a raison. Je lui mens tout le temps. Par omission, certes, mais je lui mens tout de même. Y a rien à ajouter. »

« Peut-être, osa Shizune, peut-être que tu pourrais lui parler – sans lui donner de détails, bien sûr – de la mission sur laquelle tu es en ce moment. Il comprendrait mieux tout ce que tu fais pour lui, le pourquoi de tes absences... »

« C'est un civil, l'arrêta immédiatement Kakashi. Le règlement est strict sur ce point. »

« Mais, enfin, cela arrive souvent que des civils nous demandent de venger des proches. C'est le même cas de figure ici. »

« Sauf qu'Iruka n'a jamais demandé à être vengé et, d'ailleurs, ce n'est pas vraiment lui que je venge… Je venge l'autre Iruka, celui qui est mort avec sa mémoire. »

Elle recula sa chaise. Si l'on avait dû désigner le ninja de Konoha au passé le plus tragique, Kakashi aurait remporté le titre sans souci. Pourtant, il s'était toujours refusé à suivre la moindre psychothérapie mais au final, il se livrait d'une autre manière. C'est pour cette raison qu'il attendait pour la voir, elle. Elle ne faisait pas que refermer ses plaies physiques.

« Parfois, poursuivait-il, quand je suis là-bas depuis longtemps, je finis par oublier qu'il est encore en vie. J'éprouve le besoin de me recueillir, tu comprends, de lire son nom gravé dans la pierre. Il est mort au combat, ce jour-là. Ce qu'il reste de lui n'est plus ninja. »

« Mais ce qu'il reste de lui… c'est toujours lui… Physiquement, du moins. »

« En toute objectivité, il n'était pas vraiment beau, tu sais. Ce qui le rendait beau, c'était sa manière d'être… Quelquefois, rarement, je le retrouve en lui. Une expression qu'il prend, un truc qu'il a, je sais pas trop dire, en fait… Dans ces moments-là, j'ai l'impression d'étouffer en-dedans et je dois me contenir pour ne pas lui sauter dessus. C'est surtout quand il dort, à vrai dire. »

« Quand il dort ? »

« La plupart du temps, il ferme la porte de la chambre à clé quand il va dormir mais il a gardé le sommeil lourd du malade. Il entend jamais quand j'entre. Je m'accroupis près de son lit et je le regarde… Je sais que c'est pas bien. Il serait furieux s'il le savait mais… Ça m'aide. Ça me donne l'impression qu'il est encore un peu là. Parfois, j'espère même qu'il se réveille et qu'il me sourie. Comme il faisait avant quand je rentrais de mission. »

Elle était retournée à son bureau tout en l'écoutant d'une oreille attentive.

Elle ne savait pas si elle faisait bien de l'encourager mais elle ne put s'en empêcher. Kakashi avait besoin de se raccrocher à quelque chose.

« Il parle de toi maintenant. »

Il leva l'œil, le sourcil hissé.

« Comment ? »

« Avant, en thérapie, il parlait de tout sauf de toi. Maintenant, ça lui arrive… Ça lui arrive de parler de toi. »

« Et… c'est bien ? »

« En quelque sorte, je pense… Ça veut dire qu'il t'accepte. »

Elle signa son rapport médical alors qu'il opinait doucement la tête.

« Physiquement, tu es apte à repartir en mission mais, en tant que médecin, je te conseille de t'accorder quelques jours de repos… »

« On est trop près du but pour ça. »

« Tu me dis ça à chaque fois. »

« C'est vrai mais là, je crois qu'on les tient. Tout concorde : les lieux, les dates, les techniques employées. Je vais les broyer, Shizune. »

Elle acquiesça. Il broyait son âme en même temps.

« Tu aurais un lit de libre, pour moi, ce soir ? », lui demanda-t-il.

« Tu ne rentres pas chez toi ? »

« Vu comment on s'est disputé, je préfère pas… »

« Tu vas repartir sans l'avoir revu ? »

« Il m'a assez vu, je crois. »

Elle se leva et lui serra brièvement l'épaule au passage.

« Je te prépare ça. »

~/~/~

« Il est parti comme un voleur ! Comme un voleur, je vous dis ! Si c'est pas une preuve, ça ! Il ment, il ne joue pas franc jeu, c'est un fourbe. »

Depuis cinq minutes qu'Iruka déblatérait, Shizune n'avait pas ouvert la bouche. La veille, elle avait reçu et classé un nouveau rapport de Naruto : la Confrérie du Tout était officiellement démantelée. Ses derniers membres avaient été « neutralisés », il ne restait plus à l'équipe envoyée qu'à nettoyer les traces de son passage. Les motivations du groupe étaient claires car relayées par plusieurs sources qu'on avait « fermement encouragées » à parler. Toutes les explications seraient données dans un prochain rapport plus développé. Il ne fallait cependant pas s'attendre à un retour rapide de l'équipe car, dans une logique de coopération, elle allait d'abord se rendre au Pays du Vent pour faire un rapport détaillé au Kazekage. Shizune n'osait même pas imaginer les actes abominables qui avaient été commis pour arriver à un résultat si prompt et net mais elle jugeait les préoccupations d'Iruka bien futiles à côté.

Kakashi avait raison : elle ne reconnaissait pas en lui le jeune homme calme et réfléchi qu'elle avait appris à apprécier mais plutôt un être capricieux car inconscient, encore, des difficultés du monde dans lequel il évoluait.

« Ou peut-être, ne put-elle s'empêcher de faire remarquer, qu'il en a juste eu marre d'être pressé de questions alors qu'il rentrait d'une mission épouvantable harassé et blessé et qu'il voulait juste dormir… »

Iruka, habitué à ce que Shizune se montre plus neutre, se sentit piqué au vif.

« Fatigué, je veux bien. Mais Kakashi rentre rarement blessé… »

« Oh ? Je dois refermer des plaies imaginaires alors… »

Il se figea, clairement pris par le doute.

« Pendant l'attaque du village, j'ai vu qu'il était blessé au bras mais il a dit que ce n'était qu'une égratignure. J'ai tout de même insisté pour qu'il aille à l'hôpital, vous savez. »

Maintenant, la culpabilité l'envahissait.

« Il est blessé souvent ? »

« Tout le temps. »

« Je vous jure que je l'ignorais… Mais comment pourrais-je le savoir ? S'il ne me le dit pas ! Vous voyez : on en revient toujours à la même chose ! Il n'a pas confiance en moi ! »

« Ça n'a rien à voir ! s'exclama Shizune. C'est quelque chose qu'il a toujours fait ! »

« Comment ça ? »

Elle soupira :

« Je ne suis pas sûre que vous vouliez vraiment qu'on parle de ça… »

« Allez-y quand même. », l'encouragea-t-il.

« Avant, osa-t-elle, avant votre accident, quand Kakashi et vous étiez ensemble… »

Elle était un peu gênée d'évoquer le sujet et elle remarqua au rosissement subit sur ses joues et à sa face crispée qu'il devait l'être aussi.

« Avant, continua-t-elle, quand il partait en mission : vous étiez mort d'inquiétude. On l'est tous, bien sûr, quand on a un être cher dehors mais chez vous, c'était particulièrement fort parce que Kakashi, du fait de son statut, est un ninja à qui on a tendance à confier les missions les plus délicates… »

« Je vois. »

'Délicates' signifiait 'suicidaires'.

« En plus, comme vous travailliez au bureau des missions, vous étiez aux premières loges pour savoir quel genre de mission on lui donnait et il faut bien avouer que vous avez toujours eu un petit côté mère-poule… Enfin, vous vous inquiétiez facilement… »

« Et ? », s'impatienta Iruka.

« Et déjà que vous étiez inquiet, il n'allait pas vous dire, en plus, quand il rentrait blessé. Il vous disait toujours qu'il allait très bien et vous faisiez semblant de le croire. Ça faisait partie de vos habitudes de couple et il continue à le faire, sans même y penser. Quand il dit qu'il vous cache certaines choses pour votre bien, il ne vous ment pas, vous savez. Il a toujours agi ainsi. Bien sûr, c'est oublié que vous n'êtes plus le même, et que vous ne ressentez plus aucune inquiétude quand il est absent. »

« C'est faux ! objecta-t-il, se sentant soudainement monstrueux. Je m'inquiète de le voir repartir alors qu'il ne s'est pas bien reposé. J'essaye toujours de le convaincre de rester un peu plus longtemps. »

« Ah ? Comme la dernière fois ? Quand il a fini sa nuit à l'infirmerie parce qu'il s'était fait virer de son propre appartement ? »

« Il s'est viré tout seul… », tenta Iruka.

« C'est qu'il n'a pas dû se sentir très bien accueilli… »

Iruka ne répondit pas. Il n'y avait rien à dire : il était en tort. Réalisant l'injustice de son comportement, il demanda :

« Vous pourriez lui transmettre, si je lui écrivais un petit mot d'excuse ? »

Shizune savait que Kakashi arriverait au Pays du Vent dans quelques jours mais, théoriquement, on ne devait faire usage des oiseaux entre pays qu'en cas d'urgence.

« Écrivez, lui répondit-elle, je transmettrai. »

~/~/~

Sa nuit avait été atroce. Il n'avait cessé de se réveiller, étouffé par la panique d'être déjà le matin. Le maigre soulagement de s'apercevoir qu'il pouvait s'octroyer quelques heures de sommeil supplémentaires ne le consolait pas tant les cauchemars dans lesquels il plongeait dès qu'il se rendormait ne faisaient qu'accroître son angoisse.

Vers cinq heures trente, il renonça, la perspective de perdre quelques minutes de sommeil lui semblant bien moins dérangeante que les rêves oppressants qu'il faisait.

Il s'habilla machinalement et alla jusqu'à la cuisine pour se préparer un thé. Pour une raison qu'il ignorait, il répugna à allumer la lumière principale de la cuisine-salle à manger, préférant se contenter de la faible lueur de la veilleuse placée près d'une plante verte qui dépérissait en l'absence de Kakashi.

Il resta longtemps immobile, sa tasse de thé refroidissant entre ses doigts. La lumière du soleil pénétra progressivement dans la pièce. On était fin juillet, une période de l'année où les nuits étaient courtes. Il était sorti de son coma début mars, il y avait plus de cinq mois de ça, et la journée qui s'apprêtait à démarrer serait probablement la plus importante depuis son deuxième éveil au monde.

Shizune lui avait formellement déconseillé de relire ses fiches le jour-même mais il ne put s'en empêcher. La jeune femme lui avait procuré de nombreux sujets d'entraînement et il s'était laissé aller à faire des pronostics sur ce qui tomberait ou non. Il révisa en priorité ces sujets-là avant de passer à ceux qu'il considérait mal maîtriser. Il avait appris par cœur un nombre incalculable de dates et de citations. Il passa tout en revue une dernière fois.

Sa première épreuve commençait à neuf heures mais on lui avait bien précisé d'arriver avec une avance confortable. Il n'était même pas huit heures qu'il ne tenait déjà plus en place. Il avait vérifié quatre fois son sac, passé en revue tout son matériel ainsi que son bento, relu son incompréhensible convocation remplie de sigles inconnus et rangé soigneusement la pièce d'identité obligatoire qu'on lui avait fournie et où l'homme qui souriait sur la photo était encore son ancien lui avec ses cheveux courts rassemblés dans une couette haute qu'il jugeait ridicule.

Il en était là de ses préparatifs quand on frappa à sa porte. Il regarda l'horloge murale du salon, étonné d'avoir de la visite si tôt. En ouvrant, il fut ébloui par le sourire éclatant de Lee.

« Je t'ai dit que tu pouvais prendre ta journée. », s'étonna Iruka.

« Je sais, sensei, mais une lettre est arrivée pour vous. Je me suis proposé pour venir vous la porter. »

Le jeune homme lui tendit l'enveloppe en faisant ses grands gestes habituels. Iruka s'en empara en tentant de masquer sa surprise.

Le courrier n'était jamais pour lui. Tout ce qu'il récupérait dans la boîte aux lettres, c'était des publicités. Les rares plis nominatifs qu'il trouvait parfois étaient tous destinés à Kakashi ou alors à eux deux mais, dans ces circonstances, il considérait que l'envoi ne lui était pas adressé puisque c'était son ancien lui qui en était le véritable destinataire. Il attendait le retour de Kakashi pour les lui remettre et le jounin lui expliquait qu'il s'agissait de papiers bancaires ou de factures. Plusieurs fois Iruka s'était fait la réflexion qu'il ne participait absolument pas au règlement des dépenses du foyer puisqu'il ne gagnait pas un sou. Même le matériel qu'il avait acheté pour préparer son examen avait été payé par l'argent que Kakashi ne manquait jamais de déposer pour lui avant un nouveau départ. Le jounin balayait toujours ses objections d'un revers de la main comme si l'argent n'était pas un problème mais, il faudrait bien, un jour, qu'il s'assume financièrement. Il n'allait pas vivre aux crochets de Kakashi toute sa vie…

Il décacheta l'enveloppe un peu fébrilement et trouva deux papiers, pliés l'un sur l'autre. En face de lui, Lee regardait la scène avec curiosité tout en lui adressant des sourires grandioses, comme pour l'encourager. Iruka se tourna à-demi pour déchiffrer la première lettre :

Iruka,

J'ai bien reçu ton mot et tenais à te remercier de l'avoir écrit. Cependant, je ne peux en aucun cas me résoudre à accepter tes excuses car tu n'avais pas à m'en faire. Je suis le seul fautif dans cette affaire et je n'avais pas à partir ainsi en refusant le dialogue. J'espère que tu pardonneras ma conduite. Pour ma part, j'essayerai de me montrer plus communicatif à l'avenir.

La mission – importante et difficile – sur laquelle je me suis engagé touche à sa fin. Je devrais être de retour prochainement et rester plus longtemps au village. Je souhaite de tout cœur que nous soyons capables de vivre ensemble en bonne intelligence.

Kakashi

Le ton était formel, presque officiel. Iruka avait parfois l'impression d'être une sorte de supérieur pour Kakashi et qu'en conséquence le jounin ne s'adressait à lui qu'avec d'infinies précautions. L'initiative le toucha tout de même. Apparemment, ils souhaitaient tous les deux repartir du bon pied et il était heureux d'apprendre que l'interminable-et-mystérieuse-mission-dont-on-ne-devait-surtout-pas-parler était enfin bouclée. Il relut rapidement les propos du jounin et remarqua la précision des caractères et la propreté de l'ensemble. Cette lettre n'était pas un premier jet.

A l'intérieur de cette feuille s'en trouvait une deuxième plus épaisse, cartonnée. Le contenu en était beaucoup plus court :

Iruka,

Si mes calculs sont exacts, c'est un grand jour pour toi : bonne chance pour ton examen. Inutile de t'inquiéter, tu es prêt.

En dessous, Kakashi s'était contenté d'apposer sa signature. De la place avait été laissée et d'autres écritures se mêlaient à côté du premier mot du jounin. Après quelques efforts, Iruka reconnut la signature brouillonne de Naruto qui lui annonçait qu'il allait « tout déchirer », celle plus soignée de Kurenai et une dernière, dont la taille était complètement disproportionnée par rapport aux trois autres. Iruka hésita, n'étant pas sûr de lui. Il préféra tendre la carte à Lee :

« Tu ne reconnaîtrais pas cette écriture, par hasard ? »

Le sourire de Lee devint encore plus gigantesque que d'habitude. Iruka ignorait que cela fût possible.

« C'est celle de mon mentor, Gai-sensei ! »

Le jeune homme en profita pour jeter un œil sur l'ensemble de la carte.

« Alors c'est aujourd'hui ? Que la fougue de la jeunesse vous accompagne et vous conduise à la réussite ! »

Lee compléta sa sentence par un clin d'œil et un pouce levé.

Iruka le remercia, réellement touché que ce soit par les encouragements du garçon en face de lui ou par ceux des combattants qui pensaient à lui alors qu'ils étaient à l'autre bout du monde. Il eut envie de répondre, de dire merci et il se promit de le faire quand Kakashi reviendrait. Il avait remarqué les indices que l'autre avait glissés dans ses envois : il avait repris l'expression « mission importante et difficile » et avait fait signer ses partenaires. Implicitement, il répondait à certaines des questions qu'il lui avait posées. Il montrait qu'il était prêt à faire des efforts. Sans même s'en rendre compte, un sourire s'afficha sur les lèvres du jeune homme.

Il remercia Lee de son zèle, retourna à ses préparatifs et glissa la carte d'encouragement nouvellement reçue dans une des poches de son sac.

~/~/~

« Alors ? », demanda anxieusement Shizune quand elle aperçut Iruka dans la file des candidats qui sortaient.

Il eut une moue perplexe.

« C'était plus difficile que ce à quoi je m'attendais. »

« Allons, l'encouragea-t-elle, vous vous étiez bien préparé… »

« Oui, oui. » Il se détourna une seconde pour observer ses concurrents qui s'éloignaient. « Je suis étonné : je pensais qu'on serait plus nombreux… Et que les autres seraient plus jeunes, surtout. C'est pas un examen qu'on passe vers seize ans normalement ? »

« Si, si, confirma-t-elle, mais pour vous, c'est un peu particulier. Je vous ai inscrit en candidat libre, vous vous retrouvez donc dans la même salle que ceux qui ont préparé les épreuves tout seuls, chez eux. Ces gens-là sont souvent plus âgés. »

Il haussa les épaules : ça lui semblait être une explication crédible.

« En tout cas, c'était pas évident. Ils sont drôlement brillants, les ados, dans ce pays. »

« Mais dans l'ensemble, vous avez réussi, n'est-ce-pas ? »

« J'ai écrit beaucoup : les citations que j'avais apprises m'ont pas mal servi. J'en sais rien, en fait. Disons que je ne suis pas mécontent. »

Il avait posé ses fesses sur un muret pendant qu'il parlait, Shizune fit de même.

« Quelle que soit l'issue de cet examen, reprit-elle, sachez que je suis de toute manière très fière de vous. Et je ne suis pas la seule… »

« Je sais. », coupa Iruka.

Il sortit la carte qu'il avait reçue et la lui fit lire.

« C'est gentil. », ne put-elle s'empêcher de commenter.

Il baissa la tête : il trouvait aussi.

« Vous voulez qu'on aille boire un verre pour vous aider à décompresser ? », lui demanda-t-elle en lui rendant son bien.

Il eut un sourire : deux mois auparavant, il aurait rêvé qu'elle lui fasse une telle proposition. Leur relation avait évolué depuis.

« En dehors de vos heures de service, vous voulez dire ? »

« J'espèrais qu'on ait dépassé le stade médecin-patient depuis longtemps. Peut-être même être devenue une amie pour vous. Tout comme ceux qui vous ont écrit cette carte. »

« Il ne faut peut-être pas exagérer, tempéra-t-il, y en a un des quatre que je ne connais même pas… »

« Il n'empêche qu'ils sont tous vos amis. »

« Parce qu'ils l'étaient avant, quand j'étais encore l'autre. C'est ça que j'apprécie chez vous, Shizune, on était pas très proche avant mon accident. »

Elle ne préféra pas rebondir sur le sujet.

« Alors, ce verre ? »

Il se releva, replaçant son sac sur son épaule.

« Ne le prenez pas mal mais j'ai surtout envie de rentrer et de dormir. »

« Je comprends, allez vous reposer. »

En fait, la perspective de retourner dans son appartement vide ne l'attirait pas tant que ça. Il avait envie de débriefer ses épreuves mais même si Shizune l'avait aidé, elle n'était pas spécialiste. Il voulait débattre avec quelqu'un qui s'y connaissait et qui n'hésiterait pas à lui dire s'il avait répondu complètement à côté de la plaque…

Il baissa les yeux sur elle qui était toujours assise et osa poser sa question :

« Il rentre quand, Kakashi ? »

~/~/~

Ils restèrent en cercle longuement, à peine éclairés par des lampadaires en berne et un quartier de lune qui traînait au-dessus d'eux.

« Bon, les gars, lança Naruto, je vais pas vous dire qu'on a fait du bon boulot. On sait tous que cette mission était une vraie boucherie… »

Shikamaru soupira, comme si ce simple rappel des faits le mettait d'ores et déjà sur les nerfs.

« Mais, poursuivit tout de même Naruto, on m'enlèvera pas de l'idée qu'on a fait ce qu'on avait à faire… »

Ils furent plusieurs à opiner à ces paroles, dont Kurenai et Gai.

« Et dans vos genres, vous avez tous assuré. »

Shikamaru eut cette fois un reniflement dédaigneux. Ça pour sûr, il avait assuré : sa technique de manipulation des ombres était bien pratique quand il s'agissait d'empêcher les interrogés de bouger. De là à se sentir fier de ça…

« Le bien du pauvre se trouve parfois dans le fumier du riche. », cita tristement Gai.

Lui qui était fana de grandeur savait bien qu'il ne l'avait pas obtenue par cette mission. Les autres ne cherchèrent même pas à comprendre le sens de son proverbe.

« J'ai des somnifères, si quelqu'un en veut. », proposa Ishiku, le médecin du groupe.

Shikamaru sauta sur l'occasion : il dormait mal depuis des semaines.

« Restez-là encore une minute, demanda Kakashi qui s'était tu jusqu'à présent. J'ai un truc à faire mais j'en ai pas pour longtemps. »

Il s'éloigna du groupe et alla jusqu'à l'entrée d'une ruelle un peu glauque, surtout en pleine nuit. Il se baissa et ramena un pack de bières.

« Bon, elles doivent s'être réchauffées depuis le temps, mais j'avais demandé au gérant de l'épicerie d'en planquer pour nous. »

Malgré la fatigue et le dégoût d'eux-mêmes, ils eurent tous un maigre sourire.

Kakashi déchira le carton, décapsula les bouteilles et servit chacun.

« Voilà, débuta le jounin un brin mal à l'aise, je sais bien qu'une bière chaude, c'est pas grand-chose mais c'était pour vous remercier tous. Pour ce que vous avez accepté de faire pour moi… et pour lui. »

Chacun baissa la tête. Ils levèrent tous leur bière et les firent s'entrechoquer au centre du cercle.

« A Iruka. », dirent-ils tous ensembles.

« Et aux deux ANBU qui ont perdu la vie parce qu'ils étaient son escorte. », ajouta Ibiki.

Tout le monde acquiesça et un deuxième toast fut porté. Ils burent d'un seul geste et après un silence, Naruto ne put s'empêcher de faire un commentaire :

« Y a pas à dire, sensei, y a rarement plus dégueulasse qu'une mauvaise bière tiède. »

Sa remarque fut suivie par quelques ricanements.

Après toutes ces années, Naruto continuait de l'appeler « sensei ». Même si l'élève avait dépassé le maître depuis longtemps, il existait une vraie reconnaissance chez ce garçon. Parce que Kakashi avait accepté de s'en occuper à un moment où tout le monde lui tournait le dos et qu'il l'avait aimé à sa manière. Et cette reconnaissance était encore multipliée quand il s'agissait d'Iruka.

Ce n'était pas son genre mais Kakashi passa son bras autour de l'épaule de Naruto et le serra contre lui un bref instant. La plupart du temps, quand ils se retrouvaient en contact, c'était pour se taper dessus à l'entraînement. Les marques d'affection, c'était pas leur truc. Ca rappela à Kakashi ces deux fois où il avait porté Naruto sur son dos à une époque où le garçon avait encore un peu besoin de lui. C'était si lointain, maintenant.

Naruto lui jeta un coup d'œil mi-ému, mi-inquiet. Sans aucun doute, ce garçon était aujourd'hui sa plus grande fierté.

Après s'être raclé la gorge et reculé un peu, le jeune homme poursuivit :

« C'est bien beau d'honorer les morts, sensei, mais il serait peut-être temps de s'occuper des vivants… »

Tout le monde vit bien où Naruto voulait en venir.

« Les vivants ? répéta Kakashi en faisant mine de ne pas comprendre. Voyons, Naruto, tu sais bien que ce n'est pas mon point fort. »

Le garçon jeta un coup d'œil circulaire sur l'assemblée. Il aurait préféré avoir cette discussion en tête à tête.

« Sérieusement, sensei, il a besoin qu'on veille sur lui. »

Plusieurs membres du groupe se raidirent. La conversation prenait un tour personnel.

« Mais je ne fais que ça, Naruto, de veiller sur lui. », reprit sèchement Kakashi.

Ils ne voulaient ni l'un ni l'autre partir sur une confrontation, Naruto préféra se retirer.

« Je me charge de faire notre rapport à la Vieille, conclut-il. Rentrez chez vous et passez une bonne nuit. »

Ils opinèrent tous et chacun repartit vers son logement, Kakashi comme les autres.

~/~/~

Il fut parfaitement silencieux quand il pénétra dans l'appartement. Le salon était sombre mais il discerna l'oreiller et la couette soigneusement pliée sur le fauteuil près du canapé. Il posa son sac, que la fatigue rendait très lourd, près de l'entrée.

Il hésita à s'asseoir, il hésita à se coucher. Et puis, tout en soupirant, il s'avança dans le couloir.

~/~/~

« On ne t'attendait plus, Naruto. »

« Vous êtes encore levée, Grand-mère ? C'est pas souvent que ça arrive… »

« La ferme, avorton ! », s'emporta immédiatement la Cinquième.

Cela fit sourire Naruto alors qu'il s'installait en face de Tsunade et Shizune.

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Forcer la porte ne lui avait demandé que dix secondes. Et encore, il était crevé.

Iruka dormait à poings fermés. La fenêtre, sur la gauche, éclairait à peine son visage tourné de l'autre côté. Kakashi s'approcha, s'accroupissant près du matelas, la figure d'Iruka en-dessous de lui.

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« Ils sont tous morts, jusqu'au dernier. La Confrérie du Tout n'existe plus. C'est une affaire classée. »

« Des traces ? »

« On s'est débarrassé des corps. Mais on a laissé suffisamment d'indices pour qu'un enquêteur un peu doué comprenne d'où est venue l'attaque. Ils y réfléchiront à deux fois avant de s'en prendre au Pays du Feu ou du Vent. »

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Dans le sommeil, c'était dingue comme ils se ressemblaient.

Plusieurs fois, il avait eu envie de s'allonger, juste quelques minutes, pour se souvenir de ce que c'était que de dormir auprès de quelqu'un. Mais il ne voulait pas risquer de le réveiller.

Il secoua la tête. Il se mentait à lui-même. Il avait surtout peur de ne pas parvenir à se contrôler.

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"Ils vous ont donné leurs motifs ?"
"Ces cinglés croyaient en une ancienne religion et à une espèce de prophète qui aurait annoncé leur prochain avènement. Enfin, le baratin habituel, quoi."
"Et le rapport avec Iruka ?"
"Aucun. Ca aurait pu tomber sur n'importe qui..."
L'amertume était forte dans sa voix, il poursuivit :
"Le seule raison pour laquelle ils se sont intéressés à Iruka, c'est la mission qu'il avait à effectuer ce jour-là."
"Mais… c'était une simple mission de traduction au village de Tumo…"
"Tout juste."

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Sa main épousa l'éparpillement des cheveux longs, sans les toucher. Il y avait cette mèche sur sa joue qu'il mourait d'envie de replacer derrière son oreille mais il se retint.

Son attention fut attirée par la puissante respiration du jeune homme. Iruka ne ronflait pas mais, parfois, il expirait si fort qu'on avait l'impression qu'il soupirait.
Kakashi abaissa doucement sa main près de sa bouche, juste pour ressentir son souffle sur ses doigts.

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« L'important n'a jamais été Iruka-sensei mais les tablettes qu'on lui a demandé de traduire. Pour ces cinglés, c'était comme des reliques et ils étaient persuadés qu'elles contenaient des instructions à leur intention. Iruka était même considéré comme une sorte d'interprète, un acteur de leur cause. C'est pour ça qu'ils l'ont tatoué, parce qu'ils le voyaient comme l'un des leurs. »

« Mais Iruka n'a pas voulu leur dire ce que contenaient ces tablettes… »

« Et ça les a mis très en colère. A leurs yeux, il est devenu un hérétique. Et ils détestent les hérétiques. »

« J'imagine que s'il n'a pas parlé, c'est parce que ces tablettes devaient contenir des informations véritablement essentielles. »

« C'est ce qu'on s'est dit aussi. Alors on est passé par le village de Tumo en rentrant… »

Shizune, silencieuse, réalisa à ce moment-là qu'il n'y avait jamais eu de rapport pour cette mission puisque deux des ninjas y étant affectés étaient morts et que le troisième avait été dans l'incapacité totale de raconter ce qui lui était arrivé. Etant donné les circonstances, personne n'avait pensé à demander quel était le résultat de la mission. Comment imaginer qu'une petite mission de rang B puisse être le mobile d'une telle barbarie ?

« Le dialecte était inconnu. Les connaissances d'Iruka n'ont pas permis de le déchiffrer. Il a conseillé deux-trois autres personnes qu'il pensait peut-être capables de faire une traduction et il est reparti. »

« Il ignorait de quoi parlaient ces tablettes ? »

« Et ils se sont acharnés sur quelqu'un qui n'avait aucune réponse à leur fournir… Quelques jours après la disparition d'Iruka-sensei, Tumo a envoyé les tablettes à un spécialiste des langues anciennes qui vivait dans un village isolé du Pays du Vent. »

« D'où les attaques dans cette région ? »

Naruto opina de la tête.

« Effectivement. »

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« Je les ai tous tués, tu sais. Jusqu'au dernier. J'aurai tué jusqu'à leurs chiens, je crois, si j'avais pu. Tu n'aurais pas apprécié, bien sûr, mais j'avais tellement de haine en moi. Ils t'ont pris à moi. Ils t'ont pris à moi et ils n'ont même pas la guerre comme excuse. Ils étaient simplement stupides. Comme si la moindre spiritualité pouvait encore exister en ce monde. Y avait vraiment que des illuminés comme eux pour y croire… Et des gars comme toi. Des gentils, des optimistes… Tout ce que je ne serai jamais. Tu me manques tellement, tu sais. Tu m'expliquais comment être normal, un peu. J'ai plus personne maintenant. »

~/~/~

« Iruka n'était pas une cible nominative, résuma Tsunade. Il n'a simplement pas eu de chance. »

« Il n'a révélé aucun secret parce qu'ils ne lui ont rien demandé. Ils se fichaient pas mal de nos techniques secrètes et de nos postes de garde… »

« On a donc confirmation que l'attaque du mois dernier… »

« … n'avait aucun rapport avec lui. C'est ça. Et son enlèvement n'avait rien à voir avec moi non plus. »

Tsunade releva les yeux sur Naruto.

« Je sais bien que vous y avez pensé, poursuivit-il, j'y ai pensé aussi. Mais ils ignoraient tout de nos relations ou de sa vie avec Kakashi-sensei. Ils n'ont pas cherché à nous atteindre à travers lui. »

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« Je leur ai montré ta photo. A chaque fois. Pour qu'ils sachent pourquoi. La plupart ne savaient même qui tu étais. Ils ont payé quand même. Mais c'est avant que j'aurais dû te protéger. J'ai été inutile comme toujours. Pour sauver des inconnus, là je suis fort. Mais pour les gens que j'aime, je suis le dernier des incapables. Je sais bien que si tu pouvais, tu dirais que je n'y suis pour rien. Tu as toujours été trop complaisant avec moi. Je ne te méritais pas. »

Dans son oubli de lui-même, il avait touché son épaule et le dormeur avait bougé. Kakashi eut soudain peur qu'il se réveille ou pire, que certaines de ses paroles traversent le rideau de son sommeil. Or ce n'était pas à cet Iruka-là qu'il voulait parler.

Il se tut, se releva. Il ne savait pas ce qu'il lui avait pris tout à coup.

Il s'apprêtait à sortir quand le corps bougea derrière lui. Il se retourna, terrorisé à l'idée de se retrouver face à deux yeux ouverts. Mais non, l'autre dormait toujours profondément.

Kakashi l'observa, penchant légèrement la tête sur le côté, et après un moment, il remonta délicatement le drap jusqu'au cou du jeune homme.

Il ne manquerait plus, maintenant, que le nouvel Iruka prenne froid.